M. d'Abbadie dit n'avoir observé en Ethiopie qu'un seul
•éclair en boule: ce fut le 24 mars 1847. L'éclair était remon-
'\) Comptes rendîis, t. XXXV (ISW^.
tant, il avait la forme d'un lèlard qui aurait eu la queue tournée vers la terre (1).
2. M. llapouele, propriétaire instruit du département de la Moselle, a décrit le phénomène suivant dans une lettre à Ara go :
« Vers les deux heures d'une journée de l'été de 1837, que je ne puis préciser, j'étais devant la porte de mes écuries, abritée par un avant-toit, ayant devant moi, à une certaine distance, une maison d'haiîitation dont la porte était ouverte. Entre ce bâtiment et la place que j'occupais il y avait une vaste mare de fumier. Tout à coup, et par un épouvantable éclat de tonnerre, je vis descendre dans une direction un peu oblique et vers le milieu du tas de fumier, à li mètres de moi, une boule lumineuse de la grosseur d'une belle orange. Je croyais la voir pénétrer dans le fumier; mais, arrivée à un mètre de distance, elle prit une direction parfaitement horizontale parallèle au sol et vers la porte qui venait d'être fermée à l'instant par ma femme; arrivée à 15 mètres de la maison , la boule électrique, reprenant la même obli(iuité qu'elle avait en descendant, remonta vers les nuages en passant à un demi-mètre de la corniche voisine du toit; à 50 mètres de hauteur, je la perdis de vue. >>
Il est vraiment remarquable que ce météore n'ait pas suivi sa première direction pour se jeter dans la mare de fumier, dont le liquide paraissait assez bon conducteur po\nl'attirer.
Foudre en globe ascendante. — Plusieurs fois on a vu des globes de feu s'élever du sol dans l'atmosphère.
1. M. Hogard, ancien oflicier d'artillerie, raconte que le 26 août 1821, à Épinal, élant près d une fenêtre pendant un ora^^e, il vit un globe de feu de 4 pouces de diamètre environ, qui s'élevait vers les nuages, sous un angle de 50 à 60 degrés, et avec un sifUement analogue à celui des fusées d artiMce. Au même instant, il éprouva une commotion électrique si forte qu'il s'en ressentit i)endant plusieurs jours.
([) Compteimidus, t. XXXIII. p- S94 (iSWV
FOUDRE RN (iLOBK
explosion qui suivit de près celle apparition fut semblable à celle d'un mortier (1).
2. Le professeur Schiibler rapporte que le 20 août 1823, auprès de Giengen, au pied sud-ouest de l'Alp, on vil s'élever dans le ciel, du nord-ouest au sud-ouest, une masse ronde enflammée (]m alla se perdre sans .bruit ni sifflement au milieu de nuages qui occupaient tout l'horizon occidental presque jusqu'au zénith (2).
3. La scène suivante est racontée par l'abbé Spallanzani dans une lettre au P. Barletti, elle s'est passée près de Ginepreto, non loin de Pavie, Ir 29 août 1791, pendant un violent orage avec éclairs el tonnerre. — A cent cinquante pas d'une ferme, paissait dans un pré un troupeau d'oies; une jeune fille de douze ans et une autre plus jeune accoururent de la ferme pour faire rentrer les oies. Dans ce même pré se trouvaient un jeune garçon de neuf à dix ans et un homme qui avait dépassé la cinquantaine. Tout à coup apparut sur le pré, à 3 ou 4 pieds de la jeune fille, un globe de feu, de la grosseur des deux poings, qui, glissant sur le sol, courut rapidement vers ses pieds nus, s'insinua sous ses vêlements, sortit vers le milieu de son corsage, tout en gardant la forme globulaire, et s'élança dans l'air avec bruit. Au moment où le globe de feu pénétra sous les jupons de la jeune fille, i<s s'élargirent comme un parapluie qu'on ouvre. Ces détails furent donnés, iion par la patiente, qui tomba instantanément à terre, mais par le petit garçon et l'homme mentionnés; interrogés séparément, ils rapportèrent le fait identiquement de la même manière. « J'avais beau leur demander, dit Spallanzani , si dans ce moment ils avaient vu une flamme, une lumière vive descendre, tomber des nues et se précipiter sur la jeune fille, ils me répondaient constamment non, mais qu'ils avaient vu le globe de feu aller de bas en haut el non de liant en bas. » On trouva sur le corps de la jeune fille, qui d'ailleurs reprit bientôt connaissance, une érosion superficielle s'étendant du genou droit jusqu'au milieu de la
l) l'arisot, Ann. de chimie el de j}h,ys., t. XIX, p. 06 (1822). (2) Sur les orages de VoMuée 1823 dans le Wurtemberg, Bull, univ., P. Matlicm, t. II, p. 302 (1824).
poitrine, entre les seins; lacliemise avait été mise en pièces dans toute la partie correspondanle et les traces de brûlure qu'elle présentait disparurent à la lessive. On remarqua un trou dedeux lignes de diamètre qui traversait de [»art en part la partie du vêtement appelée pectonne (pettorina del busto). Le docteur Dagna, médecin du pays, ayant visité la blessée peu d'heures après l'accident, trouva, outre l'érosion déjà signalée, plusieurs stries superficielles, serpentantes et noirâtres, traces des divisions du rameau principal de la foudre. Le pré, à l'endroit même de l'accident, n'a présenté aucune altération, aucune trace du passage du météore (1).
4. S'il faut en croire quelques relations, on aurait surpris la foudre ascendante en globe au moment de sa naissance, et on l'aurait vue se former à très-petite distance du sol, à la surface du pavé d'une salle ; on l'aurait vue sortir du plancher d'une église, d'un puits (2), d'une excavation remplie d'eau croupissante ou d'eau pluviale; on l'aurait aussi vue naître d'un terrain humecté par de l'eau de fumier (3), ou bien, au contraire, d'un tison à demi consumé ou d'un brasero (4). Rapportons ces faits en en laissant toute la responsabilité aux auteurs qui nous les ont transmis et qui les ont observés.
5. L'abbé Girolamo Lioni da Ceneda dit avoir vu luimême, près de Venise, à deux coudées de terre, une flamme d'une extrême vivacité s'élever, disparaître, et qu'immédiatement après on entendit un bruit épouvantable.
6. Dans une lettre à Yallisnieri, en date du 10 septembre '1713, Maffei rapporte que s'étant arrêté peu de temps auparavant au château de Fosdinovo, sur le territoire de Massa-Carrara, pendant un urage et une pluie en quelque sorte diluvienne, il fut reçu par la maîtresse du château dans une salle du rez-de-chaussée; que là, lui et le mai-quis de Malaspina virent subitement apparaître à la surface du pave un feu (un fîioco) très-vif, d'une lumière en partie blanche et en par-
(1) Opusc, l. XtV, p. 29G.
(2) Mrm. de l'Acnd. des se. de Turin, séance du 20 juillet 17itS. i. XIV, p. i:t (1805).
(3) Journal de physique, l. XX, ji. 363.
(4) Opusc. scicnl. di Boluijna, l. Il, j). 27 (1818).
itie azurée; que le feu semblait fortement agité, mais sans mouvement progressif; qu'il se dissipa comme il était né, je weux dire tout à coup, mais après avoir acquis un grand volume. A ce dernier moment, Maffei sentit derrière son épaule, tdc bas en haut, un chatouillement particulier; des plâtras ( détachés de la voûte de la salle tombèrent sur sa tête; enfin iil entendit un craquement, un bruit qui était différent, lou- Itefois, du roulement habituel de la foudre.
7. Deux observantins, professeurs de philosophie, virent à ILucques, en juin 1724, un petit globe de feu se former à la «surface du sol et s'élever rapidement. Bientôt après ils en- I tendirent le bruit d'une explosion (Bertholon.)
8. A Erbezo, dans le Véronais, un prêtre nommé Piccoli ; aurait fait la même observation.
9. En 1750, le 2 juillet, à trois heures environ après-midi, ll'abbé Richard se trouvait pendant un orage dans l'église : Saint-Michel de Dijon. « Tout à coup, dit-il, je vis paraître,
» entre les deux piliers de la grande nef, une flamme d'un » rouge assez ardent qui se soutenait en l'air à 3 pieds du » pavé de l'église ; elle s'éleva ensuite à la hauteur de 12 à ■ » 15 pieds en augmentant de volume, et après avoir : » parcouru quelques toises en continuant de s'élever en dia- 1» gonale, à la hauteur à peu près du buffet de l'orgue, elle 1» finit en se dilatant par un bruit semblable à celui d'un ca- » non que l'on aurait tiré dans l'égUse même (1) . »
10. Le l^"" mai 1746, la foudre atteignit l'égUse d'Oster- 'wahla en Westmanie. Aussitôt après le coup, la femme du : sonneur et sa servante entrèrent dans l'église. Elles y avaient Ifait à peine cinq ou six pas qu'elles furent épouvantées par un : second coup de tonnerre, et virent une grosse masse de feu ^ sortir du plancher de l'église et se diriger sur la porte par la- I quelle elles venaient d'entrer; toutes deux entendirent un I bruit semblable à celui d'un torrent. Au même instant le "•vicaire, qui était dans la cour du presbytère, vit un globe de jfeu sortir de la tour de l'église que le premier coup de foudre lavait frappée, et s'évanouir dans l'air (2).
(1) Richard, Hist. de l'air, t. VJll, p. 290. '2) CoUecl. académique, pal., t. XI. p. 16.
11. Au rapport de Jos.-Mar, Bachelonus, un violent orago éclata sur Bologne, le 21 juillet 1745, et la foudre frappa une tour attenant à un monastère de femmes. Or, suivant plusieurs témoins dignes de foi, la foudre sorh7 d'une excavation souterraine où se rendaient les eaux de la voie publique, sous la forme d'un énorme globe de feu qui prit sa course au-dessus de la surface du sol et se jeta bientôt avec furie surin tour mentionnée dont une grande partie s'écroula; aucune personne ne fut blessée.
Une religieuse avancée en âge affirma à Bachetonus avoiivu, plusieurs années auparavant , un météore entièremeni semblable au précédent sortir du même endroit et aller frapper avec grand bruit le sommet de la môme tour, mais sans la démolir (1).
42. Au milieu d'une horrible tempête, le docteur Gardino vit plusieurs globes rfe fe?* voltiger de tous côtés à une petite distance du sol, en faisant entendre un bruit de crépitation. Ces foudres sorties de terre, ajoute-t-il, tuèrent des animaux, endommagèrent des arbres et des maisons : un homme fut tué dans son lit. Enlin, au dire de plusieurs témoins, l'une de ces foudres ascendantes sortit d'une excavation remplie d'eau croupissante sous la forme d'un globe rond d'un pied de diamètre, qui, après avoir glissé sur le sol humecté par l'eau putride, s'éleva le long du mur d'une maison et détona violemment au niveau du toit. Le docteur Gardino put constater lui-même le trajet du météore sur la surface du mur, et vit une des tuiles du toit percée d'un trou rond d'un pouce de diamètre.
13. Au mois de février 1767, à Presbourg, une tlamme bleue, conique, s'échappa à l' improviste et avec détonation d'un brasero, en brisant le récipient qui était de terre et éparpillant les charbons enflammés. Cette flamme serpenta trèsrapidement dans la chambre, brûla le visage et les mains d'un enfant, s'échappa, partie par la fenêtre, partie en rampant par une porte, brisa en mille pièces un autre brasero dans une chambre voisine, et sortit enfin par le tuyau delà
(i) Bunoniens, Commeul., l. Il, ^ i, p. 460.
FOUDhE EiN GLUBE laJ
cheminée, en jetant dans la rue des jambons aLLachés sous le manteau de cette cheminée. On sentit pendant quelques heures une odeur de soutre (1).
'14. Le fait suivant a été consigné par Ant.-Max. Lorgna, dans une lettre à Volta. Pendant un violent orage qui eut heu le 27 avril 1782, sur les 5 heures du soir, à deux milles environ de Vérone, on vit tout à coup une tlarnme sortir du milieu d'une cour fermée de murs et dont le sol était encore humecté par un amas de fumier récemment enlevé. Cette flamme se répandit promptement dans tout l'espace que le jumier avait occupé èt même un peu au delà ; elle monta à 5 ou 6 pieds de terre et éclata heureusement près de l'angle de la cour le plus éloigné de la maison avec un .bruit semblable à celui d'un coup de tonnerre; la maison en trembla. Une jeune tîlle et son frère en ressentirent une violente commotion, et un gros pilastre de la porte qui menait aux champs fut entièrement détruit (2).
Foudre en globe se mouvant de haut en bas et de bas en haut à plusieurs reprises — Sept personnes étaient réunies dans un sal.tii, au rez-de-chaussée, d'une maison de campagne près de Marseille, lorsque, pendant un violent orage, elles virent entrer la foudre sous la forme d'un globe de feu du diamètre d'une assiette. Le météore se dirigea sur une jeune fille de dix-huit ans, qui, frappée de terreur, s'était jetée à genoux, l'atteignit aux pieds, puis rebondit jusqu'au plafond, et se mut ainsi trois ou quatre fois, avec une sorte de régularité, en frappant alternativement le plafond et les pieds de la jeune hlle, sans qu'elle éprouvât pendant cette action d'autre sensation qu'une légère crampe aux jambes. Les témoins de ce phénomène n'éprouvèrent aucun mal. Le globe de feu sortit par le trou d'une serrure. Quant à la jeune hlle, elle ne put se relever immédiatement. Pendant pins de quinze jours, elle ne put marcher qu'aidée par les bras qui la soutenaient, et pendant deux ans, au mo-
(1) Sauri, Cours de phys., IV, p. 36. Note de l'Observ. d'Orisli, Opusc. scient. BoJogne, 1. 11, p. 28(1818).
(2) Journ. de plujs., t. XX. p. ^'y.
ment où elle s'y attendait le moins et à des intervalles plus ou moins longs, elle s'affaissait sur elle-même et tombait, si personne n'était là pour la soutenir.
Ce fait m'a été communiqué par une personne qui m'inspire toute confiance, mais qui n'en a pas été témoin. Au reste, ce ne serait pas l'unique fois que l'on aurait vu la foudre en globe passer par un orifice étroit. Nous savons aussi qu'il n'est pas rare de la voir rebondir, même à plusieurs reprises; mais ce serait pour la première fois, à notre connaissance du moins, qu'on l'aurait vue affecter ce curieux mouvement de va et vient. «
Foudre englobe entre deux nuages. — l.Le 22 septembre 1803, à 7 heures du soir, à Belfort,N.-C. -Louis Ordinaire a vu, par un ciel très-obscur, un globe de feu qui sortit d'un nuage au zénith et se précipita dans un autre. Il était d'une couleur rouge jaunâtre extrêmement brillante et illumina le terrain. — Il semblait avoir6à8 pieds de diamètre. — Il a été visible pendant au moins une minute. Il s'est précipité dans «n autre nuage en roulant sur lui-même et formant un demicercle. L'observateur le perdit de vue sur un bois à 200 pas de lui, et il présume que c'est là ou à peu près qu'eut lieu l'explosion. Elle fut accompagnée d'un bruit sourd comme celui d'un coup de canon dans le lointain(l) .
Lalande a cité trente-six observations pareilles dans la Connaissance des Temps de l'an vu et de l'an x.
2. Un soir, à l'Ile-de-France, en 1770, les nuages, comme on pouvait en juger par les montagnes du port, descendaient jusqu^à la faible hauteur de 400 mètres; la pluie était trèsabondante, î II éclairait beaucoup ; mais les éclairs, loin de » ressembler aux éclairs ordinaires, n'étaient autre chose » que de très-gros globes de feu qui paraissaient subitement » et disparaissaient de même sans explosion (2) » (Le Gentil).
3. Le l*"" mars 1774, près de Wakefield, à la suite d'un violent orage et lorsqu'il no restait plus dans le ciel que deux nuages peu élevés au-dessus de l'horizon, M. Nicholson
(1) Mognz. cncycl.., t. III, p. 537 (i«03). 2) Arago, Notice, p. 260.
FOUDRE liN ULOHK liî';
voyait à chaque instant des météores semblables à ceux qu'on appelle étoiles filantes descendre du nuage supérieur au nuage inférieur (1).
4. Au dire de Sclieuchzer, les chasseurs de chamois et les habitants des Alpes voient quelquefois, pendant les orages, la foudre éclater près d'eux et au-dessous d'eux sous la forme d'une boule de feu qui lance des étincelles en bas, en haut et de tous les côtés (2).
5. Cornuel cite l'apparence singuhère d'un éclair qui ressemblait à un jet de métal fondu et qui parut entre deux nuages, sans bruit ni fulguration.
6. Le 2 septembre '1716, vers 3 heures de l'après-midi, un voyageur descendait, avec un homme du pays, du haut du Cantal pour aller aux eaux de Vie ; bientôt ils entrèrent dans les nuées qu'ils avaient d'abord vues au-dessous d'eux. « Le brouillard était si épais qu'il ne leur permettait pas de » voir la bride de leurs chevaux, mais ils virent quantité de D corps globuleux qui voltigeaient de divers côtés dans la nue; » leur couleur était rougeâtre et obscure, semblable à celle du » soufreallumé;ilstournaientavecbeaucoup de rapidité autour » de leur centre. Il y en avait de différentes grandeurs, et l'on » en vit un croître considérablement en fort peu de temps. » Lorsque ces boules passaient, il tombait des gouttes de » pluie aux environs. Jusque-là rien n'avait épouvanté; mais » peu à peu on vit un de ces globules, qui avait environ 2 pieds » de diamètre, s'ouvrir à sept ou huit pas de là, et laisser couler » en s'ouvrant une flamme vive dont quelques parties allèrent » en bas, d'autres en divers sens. Le globe en s'ouvrant fit un
bruit pareil à celui d'une livre de poudre jetée sur le feu ; il » s'enllamma et s'écarta rudement. »
Alors l'air devint infect : « les parties qui s'étaient sépa- » rées de la boule s'étendirent en devenant plus claires et » disparurent aussitôt (3). »
(1) Arago Notice, p. 261.
(2) Schw. M. G esch., ir, p. 54. Méiéorol,, p. 24. Reimams, p. 20(1773).
(3) Lozeran de Fech, Dissertalion sur le tonnerre, prix de l'Acad. de Bordeaux, t. II (1726). — Journal des savants, p. 235 (1738). — Loç. de pkys. de Jos. Privaz de Molière, t. III.