‹ De la foudre (volume 2)Chapitre 145 sur 198 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Sommaire. — Art. I. — Histoire des paratonnerres avant Franklin. — Art. II. Des paratonnerres depuis Franklin.

De tout temps, on a observé que la foudre se jetait sur les métaux et les suivait docilement quand ils lui offraient un conducteur continu. De tout temps, on a observé que les bâtiments munis de surfaces métalliques en rapport avec le sol ne subissaient aucun dégât quand la foudre les frappait. Mais on ne trouve pas chez les anciens d'applications directes de ces observations à la préservation des édifices contre les atteintes de la foudre.

Nous avons rassemblé dans ce chapitre les divers documents qui laissent croire que les anciens avaient probablement imaginé quelques moyens de faire descendre sur la terre la foudre des nuages orageux. Nous les avons puisés aux sources originales ; dans la plupart des cas nous avons reproduit le texte même, et quand l'importance des idées était à peu près nulle, nous nous sommes borné à des indications bibliographiques.

Servius (1), dans ses Commentaires sur Virgile, nous montre Prométhée découvrant et révélant aux hommes le moyen de faire descendre la foudre sur la terre.

(i) Servius, Commenlaires sur Virgile, Églogue VI, v. 32.

« Deprehendit p rsetereà rationem fulminum eliciendorum » et hominibus indicavit : undè cœlestem ignem dicitur esse » furatus; nàm quadam arte ab eodem monstrata, supernus » ignis eliciebatur, qui mortalibus profuit, donec eo bene usi » sunt. Nam posteà malo hominum usu in perniciem eorum » versus est : sicut in Livio lectum est de Tullo Hostilio, qui » eo igni exustus est cum omnibus suis : Numa verô » Pompilius impunè eousus est, tantumin sacris deorum. »

Suivant Diodore de Sicile (1), « Japet eut pour fils Promé- » thée, qui, selon quelques mythograpbes, déroba aux dieux » le feu et en fit présent aux hommes : réduite à la simple » vérité, cette fable signifie qu'il fut l'inventeur de la ma- » nière d'obtenir le feu par le frottement de deux morceaux » de bois. »

Euslathe, dans ses Commentaires sur l'Odyssée, envisage Salmonée comme un philosophe qui fut tué en essayant des expériences périlleuses pour imiter ou attirer le tonnerre. M. Salverte (2) va plus loin et croit que le roi d'Élis attirait réellement la foudre au moyen des procédés auxquels Pline fait allusion.

Golumelle (3) rapporte que Tarchon, disciple de Magillin Targès, et fondateur de la théurgie étrusque, abritait son habitation en V entourant de vignes blanches,

Utque Jovis magni prohiberet fulmine Tarchon, Ssepè suas sedeà preecinxit (4) vitibus albis.

On sait que le temple d'Apollon fut, dans le même but, environné de lauriers. Pline reconnaît au laurier cette propriété singulière : « Ex iis quse terra gignuntur lauri fruticem » non icit (5). »

Cette croyance se retrouve parmi les habitants de l'Hindoustan, qui emploient, comme préservatifs contre la foudre, les plantes grasses, dont ils entourent leurs demeures.

(1) Diodore de Sicile, liv. V, chap. LXVII. TraducL de Miot, t. II, p, 430.

(2) Des sciences occultes, chap. xx.iv, p. 386, 3« édit, Paris, 1856.

(3) Golumelle, De re rustica, liv, x, vers 346, (4j Ou percinxil, d'après Gesnerus.

(5) Hist. nat., liv. ii, chap. lvi.

(c Si les arbres qui entourent une maison ou un temple se trouvent suffisamment élevés, ils doivent, sans aucun doute, exercer une influence prescfue aussi salutaire que celle des conducteurs réguliers ; mais en supposant même que l'édifice les dépasse de beaucoup en hauteur, ils opéreront comme autant de pointes et serviront à dégager silencieusement l'électricité libre qui circule dans l'atmosphère. Si une maison revêtue de plantes grasses et rampantes venait à être frappée du tonnerre, nous sommes convaincus que l'électricité serait absorbée par les rameaux où la sève circule et ne se frayerait point un chemin à travers les murs du bâtiment. »

Temple de Salomon. — Il paraît qu'on doit se représenter ce temple comme un vaste édifice, enclos de murailles, en partie fermé de toitures, en partie découvert On y distinguait deux parvis extérieurs, puis le parvis des femmes, puis le parvis des Israélites et celui des sacrificateurs où s'élevait l'immense autel des holocaustes avec la mer d'airain, vase immense, porté sur douze figures de bœufs, pouvant contenir 3,000 baths et qui d'ordinaire ne renfermait que 2,000 de

ces mesures, et 10 cuves d'airain plus petites Au delà de

l'autel des holocaustes commençait le temple proprement dit, couvert d'une toiture plane, précédé à' un large portique ouvert, décoré de deux colonnes d'airain creuses et enrichies d'ornements

ciselés Cette entrée n'avait point de porte. Une galerie

à trois étages régnait le long du temple de trois côtés ; le côté de l'orient seul n'en avait pas. Un escalier tournant du côté du sud conduisait à ces galeries. Le temple intérieur se partageait en trois divisions : l'avant-temple ou le vestibule, le lieu saint, nommé aussi le saint des saints. Le dernier, de forme pentagone, était construit en dôme ; là étaient posés sous les ailes des chérubins l'arche renfermant les tables de la loi, et à côté la verge d'Aaron, le vase rempli de manne et les livres écrits de la main de Moïse.

L'histoire du temple de Salomon a suggéré une idée extrêmement ingénieuse et très-digne d'occuper les recherches de la science moderne : c'est un fait curieux que, pendant un espace d'environ mille ans, il n'y ait pas dans l'histoire le

Sestier. ïi ^ ^^

moindre indice que la foudre soit tombée dans le temple de Jérusalem, ni depuis sa fondation sous Salomon jusqu'à sa ruine sous Nébucadnetsar, ni après la captivité depuis la reconstruction de Zorobabei jusqu'aux embellissements d'Hérode et à sa ruine définitive par les armes de Titus. On a fait remarquer que, selon l'histoire des Juifs, le temple était orné de tous côtés dépeintes de métal doré ; les murs, en partie du moins, étaient aussi recouverts de longues lames de métal; de vastes cavités, des réservoirs souterrains s'ouvraient sous la colline qui portait le temple, et il est permis de croire que ces pointes faisaient l'office de conducteur et écartaient la foudre. Cette explication que la science moderne a fait passer à son creuset sévère, sans la rejeter, est d'autant plus plausible qu'il n'y a peut-être pas un exemple dans l'histoire d'édifice si longtemps épargné par les coups de tonnerre, et que les bâtiments du temple, dans leur position isolée et élevée au sommet d'un colline, semblaient d'autant plus exposés aux effets de la foudre (i).

Nous allons encore citer quelques passages de Flavius Josèphe et nous les emprunterons à la traduction d'Arnauld d'Andilly (2).

« Le roy Salomon commença à bastir le Temple en la » quatrième année de son règne.......

» Toute la hauteur du Temple estoit de six-vingt

coudées

» La hauteur des trois étages ensemble montant à

» soixante coudées revenoit justement à la hauteur du bas » édifice du Temple dont nous venons de parler; et il n'y » avoit rien au=dessus.

» Les plafonds de toutes les chambres étoient de bois de » cèdre fort poli et enrichis de feuillages dorez taillez dans » le bois. Le reste estoit aussi lambrissé de bois de cèdre » si bien travaillé et si doré qu'on ne pouvoit y entrer sans

» que leur éclat ébloiiist les yeux Il y avoit dedans et

» dehors le Temple, des ais de cèdre attachez ensemble

(1) Ath. Goquerel, Biographie sacrée^ i^ edit., p. 547.

(2) Edition d'Amsterdam (1681).

» avec de grandes et ibries cliaisnes, pour servir encore à » le maintenir en estât. »

.... Salomon fit diviser ce grand corps de bâtiment en deux parties, le saint Temple destiné aux sacrificateurs, l'autre, le Sanctuaire, le Saint des Saints, particulièrement consacré à Dieu et qui renfermait l'Arche. Les deux parties étaient séparées par de grandes portes de cèdre parfaitement bien taillées et fort dorées.

« Salomon fit aussi faire deux Chérubins d'or massif de

» o coudées de haut chacun Tout le pavé du Temple

)) était couvert de lames d'or et les portes du grand portail » qui avoient 20 coudées de large et hautes en proportion, » étoient aussi couvertes de lames d'or. Enfin, pour le dire en » un mot, Salomon ne laissa rien, ny au dedans ny au » dehors du Temple, qui ne fust couvert d'or.

;) Salomon se servit pour tout ce que je viens de dire d'un ouvrier admirable, mais principalement aux ouvrages d'or, d'argent et de cuivre, nommé Ghiram, qu'il avoit fait venir de Tyr, dont le père, nommé Ur, quoique habitué à Tyr, estoit descendu des Israélites. « Ce mesme homme luy fit » aussi deux colomnes de bronze qui avoient quatre doigts » d'épaisseur, dix-huit coudées de haut et douze coudées » de tour, au-dessus desquelles estoîent des ^corniches de » fonte en forme de lys de cinq coudées de hauteur. Il y )) avoit à l'entour de ces colomnes des feuillages d'or qui » couvroient ces lys et on y voyait pendre en deux rangs » deux cents grenades aussi de fonte. Ces colomnes furent )) placées à l'entrée du porche du Temple; l'une nommée ^) Jachin à la main droite; et l'autre nommée Boz à la main » gauche.

» Cet admirable ouvrier fit aussi un vaisseau de cuivre » en forme d'un demy rond auquel on donna le nom de mer » à cause de sa prodigieuse grandeur ; car l'espace d'un bord » à l'autre estoit de dix coudées et ses bords avoient une « palme d'épaisseur.,.,.,»...

» Ce vaisseau contenoit deux milles baths il fit

» outre cela dix autres vaisseaux de fonte, soutenus sur » dix bases de cuivre qoarrées, et chacune de ces bases

m HISTORIQUE

) avoit cinq coudées de long, quatre de large et six de haut. ) Toutes étoient composées de diverses pièces fondues et ) fabriquées séparément. Elles étoient jointes en cette sorte; ) quatre colomnes quarrées recevoient dans deux de leurs faces

) creusées à cet effet les costez qui s'y emboîtoient

» Le grand vaisseau, nommé la mer, étoit destiné à laver ) les mains et les pieds des Sacrificateurs lorsqu'ils entroient ) dans le Temple pour y faire des sacrifices : et les cuves > estoient pour laver les entrailles et les pieds des bestes • qu'on offroit en holocauste. Il fit aussi un autel de fonte ' de vingt coudées de longueur, autant de largeur et dix ' de hauteur sur lequel on brûloit les holocaustes.

» Il fit de mesme tous les vaisseaux et les instruments ' nécessaires pour l'autel, comme chaudrons, tenailles, ' bassins, crocs et autres si bien polis et dont le cuivre estoit si beau qu'on les auroit pris pour estre d'or. » Le roy Salomon fit faire aussi grand nombre de tables, et entr'autres une fort grande d'or massif, sur laquelle on mettoit les pains que l'on consacroit à Dieu. Les autres tables qui ne cédoient gueres en beauté à celle-là estoient faites de diverses manières, et servoient à mettre vingt mille vases ou coupes d'or et quarante mille autres d'argent.

» Il fit faire aussi, comme Moïse Favoit ordonné, dix mille chandehers.... et une table sur laquelle on mettoit

les pains qu'on offroit à Dieu.

» Salomon fit faire aussi quatre-vingt mille coupes à boire du vin, dix mille autres coupes d'or, vingt mille d'argent; quatre- vingt mille plats d'or, cent soixante mille plats d'argent; soixante mille tasses d'or, vingt-six mille tasses d'argent, vingt mille assarons ou hins d'or et quarante mille autres d'argent ; vingt mille encensoirs pour offrir et brûler les parfums et cinquante mille autres pour porter le feu depuis le grand Autel jusques au petit qui

estoit dans le Temple Il fit aussi deux cens mille

trompettes et quarante mille instruments de musique, comme harpes, psaltérions, et autres faits d'un métail composé d'or et d'argent, »

La cause de l'immunité vis-à-vis de la foudre dont a joui le Temple de Salomon pendant plus de mille ans et que l'on peut signaler comme un des plus remarquables exemples de rinfluence des armatures métalliques sur la foudre, consiste dans la multitude de véritables paratonnerres dont il était armé. Le toit était muni d'une forêt de longues flèches métalliques, pointues ou dorées, que Flavius croit destinées à préserver le toit de la fiente des oiseaux, mais dont l'action sur la foudre ne peut être méconnue.

Ces flèches ou lances étaient enchâssées à leur base dans des masses de plomb. Elles communiquaient avec le sol par de nombreuses plaques d'or et d'argent, par les colonnes et par les bois dorés qui recouvraient les faces du monument dans toute leur étendue et surtout par de nombreux tuyaux métalliques de descente aboutissant à de vastes citernes creusées en grand nombre dans la montagne sur laquelle le Temple était bâti, et destinées à recevoir l'eau de pluie ainsi qu'à servir d'abri en cas de siège.

Photius (i) nous a transmis un passage de l'ouvrage de Ctésias Gnidius sur l'histoire de la Perse et de l'Inde. Gtésias avait reçu deux épées, l'une des mains du roi, l'autre de celles de Parisatis, mère du roi. Enfoncées dans le sol, elles jouissaient du pouvoir d'écarter les nuages, la grêle et les ouragans ; et Gtésias affirme avoir vu plusieurs fois le roi lui-même enfaire l'expérience devant lui.

On sait que Numa Pompilius, deuxième roi de Rome, était Sabin d'origine et qu'il appartenait à l'ancienne Étrurie, pays duquel les Romains avaient emprunté la plupart de leurs cérémonies et de leurs rites sacrés.

Numa lui-même était indubitablement un homme instruit. Il rectifia le calendrier et fit correspondre les années solaires et lunaires. Il connaissait la propriété des miroirs concaves

(1) « De feiTO, quod in hujus fontis fundo reperitur, ex quo duos se habuisse » aliquandô gladios ipse Gtésias commémorât, unum a rege, alterum a Pary- » satide régis ipsius matre sibi donatum. Ferri autem hujus eam esse vim, ut 1) in terram depactum nebulas, et grandines, turbinesque avertat, hoc semel se » iterùmque vidisse, cùm rex ipse ejus rei periculum faceret. » (Photii Bibliotheca Myriobiblon, cod. lxxii. In-folio, Rothomagi (Rouen, 1653).

de concentrer les rayons solaires et d'enflammer par ce moyen les combustibles ; c'était ainsi que les Vestales allumaient leur feu. Il fut le principal législateur politique et religieux dans son pays.

Voici d'après Valérius Antius, historien bien antérieur à Benys d'Halicarnasse, le procédé à l'aide duquel Numa obtint de Jupiter le pouvoir d'appeler et de diriger la foudre. Cette ancienne légende a été reproduite par Plutarque, par Arnobe. Numa cacha douze beaux garçons, munis de liens, auprès d'une fontaine où Picus et Faunus avaient coutume de se désaltérer ; il mit à l'entour de cette source des coupes remplies de vin et de moût; ces demi-dieux s'enivrèrent de liqueurs meilleures que l'eau, leur boisson journalière, s'endormirent, furent saisis et garrottés pendant leur sommeil par les jeunes gens apostés et ne furent relâchés qu'après avoir enseigné à Numa comment la foudre était évoquée. Numa fit des sacrifices et surtout des expériences sur le mont Aventin, attira Jupiter sur la terre et lui demanda les moyens d'obtenir sa foudre ; le Dieu hésila longtemps et se rendit enfin. Il paraît que plusieurs fois Numa réussit à attirer ainsi la foudre.

Arnobe (1) a consigné le même récit dans ses ouvrages ; il a reproduit l'entretien de Jupiter et de Numa à peu près dans les mêmes termes que le poète Ovide. (Voir plus loin.)

Cette légende si singulière ne revient-elle pas en réalité à Fun des prêtres étrusques, si connus dans l'antiquité par leur grande science dans les choses naturelles ; car, comme le dit Gicéron (2), les Étrusques étaient les interprètes les plus exercés de tous les prodiges célestes.

Servius (3), en parlant de la nymphe Bygoïs, ne nous dit-il pas qu'elle avait écrit chez les Étrusques un traité de la

(1) Arnobius, Disputationes adversùs génies, Hanoviœ, p. 183 (1693).

(2) Traité de la Divination, liv. VI, cIi, xli, xlii, et ies notes des pages 166, 167, édition Panckoucke.

Voir encore sur ce sujet : Diodore de Sicile, liv. V, traducL de Miot, t. II, p. 386. Paris, 1834. — Les Étrusques d'Ottfried MuUer, t. IL— Pline, Hist. nat., liv. n, ch. LUI.

(3) Servius, Commentaires sur Virgile, Enéide, liv. Vi, édit, in-folio. Paris, 1600 : apud Seb, Nivellium,

foudre?... quœ artem scripserat fulguritarum apiid Tnscos. Ovide, dans ses Fastes, a longuement et magnifiquement raconté comment ia déesse Égérie suggéra à Numa le moyen d'obtenir la foudre de Jupiter. Il a rappelé par quelles violences sur Picus et Faunus, Numa obtint de ces divinités champêires les moyens qui le mirent en relation avec Jupiter, l'étrange colloque (i) de Jupiter et de Numa, et la chute trois fois répétée de la foudre sons un ciel sans miage(2).

Ter tonuit sine niibe Deus^ tria fulgura misit.

« Les Annales font foi qu'à l'aide de certains sacrifices, » de certaines prières, on force la foudre à descendre, ou » qu'on l'obtient du ciel. C'est ce qui, selon la tradition » étrusque, eut lieu à Volsinies, lorsque cette ville et les » campagnes environnantes étaient ravagées par un monstre » qu'on nommait Volta et qui fut foudroyé par le feu du ciel. » Leur roi Porsenna l'évoqua aussi. Lucius Pison, auteur » grave, rapporte, au premier livre de ses Annales, qu'avant

(1) Caede caput, dixit : cui rex, Parebimus, inquit :

Gœdenda est hortis eruta cepa meis.

Addidit hic, Hominis : Summos, ait ille, capillos.

Postulat hic animam : cui Numa, Piscis, ait. Risit; et, His, inquit, facito, mea tela procures,

0 vir coUoquio non abigende meo.

Sed tibi, protulerit quum totum crastinus orbem

Cynthius, imperii pignora certa dabo.

Jupiter. — Coupe une tête.

Numa. — Je ferai couper la tête d'un oignon de mon jardin.

Jupiter. — Je veux celle d'un homme.

Numa. — Oui, vous aurez ses cheveux.

Jupiter. — U me faut une âme.

Numa. — Oui, celle d'un poisson.

— Eh bien ! soit, dit en riant Jupiter, emploie ces expiations pour obtenir mes foudres, ô mortel digne de converser avec le roi des dieux! Demain, lorsque Phébus éclairera l'univers entier de ses rayons, je te donnerai un gage infaillible de puissance (Fastes, liv. IIÏ, v. 285-380).

(2) Gicéron nous fournit encore un exemple de foudroiement sous un ciel sans nuage :

Aut quum terribili perculsus fulmine civis, Luce serenanti, vitalia lumina liquit.

(De la Divination, liv. î, ch. xr.)

» Porsenna, Nu ma en fit souvent autant (1) ; que Tullus » Hostilius l'imita ; mais que, peu exact dans Faccomplisse- » ment des cérémonies, il fut foudroyé. Nous avons des bois » sacrés, des autels et des sacrifices, et parmi des Jupiter » Stator et Tonnant et Férétrien, nous avons aussi admis un » Jupiter Elicius... (2). »

Tite-Live nous apprend que Numa bâtit sur le mont Aventio un autel à Jupiter Elicius. — Quœque in^odigia fulininibiis, aliove quo viso^ missa susciperentur atque curarentur : ad ea elicienda ex mentibiis divinis, Jovi Elicio aram in Aventino dicavit deumque consulit auguriis qiiœ suscipienda essent.

Suivant les anciens, faire descendre le tonnerre, c'était faire descendre la divinité elle-même, et Pline témoigne, d'après de bonnes autorités, dit-il, que Numa avait eu fréquemment ce pouvoir.

Les Romains adoraient fréquemment Jupiter sous des noms divers : tantôt c'était Jupiter Tonans (a tonitru) ; tantôt c'était Jupiter Elicius {ab eliclendo fulminé); tantôt enfin Jupiter Catabaitès (>taTaêaivco, je descends).

Eliciuntcœlo te, Jupiter, un de minores

Nunc quoque te célébrant, Eliciumque vocant (3).

« Ils attirent Jupiter de sa demeure céleste, et c'est de là que nous honorons aussi ce dieu sous le nom d'Élicius. »

Tite-Live raconte qu'après avoir examiné les mémoires de Numa et y avoir trouvé une description de certains sacrifices solennels et mystérieux en l'honneur de Jupiter Elicius, Tullus Hostilius voulut essayer d'y procéder en particulier; mais par quelque défaut de l'ensemble des procédés ou des rites, non-seulement il ne put obtenir aucun signe de la faveur des dieux, mais ayant excité la colère de Jupiter par ces cérémonies irrégulières, il fut frappé du tonnerre et consumé, lui et son palais.

« Ipsum regem, tradunt,volventem commentarios Numse;

(1) Et anîe eum a Numa saepius hoc faclitatum (Pline).

(2) Pline, Hist. nat., liv. II, chap. liv, édit. Panckoucke.

(3) Ovide, les Fastes, liv, III, v. 327. Voir encore Virgile, Enéide, liv. II, vers 689 et suivants.

» quiim ibi qusedam occulta sollemnia sacrificia Jovi Elicio » facta invenisset, operatum his sacris se abdidisse : sed » non rite initum aut curatum id sacrum esse ; nec solùm » uUam ei oblatiim coelestium speciem, sed ira Jovis, solli- » citati prava religione, fulmine ictum cum domo confla- » grasse (1). »

Julius Obsequens dit que c'est en imitant Numa que Tullus fut frappé de mort par la foudre. « Hostilius dum Numam » sacrificiis imitatur, Jovi iitare non potuit, sed fulmine » ictus, cum regia conflagravit (2). »

Tullus ne fut pas le seul expérimentateur malheureux. Un roi d'Albe, Kémulus, frère d'Acrotus, fut aussi foudroyé.

Remiilus maturior annis Fulmine periit, imitator fulrainis iclu (3),

Denys d'Halicarnasse et tous les auteurs s'accordent à dire que la mort de Tullus et l'incendie de son palais eurent lieu dans une furieuse tempête.

Voici encore un roi qui, sui^^ant Denys d'Halicarnasse, put attirer la foudre :

« Après Agrippa, Alades, qui était un tyran, régna 6 19 ans. Ce roi, méprisant les dieux, avait imaginé un moyen » d'imiter les foudres et le bruit du tonnerre, afin d'imprimer » de la terreur aux hommes et de se faire passer pour un » dieu. Mais les foudres et les orages tombèrent sur son » palais et les eaux du lac auprès duquel il demeurait, » s'étant enflées extraordinairement, l'ensevelirent avec toute » sa maison (4). »

Nous trouvons dans Lucain un passage très -remarquable :

César descend du haut des Alpes, passe le Rubicon et marche sur Rome. La ville est épouvantée, les prêtres, les augures font des sacrifices et des expiations, et l'Étrusque

(1) Tite-Live, liv. I, § XXXI.

(12) Julius Obsequens, Prodigia, lïl.

(3) Ovide, Métamorphoses, liv. XIV, vers 617.

(4) Denys d'Halicarnasse, Antiquités romaines, liv. I, cli, xv (à la fin).

Arruns ramasse les feux dispersés de la foudre, les cache dans la terre avec on triste murmure et donne un nom à ce lieu sacré (I)

N'est-ce pas faire croire à la connaissance des paratonnsrres pour soutirer la foudre et la conduire dans le sol?

Il n'est pas non plus sans importance de citer le passage suivant de la belle harangue que Philippe prononça au sénat contre l'ambition effrénée de Lépide, harangue que nous a conservée Salluste. « Quand je vois que chacun de vous envisage » les maux présents comme la foudre dont on désire de nêtre » pas frappé, sans faire le inoindre effort pour l'empêcher de » tomber, etc. (2). »

Cette phrase fait croire à de Laboissière, peut-être à tort, que l'orateur et l'historien font allusion à quelque moyen que possédaient les Romains pour détourner la foudre.

De Laboissière mentionne une médaille décrite par Duchoul (3), sur laquelle on voit le temple de Junon, déesse de l'air, surmonté d'un toit dans lequel sont fixées des flèches pointues.

ïl signale une autre médaille, d'authenticité douteuse, que Pellerin a décrite et gravée. Elle porte pour légende : Jupiter Elicius. Le dieu est représenté tenant la foudre, et tout au bas est un homme dirigeant un cerf-volant.

il est probable, dit Gardini, que les Étrusques et les Sabins se servaient pour évoquer la foudre de lances qu'ils

(1) Arruns dispersos fulminis ignés

Golligit, et terrée msesto cum murmure condit, Datque locis numen sacris .....

Pharsale, liv. 1, v. 601. — Édit. Panckoucke,

Et cet autre passage, liv. Vï!i, v. 861 :

Tarpeis qui saepè Deis sua tura negarunt, ïnclusum Thusco venerantur cespiîe fulmen.

Le mortel qui souvent refuse ses hommages aux dieux du Capitule, adore le gazon toscan où s'enferment les débris de la foudre.

(2) Traduit par Millol.

(3) Sur la 7'eligion des Bomains.

adoraient, comme le constate Ovide, et il est probable qu'ils en employaient non pas une, mais un grand nombre, constituant une sorte de forêt.

Il nous semble donc probable que les anciens connaissaient Fart d'attirer, de diriger la foudre, d'une manière imparfaite, mais que cette connaissance était plus particulièrement confinée chez les rois et chez les prêtres qui s'en servaient pour montrer leur pouvoir divin.

Les Étrusques, les Sabins, compatriotes de Numa, avaient un grand respect pour les lances ; Numa avait bâti, en l'honneur de Jupiter Elicius, non point un temple, mais un autel en plein air, au sommet du mont Avenlin.

Le christianisme fit cesser ces pratiques du paganisme, mais l'usage d'élever de longues perches dans les champs pour détourner la grêle et les orages se retrouve Jusque sous Gharlemagne. Ce monarque proscrivit cet usage comme superstitieux, dans un capitulaire de 789. Il parait que ces perches n'avaient d'effet, croyait-on, qu'autant qu'elles étaient armées d'un parchemin probablement couvert de quelques caractères magiques.

Au XV® siècle, on clouait une épée nue aux mâts du vaisseau pour le protéger contre la foudre. Saint Bernardin de Sienne traite cette pratique de superstitieuse (1).

Le P. Imperati, qui écrivait au xvji® siècle, raconte qu'au château de Duino, en Frioul, l'usage fort ancien s'était maintenu, quand un orage se préparait, de sonder le tonnerre. La sentinelle touchait de sa lance une barre de fer dressée sur les murailles, et, lorsque leur contact produisait une étincelle, on donnait aussitôt l'alarme afin d'avertir les bergers du danger qu'ils allaient courir.

Les anciens connaissaient bien aussi la fréquence relativement plus grande des coups de foudre sur les édifices élevés et en particulier sur les temples.

Numa avait dressé un autel à Jupiter Elicius au sommet du mont Aventin.

(1) Voyez de Laboissière : Notice sur les irav. de l'Acad, des se. du Gard de 1811-1821 (Nismes, 1822). Mémoires sur les connaissances des anciens dans l'art d'évoquer et â/absorber la foudre.

« Pourrions-nous, dit Gicéron, douter de la puissance des » éclairs? Et parmi tant d'exemples étonnants, oubliera-t-on » ce qui arriva à Summanus (i), image en ievrQ placée sur le » faîte du temple du grand Jupiter? La foudre le frappa; on » ne retrouvait nulle part la tête de la statue : les aruspices » déclarèrent qu'elle avait été lancée dans le Tibre; et, en » effet, on la découvrit dans le lieu que ces aruspices avaient » indiqué (2). »

« Le centaure du Gapitole a été frappé de la foudre; elle a » brisé les portes de i'Aventin, renversé des hommes. A » Tusculum, elle est tombée sur le temple de Castor et Pollux; » à Rome, sur celui de la Pitié (3). »

« Car, le père du tonnerre, s'appuyant sur l'Olympe étoile, » a lui-même autrefois frappé ses collines et ses temples, et » lancé sa foudre sur le Capitole. Alors fut renversée la » vieille statue d'airain de Natta et fondue la sainte table » des lois. La flamme de l'éclair anéantit les images des )) dieux. Là se trouvait la sauvage nourrice du nom romain, » la louve consacrée à Mars, qui, de ses fécondes mamelles, » prodiguait le suc vital aux enfants du dieu. Arrachée de sa » base avec les enfants qu'elle allaitait, elle a laissé les restes » de ses pieds (4). »

Bien avant Franklin, on avait remarqué avec quelle facilité la foudre suit les conducteurs métalliques. Le passage suivant emprunté à Gehler en est un exemple.

(1) Summanus, dieu des éclairs nocturnes. Voir la Mytfiologie de Greutzer, t. II, p. 965; Ovide, les Fastes, liv. IV, v. 731; et Augustin, Cité de Dieu, liv. IV, ch. xxiii.

(2) Gicéron, de la Divination, liv. I, chap. x; liv. II, cliap. xix et p. 349 de l'édition Panckoucke.

(3) Gicéron, de la Divination, liv. ï, chap. xlîii. Gonsultez encore liv. 1, chap. XII, et liv. II, chap. xx, et Julius Obsequens, des Prodiges, | XGVHI, édition de Lyon 1555, traduit par George de la Bouthière.

(4) Gicéron, de la Divination, liv, I, ch. xii, liv. II, ch. xx,édit. Panckoucke. Consultez aussi les notes, p. 144, 145 et 349.

« La théorie du paratonnerre repose sur deux proposi- )> tions : la première est qu'un conducteur métallique non B interrompu, d'une grosseur suffisante, conduit la foudre » ou la matière électrique, sans dommage pour d'autres » corps, jusque dans la terre ; la descente de la foudre sur des » fils ou d'autres ouvrages de fer avait été remarquée long- » temps avant Franklin. Reimarus tire des Bresl. Samml. une » observation du docteur Reiman à Epperic, en Hongrie, » du Î7 juillet 1717, dans laquelle la foudre est descendue le » long de plusieurs fils métalliques, et que suivant au pas- » sage d'un fil sur un autre, les pierres interposées ont été » brisées ; l'auteur de cette observation suppose d'après » cela une singulière sympathie de la foudre sur le fer, » parce que dans l'année 1673, la foudre, au même endroit, » est descendue sur le même fil qui était alors plus long, » sans que les pierres se trouvassent faire obstacle à son y chemin et descendit jusqu'en bas. » {hidic. von Donnerh.)

On peut donc s'étonner que les conducteurs des paratonnerres n'aient pas été inventés avant Franklin.

L'identité de l'électricité des machines et de la foudre venait d'être constatée : ce fut alors que Franklin inventa le paratonnerre.

Franklin (1) est incontestablement l'inventeur du paratonnerre. C'est avec juste raison qu'on a dit de lui :

Eripuit cœlo fulmen, sceptrumque tyrannis.

Déjà, en 1749, il traite de faction des pointes pour soutirer l'électricité et dit qu'on pourrait en tirer un grand avantage pour protéger les bâtiments.

Il est beaucoup plus explicite encore en 1733. 11 remarque alors que fexplosion n'aura lieu que si le conducteur est interrompu ou d'un trop petit diamètre ; une tringle d'un quart de pouce d'épaisseur lui paraît devoir être suffisante. Dans une expérience élégante, il note l'action des pointes

(1) Franklin, Expériences sur V électricité. — Lettres à Collinson. Paris, 4752 (trad.).

sur des flocons de coton suspendus au conducteur de la machine et représentant des nuages orageux.

Les compatriotes de Franklin se hâtèrent de suivre ses conseils.

FrankUn n'eut pas pkis tôt constaté sa découverte qu'il appliqua les conducteurs électriques à la protection des bâtiments pubhcs et particuliers; un appareil, construit sous sa direction, fut placé dans la maison de M. West, riche marchand de Philadelphie ; et c'est une circonstance remarquable, qu'à peine installé, comme pour prouver la valeur du nouveau système, le conducteur fut frappé de la foudre... (sans en subir de dommage).

En Europe, et notamment en Allemagne, la première proposition relative à l'usage des paratonnerres fut faite, ce me semble, en 1733, par Winkier (i) ; il conseille de fixer sur le faîte des bâtiments une tige isolée, communiquant ensuite avec une chaîne ou un cordon métallique ((il de sûreté) () de 3 lignes d'épaisseur fixé en terre à l'aide d'une pièce de fer.

Le premier paratonnerre exécuté en Allemagne est celui du chanoine Procopius Divisch ; il fut élevé en 1754, à Prenditz, près Znaym (2), en Moravie, mais son mode de construction est resté inconnu.

Le 10 juillet 1754, il fut frappé de's rayons blancs de la foudre, ce qui préserva de l'orage les alentours.

Le premier conducteur, vu en Angleterre, fut élevé par le docteur Watson, à Pagneshill, en 1762.

La tour de Jacob, à Hambourg, fut armée en 1769.

En Bavière, le conseiller Von Osterwald, fit, dans Tété de 1776, armer sa maison de campagne d'un paratonnerre.

En 1777, la tour de la cathédrale de Sienne, en Toscane, fut munie d'un paratonnerre, et le 10 avril 1777, la foudre l'atteignit et suivit son conducteur.

(1) Progr. de avertendi fulminis artificio. Leips., 1753, in-4o.

(2) Miisschenbroek, Cours de physique, t. IIÏ, | 2o43, U'aduc. de Sigaud de la Fond, p. 424 (Paris, 1769, in-4«).

En 1778, la république de Venise décréta qu'elle armerait de paratonnerres ses vaisseaux et ses magasins à poudre (1).

« Le Louvre est en France le premier monument public » sur lequel on ait élevé des paratonnerres. » Un membre de l'ancienne Académie des sciences. Le Roy, avait depuis longtemps sollicité cette mesure, qui fut enfin adoptée en 1782. Dans le cours des années suivantes, le gouvernement se décidait à tenter de plus larges essais : en 1783, le ministre de la guerre consultait l'Académie des sciences sur les moyens de garantir les magasins à poudre de Marseille, et la commission, chargée de rédiger cette première instruction, fut composée de Franklin, de Laplace, Coulomb, Le Roy (2) et l'abbé Rochon, En 1784, le ministre de la marine donnait au m.ême académicien Le Roy une mission dans les ports de l'Océan, Brest, Lorient et Rochefort, pour qu'il y fit élever des paratonnerres tant sur les principaux établissements de la marine que sur les vaisseaux et les frégates qui se trouvaient en rade. Tels furent, ajoute M. Pouiliet, les débuts un peu tardifs de l'administration dans cette voie nouvelle où elle avait été devancée par la plupart des États de l'Europe. Ge fait est d'autant plus remarquable que 30 ans auparavant, en 1752, la France avait précédé toutes les autres nations, même celles de l'Amérique, dans les expériences par lesquelles fut démontrée de la manière la plus décisive et la plus éclatante la vérité des conjectures de Franklin sur la nature de la foudre.

Une seconde instruction fut rédigée en 1823 par la section de physique de l'Académie des sciences, .section composée de MM. Poisson, Lefèvre-Gineau, Gérard, Dulong, Fresnel et Gay-Lussac, rapporteur. Elle est devenue en quelque sorte un Manuel populaire par la grande pubhcité qui lui a été donnée de toutes parts et par la manière claire et précise

(1) Journ. dephys. de Rozier, p. 2i (1789).

(2) Le Roy dans ses écrits a souvent désigné les paratonnerres sous le nom de garde-tonnerres ; plusieurs auteurs du siècle dernier affectionnaient ce dernier terme.

dont elle décrivait les règles à suivre dans la construction des appareils (i).

Un supplément (2) à cette instruction a été présenté en 1854 par la section de physique, composée de MM. Becquerel, Babinet, Duhamel, Despretz, Gagniard de Latour et Pouillet, rapporteur.

En 1855 (3), l'Académie publia une note spéciale pour les nouvelles constructions du Louvre.

Dans les commencements, les paratonnerres furent accueillis par le public proprement dit, tantôt avec indifférence, tantôt avec méfiance ; d'autres fois, ils lui inspirèrent un véritable effroi.

Un physicien de Saint-Omer, M. Villery de Bois-Vallé, avait élevé un paratonnerre sur sa maison ; bientôt le peuple fut saisi d'étonnement et d'effroi à la vue de cet appareil ; le bailli de Saint-Omer vint sommer le physicien de l'enlever et l'échevinage de cette ville arrêta dans un jugement que la machine serait démontée, enlevée... A cette occasion, on consulta plusieurs savants, M. Bertholon en particuher, et c'est pour éclairer les juges et le public qu'il écrivit et publia plusieurs observations qui démontrèrent l'utilité des paratonnerres (4) .

En d'autres localités, on accusa le paratonnerre de contrarier les voies de la Providence, reproche qu'on adressait d'ailleurs aussi à l'inoculation !

L^abbé Poncelet (5) demandait que, par des règlements de pohce , on interdit la construction des paratonnerres. La tige protectrice, élevée en 1777 sur le sommet de la tour de Sienne, était appelée par le peuple la Baguette hérétique. Et nous voyons, en 1778, le physicien Guden (6) déclarer qu'il ne croit pas aller contre les décrets de la Providence en établis-

(1) Annales de chimie et de phys., 2« série (1824).

(2) Comptes rendus, t. XXXIX, p. 1142 (18 déc. 1854).

(3) Comptes rendus, t, XL, p. 403 (J9 février 183o).

(4) Nouvelles preuves de l'efficacité des paratonnerres, par l'abbé Bertholon, R. 328.

(5) La nature dans la formation du tonnerre, l*'" partie, p. H8.

(6) Verhalt, reg., Gotha (1778).

DES PARATOxNNERRES DEPUIS FRANKLIxN 449

sant, des paratonnerres, fondé qu'il est sur ce que plusieurs abbés et prêtres ont agi ainsi ; par exemple l'abbé Felbiger, l'abbé Fonlana à Florence, le père Beccaria à Florence, le père Mako à Vienne, le père Toaldo à Padoue, qui ont établi des paratonnerres.

Aujourd'hui l'utilité des paratonnerres est généralement reconnue et cependant nous nous plaignons très-hautement que ce précieux moyen protecteur soit aussi peu répandu en France. Quiconque a voyagé a pu remarquer combien les paratonnerres sont plus fréquents en Allemagne et en Suisse qu'en France, où l'on a tant fait d'expériences pour en étudier la construction la plus avantageuse.

Sestier, II t9

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