SUR
Légères
Graves. . .
Très-graves
Totaux....
En conséquence, on ne pourra généralement pas pronostiquer l'issue probable de la fulguration, d'après l'examen des lésions extérieures, et en particulier, si l'on est appelé auprès d'un foudroyé réduit au plus grave état, presque mort, qu'on se garde bien de désespérer de le rappeler complètement à la vie et à la santé, par cela seul qu'on le voit couvert de plaies nombreuses, larges et profondes ; mais qu'on évite aussi de donner aux assistants un trop grand espoir de salut en ne constatant que des blessures superficielles et d'une petite étendue.
On sera mieux convaincu de l'importance de ce conseil, si l'on reporte son attention sur les trois catégories suivantes d'observations que nous avons exposées en détail lorsque nous avons décrit les lésions extérieures (chap. I, sect. ï, art. v).
1° Blessures très-graves chez des individus qui ont survécu au foudroiement ;
2° Blessures très-légères chez des individus qui ont succombé ;
3° Individus tués par la foudre, et chez lesquels on n'a trouvé aucune lésion extérieure.
1 VII. — Pronostic de certaines lésions extérieures et plus particulièrement des brûlures produites par la foudre. — Parmi les lésions extérieures dues à la fulguration, il en est de tellement graves que très-probablement , ou certainement , elles entraîneraient la mort des foudroyés, s'ils ne périssaient pas tou-
DIVERSES gUËSTlONS OE PRONOSTIC 291
jours alors instantanément sous l'influence de ia fulguration même. Toutefois, dans l'immense majorité des cas, les lésions extérieures n'ont pas cette énorme gravité, et il est fort rare qu'elles soient mortelles par elles-mêmes.
Si, laissant de côté tous les foudroyés qui ont succombé sous le coup même de la décharge électrique et dont la mort instantanée ne peut évidemment être attribuée aux lésions extérieures, nous puisons les éléments de notre démonstration, là seulement où ils se trouvent, c'est-à-dire chez les foudroyés, qui ayant été blessés ont survécu au premier choc pour se rétablir entièrement, ou pour succomber plus tard à leurs blessures, nous trouvons 233 cas à examiner dans notre collection.
Or, sur ce grand nombre de foudroyés, il en est six seulement dont la mort peut être attribuée aux blessures et à leurs complications. Trois d'entre eux ont succombé à la suite de brûlures sans complications (Trencalye, Ackermann, Richard) ; un quatrième a succomM à la suite de brûlures compliquées de gangrène (Agricoîa) ; un cinquième à une brûlure suivie de gangrène et do tétanos (Ristelhueber) ; enfin le sixième cas, c'est une femme de 68 ans, gravement brûlée, mais déjà en pleine convalescence, et que des écarts de régime conduisirent au tombeau après une gastro-entérite (Volpelière).
Ainsi, sur 233 foudroyés qui n'ont pas succombé au premier choc et qui furent atteints de lésions extérieures, la mortalité due à ces lésions et à leurs suites est de 26 pour cent. Sur ces 233 foudroyés, 62 furent atteints de blessures graves et ont survécu au premier choc, et quatre d'entre eux moururent, soit 6,4 pour cent. Presque toutes ces lésions extérieures sont des brûlures, et il est fort remarquable que trois d'entre elles seulement se soient compliquées de gangrène, de tétanos et de gastro-entérite suivis de mort. Chez un autre foudroyé, il survint comme complication des brûlures une entérite aiguë qui guérit (Minoozio).
Les brûlures fulminiques nous semblent moins souvent mortelles que ^es brûlures qui ont nue autre origine. Il semble résulter de nos observations :
29i PRONOSTIC ET STATISTIQUE
P Que l'élément douleur domine moins dans les brûlures produites par la foudre que dans les autres, d'abord, parce qu'au moment même de la fulguration, le foudroyé perd souvent connaissance ; parce que, consécutivement, il est plus ou moins paralysé, et l'on sait quelle malheureuse influence la douleur exerce chez les personnes brûlées par l'eau ou par le feu.
2° Que les brûlures produites par la foudre sont généralement moins étendues que celles qui résultent de l'action de ces deux agents.
3° Que l'agent comburant qui a produit la brûlure n'a agi que pendant un instant.
4'^ Que la plupart des brûlures fulminiques sont superficielles, rarement elles atteignent toute l'épaisseur delà peau. Limitées d'une façon fort singulière par le tissu cellulaire sous-cutané qu'elles respectent, il est rare qu'elles arrivent jusqu'à la couche musculaire. Quelquefois, la teinte noire de la peau et la sécheresse des eschares ont fait croire, mal à propos, à une carbonisation profonde.
5° Que les lésions extérieures causées par la foudre, les brûlures en particulier, pourraient bien être dangereuses par le caractère toxique que la foudre imprimerait. C'est l'opinion de quelques auteurs, et en particulier celle de Van-Mons.
Suivant Daquin, les plaies dues à la foudre ont généralement un mauvais caractère, provenant en partie de la nature même du feu de la foudre.
Nous ne voyons rien qui démontre cette action toxique, spéciale de l'agent comburant ; la suppuration de ces plaies a été généralement de bonne nature. 11 est encore plus impossible de croire, comme quelques personnes ont osé l'affirmer, que quelques foudroyés aient péri au moment même du coup de foudre à cause de l'intoxication de leurs blessures. D'ailleurs, nous ne saurions trop rappeler contre cette prétendue intoxication des blessures, qu'elles n'ont été mortelles que six fois sur 233 cas.
Les blessures et les brûlures fulminiques en particulier ont donc en général un pronostic favorable; ce n'est qu'exceptionnellement qu'on a signalé le tétanos, la gangrène.