‹ De la foudre (volume 2)Chapitre 138 sur 198 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

TRAITEMENT DES ACCIDENTS PRODUITS PAR LA FOUDRE SUR l'homme.

Sommaire. —Art. I. — État de mort apparente. — § I. Éloctiicitc. — § II. Insurtlatioii pulmonaire. — § III. Chaleur. — § IV. Irritation de l'entrée des voies aériennes et du conduit auditif externe. — § V. Frictions; chatouillement; flagellation; urtication. — § VI. Bains froids. Affusions et aspersions froides. — § VII. Saignée. — § VIII. De quelques autres moyens. —Art. II. Congestions diverses. — §1. Délire. — §11. État apoplectique. -^ § III. Congestion cérébrale et pulmonaire. — § IV. Accidents épileptifornies. Engourdissement. — Art. TU. — Paralysies consécutives. — Art. IV. — Moyens internes. —Art. V. — Traitement des lésions externes. —Art. VI. — Résumé du traitement. —Moyens de se garantir des effets de la frayeur pendant les orages.

Nous n'avons rien trouvé dans les auteurs anciens qui concernât le traitement des individus frappés par la foudre. On n'osait pas toucher aux corps des foudroyés,

Ausus es igné Jovis percussum tangere corpus.

écrit Ovide (1) en exil à un ami dévoué.

Les cadavres des foudroyés n'étaient point brûlés : on les enterrait. C'est Pline (2) qui nous a transmis cette coutume toute religieuse, sans nous dire quels soins étaient prodigués à ceux que la foudre n'avait pas frappés de mort subite.

La foudre agit sur l'homme d'une manière bien différente suivant les cas et donne lieu à des états morbides fort variables : elle peut engendrer directement ou indirectement une grande partie des affections qui constituent le cadre nosologique. On ne doit donc pas s'attendre à ce que nous donnions ni un traitement spécifique des accidents qu'elle détermine, ni l'ensemble des méthodes employées pour arriver à leur guérison. Nous ne pouvons exposer ici que des notions générales sur les moyens mis le plus fréquemment en usage et sur la valeur qu'il convient d'y attacher. C'est au médecin qu'il appartient d'appliquer à chaque cas le traitement qui lui

(1) Ovide, Les Tristes, liv. III, élégie 5, vers 7. (;2) Pline, Hist. nat., liv. II, chap. lv.

ETAT DE MORT APPARExNTE 393

convient; son appréciation personnelle, son expérience, ses connaissances spéciales, et surtout de bonnes idées générales, lui fourniront alors plus de ressources que nous n'en pouvons faire entrer dans ce chapitre.

Pourtant, parmi les accidents que produit la foudre, il en est d'une telle gravité, qui demandent une telle promptitude de secours que nous avons cru devoir entrer à leur égard dans quelques développements, afm de déterminer d'une manière aussi sûre que possible les moyens les plus efticaces en pareil cas et d'éviter par là des tâtonnements dont le résultat pourrait être désastreux.

' De tous ces accidents, le plus grave, celui qui exige la plus prompte décision, et pour lequel on doit toujours être prêt, c'est l'état de mort apparente. C'est donc de cet état que nous nous occuperons plus spécialement, et c'est par lui que nous allons commencer.

Un grand nombre de moyens ont été employés pour ramener à la vie les foudroyés en état de mort apparente. Nous allons successivement passer en revue ceux qui ont eu ou ont paru avoir une efficacité réelle.

1 1. -— Électricité. — Cet agent s'emploie de plusieurs manières.

A. Tantôt on se propose de produire une excitation générale. Alors, après avoir isolé le malade, on tire des étincelles de différentes parties de son corps (c'est ainsi que l'ont pratiqué Fiïller, Bernoailli, Nicolas de Nancy, Holst), ou bien on fait passer un courant d'induction de la bouche à l'anus, en plaçant l'un des pôles dans la bouche ou dans le pharynx et l'autre dans le rectum.

B. Tantôt on veut agir localement, sur un appareil ou sur un organe en particulier. Ainsi :

1" On dirige le courant sur les parois de l'oreille externe, sur la cloison des fosses nasales, dans le larynx, cherchant à

394 TRAITEMExNT DES ACCIDENTS

déterminer de cette manière une stimulation qui réagisse sur le système nerveux général et plus particulièrement sur l'appareil respiratoire.

2° On agit directement sur le cœur. — A Taide d'une bouteille de Leyde, on tire des étincelles du côté gauche de la poitrine, sous le mamelon. — On fait passer des secousses électriques du côté droit au côté gauche du thorax, ou bien de la clavicule droite aux fausses côtes du côté gauche. — On enfonce dans le cœur une épingle sur laquelle on place un des excitateurs de l'appareil à induction, tandis que Fautre pôle est mis en rapport avec les parois thoraciques.

3° On s'est surtout appliqué à produire les mouvements respiratoires en agissant sur le diaphragme, soit directement, soit indirectement, par l'intermédiaire des nerfs phréniques.

Dans le premier cas, on place l'un des conducteurs galvaniques au creux de l'estomac et l'autre à la partie supérieure de la moelle épinière (Rossi). — D'autres fois, on met l'un des pôles sur la langue et l'autre sur une épingle enfoncée dans les parois de la poitrine à la hauteur des insertions du diaphragme. — Enfm, on détermine des contractions du diaphragme en enfonçant une aiguille à acupuncture dans chacune des parois latérales de la poitrine, entre la 7^ et la 8^ côte, de manière à atteindre les fibres de ce muscle, qui, du reste, ne se trouvent qu'à quelques lignes de la surface cutanée, puis faisant passer un courant de l'une à l'autre.

Dans le second cas, c'est par les nerfs phréniques qu'on excite le diaphragme. Pour atteindre ce but, Andrew Ure avait mis à découvert, chez un animal, le nerf phrénique, au cou, et l'une des attaches du diaphragme sous le cartilage de la 7® côte; puis il avait fait communiquer ces deux points avec les pôles d'une pile. — Maintenant on sait que, pour faradiser les nerfs phréniques, il n'est pas besoin de les découvrir. Une aiguille qui répond au pôle positif est enfoncée dans la région du nerf phrénique, au cou, tandis qu'une autre aiguille, correspondant au pôle négatif, est plantée vers la partie tendineuse du diaphragme : en mettant ces deux aiguilles en communication avec les réophores d'un appareil d'induction, on excite les contractions du muscle. — Enfin aujourd'hui la

taradisation des nerfs phréniqnes s'obtient plus simplement encore en appliquant les excitateurs garnis d'épongés humides sur le trajet de ces nerfs, au-devant du cou; on fait passer un courant d'induction à intermittences très-rapides et on a soin de l'interrompre de temps en temps, à intervalles égaux et assez rapprochés.

Voici ce qui se passe alors : quand le courant agit, le diaphragme se contracte et produit l'écartement des côtes inférieures; en même temps les parois abdominales se soulèvent, refoulées par les viscères que comprime le diaphragme. La cavité de la poitrine s'agrandit donc ainsi par l'augmentation de tous ses diamètres et forcément l'air pénètre dans les poumons, ordinairement avec le bruit d'une inspiration sanglotante. — Quand le courant cesse, toute contraction musculaire cesse également; l'abdomen et la poitrine s'affaissent comme par le fait de l'expiration et l'air est chassé des poumons. Tels sont les phénomènes qu'entraînent l'excitation et la contraction du diaphragme.

Mais il y a plus : comme les nerfs phréniques communiquent avec le cœur, au moyen de la huitième paire, la faradisation de ces nerfs agit non-seulement sur le diaphragme, mais encore sur l'organe central de la circulation. Ajoutons enfin que les mouvements et les secousses du diaphragme sont bien propres à exciter les contractions du cœur.

Avant de chercher à apprécier la valeur de ces diverses applications de l'électricité au traitement de l'asphyxie des foudroyés, nous devons nous demander si cet agent a été jusqu'à présent employé dans ce cas particulier. — Eh bien ! nous ne connaissons pas une seule observation qui mentionne V Téiectricité parmi les moyens employés pour rappeler à la vie un homme frappé de la foudre. Tout ce que nous savons à cet égard, c'est, d'abord, que certains auteurs ont conseillé d'y recourir. — Ainsi le docteur Curry en recommande fortement l'essai. Charles Kite regarde l'apphcation modérée de l'électricité comme le stimulant le plus puissant chez les personnes plongées par la fulguration dans un état de mort apparente. « Cet agent, dit-il, pénètre aussi bien dans les * parties profondes que dans les parties superficielles et,

» par-dessus tout, il possède la propriété d'exciter i'irritabi- » lîté de la fibre musculaire (1) ».

Suivant Van Mons, un moyen qu'on ne peut assez tôt employer et dans l'usage duquel on doit mettre la plus grande confiance, ce sont les commotions électriques et galvaniques. « Mais, ajoute-t-il, l'administration de ce moyen demande » de grandes précautions; car, comme chez les foudroyés » l'irritabilité est en grande partie éteinte, il suffirait d'une » commotion tant soit peu forte pour la détruire entièrement » au lieu de la réveiller. On doit donc commencer par l'étin- » celle d'un conducteur et passer ensuite à une bouteille peu » chargée ou de quelques pouces seulement d'armure. Si ces » explosions, qu'on doit tirer au travers du cœur et dans la » direction des muscles respirateurs, ne produisent aucun » effet, on doit peu à peu en augmenter l'intensité et les » pousser jusqu'à la commotion infiniment plus forte d'une » pile et même d'une batterie. — Avant de commencer ces » opérations, dit-il encore, il est nécessaire de remplir de » bon air la cavité de la poitrine. »

En second lieu, dans des expériences faites sur ce sujet, quelques animaux foudroyés par l'étincelle des machines ont. été soumis à des chocs électriques et sont revenus à la vie.

Abylgard rapporte que des oiseaux, qui avaient reçu de violentes décharges électriques sur la tête et que l'on regardait comme morts, ont été rendus à la vie par de légères commotions sur le cœur et sur les poumons, même après qu'on avait tenté vainement les stimulants d'ordinaire les plus puissants.

Le docteur Curry (2) conseille fortement l'usage de l'électricité. « On sait,* dit-il , que des poulets et d'autres petits » animaux, après avoir été privés de tout sentiment et de » tout mouvement par de violents chocs électriques donnés » au travers de la tête ou de la poitrine, peuvent être res- » suscités immédiatement après par d'autres chocs plus » faibles donnés de la même manière, et qu'on peut ainsi

(1) An essay on the Recovery of the appar. dead lu medic. Comment, t, XlV, p. 121.

(2) Ohserv. sur les morts apparentes, trad. d'Odin, p. 100.

» suspendre et rétablir alternativement leur vitalité plu- » sieurs fois de suite. »

Charles (1) a remarqué dans ses expériences que de faibles étincelles accéléraient le retour complet des fonctions chez les animaux soumis aux décharges de la machine. Un chat reçut une violente commotion ; il tomba immédiatement et entra en convulsions ; alors on dirigea sur lui quelques faibles étincelles. A la troisième ou à la quatrième, l'animal se mit à miauler ; on continua et il ne tarda pas à se relever.

Ces expériences sont en trop petit nombre pour nous éclairer suffisamment sur la valeur du moyen que nous étudions. Nous sommes donc obligés de recourir à d'autres sources de renseignements et à tirer parti des résultats obtenus, au moyen de l'éleclricité, dans des cas de mort apparente ayant une certaine analogie avec ceux produits par la foudre. Telle est la mort apparente que déterminent la submersion et surtout le chloroforme. Nous appuyant sur les expériences qui ont été faites à ce sujet, nous dirons :

1° La stimulation générale qui n'a pas pour but et pour premier résultat d'exciter particuhèrement les mouvements respiratoires ne peut guère être employée utilement. Nous ajouterons même qu'elle est dangereuse ; car elle peut épuiser rapidement l'excitabilité du système nerveux.

2*^ Nous ne recourrons pas non plus à la stimulation générale par action réflexe que l'on obtient en faisant passer un courant d'induction de la bouche à l'anus. Car, d'une part, si le courant est continu , il occasionne une contraction générale et permanente des muscles qui rend impossible les mouvements respiratoires. D'autre part, s'il est interrompu à intervalles égaux de quelques secondes , les muscles des membres se contractent violemment ; la poitrine, à la vérité, se dilate comme dans une inspiration profonde ; puis, au moment.de l'interruption du courant, les contractions musculaires cessent et les parois thoraciques retombent comme dans l'expiration. Mais on n'obtient ainsi que des excitations et des contractions stériles qui s'épuisent bientôt.

De plus, et malgré le fait de Lestrohon qui a ainsi ramené

(1) Récit de quelques expér. électriques. Jourii. dePhys., t. XXX, p. 435.

à la vie un chat asphyxié par submersion, nous devons dire que ce procédé de déterminer les mouvements respiratoires par action réflexe peut amener rapidement l'épuisement nerveux. D'ailleurs, l'excitabilité réflexe, si l'on peut parler ainsi, s'éteint beaucoup plus tôt que l'excitabilité directe.

3" C'est à la faradisation des nerfs phréniques que nous aurons recours, d'abord parceque, comme nous venons de le dire, l'excitabilité directe persiste plus longtemps que l'excitabilité réflexe, ensuite parce que c'est un moyen puissant pour déterminer les mouvements d'inspiration et d'expiration : nous avons déjà vu par quel mécanisme les effelsse produisent.

La faradisation, localisée aux nerfs phréniques dans le but de produire la respiration artificielle, a été proposée par M. Duchenne, de Boulogne (1), pour remédier aux premiers accidents de l'asphyxie dans les empoisonnements par la vapeur de charbon, par l'opium, par le chloroforme. — M. Lallemand dit même l'avoir employée avec succès dans le cas de mort apparente par le chloroforme.

En tout cas, ce procédé nous parait préférable, sous tous les rapports, à celui qui consiste à plonger des aiguilles aux points d'insertion du diaphragme ; seulement il faudra éviter que le courant soit trop fort, car alors on produirait un effet contraire à celui qu'on cherche. M. Duchenne, de Boulogne, a fait voir en effet, que la contraction violente prolongée du diaphragme, sous l'influence du courant, détermine promptement l'asphyxie.

Quant à exciter le cœur en particulier par des étincelles tirées de la région précordiale ou par un courant d'induction dirigé à travers le cœur au moyen d'aiguilles, aucun fait ne nous prouve que cette méthode soit utile ; cependant nous nous garderons bien de la proscrire, mais nous croyons que le meilleur moyen d'exciter les contractions du cœur, c'est de réveiller les mouvements de Tappareil respiratoire.

Malheureusement, quelle que soit la puissance de la faradisation des nerfs phréniques, on ne pourra que bien rarement

(1) Union médicale (18o3), p. 101, 105, 109. 149, 155, 162, 166 et 173. Ibid (1855), p. 150 et 154, et les indications, p. VIII, de VElec Irisation localisée, Paris, 2« édit. (1861).

y avoir recours, parce que les accidents causés par la foudre arrivent le plus ordinairement dans des lieux où il est impossible ou au moins fort difficile de se procurer une pile voltaïque. Puis les appareils sont compliqués ; il faut toujours un temps assez long pour les mettre en action, et pour que les secours soient efficaces, il faut qu'ils soient très-prompts. Nous verrons plus tard que l'électricité peut trouver son utilité dans le traitement de la paralysie consécutive à la fulguration.

I II. — Insufflation pulmonaire. — L'insufflation pulmonaire a été conseillée par plusieurs auteurs, Reimarus, Stoll, etc.

Brodie, en voyant, chez un animal frappé de l'étincelle de la machine, la respiration s'arrêter, le cœur continuer à battre et à lancer du sang noir, fait remarquer combien il serait important, dans ce cas, d'insuffler les poumons, et formule en ces termes le traitement à suivre : soumettre le corps à une chaleur modérée pour empêcher la perte de la chaleur animale et insuffler les poumons de manière à imiter la respiration naturelle.

Elle a été employée par Priestley et par Marat dans des expériences sur les animaux ; mais elle n'a été que très-rarement utilisée chez l'homme foudroyé.

Pour nous, l'insufflation pulmonaire est le moyen par excellence de ranimer les foudroyés en état de mort apparente. En effet, le courant gazeux va stimuler d'abord la vaste surface de la muqueuse pulmonaire ; ensuite cette stimulation, par une action réflexe, retentit dans les centres nerveux et y éveille l'excitabilité ; enfin l'oxygène agit sur le sang lui-même.

On a recouru à l'insufflation bouche à bouche en fermant les narines du malade. Le mieux serait d'introduire une sonde dans le larynx et dans la trachée et de l'adapter au moyen d'un bouchon à la tuyère d'un soufflet ordinaire.

On aurait tort de craindre d'occasionner de cette façon une rupture des vésicules pulmonaires ; il a été parfaitement établi par des expériences sur le cadavre que cette rupture n'a jamais lieu en pareille circonstance.

Il est absolument indispensable de faire alterner les poussées d'air avec des pressions sur les parois thoraciques et de continuer les insufflations jusqu'au rétablissement complet de la respiration.

I III. — Chaleur. — La chaleur, sous toutes ses formes, a été conseillée pour le cas qui nous occupe et toujours dans le but de déterminer une sensation douloureuse qui retentisse sur le système nerveux et par action réflexe sur les appareils de la circulation et de la respiration. Ainsi, on pourrait imbiber un linge ou une éponge d'eau bouillante et l'appliquer brusquement, et pendant quelques instants seulement, particulièrement sur la région du cœur, sur les reins, sur l'épigastre, sur le bas de la poitrine. — On a conseillé de laisser tomber, sur l'une ou l'autre de ces régions, quelques gouttes de cire ordinaire ou de cire d'Espagne brûlante, ou d'y faire brûler un morceau de papier, d'amadou, ou bien encore d'appliquer sur le creux de l'estomac un linge de la grandeur de la paume de la main, plié en plusieurs doubles et bien imbibé d'esprit-de-vin, d'eau-de-vie, d'eau deCologne, et d'y mettre le feu. — Enfin, en dernier ressort, quelques gouttes de chloroforme recouvertes de taffetas amènent promptement une rubéfaction intense et d'un excellent effet. On pourrait avoir recours au fer rouge, malgré les inconvénients que cet agent laisse à sa suite. Toutefois, nous croyons que l'on ne doit pas l'appliquer sur la plante du pied, à cause de la fréquence du tétanos après les brûlures de cette région. La cautérisation ponctuée, qui n'offre aucun danger, donnerait probablement d'excellents résultats.

Les bains chauds ont été proposés par Wolf pour ramener le sang à la peau et dégorger les vaisseaux intérieurs. Les manuluves et les pédiluves ont été conseillés par Wollmar, pour rappeler la circulation et les fonctions sensitives.

I ÎV. ~ Irritation de l'entrée des voies aériennes et du conduit auditif externe. — A. Irritation portée dans les fosses nasales. — Un des appareils dont le pouvoir réflexe sur l'appareil respiratoire est le mieux constaté et

le plus actif est certainement l'appareil de l'olfaction. Outre ses nerfs spéciaux, qui portent le nom d'olfactifs, et viennent s'épanouir dans la membrane pituitaire, il reçoit un grand nombre d'autres filets nerveux qui lui sont fournis par le nerf nasal interne et le rameau frontal de la branche ophthalmique de Willis, par le ganglion deMeckel ou sphénopalatin, par le nerf vidien et par le rameau dentaire intérieur du nerf maxillaire supérieur.

Grâce à ces nombreux rameaux nerveux, les fosses nasales jouissent d'une sensibilité extrêmement vive, qui, par suite des anostomoses de quelques-uns de ces rameaux avec les nerfs de la vie organique, peut réagir énergiquement sur les muscles respirateurs. Aussi l'irritation de la surface interne de ces cavités détermine-t-elle l'éternument et la toux, qui, pour s'effectuer, exigent une inspiration plus ou moins profonde. Or, ce qui importe dans le cas qui nous occupe, c'est précisément de produire une inspiration.

a. Les moyens propres à irriter les fosses nasales sont très-nombreux. Mentionnons en premier lieu la titillation, le picotement, le frottement, à l'aide d'un brin de paille ou d'herbe, d'un ramuscule d'arbrisseau, des barbes d'une plume : ces petits corps sont introduits un peu profondément dans la cavité et on leur imprime des mouvements brusques, en divers sens. On pourrait encore tirer, comme pour les arracher, les poils qui garnissent l'orifice des narines.

b. Une seconde méthode consiste à insuffler dans les fosses nasales quelque poudre irritante ou sternutatoire, telle que la poudre de tabac, de poivre, de moutarde, à l'aide d'un tuyau de plume, d'une tige de graminée, d'un roseau, d'un tube étroit formé de papier roulé.

c. Au lieu de poudre, on peut aussi insuffler ou diriger dans les narines quelque vapeur irritante, telle que la fumée de tabac que l'on aspire soi-même d'une pipe ou d'un cigare, ou qu'on obtient en projetant du tabac en poudre sur une pelle rougie au feu. — Ou bien encore on fait brûler sous le nez des allumettes ou une mèche soufrée, des plumes, quelque morceau de corne, un chiffon de laine;

Sestier 11 — 26

ces dernières substances dégagent, comme on sait, par la combustion, une certaine quantité d'ammoniaque. — Tous ces produits gazeux pourront être dirigés dans les fosses nasales à l'aide d'une sorte d'entonnoir fait avec une feuille de papier, avec une carte ou même avec une feuille d'arbre.

d. D'autres fois, on fait pénétrer dans ces cavités la vapeur de quelque liquide irritant; signalons plus particulièrement l'ammoniaque ou alcali volatil , substance sur laquelle nous reviendrons bientôt, puis le vinaigre de table, le vinaigre radical, et même le suc d'oignon, d'ail ou de raifort fraîchement écrasé. — On pourrait aussi jeter quelques gouttes de vinaigre sur une pelle de fer chaude : on produit ainsi instantanément une grande quantité de vapeur irritante. — Il faudra encore, à cause de l'absence, d'inspiration, diriger ces substances gazéiformes au moyen d'un entonnoir de papier. On pourrait aussi porter dans les narines une mèche de papier imbibée de l'un des liquides indiqués. Ce dernier moyen peut môme être plus efficace en ce qu'il réunit la titillation et le frottement mécanique à l'action propre du liquide employé.

e. Parmi les liquides dont nous venons de parler, l'ammoniaque se signale par une énergie tout à fait remarquable qui depuis longtemps a dû fixer l'attention. Aussi plusieurs auteurs l'ont soumise à l'expérimentation et en ont constaté l'efficacité chez des animaux frappés par l'étincelle des machines.

c( Je fis essuyer à un oiseau, dit Lacépède (1), une com- » motion assez forte par le moyen d'une batterie électri-

» que ; il fut terrassé et demeura pendant près d'une

» minute sans mouvement et sans aucune apparence de » vie. J'introduisis alors dans son bec une goutte d'alcali » volatil; je le vis s'agiter un peu. Je mouillai le tour de ses » narines avec le même alcah, je lui en remis dans le bec; » l'oiseau reprit peu à peu ses forces, secoua ses ailes et se » serait envolé s'il n'avait été retenu. Je pris alors un second

(1) Essai sur Vélectricité natur, et artif., t. II, p. 143.

» oiseau de la même espèce et à peu près de la même gros- » seur; je lui fis éprouver une commotion semblable : il » perdit tout mouvement. Je le laissai sans secours; il ne » revint pas et mourut. Je donnai alors à l'oiseau de la » première expérience une commotion semblable à celle » qu'il avait d'abord éprouvée, et n'ayant cherché cette » fois à lui porter aucun secours, je ne le vis plus donner » de signe de vie et sa mort suivit bientôt. -— Je répétai » ces expériences ; elles me réussirent presque toujours de » même. »

En 1777, Sage, Lacépède et Mayer tentèrent ensemble de nouvelles expériences. Ils virent, dit le premier de ces auteurs (i), des oiseaux, sur la tête desquels le coup foudroyant avait été dirigé, privés instantanément de tout mouvement et aussi roides que s'ils avaient été gelés, être rappelés à la vie aussitôt qu'on plaçait sous leur bec quelques goutt'es d'alcali volalil.

Brongniart a obtenu les mêmes résultats sur des oiseaux et sur des lapins. Dans une des séances de son cours public, un lapin avait été terrassé par l'étincelle électrique et paraissait mort, lorsqu'un des auditeurs, le marquis de BuUion, lui mit sous le nez de l'alcali volatil, lui prodigua des soins pendant plus d'un quart d'heure et réussit à le ranimer et à le rétablir entièrement.

Disons toutefois que le prince de Gallitzin dit n'avoir obtenu aucun succès de ce moyen.

L'alcali volatil, ne se trouvant que rarement sous la main, surtout dans les campagnes, n'a été que fort rarement employé chez les personnes foudroyées. Tout ce que nous trouvons à cet égard dans notre collection se réduit à l'observation suivante.

Une jeune fille, frappée de la foudre, fut regardée comme morte pendant près de deux heures. Le docteur Behrens, étant enfin arrivé auprès d'elle, la rappela à la vie en lui tenant quelques moments du sel ammoniac sous les narines. Plus tard, il employa les excitants, les antispasmodiques

(i) Journ. de Phys. (1778); et Lacépède, Essai sur l'électricité, t. lî, p. 145.

et la saignée. Ce sel ammoniac n'était-il pas du souscarbonate d'ammoniaque, sel qui dégage des quantités considérables d'ammoniaque? C'est ce que nous pensons, sans cependant pouvoir l'affirmer.

B. Irritation de la gorge et de V orifice supérieur du larynx. — L'irritation portée sur l'isthme du gosier, dans le pharynx, sur l'orifice supérieur du larynx, tend à produire la toux et, par conséquent, à exciter tout particulièrement l'action du diaphragme, dont les mouvements, comme on sait, ont une très-grande influence sur les poumons, sur le cœur et sur les gros vaisseaux. Aussi nous recommandons très-fortement de toucher, de titiller, de chatouiller, à plusieurs reprises, le fond de la gorge, le sommet du larynx, la base de la langue avec le bout des doigts ou avec les barbes d'une plume trempée ou non dans l'huile. Ce procédé nous paraît préférable à l'introduction dans ces parties de barbes de plume mouillées de vinaigre seul ou mêlé de poivre, d'eau-de-vie camphrée, d'alcali volatil, d'çau de Cologne.

C. Irritation du conduit auditif externe. — On ne négligera pas non plus, dans le but d'exciter la toux, de titiller, de chatouiller le conduit externe de l'oreille à l'aide des barbes d'une plume, de quelque brin de graminée, etc.

I V. — Frictions; chatouillement; flagellation;

urtication. — i. Les frictions sont un des moyens les plus efficaces pour le cas qui nous occupe ; tout le monde connaît leur influence sur la circulation de la peau et sur la grande circulation. Puis, de nombreux foadroyés, qui étaient en état de mort apparente et sur lesquels on les a mises en usage, ont pu être ainsi rappelés à la vie. Enfin, tous les auteurs les conseillent.

II est utile que ces frictions soient générales ; mais on devra revenir plus souvent sur certaines parties, telles que la région du cœur, les lombes, i'épigastre, les flancs et la zone qui répond aux insertions du diaphragme, dont il est si important

de réveiller les mouvements. On ne négligera pas non plus la région de l'épine dorsale, les régions génitales, les aisselles, et on aura soin d'irriter fortement, les mamelons et surtout le gauche.

Ces frictions seront pratiquées avec des linges rudes, des brosses de crin, de la toile de crin, etc. Pour les rendre plus actives, on pourra y joindre l'emploi de l'une ou de l'autre des substances suivantes : le sel en poudre et bien sec; l'eaude-vie salée ou poivrée; la farine de moutarde; le vinaigre et surtout le vinaigre chaud, une très-forte saumure. On lit dans les Éphémérides des curieux de la nature qu'un médecin, ayant soupçonné un reste de vie chez un homme qui était sans pouls et sans respiration, fit frotter, pendant trois quarts d'heure, la plante des pieds de cet homme avec une toile de crin mouillée d'une saumure très-forte et parvint ainsi à le rappeler à la vie.

On a parfois employé, pour ces frictions, l'alcool, l'eau-devie camphrée ou aiguisée avec l'alcali, l'alcali volatil luimême, Tesprit de corne de cerf. Nous ferons remarquer que les linges imbibés de ces liquides, dont le principe actif se volatilise rapidement, ne sont plus, au bout de peu d'instants, que des linges humides et froids et qu'on ne peut pas compter beaucoup sur l'action de ces liquides.

B. Le chatouillement, même sur les parties qui y sont le plus sensibles, telles que la plante des pieds et les hypochondres, nous paraît devoir être peu efficace.

C. Mais il en est tout autrement de la flagellation et des actes qui s'en rapprochent. Ainsi, on pourrait frapper la paume des mains et surtout la plante des pieds avec des baguettes. On pourrait encore appliquer la flagellation au dos, à la partie interne des membres, aux fesses. Cette manœuvre, répétée plusieurs fois et coup sur coup, serait souvent d'une grande utilité, surtout si l'on avait le soin de la faire alterner avec des frictions rudes et sèches.

D. Dans certains cas, on pourrait aussi piquer avec des aiguilles la plante des pieds, enfoncer peu à peu sous l'ongle une pointe très-acérée.

E. Vurtication est encore un moyen qu'il ne faudrait pas

négliger. Le docteur Hubbard cile une personne foudroyée qui fut rappelée à la vie à Faide de ce procédé (1).

F. Il peut être utile de secouer le corps du foudroyé, surtout en le tenant sur les bras ; ces secousses seront brusques, mais non trop violentes. Kipling a recommandé ce moyen, Ajoutons que l'un des cavaliers, cités par le docteur Garipuy, ayant été renversé par la foudre et ne donnant aucun signe de vie, revint à lui après qu'on l'eut fortement secoué. — Si le foudroyé est placé sur son lit, on pourra le soulever pour le laisser retomber ou le tourner et le retourner.

I VI. — Bains froids; affusions et aspersions

froides. — i. Le bain froid, recommandé par certains auteurs, a été rarement employé chez les foudroyés. Nous ne connaissons qu un seul fait où il l'ait été ; encore ne savonsnous pas si ce bain n'a pas été plutôt une simple immersion qu'un bain réel et d'une certaine durée. Puis, loin d'être en état de mort apparente, le foudroyé était en proie à des convulsions générales. Enfin ce bain fut suivi d'une saignée. Il est donc à peu près impossible, en l'absence de renseignements suffisants, d'apprécier quelle a été au juste l'action du bain froid.

Au reste, c'est un moyen dont nous ne croyons pas devoir conseiller l'usage. En effet, d'une part, si le foudroyé était en état de mort apparente, le bain s'opposerait plus ou moins complètement à l'emploi des insufflations avec pressions alternatives sur les parois thoraciques. D'autre part, si le foudroyé respirait, si le pouls se faisait sentir, nous redouterions les congestions cérébrales et pulmonaires auxquelles les malades sont si sujets au sortir de l'état de mort apparente ; nous préférerions les affusions froides

B. En effet, les affusions froides, dont l'efficacité est reconnue dans plusieurs espèces d'asphyxie et notamment dans l'asphyxie par la vapeur du charbon, sont un des meilleurs moyens que l'on puisse employer pour ranimer les foudroyés. C'est du moins ce que paraissent démontrer des faits assez nombreux.

(i) Mem, ofthe medic. soc. of London, t. IV (1755).

Dans certains cas, les foudroyés sont revenus à eux après avoir été exposés à une forte pluie.

Un bûcheron, frappé de la foudre dans une forêt et lancé sans connaissance à une distance de vingt pieds, ne revint à la vie qu'au bout de six heures, pendant lesquelles il était resté exposé à une pluie tombant à verse. Il était brûlé sur plusieurs parties du corps et paralysé des membres inférieurs. Plus tard il recouvra entièrement la santé (Coester).

Une dame, qui jouait avec un enfant de quatre ans, fut tuée par la foudre. L'enfant fut renversé sans connaissance; on l'exposa aussitôt à la pluie, qui tombait par torrents et il revint à lui (D^ Briick).

Un cultivateur, frappé de la foudre dans sa chambre, paraissait mort; sa femme, qui se trouvait près de lui, au moment de l'accident, l'ayant promptement déshabillé et transporté dehors, l'y laissa exposé à une pluie battante et lui pratiqua des frictions répétées. Il reprit promptement connaissance et plus tard il se rétablit entièrement (D'' Fr. Schirner).

Un marin, âgé de 35 ans, atteint et gravement brûlé par la foudre, paraissait complètement mort. En désespoir de cause et après lui avoir prodigué en vain divers secours, on ne trouva rien de mieux que de l'exposer à une pluie battante mêlée de grêle ; au bout d'une heure et quart, quelques mouvements révélèrent que l'existence n'était pas perdue... Bientôt il reprit connaissance (D^'Eug. Bermond).

Dans d'autres cas, les averses de pluie ont été remplacées par des aspersions, par des affusions artificielles.

M. Samuel Seaton, frappé et sillonné par la foudre, tomba sur le sol, en apparence privé de la vie. Le docteur James Reid le ranima en 30 ou 40 minutes au moyen d'abondantes affusions d'eau froide sur la poitrine et sur la face, et d'une saignée (1).

L'observation suivante offre le plus vif intérêt; nous y voyons, en effet, un accident fortuit révéler à une femme la puissance du moyen que nous étudions.

(1) Gazette des hôpitaux, p. 188 (i831).

Dans la nuit du 25 juin 1803, la foudre pénétra dans une chanabre à coucher où dormaient M. et M"^^ Martin (d'Augusta). Cette dernière fut atteinte aux reins et plus spécialement au bras droit ; le gauche avait aussi été affecté, mais à un moindre degré. Quant à M. M...., il était frappé à la tête et aux épaules. M'"'- M.... fut éveillée par les cris de son enfant couché dans la même chambre. D'abord incapable de se mouvoir, elle réussit cependant, après bien des efforts, à se tramer hors de son lit, dont elle voyait les rideaux en feu. Dans un des mouvements qu'elle fit dans ce but, ses mains vinrent rencontrer une nappe d'eau entrée par la n porte : aussitôt la main droite, qui était la plus affectée, per- 8 dit l'insensibilité et l'engourdissement dont elle le était siège, pour ne garder que de la faiblesse. — Par un effort extraordinaire, M""^ M.... réussit à tirer son mari hors du lit et à l'étendre sur le plancher ; appelant alors à son aide ses deux jeunes tils, couchés dans la chambre voisine, et frappée du soulagement qu'elle venait d'éprouver au contact de l'eau froide, elle ordonna à Tainé d'aller chercher un seau d'eau et de le verser sur son père. Cette manœuvre fut répétée quatre fois jusqu'au moment où le malade commença à se mouvoir et à se soulever sur ses mains et sur ses genoux. Uu cinquième seau d'eau lui fut versé sur la tête: alors il se leva sur ses pieds et s'écria, d'un air égaré : c Que faitesvous? » — Bientôt il se remit ; mais il lui resta pendant quelques jours une vive douleur dans la tête, dans le cou et dans les épaules ; elle disparut peu à peu (1).

Les affusions froides ont été parfois employées avec succès sur des animaux. C'est ainsi que, diaprés Von Hordt, un cheval foudroyé fut rappelé à la vie par des affusions d'eau froide continuées pendant une demi-heure. Enfin des expériences ont été faites sur des animaux frappés par l'étincelle des machines. Toujours l'immersion dans l'eau froide a eu les plus heureux résultats.

C. Au lieu d'affusions sur tout le corps, on s'est quelquefois borné à des lotions, à des aspersions d'eau froide, sur la

(1) Philos. Magaz,, t. XVII, p. 306.

tête seulement, comme chez une jeune malade traitée par le docteur Young. Dans ce cas, la respiration était stertoreuse, lente et saccadée ; la résolution des membres était complète, et la sensibilité générale totalement suspendue. M. Young commença par faire des lotions froides sur la tête et fut surpris de voir, en moins d'une demi-minute, la malade s'agiter et pousser des gémissements. Au bout de cinq minutes de cette manœuvre, elle s'éveilla au point de crier, cherchant, mais inutilement, à éviter l'eau qu'on lui jetait sur la tête. Lorsqu'elle fut tout à fait revenue, comme elle se plaignait d'une vive douleur à la tête, M. Young pratiqua une saignée de 12 onces et une seconde toute semblaJjle environ six heures après. Le rétablissement était complet au bout d'une semaine.

Nous pensons donc qu'on pourra employer ces lotions sur la tête. Mais on devrait préférer la projection brusque et répétée d'eau froide sur la face : on sait combien elle est efficace dans la syncope ordinaire. — L'eau peut encore être projetée brusquement et avec violence sur le creux de l'estomac; ou bien on la laissera tomber sur cette région goutte à goutte et d'une certaine hauteur, en ayant soin de bien essuyer le corps après cette manœuvre.

Gomment expliquer l'action des affusions froides dont l'efficacité est si bien démontrée par les faits que nous venons de citer et par tant d'autres que nous aurions pu y ajouter? Nous pensons qu'elles agissent comme un stimulant énergique sur les dernièi'es divisions des nerfs, qui transmettent cette impression jusqu'aux centres nerveux. Ceux-ci, à leur tour, se réveillent et réagissent sur l'organisme en général et plus particulièrement sur les contractions du cœur et des muscles respiratoires. Cette manière d'agir est d'ailleurs la même dans toutes les espèces d'asphyxie et dans tous les cas où l'ou emploie les affusions froides.

§ VIL — Saignée. — I. Opinions des auteurs à ce sujet. Avant de passer aux faits qui doivent nous servir à étudier la question de l'emploi de la saignée dans l'état de mort apparente produit par la foudre, nous croyons qu'il ne sera pas

inutile de jeter un rapide coup d'œil sur les opinions que les auteurs ont professées sur ce point de thérapeutique.

Behrens la regarde comme indispensable pour prévenir la suffocation et rétablir le mouvement du sang et des esprits. — Kirling la conseille purement et simplement, ainsi que Vollmar, Kohnius et Borelii. Reimarus recommande, pour faciliter la circulation et combattre la congestion dangereuse du cerveau et des poumons, d'ouvrir une veine le plus promptement possible et plus particulièrement une veine du cou, mais cependant sans en tirer trop de sang. Il conseille aussi la saignée pendant le premier état de stupeur; mais il ajoute que la saignée tardive ou répétée est nuisible. StoU et Hoffmann donnent un conseil analogue.

Mais en regard de ces imposantes autorités, la saignée compte des ennemis non moins nombreux et peut-être mieux fondés. Fabrice de Hilden, Bezi recommandent de s'abstenir des purgatifs et de la saignée. Gondinet pense que, malgré quelques succès obtenus par ce moyen, les stimulants lui sont préférables et qu'il faut surtout se défier de l'emploi prématuré de la saignée.

Le docteur Young fait observer avec raison, à propos d'un cas particulier, que la saignée, pratiquée avant l'établissement de la réaction, aurait pu avoir des conséquences fâcheuses, et il se demande si les alïusions froides sur la tête ne pourraient pas être employées dans tous les cas où, par suite de coups, de chutes ou d'autres causes, les malades restent des heures et même des journées entières sans connaissance. 11 est hors de doute que la saignée, faite après un violent ébranlement de l'économie, peut éteindre subitement le peu de vie qui reste encore. En pareil cas, il faut évidemment se garder de recourir aux évacuations sanguines ; c'est surtout par les excitants extérieurs qu'il faut chercher à ranimer l'action du cœur et du cerveau. Lorsque la circulation s'est rétablie et que le sang, lancé avec force par le cœur, distend les artères, c'est alors qu'une large ouverture de la veine apaise ou prévient les accidents graves qui peuvent suivre cette réaction. Mais, à part ce cas, les affusions froides doivent être mises en première ligne; car depuis longtemps l'expé-

ETAT DE xMORT APPARENTE 411

rience a démontré qu'aucun moyen n'est préférable pour ranimer la circulation et l'innervation.

On a invoqué, en faveur de la saignée, les expériences de T. Reid, qui a observé sur des animaux que l'ouverture de la veine jugulaire externe ou de l'oreillette droite avait pour effet, en dégorgeant le cœur, de ranimer un peu les contractions de cet organe, tandis qu'aucune excitation mécanique ne donnait ce résultat. Mais il resterait à démontrer que, dans l'état de mort apparente par le fait de la foudre, le cœur est vraiment engorgé; ce qui d'ailleurs ne pourrait détruire ce grand principe physiologique, que le premier excitant du cœur, c'est le sang vivifié par la respiration.

On voit par cet aperçu que les auteurs sont loin d'être d'accord sur la question que nous examinons et le doute où nous laissent leurs assertions contradictoires constitue déjà une présomption contre un moyen qui, comme la saignée, peut avoir de graves inconvénients. Voyons si les faits détruisent cette présomption.

II. Examen des faits. — La saignée a été plusieurs fois employée dans le but de ramener à la vie des foudroyés en état de mort apparente, mais ces faits ne sont pas de nature à recommander beaucoup l'usage de ce moyen. En effet, tantôt elle n'amena aucun résultat; tantôt elle ne fit que précéder ' d'autres moyens que l'on sait positivement être très-efficaces, comme dans l'observation du docteur Guyon, où nous voyons, après la saignée, pratiquer l'insufflation de Tair dans les poumons avec de légères pressions sur la poitrine. — Dans les cas mêmes où elle a paru avoir réussi, on peut presque toujours constater que les foudroyés n'étaient pas réellement dans l'état de mort apparente. Or, la question n'est plus du tout la même; nous verrons plus tard que certains accidents consécutifs à la fulguration sont fort avantageusement combattus par la saignée.

Nous ne trouvons pas une seule observation où la saignée ait été vraiment utile dans le cas qui nous occupe. C'est qu'en effet, dans la mort apparente produite par la foudre, la suspension des mouvements du cœur est due bien plutôt aux troubles du système nerveux qu'à une congestion quelconque.

C'est ici le cas de dire avec J.-P. Frank : « Comme l'anato- » mie pathologique a fait voir que chez les asphyxiés, le sang » stagne dans les veines caves et dans le cœur droit, quel- » ques personnes ont pensé qu'il fallait saigner pour rétablir » la circulation. Mais les poumons sont en même temps » affaissés ; et, pour ouvrir une voie au sang, pour que la cir- » culation soit possible, il faut rétablir la respiration et l'ac- » tion du cœur; ce qui sera plus difficile si on débilite l'orga- » nisme par des émissions sanguines » .

Quant à cet état si voisin de la mort apparente et que beaucoup de gens confondent avec elle, quoiqu'on puisse sentir le cœur battre, au moins faiblement, et constater quelques mouvements respiratoires, nous devons dire qu'il a été quelquefois combattu par la saignée. — Au rapport de Beccaria, un enfant foudroyé et atteint à la tête fut regardé comme mort pendant plusieurs heures. Sa mère, ayant heureusement placé sa main sur la région précordiale, y sentit encore quelques battements. Alors on saigna le malade et il se rétablit entièrement. — On trouve un petit nombre d'observations analogues.

Cependant John Lathrop cite un fait où, après avoir mis plusieurs moyens en usage pour exciter l'énergie vitale chez un foudroyé, et après avoir pu, pendant quelque temps, espérer un succès, cette lueur d'espoir disparut tout à coup après un vomitif et une saignée et le malade mourut le lendemain matin. — Quelle que soit l'explication qu'on donne de ce cas, il doit inspirer une sage réserve dans l'emploi d'un moyen dont l'utilité est loin d'être démontrée.

Nous croyons même, et ce sera notre conclusion, que, hors le cas où l'on aurait lieu de soupçonner une congestion encéphalique, on fera bien de s'abstenir de tirer du sang et d'affaiblir ainsi le foudroyé.

Nous verrons plus loin le rôle que la saignée peut jouer dans les autres affections consécutives à la fulguration.

I YIII. — De quelques autres moyens. — A. Bains de terre. — Un éditdaté de Berlin, du 19 août 1790, prescrivait de déshabiller à la hâte le foudroyé, de le recouvrir d'une

couche de terre de cinq à six pouces d'épaisseur et, dans cetle position, de lui jeter souvent de l'eau froide sur la face restée libre. « L'expérience a prouvé, disait l'ordon- » nance, que, pour peu qu'il y ait encore un reste de vie, » l'asphyxié se ranime au bout d'une à trois heures au plus. » Si, après ce temps écoulé, il ne se manifeste aucun signe » de vie, on peut en conclure que l'action de la foudre a été » assez violente pour déterminer, dès le principe, une mort » absolue.... »

Des observations détaillées nombreuses nous manquent pour apprécier la valeur réelle de ce moyen bizarre; les assertions contenues dans l'édit de Berlin ne suffisent pas pour entraîner la conviction. Tout ce que l'on connaît sur ce sujet se réduit à deux faits; encore ne sont-ils pas bien concluants.

En effet, chez les deux foudroyés qui en sont l'objet, la respiration et la circulation n'étaient pas suspendues au moment de l'immersion dans le bain de terre et, par conséquent, il n'y avait pas mort apparente. Loin de là, le premier sujet était en proie à une agitation extrême; six infirmiers ne pouvaient le contenir et il n'était pas encore recouvert de terre que l'agitation commença à se calmer. — Cette circonstance nous porte à croire que ce bain, qui était incomplet et qui probablement n'avait pas encore eu le temps d'agir, a été étranger à une amélioration aussi rapide, observée d'ailleurs chez d'autres foudroyés qui n'ont pas été soumis à ce traitement. — Quant au second (1), il avait déjà repris ses sens lorsqu'il fut recouvert de terre et, auparavant, on avait employé le bain froid.

Selon nous, si le foudroyé est dans un état de mort apparente, si la respiration est nulle, si le pouls a disparu, on doit se garder de recourir au bain de terre; car il s'opposerait à ce qu'on employât sur le tronc divers excitants extérieurs et surtout l'insufflation pulmonaire avec pressions alternatives sur le thorax et l'abdomen. De plus, le poids dont on surchargerait la poitrine rendrait plus difficile le

(1) Brodie, Lectures on Pathology and Surgery, p. 163 (1846).

retour des mouvements respiratoires. — Ce ne serait donc que dans le cas où la respiration et la circulation n'auraient pas été suspendues par la fulguration, ou bien dans celui où, après avoir été suspendues, elles auraient repris un certain degré d'activité, que le bain de terre pourrait être mis en usage. Peut-être même alors devrait-on préférer d'autres moyens dont l'emploi moins difficile a été si fréquemment suivi d'un prompt retour à la santé.

B. Lavements. — L'intestin conserve son irritabilité beaucoup plus longtemps que les autres organes. Il est donc important de ne pas négliger la ressource que nous offre cette propriété et d'exciter la sensibilité et la contractilité de la partie inférieure du gros intestin à l'aide de lavements.

On pourra employer, dans ce but, l'eau chaude simple ou plutôt aiguisée d'un peu de sel, de vinaigre, de vin, d'eaude-vie, d'eau-de-vie camphrée, d'eau de Cologne. Une faible dissolution de sel marin (i5 grammes pour 500 grammes d'eau), à laquelle on ajouterait un peu d'eau-de-vie, constituerait une bonne préparation.

Ces lavements seront peu abondants (125 grammes), mais renouvelés souvent. Gomme il est utile que l'action s'étende aussi loin que possible, on fera bien de se servir de vin chaud ou d'une légère infusion de plantes aromatiques aiguisée d'alcali volatil, substances dont les vapeurs sont ellesmêmes excitantes.

Les lavements de tabac ont été conseillés, comme excitants, dans le cas qui nous occupe, par plusieurs auteurs : Stoll, Vollmar, Reimarus, etc. — Mais nous ne voyons pas qu'ils aient été mis en usage dans cette circonstance. Nous ne trouvons dans une immense collection de faits qu'une seule observation qui fasse mention de l'action du tabac sur le rectum. Un soldat, cité par le docteur Guyon, ayant été frappé de la foudre, était dans un état de mort apparente, lorsqu'on réussit à le rappeler à la vie à l'aide de rinsufîlation d'air dans les poumons, de la projection de fumée de tabac dans le rectum et de la saignée (voy. Saignée). Ces mêmes moyens échouèrent sur son camarade. Ici, l'insufflation d'air dans les voies respiratoires a sans doute

agi plus efficacement que la vapeur de tabac dans l'intestin.

C. Ligature des extrémités et insufflation d'air dans le rectum. — Nous ne citons que pour les proscrire ces moyens plus dangereux qu'utiles, quoique mentionnés cependant par des hommes distingués et par Fabrice de Hilden, entre autres. On comprend de suite que ces manœuvres ne servent qu'à entraver et la circulation et la respiration, lorsque, au contraire, tout doit tendre à les ranimer.

D Position. — Quelle position doit-on donner aux foudroyés? A cette question nous répondrons d'abord que la position horizontale est celle qui convient le mieux pour appliquer les divers modes de traitement dont nous avons parlé ; ensuite, qu'en aucun cas on ne doit espérer ranimer le foudroyé par l'influence seule de la position. Nous dirons de plus qu'il serait dangereux que la tête fût plus basse que le reste du corps, à cause de la facilité avec laquelle se produisent les congestions cérébrales après l'action de la foudre.

La fulguration, nous l'avons dit, peut donner lieu à une foule d'affections diverses. Dans le nombre, il en est quelques-unes que nous mentionnerons, tant à cause de leur gravité qu'en raison des avantages des émissions sanguines employées en pareil cas. Ainsi, nous citerons le délire, la congestion cérébrale dans toutes les formes qu'elle revêt, les engorgements pulmonaires.

I î. — Délire — Plusieurs observations de délire, occasionné par la fulguration et traité par la saignée, sont rapportées par les auteurs. Nous donnerons seulement les deux suivantes :

Un soldat, cité par Sprengel, était dans une agitation voisine du délire ; une saignée le calma un peu. Mais, pendant la nuit, les symptômes reprirent une nouvelle intensité et

exigèrent une seconde saignée qui obtint un plein succès. Seulement, le lendemain, des phénomènes d'embarras gastrique apparurent et furent inutilement combattus par la saignée du pied et par le sel de Glauber. H fallut recourir à un vomitif.

Un charretier qui venait d'être foudroyé, comme le prouvaient assez les lésions de l'extérieur du corps et des vêtements, se roulait dans le chemin comme un furieux. On le mena dans une maison voisine, où arriva bientôt après le docteur Henry. Le blessé était dans un tel état d'agitation, qu'il fallait cinq hommes pour le contenir. Il fut saigné copieusement ; le sang sortit en sautillant, comme si l'artère avait été ouverte ; le délire furieux se calma. Le lendemain, la saignée fut réitérée et produisit de très-bons effets, car le malade recouvra la santé en trente-six heures.

I n. — État apoplectique. — Congestion cérébrale. — Ici la saignée n'est pas moins utile que dans l'état apoplectique et la congestion cérébrale amenés par toute autre cause que la fulguration.

Un soldat, traité par le docteur A... et cité par le docteur Ristelhueber, avait la face d'un rouge bleuâtre, le pouls presque éteint, la respiration rare, haletante, puis stertoreuse. Après avoir vainement essayé les inspirations de vinaigre et d'alcali volatil et les aspersions d'eau acidulée de vinaigre, voyant la face vultueuse et les veines jugulaires dilatées, M. A... pratiqua une saignée du bras; plus tard, douze sangsues furent appliquées sur les parties latérales du cou. — Une demi-heure après ces émissions sanguines, les forces du malade se ranimèrent, la respiration et la déglutition devinrent plus faciles; mais le malade ne reconnut que le quatrième jour les personnes qui le soignaient. — Deux autres soldats, frappés à côté de lui, furent traités de la même manière.

Dans la nuit du 21 au 22 février 1838, la foudre tomba à bord de la frégate autrichienne la Médée, et y frappa trois hommes occupés aux voiles ; on les crut morts sur le coup.

L'un d'eux, Sforzino, resta pendant plus d'un quart d'heure

GONiGfîSTIONS DIVERSES 417

dans un état complet d'asphyxie. Rappelé à la vie par les moyens ordinaires, il fut pendant une heure en proie à un violent délire d'épouvante, puis passa à un état de légère somnolence interrompue par des soupirs et par des lamentations. La surface du corps était le siège de nombreuses et graves lésions qu'on pansa avec le cérat simple, on y fit aussi des fomentations froides. Dans la matinée, les douleurs étaient très-vives, le pouls petit et serré : (saignée d'une hvre). — Vers le soir, apparurent les symptômes d'une réaction générale et d'un « engorgement pulmonaire considérable » — (potion calmante). — Le 2^ jour, douleurs toujours très-vives , face empourprée , respiration difficile , accès de toux, soif intense, peau sèche et brûlante, difficulté extrême d'uriner et pas de sommeil (saignée, boisson nitrée, potion calmante). — Le S'^ jour, même état, même traitement. — Le 4^ jour, amélioration notable, — encore même traitement. — Le 8*^ jour, tout avait disparu.

On remarquera que, dans ce cas, les phénomènes cérébraux du début ont été remplacés plus tard par un engorgement pulmonaire et de la dysurie.

Un autre de ces trois marins, Padella, présenta des symptômes à peu près identiques. Seulement la congestion cérébrale ne se montra réellement grave que le 3*^ jour : à cette époque on lui avait déjà fait quatre saignées. Après trois nouvelles saignées, le malade reprit ses sens, et le 9^ jour tout était fini, sauf la cicatrisation des plaies (Minonzio).

Un canonnier, atteint par la foudre, fut relevé dans « l'état le plus complet d'apoplexie. » Le corps était livide, boursouflé, couvert d'une sueur froide- et visqueuse; la respiration difficile, stertoreuse ; le pouls lent et plein ; le sentiment et le mouvement abohs. On eut immédiatement recours à la saignée qui donna cinquante onces de sang. Cette évacuation enleva la stupeur et les autres symptômes sérieux. On la fit suivre d'une purgation et d'autres moyens antiphlogistiques : le malade se rétablit graduellement.

Nous pensons que, dans ce cas et même dans les deux qui précèdent, on a fait un emploi exagéré de la saignée et nous ne donnerions pas le conseil de suivre cet exemple. Nous

Sestier. Il — 27

avons cité ces faits autant pour montrer les avantages de la saignée, qui n'a été ici réellement utile que pour faire voir le peu de danger qu'il y a tirer du sang dans les affections que nous étudions en ce moment. — Dans les observations suivantes, des émissions sanguines modérées ont donné d'excellents résultats.

Un cultivateur de 20 ans, frappé de la foudre aux champs, fut trouvé le corps pris sous son cheval mort. Il était sourd ; il rendait du sang par les oreilles et surtout par la bouche, et il ne pouvait se tenir debout. Lorsque le docteur Petit arriva près du blessé, il lui trouva la tête plus chaude et le reste du corps plus froid que dans l'état normal. Il fit apphquer douze sangsues derrière chaque oreille et la tête fut enveloppée de compresses froides. La surdité diminua, la chaleur se répartit également sur toute la périphérie du corps, mais y atteignit un degré plus élevé que de coutume. Alors on recourut à une saignée copieuse et l'on fit des applications froides sur la tête. — Le lendemain matin, l'amélioration était si notable que le malade se fit habiller et conduire dehors. Cependant, il se recoucha bien lot et eut des bourdonnements d'oreille qui disparaissaient chaque fois qu'on renouvelait les compresses froides. Le traitement se ermina par l'application de deux vésicatoires derrière les oreilles et par un laxatif.

I IIÎ. — Congestion cérébrale et pulmonaire, etc.

• — Un menuisier et sa servante furent frappés de la foudre. La servante, âgée de 18 ans, était privée de sentiment et paraissait éprouver une violente suffocation ; elle avait le visage gonflé, rouge, les yeux étincelants, le regard fixe, la bouche béante, la peau aride et brûlante, le pouls très-élevé; la malade était à chaque instant agitée de convulsions. Une saignée pratiquée immédiatement rendit aussitôt la respiration plus libre ; la connaissance et la parole revinrent trois ou quatre heures après la saignée. Mais pendant plusieurs Jours, cette jeune iille eut l'esprit troublé par des frayeurs subites et sans cause. Le menuisier présentait exactement les mêmes symptômes, mais beaucoup plus graves. Deux

saignées du bras furent pratiquées dans l'espace d'une heure et demie : la première n'apporta aucun soulagement notable, mais la seconde parut produire quelques effets salutaires. Le lendemain la saignée fut répétée et le malade recouvra la parole et la connaissance. — Les convulsions ne cessèrent que le 5^ jour.

Dans un cas rapporté par Sprengel, une abondante saignée dissipa en partie les phénomènes cérébraux et ramena la connaissance ; mais alors il se manifesta de l'oppression, de l'anxiélé, etc. : une seconde saignée fit disparaître tous ces symptômes.

Chez un soldat, l'étourdissement, les douleurs dans la poitrine et l'anxiété disparurent promptement après une saignée et l'emploi du sel de Glauber (Sprengel).

Un malade présenta, au sortir de l'état de mort apparente, une congestion évidente du cerveau et des poumons ; il toussait et crachait du sang en quantité. M. Parkinson lui tira à grande peine 6 onces de sang : la tête et la poitrine furent immédiatement soulagées. On continua par des stimulants et, deux heures après, tout était fini.

Chez un second individu qui présentait des symptômes identiques, sauf l'hémoptysie, le même traitement réussit tout aussi bien.

I IV. — Accidents épileptiformes. — Engourdissement.— Un marin, ayant été atteint de la foudre, fut saisi peu de temps après d'un violent accès d'épilepsie. On eut recours à de larges émissions sanguines qui eurent un plein succès (Macaulay).

Le sieur John Williams, de Conway, fut atteint et trèsgravement brûlé par la foudre. « Je fus, dit-il, étendu sans ^)» connaissance, je ne puis dire pendant combien de temps ; <» quand je revins à moi, mes jambes étaient tellement en- » gourdies qu'elles ne pouvaient me servir, et je restai ainsi ,> jusqu'au moment où l'on fit usage de la lancette, qui me » procura quelque soulagement » (Hitchcock).

En analysant les observations qui précèdent, on voit que partout les accidents doivent être rapportés à une congestion

plus OU moins intense du cerveau ou des poumons. Dans tous ces cas, la saignée était indiquée, et presque toujours elle a pleinement réussi, soit seule, soit avec 1 aide de remèdes moins puissants. Chez quelques individus il a fallu, il est vrai, la renouveler jusqu'à six et sept fois en quelques jours, ce qui est toujours fort grave et, en passant, nous avons dit qu'il nous semblait y avoir là un excès véritable. Cependant la guérison est venue justifier ces tentatives hardies. D'un autre côté, on avait affaire à des accidents formidables et, en pareil cas, il peut être permis de recourir aux moyens extrêmes.

Nous ne pensons pas toutefois qu'on doive regarder les émissions sanguines comme un remède infaillible dans tous les cas de congestion cérébrale produite par l'action de la foudre. Ces congestions, en effet, sont loin d'être simples comme celles qui résultent d'un coup ou d'une chute, par exemple ; en outre du phénomène mécanique de la congestion sanguine, il y a perturbation directe et profonde portée dans les fonctions propres des centres nerveux et ces troubles, indépendants de ceux de la circulation, pourraient très-bien n'être pas guéris par la baignée. Nous croyons que c'est à un effet de cette nature qu'on doit attribuer l'insuccès de la saignée dans un cas cité par Duhamel (1).

Deux ouvriers qui travaillaient dans les champs furent renversés par la foudre. Lorsqu'on les releva, ils se plaignaient d'une grande douleur de tête. Ils furent saignés ; toutefois la céphalalgie persista pendant quelques jours.

D'un autre côté, les troubles de la circulation ont pu aller jusqu'à former quelque foyer hémorrhagique. C'est probablement ce qui est arrivé dans l'observation suivante, empruntée à Godfrey : un homme foudroyé présentait des troubles cérébraux très-graves ; après une saignée de 10 onces et l'administration d'une infusion de thé mêlée de rhum, qui ne fut que difficilement avalée, il s'endormit. Pendant son sommeil, qui se prolongea durant plusieurs heures, il poussa des gémissements douloureux, mais sans répondre

(1) Mém. de VAcad. roy. des se, p. 318 (1747).

aux questions qui lui furent adressées. Le lendemain matin, on constata qu'il avait perdu la vue et la parole.

Quoi qu'il en soit, nous appuyant sur les faits que nous avons rapportés et sur d'autres tout semblables que nous pourrions citer de même, nous n'hésitons nullement à recommander l'usage de la saignée toutes les fois que l'on aura affaire à une congestion du cerveau ou du poumon. Nous croyons même qu'on fera bien de la répéter, si le cas l'exige, tout en reconnaissant la nécessité de ménager les forces du malade.

C'est la saignée du bras que Ton devra pratiquer tout d'abord. Nous rejetons la saignée de la jugulaire, parce qu'il est plus difficile d'arrêter le sang sans s'exposer à comprimer le cou et par suite à aggraver les accidents que l'on veut combattre. Quant à la saignée du pied, nous ne lui trouvons aucun avantage sur celle du bras et nous lui préférons cette dernière, parce qu'elle est plus commode, plus familière, parce qu'elle permet de mesurer facilement la quantité de sang tiré, etc.

On ne devra pas non plus négliger les sangsues et les ventouses scarifiées. Les premières surtout rendront de grands services, et notamment lorsqu'une saignée aura déjà été pratiquée. Dans ce cas, une bonne méthode, étudiée dans ces dernières années, c'est de les appliquer successivement et en nombre restreint de manière à avoir un écoulement de sang presque continu. On a reconnu qu'on peut ainsi obtenir les mêmes effets sans perdre autant de sang qu'avec un grand nombre de sangsues appliquées à la fois.

Faudra-t-il faire usage de ce qu'on est convenu d'appeler la saignée de précaution, comme nous en trouvons un cas dans notre collection? Nous ne le pensons pas : on courrait le risque, pour prévenir un accident qui peut ne pas arriver, d'affaibhr son malade et d'aggraver inutilement son état.

TRAITEMENT jDES ACCIDENTS

Page 1