ART. 2. — DES DIVERSES ESPÈCES DE LÉSIONS DES VÊTEMENTS
1 1. — Vêtements brûlés. — La brûlure, la combustion des vêtements s'observent souvent chez les foudroyés. Le degré de la brûlure est très-variable : tantôt les tissus sont légèrement roussis ou ne présentent que des maculatures noirâtres; tantôt, quoique simplement roussis en apparence, si on les froisse entre les doigts, ils tombent en poussière ou en lambeaux. Souvent ils sont complètement carbonisés; ou bien encore ils disparaissent par suite de leur combustion.
L'aspect des tissus brûlés varie suivant leur nature. Par exemple, on a vu les ceinturons de deux soldats ratatinés comme s'ils avaient été exposés à un grand feu.
Quant à retendue de la lésion, parfois on ne trouve que des points, des taches, des raies de brûlure. Ainsi :
Une foudre en globe avait pénétré dans une chambre où se trouvaient deux dames : de nombreuses étincelles rejaillirent sur leurs robes et y occasionnèrent des taches de brûlure.
Solokow, qui assistait Richman dans ses expériences au moment où il fut tué par la foudre, eut le dos de son habit sillonné par de longues raies étroites, comme si des fils de fer rougis au feu eussent grillé le poil de l'étoffe.
(i) Journal le Cosmos, t. XVllI, p. 649 (i861y.
Mais d'autres fois la brûlure occupe une vaste étendue, atteint plusieurs vêtements superposés et laisse quelquefois ainsi le foudroyé nu ou presque nu.
Ramazzini cite un laboureur doijt tous les vêtements furent brûlés, à l'exception des courroies.
Un individu, dont parle Thom. Neale, eut ses vêtements brûlés et mis en pièces; les morceaux en étaient tellement épars et tellement réduits par le feu qu'on n'en put ramasser de quoi remplir le fond d'un chapeau.
La combustion est parfois remarquable par la flamme qui l'accompagne; elle est claire, brillante, et jaillit des vêtements. Cette combustion est quelquefois extrêmement rapide et paraît, dans certains cas, attaquer simultanément les vêtements de tout le corps. Ainsi, un homme s'était mis à l'abri sous un chêne lorsqu'il fut tué par la foudre ; ses vêtements, dit Withering, furent mis en feu tous à la fois et non progressivement.
Le iOmai 1865, vers 5 heures du soir, un cantonnier, nommé Louis Roussel, fut tué par la foudre sur la route de Bapaume à Albert, sur le territoire de Ligny-Tilloy. Quand on a trouvé ce malheureux, il était dépouillé de ses vêtements qui brûlaient encore. C'est sous un arbre que la foudre l'a atteint (Constitutionnel).
Parfois la combustion a lieu malgré la pluie qui imbibe les vêtements, comme Orioli l'a signalé chez deux matelots. Toutefois, contrairement à un préjugé assez généralement répandu, l'eau de pluie ou l'eau qu'on projette l'éteint facilement. Ainsi, chez le foudroyé cité précédemment par Withering, deux individus, étant accourus en voyant ses vêtements en flamme, éteignirent promptement l'incendie avec l'eau d'une mare que la pluie avait formée près de là. — Ajoutons que les vêtements embrasés de deux individus notés par Hoff et Trencalye furent rapidement éteints par la pluie qui tombait alors.
Le fait suivant, qui trouve naturellement sa place ici, démontre que parfois l'étincelle de nos machines met le feu aux vêtements de l'homme :
R. Roche électrisait son fils malade, âgé de seize ans.
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Un jour, le jeune homme avait par hasard un habit de futaine grossière; une étincelle, tirée de l'épaule droite, mit le feu à l'habit dans cette région; la flamme s'éleva de 6 pouces et on eut de la peine à l'éteindre. — Il n'y avait dans la chambre aucune substance dont il sortît des vapeurs inflammables.—Le même jour, à 9 heures du soir, le même accident se reproduisit avec le même habit, mais sur le bras gauche.
Un phénomène digne de remarque, c'est que parfois les vêtements intérieurs sont brûlés, tandis que les vêtements extérieurs sont respectés, comme le prouvent les citations suivantes :
Une femme, notée par Sam. Cooper, eut sa chemise roussie, tandis que les jupons et la robe étaient intacts.
Chez un autre individu, cité par Goiîdinet, les vêtements extérieurs n'offraient aucune altération, tandis que la chemise était brûlée en plusieurs endroits qui répondaient à des brûlures de la peau. Plus bas, la culotte avait était épargnée, quoique ici encore la chemise eût été brûlée.
Chez un matelot, dont parle Minonzio, le bonnet fut troué ; les vêtements de drap furent épargnés; mais la chemise et les objets en toile, dans les endroits correspondant aux plaies de la surface du corps, étaient tout à fait brûlés ou tellement roussis que le tissu froissé entre les doigts tombait en poussière ou en lambeaux.
Ce même phénomène fut observé chez deux autres matelots atteints par le même coup de foudre : les vêtements de drap, qui étaient alors déboutonnés, restèrent intacts, tandis que les vêtements sous-jacents en toile étaient brûlés.
D'autres fois, ce qui est peut-être encore plus singulier, la doublure seule des vêtements est brûlée et l'étoffe extérieure est épargnée. Ainsi :
Dans un cas cité par Huxham, l'étincelle, après avoir traversé en un point l'habit, la veste et la chemise, carbonisa la manche de la chemise et de la veste et la doublure de la manche de l'habit, mais sans intéresser l'étoffe extérieure de celle-ci. — De même la culotte et les bas étaient brûlés à leur face interne, tandis que la face externe était restée intacte.
Un jeune garçon, noté par Guden, portait une camisole neuve de coton doublée de flanelle. Getle doublure présenta tout le long du dos une ligne jaune roussie; l'étoffe de coton n'était ni roussie ni déchirée, mais seulement comme refoulée en dehors sur une ligne correspondant à la ligne roussie de la flanelle. Les manches de la camisole et les deux cuisses de la culotte étaient déchirées dans toute leur épaisseur.
On voit même quelquefois l'étincelle foudroyante roussir, brûler la doublure d'un vêtement, sans altérer ni l'étoffe supérieure, ni la surface de la peau. Ainsi :
Chez un individu la foudre passa entre le bas et la jambe et roussit le bas, mais seulement à sa face interne et sans blesser la peau. La doublure de la culotte fut également brûlée et la cuisse épargnée. Le quartier d'un soulier fut déchiré et la peau resta intacte.
§ IL — Vêtements déchirés, décousus. — Trèssouvent les vêtements des foudroyés sont déchirés en un plus ou moins grand nombre de lambeaux d'étendue variable, sans traces de combustion, ou du moins, si ces traces existent, elles sont peu marquées en comparaison de la déchirure.
Tantôt la déchirure simple ou multiple n'occupe qu'une portion peu étendue du vêtement. Par exemple, c'est un lambeau enlevé au chaperon et à la manche droite d'un individu. — C'est une lanière de 2 pouces de largeur arrachée à la manche de chemise d'un matelot, de l'épaule au poignet. — C'est un pantalon déchiré en plus de vingt endroits et qui n'offre plus que des lambeaux.
Mais parfois la déchirure est beaucoup plus étendue et atteint de haut en bas et sur une ligne principale, les vêtements du tronc et des membres. Ainsi, les habits d'une sentinelle furent déchirés de haut en bas et sans aucune marque de brûlure. — Un vieillard eut son habit, sa veste, sa chemise, sa culotte et ses bas entièrement déchirés du côté droit. — Tous les vêtements d'un individu, à l'exception de sa chemise, furent mis en pièces, également du côté droit.
Les bords de la solution de continuité, ordinairement dentelés et irréguliers, sont quelquefois nets et faits comme par
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un instrument plus ou moins tranchant; le vêtement est plutôt coupé et incisé que déchiré. Ainsi l'étoffe d'un pourpoint paraissait coupée par un instrument émoussé. — Le collet d'une chemise était coupé (Gilbert). — La doublure d'une jaquette et d'un pantalon était coupée comme par un instrument tranchant (Tilloch). — Un liomme eut ses habits, trempés par la pluie, coupés comme par la pointe d'un couteau depuis l'épaule gauche jusqu'à la pointe du pied (Liclitenberg).
Mais la déchirure ou la section des vêtements prend parfois des proportions plus considérables que celles que nous venons d'indiquer. On voit alors les vêtements déchirés en mille morceaux, réduits en innombrables filaments et même en une sorte de charpie dans presque toute leur étendue. Citons quelques exemples de ces remarquables phénomènes :
Eli juillet 1829, la foudre tua instantanément un homme qui était occupé à pomper dans des champs inondés. Ses habits étaient littéralement réduits en atomes et les parties métalliques de ses vêtements paraissaient avoir été fondues (Howard).
La jaquette, le gilet, la chemise et les bas d'un individu furent mis en lambeaux, en guenilles ; on ne retrouva plus que le bord du chapeau de paille. Un mouchoir, qui était dans ce chapeau, fut retrouvé, à quelque distance de là, déchiré en nombreux morceaux. Le brodequin gauche était percé d'un trou comme brûlé par un fer chaud. Les vêtements ainsi déchirés n'offraient aucune trace de combustion (Davies) .
Parfois les vêtements sont à la fois déchirés en morceaux et divisés en lanières et en filaments. Ainsi :
Un employé du télégraphe électrique de Strasbourg, qui ne portait ni habit ni gilet au moment où il fut frappé par la foudre, eut son pantalon et sa chemise réduits en petites lanières et en petits morceaux de la grandeur d'une pièce de 50 centimes; les lambeaux qui restèrent sur son corps furent enflammés et brûlèrent assez profondément le côté gauche du tronc et le bas-ventre. L'élastique de la bretelle du côté gauche fut fondu et volatilisé. La chaussette du même côté
fut déchirée en mille pièces et le soulier enlevé et porté à l'autre bout de la chambre (de Quatrefages).
Chez un foudroyé, la manche droite de l'habit et de la chemise, les deux jambes du pantalon et le bas gauche étaient déchirés; et même, dans une largeur de plusieurs pouces, ils avaient été tellement divisés qu'ils pendaient en lambeaux et en filaments (Hetebel).
Parfois enfin les vêtements sont réduits en filaments, en charpie dans une grande étendue. Par exemple :
Les vêtements de coton d'un jeune ouvrier tombaient en charpie, dit M. Hubert.
Une servante et un homme, ayant été foudroyés en même temps, présentèrent dans leurs vêtements le même genre de lésions. Chez la première, une partie de la robe et de la chemise fut disséquée en mille filaments. — Chez le second, les vêtements et plus particulièrement la chemise de laine et la chemise de lin ne furent pas simplement déchirés , mais comme disséqués en minces filaments. Cette singulière lésion n'affectait que les vêtements du côté droit du corps. Le soulier droit lui-même, fait d'un cuir très-fort, était miraculeusement réduit en longs filaments et fut trouvé à 30 pas du cadavre. — Diemerbroeck, qui rapporte ce fait, ne dit rien sur l'état de ces filaments et ajoute seulement que les vêtements ainsi disséqués répandaient une trèsforte odeur de brûlé. — Une pareille lésion ne rappelle -t-elle pas le phénomène des arbres réduits en lattes , en balais?
Chose bien remarquable, c'est que la déchirure ou la section n'atteint parfois que la doublure du vêtement, l'étoffe de dessus restant intacte, et réciproquement. Ainsi :
Chez un homme, on voyait au dos, sur le trajet de la colonne vertébrale, une eschare noire, faite comme par l'alcah caustique, et une autre sur le côté externe de la cuisse droite ; or, dans les endroits correspondants, la doublure de la jaquette et du pantalon était coupée comme par un instrument tranchant, tandis que l'étoffe extérieure de ces vêtements était intacte (Tilloch).
Le contraire a eu lieu chez un individu à Stralsund ; l'é-
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toffe de dessus de l'habit fut déchirée, sans que la doublure ait été endommagée.
Les vêtements sont quelquefois décousus dans une étendue plus ou moins considérable. Ce phénomène est rare, car nous n'en connaissons que trois exemples bien constatés. Ainsi :
Chez un individu cité par Rice la couture interne de la jambe gauche du pantalon fut ouverte dans la longueur de huit pouces environ.
Chez un charretier, observée l'Hôtel-Dieu par M. Moynier, le pantalon en velours était décousu aux deux jambes, en dedans et en dehors, à la même hauteur, un peu au-dessus des chevilles et dans une longueur de quinze centimètres. Il était bien décousu, ajoute M. Moynier, et non pas déchiré ni brûlé, et le fil qui unisssait les deux bords de velours était coupé dans l'étendue indiquée, comme un tailleur aurait pu le faire.
La lésion a été encore plus étendue chez un jeune garçon observé par l'abbé Chapsal ; ici le soulier, le pantalon, le gilet et la veste ont été décousus dans les parties où la couture était faible, et ont été mis en lambeaux là où elle a opposé de la résistance.
I IIL — Vêtements troués. — Un des effets les plus fréquents de la foudre sur l'homme est de trouer ses vêtements. Cette lésion, examinée avec attention, n'est pas sans intérêt.
a. Tantôt on ne trouve qu'un seul trou au vêtement extérieur ; le diamètre en est variable. Ainsi :
Il élmi presque imperceptible et il n'avait qiiune ligne de diamètre dans deux cas sur lesquels nous reviendrons bientôt. — Une foudre englobe, ayant pénétré sous les jupons et la chemise d'une jeune Italienne, perça les vêtements au niveau de la poitrine et fit à la pectorine un trou du diamètre de deux lignes par lequel elle s'échappa (Spallanzani).
Le trou unique pratiqué au vêtement est quelquefois plus considérable. Par exemple :
Il était de la grandeur d'un demi-florin dans la bordure du vêtement d'un prêtre. — Le gilet d'un homme était percé
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d'un trou du diamètre d'une balle d'assez gros calibre. Parfois enfin le trou est beaucoup plus grand encore. Ainsi :
Chez un individu, cité par Gabard, la chemise présentait un trou à passer les deux poings et dont la circonférence était frangée et noirâtre, comme cela a lieu dans les brûlures de la toile.
11 arrive que le trou traverse les diverses couches de vêtements et arrive à la peau en conservant son même diamètre. Mais il n'en est pas toujours ainsi, et la disposition que la lésion présente offre parfois des singularités fort remarquables. Par exemple :
Chez un homme, le trou fait à la manche de T habit était petit, tandis que le trou correspondant de la chemise était notablement plus grand.
Quelquefois l'étincelle, après avoir percé d'un trou le vêtement extérieur, s'étale en quelque sorte au-dessus et brûle le hnge et la peau dans une étendue considérable:
Chez un matelot cité par Minonzio, le pantalon de drap présentait un petit trou rond d'une ligne environ de diamètre, tandis que le linge sous-jacent et la peau étaient brûlés dans toute l'étendue de la fesse et d'une grande partie de la cuisse.
Ou bien encore l'étincelle, après avoir percé le vêtement extérieur, se divise subitement en un très-grand nombre de petits rayons qui vont cribler de trous les vêtements plus profondément placés. Ainsi :
Chez un laboureur cité par Filleau, la foudre pratiqua une ouverture presque imperceptible aux vêtements extérieurs, sur la région de l'omoplate gauche, s'introduisit entre la peau et la chemise, puis glissa le long de la partie latérale gauche du corps en y faisant une légère impression; mais parvenue à la fesse gauche, elle y fit, ainsi qu'à la chemise, environ 200 points de brûlure.
La foudre en globe qui atteignit Pitcairn à l'épaule droite fit à son habit un trou large d'un quart de pouce, puis elle descendit le long du tronc et pratiqua, dans ce trajet, une infinité de petites ouvertures aux vêtements.