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ART. 3. — EFFICACITÉ DES PARATONNERRES DÉMONTRÉE PAR DES FAITS

I I, — Édifices préservés parce que la foudre a suivi leurs paratonnerres. — De nombreux édifices munis de paratonnerres ont été foudroyés et sont restés intacts parce que la foudre a suivi leurs paratonnerres. La foudre a frappé 22 fois et a suivi chaque fois le paratonnerre du clocher élevé de Saint-Martin à Landshut (Yelin).

L'abbé Bertholon faisait construire un paratonnerre sur l'église de Saint- Just à Lyon ; le conducteur seul était en place, mais la pointe manquait encore, lorsque, le 3 septembre 1780, vers 6 heures du soir, au milieu d'un violent orage, plusieurs personnes virent la foudre en zigzag frapper l'extrémité du conducteur qui la conduisait dans le sol (i).

On a vu la foudre frapper le paratonnerre de Daltorf, le 26 juin 1785, sans qu'elle produisît aucun dégât (2).

On l'a vue tomber sur le paratonnerrre de l'église de Rembert à Brème, le 3 août 1783. (Voir Ejfets sur les métaux. Oxydation), sur le paratonnerre de l'observatoire de Padoue, le il mai 1777 (Beyer, p. 19 et Reimarus, 1778, p. 385). — On l'a vue suivre le conducteur du paratonnerre de l'église de Saint-Pierre, le 9 juillet 1790 (3), enfin sur le conducteur en plaques de cuivre de l'église d'Anscharius.

Plusieurs personnes ont vu, en 1779, à Mannheim, la foudre suivre l'un des paratonnerres de la maison de l'envoyé de Saxe, et ce jusqu'au sol, qui fut projeté en tourbillon (4).

Un fait semblable fut observé au château du comte de Torring-Seefeld(5).

(i) Nouv. preuves de l'efficacité des parât., p. 7S.

(2) Extrait des feuilles de Flandres, 12 juillet 1785. Mémoires de Bruissant sur le beffroi d'Arras, p. 266.

(3) Reimarus, Neuer Bemerk., p. 112.

(4) Hemmer, Journ. de phys. de Rozier, t. XV, p. 16 (1780).

(o) Hemmer. Keimams, Neuer Bemerk. — Bertholon, Efficacité, p. 85.

Des faits analogues ont été vus à Ziirich ; Breitringer {Journ. de phys., t. XXIX, p. 90 (1786) ; Kastners Journ., l. XV, p. 146); à Munich (Gilbert's Ann., t. LXXI, p 224 (1822); à Grabow (Egen, Mém. sur les météores ignés, Gilbert's Ann., t. LXXIl, p. o98 (1822).

§ II. — Bâtiments foudroyés avant rétablissement des paratonnerres qui ne sont plus atteints depuis qu'ils sont armés de paratonnerres. —

Plusieurs édifices fréquemment foudroyés avant l'établissement des paratonnerres en sont aujourd'hui armés et préservés de tout dégât.

Le clocher de l'église de Saint-Marc, à Venise, a été foudroyé neuf fois de 1388 à 1762; il fallut y faire des réparations considérables pour empêcher la ruine de cet édifice. Le 18 mai 1776, la tour fut armée d'un paratonnerre (1), et, depuis cette époque, il n'y a pas eu de dégâts causés par la foudre (Sigaud de la Fond. — Arago).

Le château royal, le Valentino, à Turin, souvent endommagé par la foudre, n'en souffrit plus depuis que Beccaria arma un de ses pavillons de tiges étamées avec conducteurs (2).

La tour de Saint-Reinold à Trémone, en WestphaHe, qui s'élève à une très-grande hauteur dans une vaste plaine, cessa d'être fréquemment lésée par la foudre depuis qu'en 1784 on l'arma d'un paratonnerre (3).

La vieille éghse de Saint-Paul à Londres n'avait pas de paratonnerre : elle fut foudroyée deux fois. L'église moderne, beaucoup plus élevée, n'a jamais souffert des atteintes du météore, mais elle est protégée par des paratonnerres (4).

Le clocher de la cathédrale de Sienne avait été souvent foudroyé, quand on se décida à l'armer d'un paratonnerre. A peine installé, il fut frappé par la foudre le 18 avril 1777 : elle le suivit jusque dans le sol. Un grand nombre d'habitants avaient les yeux fixés sur le conducteur, et virent un long ruban de feu s'abattre sur la tige et le conducteur (5).

Des faits analogues ont été observés : sur le clocher de l'église de Newburg (Franklin); sur celui des cordeliers de

(1) Toaldo, Précis hist. et expérim. des phénom. élect., 2e éd., p, 399.

(2) Arago, Notice. Annuaire des long., p. 562 (1838).

(3) Hemmer, Act. Acad. Theod. Palat. R. 88, VI, 516.

(4) Harris, Thund, p. 165.

(5) Atti deW Acad. se. di Sienne, t. VI, p. 280; — l't Journ. dephys., t. X, p. 379, relation du, p^rofesseur Pistoi.

San Francisco délia Yigna, à Venise (1); sur la tour de i'horloge de l'église hollandaise de New- York (Arago) ; sur la maison de M. Serno à Belzig (2); sur une grange dans le Mecklembourg (3); à Wethersfield (Gonnecticut) (4); sur l'église d'Anscharius, à Bremen (Reimarus) ; sur le clocher de l'église de Tongres (5).

Non-seulement des édifices jadis fréquemment endommagés par la foudre n'en subissent plus les atteintes destructives, depuis qu'on les a armés de paratonnerres, mais on peut affirmer que la foudre les frappe beaucoup moins souvent : les pointes qui les protègent diminuent les coups.

Le 14 août 1833, la tour de la cathédrale de Strasbourg fut foudroyée trois fois en un quart d'heure : des quantités considérables de matériaux, grès, ciment, plomb, fer, furent fondus, brisés, projetés. Une nouvelle explosion, le 19 juillet 1834, fut plus terrible encore : une des quatre tourelles fut pour ainsi dire coupée par le milieu. En 1835, on plaça des paratonnerres, et la foudre tomba, le 10 juillet 1843, sur un paratonnerre sans produire aucun dégât.

Au Valentino, les paratonnerres placés par Beccaria firent totalement disparaître les coups foudroyants qui précédemment étaient si communs sur ce palais.

Ingen-Housz rapporte que dans les domaines du comte Orsini de Rosemberg en Carinthie, sur une montagne trèsélevée appelée Lasciariberg ou vulgairement Heiligenberg, existait une église dont le clocher avait été souvent foudroyé. Ces accidents étaient devenus tellement fréquents qu'on n'y célébrait plus la messe pendant l'été. Le clocher fut démoli par la foudre en 1730, reconstruit et couvert en fer-blanc, il fut frappé trois ou quatre fois par an. Le tonnerre y tomba dix fois pendant un seul orage, et en 1778 il fut foudroyé cinq fois. Il fallut démolir l'édifice ébranlé. On le rebâtit et

(1) Toaldo, Lettre écrite à Bertholon, Efficacité des parât, p. 78.

(2) Gilbert's Ann., t. LXIV, p. 268 (1820).

(3) Reimarus, Neuer Bemerk., p. 77.

(4) Revue britannique, i« série, t. V, p. 7 (1826).

(5) Stoffels, Journ, de phys, t. LXXXIV, p. 19S-84 (1817),

on Tarma d'un paratonnerre en 1780; la tige avait un pouce de diamètre et portait une croix de métal dont les trois branches étaient pointues et dorées. Le conducteur était une barre de fer d'un demi-pouce de diamètre qui se terminait dans un ruisseau.

Or, depuis le commencement de 1780, jusqu'à la fm de 1781, ce paratonnerre ne fut frappé qu'une fois : l'église n'en souffrit pas et la pointe du paratonnerre n'avait aucunement été endommagée. Pendant ces deux années, les orages furent pourtant nombreux et violents; en 1782, jusqu'au 23 août, il y eut six orages des plus considérables, et ni l'église ni les maisons du village n'en furent atteintes. L'accident le plus proche arriva à plus d'un quart de lieue de là : la foudre frappa de mort trois brebis. Enfin, une autre relation dit que le 21 juin 1783, au milieu d'un orage terrible, le conducteur fut encore frappé sans aucun dommage pour le bâtiment.

Un exemple à peu près semblable nous est fourni par le clocher de l'église de Sorèzo qui, tant qu'il exista, fut un protecteur aujourd'hui bien regretté, de l'église et de la ville. Ce clocher était muni d'un excellent paratonnerre construit par les Bénédictins (1).

I III. — Influence de la foudre sur deux bâtiments voisins dont l'un est armé d'un paratonnerre. — Deux bâtiments voisins l'un de l'autre viennent à être foudroyés : celui qui est armé n'éprouve aucun dommage, celui qui n'est pas armé est endommagé.

Kinnersley rapporte que le 12 juillet 1770, trois maisons et un brigantin à l'ancre dans le port de Boston furent frappés en moins d'une heure. Le brigantin et deux de ces maisons furent gravement endommagés, tandis que la troisième maison, qui seule était armée d'un paratonnerre, fut entièrement préservée. La décharge cependant avait été violente, puisqu'elle fondit dans la longueur de six pouces et demi la pointe en laiton de l'appareil. Le conducteur con-

(1) Clos, Étude sur la météorol. du pays Toulousain, p. 162.

sistaifc en tringles de fer d'un demi-pouce de diamètre fortement vissées les unes avec les autres (1).

Le 5 septembre 1779, sur les sept heures et demie du soir, la foudre démolit une cheminée de la comédie allemande à Mannheim, atteignit en même temps l'un des conducteurs placés deux ans auparavant sur la maison de l'envoyé de Saxe, et le suivit sans causer aucun dégât (2).

I IV. — Clochers d'une région peu étendue atteints par la foudre. — De 1820 à 1830, plusieurs clochers furent atteints par la foudre dans le Devonshire. De toutes ces églises, une seule était protégée par un paratonnerre, c'était celle de Plymouth ; ce fut la seule sur laquelle la foudre ne fit aucun dégât, quoique son conducteur eût été brisé par la foudre (3) .

I V. — Magasins à poudre. — Une autre preuve de l'efficacité des paratonnerres nous est fournie par l'examen de vingt-quatre magasins à poudre tous frappés par la foudre. En effet, quinze d'entre eux ont fait explosion, aucun d'eux n était pourvu de paratonnerre, et neuf n'ont pas fait explosion. Or, trois de ces derniers n'étaient pas non plus armés et ont éprouvé des dégâts plus ou moins grands, tandis que les six autres, munis de paratonnerres , non-seulement n'ont pas fait explosion, mais n'ont pas même éprouvé le moindre dommage, à l'exception de celui de Ijayonne dont l'un des angles fut légèrement ébréché.

Ajoutons qu'il y a plus de 70 ans que les magasins à poudre sont généralement pourvus de paratonnerres et qu'il n'y a pas d'exemple qu'un de ces bâtiments ainsi armés ait fait explosion (4).

II est vrai que des édifices protégés par des paratonnerres

(1) Lettre à Franklin. — Philosoph. Transact., p 38 (1773).— Jom'W. de phys. 2 Rozler, t. III, p. 34o (1774). — Sigaud, Phénom., p. 405.

(2) Lettre de Hemmer à Sigaud de la Fond. — Précis hist. et expér., p. 403.

(3) Harris, Thund, p. 160.

(4) Harris, Thund, p. 465.

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mal établis ont souffert de la foudre, mais cela ne prouve nullement l'inefficacité des paratonnerres.

D'un autre côté, des paratonnerres bien construits n'ont pas empêché que des édifices fussent endommagés par la foudre. Il faut dans ces cas songer à une bifurcation de la foudre, et alors le paratonnerre avait conduit l'un des rayons; dans d'autres cas, il y a eu insuffisance du nombre des paratonnerres.

I YI. — Maisons, édifices non armés, et endommagés par la fondre. -— Par opposition à tous les faits qui précèdent et qui démontrent directement l'efficacité des paratonnerres, nous dirons que de très-nombreux bâtiments de divers genres, tous dépourvus de paratonnerres, ont été plus ou moins endommagés par la foudre, et qu'un grand nombre d'hommes et d'animaux ont été blessés ou tués(l).

Nous avons réuni et analysé dans leurs détails 457 observations de ce genre, sans compter celles, en très-grand nombre, qui se rapportent à des granges et à des mouUns, etc. ; nous signalerons plus particulièrement ici :

186 clochers, églises ou chapelles.

220 châteaux, maisons de ville, de campagne, chaumières. 21 hôpitaux, casernes, prisons; — salles de spectacle. 12 écuries.

19 magasins à poudre.

Tous ces bâtiments, dépourvus de paratonnerres, ont plus ou moins gravement souffert des atteintes de la foudre. En outre, sur les 186 cas qui concernent les clochers et les églises, 68 fois l'explosion a occasionné chez l'homme de graves blessures ou la mort.

7, 8,9, il, 15, 24, 48, 50 et même jusqu'à près de 100 personnes ont été à la fois blessées ou tuées dans ces funestes occasions.

Et parmi les 220 coups de foudre qui ont atteint des mai-

(i) Pline rapporte que « de Terracine au temple de Féronie, en Italie, on » avait cessé de construire des tours en temps de guerre, parce que toutes » avaient été renversées par le tonnerre. » {Hist. nat., liv. II, chap. lv, édition Panckoucke.

sons, il en est 156 qui ont chacun blessé ou tué un ou plusieurs individus.

Lorsque la foudre a frappé les écuries dépourvues de paratonnerre, presque constamment elle y a tué un plus ou moins grand nombre d'animaux.

Enfin, nous avons déjà signalé l'explosion de 16 magasins à poudre, tous dépourvus de paratonnerres.

I VII. — Navires. — M. Harris (1) adressé un tableau concernant 74 navires de la marine anglaise frappés de la foudre de 1829 à 1842 ; ceux (au nombre de 41), qui n'étaient pas armés de paratonnerres, ont été plus ou moins endommagés, tandis que ceux (au nombre de 33), qui étaient munis de paratonnerres fixes à tous leurs mâts, n'ont pas souffert, quoique également frappés.

Voici quatre observations recueillies dans la marine française :

Dans la nuit du 11 au 12 juillet 1852, la foudre tomba plusieurs fois sur le port militaire de Cherbourg, deux fois entre autres sur le paratonnerre du grand mât de la frégate VAlceste qui était complètement armée. Le paratonnerre ne fut nullement atteint; comme la chaîne conductrice passait le long du porte-hauban, la foudre en enleva un éclat (Liais).

Le 4 mai 1843, la Vigie, alors près de l'île du Prince, dans le golfe de Guinée, fut frappée deux fois à cinq minutes d'intervalle. Chaque fois la foudre atteignit la flèche du paratonnerre et suivit la chaîne conductrice sans causer aucun dégât ; seulement la pointe en platine fut fondue à son extrémité. Le lieutenant Leps, qui était alors sur le pont et portait toute son attention sur ce qui se passait, vit une flamme longue sortir de la nue qui était au-dessus du navire, arriver jusqu'à la pointe du paratonnerre, puis suivre la chaîne en produisant chaque fois un bruit assez sensible et qu'il pouvait rendre par ch...t.

Le 2 mars 1839, à cinq heures du matin, la foudre tomba

(1) On the nature of Thunderstorms, etc., p. i75.

sur le grand mât du brick le Nisiis en station au Sénégal, suivit le paratonnerre et se perdit dans la mer. La pointe en platine fut fondue presque entièrement (Papillon).

En 1826, le météore frappa et suivit également le paratonnerre de la corvette la Victorieuse (îd.).

Navires voisins foudroyés simultanément. — Plusieurs navires ont été foudroyés les uns près des autres ; ceux-là seuls qui n'étaient pas armés de paratonnerres ont souffert.

Le 10 octobre 1770, le bâtiment du capitaine Gook fut foudroyé à Batavia ; la foudre suivit la chaîne conductrice sous la forme d'une traînée de feu sans communiquer aucune secousse au bâtiment. Un navire hollandais, qui ne se trouvait qu'à deux encablures du premier, et que ne protégeait aucun paratonnerre, eut son grand mât de perroquet et son grand mât de hune fracassés.

En juin 1815, le Norge et un navire marchand à l'ancre au Port-Royal (Jamaïque) furent très-gravement endommagés par la foudre. Le Warrior, de 74, qui était à côté, fut également frappé, mais sans éprouver aucun dégât. D'autres navires du même port, munis aussi de paratonnerres, ne furent point frappés parla foudre.

En janvier 1830, rMtna^ le Madagascar et le Mosquito étaient à l'ancre près de Gorfou, lorsque éclata une violente tempête. Trois coups de foudre atteignirent le paratonnerre de VMtna, qui n'en éprouva aucun dégât, tandis que les deux autres navires, non munis de paratonnerres et placés près de là, furent très-gravement endommagés.

En 1837, le Gochin (tank-wessel, — citerne flottante), alors dans le port de Trincomalec et non armé de paratonnerres, eut son mât de misaine fracassé par la foudre ; tandis que le WincJiester, à deux câbles de longueur, resta intact; on vit la foudre descendre le long de son conducteur.

Le 8 mars 1839, 4 bâtiments, le Ceijlan et les 3 vaisseaux de ligne le Belkrophon, le Talaveres et VHastings se trouvaient dans le port de La Valette (Malte) . Le Geylan, dépourvu de paratonnerre, fut gravement endommagé par la

Sestier. j[ — 31

482 ACTION DES PAUATONNERRES SUR LA FOUDUE

foudre, qui épargna les 3 vaisseaux de ligne munis de paratonnerres (Ij.

Quelques navires qui avaient été endommagés plus ou moins sérieusement par la foudre avant d'être armés de paratonnerres, furent de nouveau frappés quand on les eut munis de ces appareils, et les coups ne produisirent aucun dégât. Parmi ces navires, nous citerons : le Wasp de 18, le Soîithampton de 50, et le Rodneij de 92.

Le Neiv-York a pu être frappé deux fois coup sur coup et n'être pas endommagé au second, parce que dans l'intervalle on l'avait armé d'un paratonnerre (2).

Disons enfin qu'il résulte d'une lettre écrite, le 2 août 1843, par M. David Henshaw, ministre de la marine des États- Unis, à M. Meriam, qu'il n'y a pas d'exemple qu'un navire de rUnion, pourvu de paratonnerres, ait été endommagé par la foudre ; et que les commissaires du conseil de l'Amirauté britannique ont conclu de l'examen d'un très-grand nombre d'observations recueillies par des officiers de marine, des savants ou d'autres personnes compétentes, qu'aucun fait avéré ne prouve qu'un navire armé de paratonnerres ait jamais éprouvé de dégâts de la part de la foudre (3).

Quant aux navires non munis de paratonnerres et qui ont été foudroyés, rappelons les dégâts souvent énormes qu'ils ont subis, en sorte que plusieurs ont été désemparés, éventrés, que d'autres ont été incendiés, ont sauté par l'explosion de la sainte-barbe, que d'autres ont disparu sans qu'on ait jamais eu de leurs nouvelles.

On a vu des navires n'avoir que quelques-uns de leurs mâts armés de paratonnerres et ne pas souffrir des atteintes de la foudre, tandis que ceux qui n'étaient point protégés étaient gravement endommagés (4).

(1) R. 796. Naulic. Mag., t. XII, p. 4o6.

(2) Voir encore Comptes rendns, X. XXXIX, p. 1147 (1854).

(3) Harris, Tlmnd., p, 178.

(4) Harris, Thund., p. 174.

1 VIII. — statistique des coups de foudre qui ont frappé les paratonnerres des édifices et des navires. — Le nombre des cas de paratonnerres foudroyés s'élève à 168; il n'y avait que 144 paratonnerres différents, quelques uns de ces appareils ayant été frappés plusieurs fois.

Sur ces 144 paratonnerres, 74 étaient érigés sur des navires, 15 autres sur des édifices endommagés par la foudre avant d'être protégés par des paratonnerres, 30 sur des clochers ou des tours, 9 sur des magasins à poudre ou des poudrières, et 31 sur des édifices ordinaires.

Sur ces 168 cas de paratonnerres foudroyés, il n'y en a que 27 qui n'ont pas préservé les édifices ou les navires qu'ils étaient destinés à protéger ; ces 27 cas sont presque tous dus à des défauts reconnus dans la construction des appareils (i).

I I. — Phénorifiènes divers observés à la pointe des paratonnerres, sifflements, détonations, feu Saint-Elme. — Les feux Saint-Elme, les sifflements, les détonations, remarqués en temps d'orage sur la pointe des paratonnerres, attestent leur action sur l'électricité atmosphérique; citons quelques-uns de ces faits :

Au mois d'octobre 1780, pendant une nuit d'orage, plusieurs paratonnerres de Londres furent lumineux; celui qui était placé sur le palais de la reine fut plus particulièrement surmonté de belles aigrettes électriques.

Pendant un orage, les paratonnerres de Nymphenbourg présentèrent des feux sur leurs pointes.

La pointe d'un paratonnerre élevé sur l'église de Tongres fut surmontée, durant un orage, de gerbes lumineuses (de Nelis et Stoffels).

a Mes voisins, dit Barbier de Tinan, ont vu une flamme au sommet de chacune des cinq pointes qui terminent le

(1) Duprez, Mém. de l'Acad. des se. de Bruxelles et Cosmos (18S8).

conducteur que j'ai adapté à ma maison, dans un moment oii un nuage orageux passait au-dessus. »

Lorsque en 1797 la foudre eut frappé le paratonnerre du clocher d'Ausbach, et eut été conduite sans accident, le même nuage orageux se déchargea pendant plus d'un quart (l'heure, à de courts intervalles, sur l'étoile en métal qui terminait la tige. Ces coups, d'abord accompagnés d'un bruit assez fort, allèrent en s'afîaiblissant. M- Yelin (1) fut témoin de ce phénomène.

Une maison, munie d'un paratonnerre, fut foudroyée à Berne. Le lendemain de l'accident, MM. Trechsel et Schenk étant à visiter le toit, un nouvel orage survint et la foudre tomba dans la ville. Or, pendant ce temps, non-seulement ils entendaient à la pointe du paratonnerre des craquements électriques, mais ils y voyaient aussi des aigrettes lumineuses. Et, chose digne de remarque, ces -deux phénomènes cessaient chaque fois que M. Schenck levait en l'air une clef d'acier et formait ainsi un second paratonnerre.

Le 23 octobre 1856, le vaisseau le Monarque, de la marine anglaise, fut foudroyé par 18*^23'de latitude nord, et 105° 24' de longitude ouest. La décharge électrique se fit avec une vive lumière à la pointe du paratonnerre, au sommet du grand mat royal, descendit le long du conducteur incrusté dans le mât (paratonnerre de Snow Harris), et se jeta dans la mer avec un craquement intense, sans causer de dommages. Les étincelles jaillissaient des conducteurs si nombreuses et si vives, que l'on crut d'abord que le navire était en feu. On vit la mer bouillonner autour du navire après le coup qui l'atteignit : pour les autres navires qui marchaient de conserve, le Monarque apparut comme une masse 'énorme de tlamme électrique très-vive (2).

Quand un nuage orageux agit par influence sur la tige d'un paratonnerre, on peut mettre cette action en évidence |)ar l'expérience. En 1773, Beccaria avait placé sur le toit (le San Giovanni di Dio, à Turin, un paratonnerre dont la tige reposait sur un support isolant. En face de la base de la tige

(1) Uber Btitzableit., p. 40.

(2) Cosmos, t. X, p. 86 (1857).

et à une faible distance était placée l'extrémité supérieure d'un conducteur dont la communication avec le sol était bien établie. Toutes les fois qu'un nuage orageux passait dans le voisinage de l'appareil, la solution de continuité était traversée par une série d'étincelles d'autant plus vives et bruyantes que l'orage était plus considérable.

La tige de cet appareil pouvait, à volonté, être tournée vers le ciel ou vers la terre, et Beccaria put constater que les étincelles qui traversaient la solution de continuité étaient beaucoup plus vives et beaucoup plus nombreuses quand la pointe était dirigée vers le ciel (1).

I IL — Phénomènes observés en temps d'orage sur des conducteurs interrompus. — Des étincelles vives et presque continuelles ont été vues en temps d'orage entre les segments de conducteurs interrompus.

Le conducteur du paratonnerre d'une frégate anglaise présentait accidentellement une solution de continuité d'environ 25 millimètres. Pendant deux heures et demie que dura un orage, le capitaine Winn vit l'intervalle en question couvert d'étincelles presque continuelles.

II paraît assez bien démontré que l'étincelle qui tua le physicien Richman, renversa Lomonosow sans connaissance et fit plusieurs dégâts dans l'appartement, provient non pas d'un véritable coup de foudre, mais de la matière fulminante que la pointe de l'appareil soutira de la nuée orageuse. On vit, il est vrai, des traits de feu se diriger sur cette pointe au moment même où Richman fut tué, mais personne n'entendit l'éclat du tonnerre (2).

L'observation suivante est du plus haut intérêt ; elle démontre quelle énorme quantité de matière fulminante les paratonnerres pointus peuvent soutirer des nuages.

Beccaria avait dressé, à Turin, sur deux points du palais de Valentino, fort éloignés l'un de l'autre, deux gros fils métalliques rigides, maintenus en place à l'aide de corps iso-

(1) GaY&vTel, Electricité, t. II, p. o90; — Arago, Notice, p. 562, expériences de Beccaria sur le palais de Valentino.

(2) Voir Arago, Notice, p. 564.

lants. Chacun de ces fils était peu éloigné d'un autre fil métallique qui descendait le long du mur du bâtiment jusqu'au sol OÙ il s'enfonçait profondément. Or, en temps d'orage, de très-vives étincelles jaillissaient sans cesse entre les fils isolés supérieurs et les fils inférieurs non isolés. L'œil et l'oreille suffisaient à peine à saisir les intermittences : l'œil n'apercevait aucune interruption dans la lumière ; l'oreille entendait un bruit à peu près continu. Arago, après avoir rapporté cette expérience, ajoute : « Aucun physicien ne me démen- » tira, quand je dirai que chaque étincelle prise isolément » eût été douloureuse; que la réunion de dix aurait suffi pour /)' engourdir le bras; que cent eussent peut-être constitué un » coup foudroyant. Cent étincelles se manifestaient en moins » de dix secondes; ainsi, chaque dix secondes, il passait d'un » fil au fil correspondant, une quantité de matière fulminante » capable de tuer un homme; en une minute six fois autant; » en une heure soixante fois plus qu'en une minute. Par y> heure, chaque tige métallique du palais de Valentino arra- » chait donc aux nuées, en temps d'orage, une quantité de » matière fulminante capable de tuer 360 hommes. Il y avait » deux de ces tiges : le chiffre 360 doit donc être doublé; T> nous voilà déjà au nombre de 720. Mais le Valentino se » composait de sept toits pyramidaux, recouverts de feuilles y> de métal communiquant avec des gouttières également » métalliques qui s'enfonçaient dans la terre. Les sommets » de ces pyramides étaient pointus; ils s'élevaient plus dans » les airs que les extrémités des deux tiges sur lesquelles » Beccaria opérait. Tout autorise donc à supposer que chaque » pyramide soutirait aux nuages autant de matière au moins » que les minces tiges en question. 7, multiplié par 360, » donne 2520; à quoi ajoutant les 720 des deux tiges, on » trouve 3240. En cavant tout au plus bas, en supposant » que le Valentino agissait seulement par ses pointes, que » le reste du bâtiment était absolument sans action, nous » n'en trouverons pas moins, pour ce seul édifice, que la » quantité de matière enlevée à l'orage dans le court espace » d'une heure, eût suffi pour tuer plus de trois mille 16 hommes, »

I !£[. — . Phénomènes observés en temps d'orage sur des conducteurs continus. — Une atmosphère lumineuse, un bruit d'ébullition et quelques autres phénomènes ont été remarqués en temps d'orage sur la longueur des conducteurs continus. — Ajoutons que si, pendant un orage, on approche transversalement une aiguille du conducteur, « elle s'aimantera, dit M. Arago, comme elle le faisait sous l'action des étincelles remphssant la lacune. »

La frégate anglaise la Drijad, munie de conducteurs à plaques continues, adhérents aux mâts, s'étant trouvée plusieurs fois exposée sur la côte d'Afrique à de violents orages, la matière fulminante descendait le long de ces conducteurs en telle quantité, qu'elle produisait une sorte d'atmosphère lumineuse et un bruit semblable à celui de l'eau en ébullition.

I lY. — Nuées perdant leurs caractères orageux en passant au dessus des pointes de paratonnerres. — Plusieurs fois déjà on a cru remarquer que des nuées ont perdu leurs caractères orageux en passant audessus des pointes de paratonnerres. Citons ces intéressantes observations :

En 1785, M. Gosson, curé de Rochefort, écrivait à l'abbé Bertholon, que le 4 décembre un nuage « qui jetait beaucoup d'éclairs, et dans lequel grondait le tonnerre, devint tranquille et ne donna que quelques lueurs assez faibles aussitôt après que le vent d'ouest l'eut fait passer au-dessus du paratonnerre de l'église. »

Un phénomène analogue a été observé deux fois à Nymphenbourg depuis l'installation de paratonnerres pointus sur son château. Pendant un orage, on vit des nuées orageuses jeter de très-vifs éclairs en s'approchant de ce château; mais aussitôt qu'elles eurent passé au-dessus des paratonnerres « elles devinrent toutes comme des charbons éteints; aucune 7) n'éclairait plus. » Toaldo, qui s'exprime ainsi, aurait été avec plusieurs autres personnes témoin de ce fait (Bertholon) .

Le 24 août 1783, la foudre atteignit un balcon de fer au

coin occidental du château de Dresde, à 106 aunes (59 mètres) du paratonnerre, mais elle ne partit pas d'une nuée surplombant le château. Le capitaine d'artillerie Harpeter la vit se diriger presque horizontalement vers le balcon, à travers un autre nuage qui versait une pluie abondante (1).

Wilke a vu, en août 1758, un grand nuage frangé, fortement chargé d'électricité, et étendant ses lambeaux inférieurs vers la terre, perdre tout à ^oup ses caractères électriques en passant au-dessus d'une forêt de sapins. Les lambeaux reculèrent sur le corps du nuage et s'éloignèrent de la terre (Franklin).

Enfin, dans un grand nombre de cas, le passage à distance considérable des pointes des paratonnerres, aurait suffi pour enlever tout caractère orageux à des nuages (2).

I V. — Phénomènes lumineux observés sur les conducteurs des paratonnerres frappés par la foudre. — Il est donc parfaitement acquis que très-souvent la foudre a frappé la pointe des paratonnerres et a suivi les conducteurs. Rappelons brièvement les phénomènes qui ont été alors constatés. Souvent on a vu la foudre frapper la pointe de l'appareil sous la forme d'une ligne en zigzag, d'un ruban, d'une longue flamme et parfois d'un globe de feu. — Souvent aussi on a vu le météore suivre le conducteur et l'on a spécifié dans quelques cas l'apparence lumineuse qu'il présentait; c'était une simple lueur, une traînée de feu, un torrent d'étincelles, ou une boule de feu.

Maintes fois la foudre, en suivant le conducteur du paratonnerre, a fait entendre un bruit plus ou moins intense et variable dans sa nature; c'était un bruit qu'on pouvait rendre

par ch t. C'était un bruissement semblable à celui de l'eau

qui se précipite; ce fut un violent sifflement qui retentit le long du conducteur des navires le Beagle, VActéon^ la Dryad, comme si la soupape de sûreté d'une chaudière à vapeur eut

(1) Reimams, Neuer Bemerk., p. 37.

(2) Kastner's Arch., t. X, p, 496 (1827); — iMiisschenbroek, Cours de phys. expér., traducl. de Sigbud de la Fond, iii-4° (Paris 1769).

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été subitement ouverte. Ce fut aussi un sifflement aigu, intense, et tout à fait inaccoutumé qu'un fossoyeur entendit le long du conducteur du clocher d'Anscharius. Et plusieurs fois la transmission de la foudre par le conducteur a été manifestée à la fois par le sifflement et par l'apparence lumineuse.

Il est arrivé parfois que des individus placés très-près des conducteurs ont éprouvé de violentes secousses et ont même été renversés.

Le lieutenant de vaisseau Papillon, qui se trouvait à six pieds du conducteur de son bâtiment, faillit être renversé de son banc de quart.

Le 18 avril 1777, la foudre suivit le paratonnerre élevé sur la tour de Sienne et s'enfonça dans le sol ; un homme qui travaillait à quelqueouvrage sur la porte de sa boutique, située en face du conducteur, fut renversé par terre. Il se sentait tout le corps abattu et tremblant (Pistoi).

Un factionnaire, posté très-près du conducteur du paratonnerre élevé sur le magasin à poudre de Maubeuge, fut renversé quand la foudre frappa le conducteur.

Enfin un couvreur, qui était à six pas seulement de la tige d'un paratonnerre atteint par la foudre, ressentit, au moment de l'éclair, une violente pression, et l'air lui parut fortement agité (Serno).

I VI. — Expériences destinées à démontrer l'avantage des tiges pointues sur les tiges obtuses ou terminées en boule. — Expériences de Le Roy. Nous ne les exposerons que très-succinctement (I).

Le Roy présente à une distance de 3 pieds d'un|conducteur électrisé une pointe fort aiguë et voit paraître un point lumineux, preuve évidente que cette pointe dérobe déjà une portion de l'électricité du conducteur. Il faut l'approcher presque au contact (à un tiers de ligne) pour faire jaillir une légère étincelle.

(i) Pour plus amples renseignements il faut consulter son Mémoire à l'Acad. des se. (année 1773), et le Journ. de Phys. de Rozier, t. II, p. 437 (1773).

Une balle de plomb, d'un pouce de diauiètre, est présentée au même conducteur et à distance égaie : on n'y voit aucune lumière ; cette balle ne tire point d'électricité, et ne commence à lui en dérober que lorsqu'elle est assez près pour tirer une étincelle, c'est-à-dire à près d'un pouce du conducteur.

Une bouteille de Leyde ayant été fortement chargée, Le Roy la déchargea en présentant au conducteur une pointe d'aiguille très-fme; à peine la commotion fut-elle sensible, tandis qu'en lui présentant le doigt ou un corps obtus elle aurait été très-violente.

Un carreau de Leyde fut chargé assez fortement pour percer du carton, si on l'avait déchargé avec un corps arrondi. Le Roy en approcha graduellement une aiguille très-fme, et l'étincelle put à peine percer une carte. Lorsqu'il approchait brusquement cette pointe, les effets étaient toujours inférieurs à ceux qu'il obtenait en déchargeant le carreau avec une balle de métal.

Le Roy suppose que la pointe attire à elle, soutire l'électricité de son conducteur, de sa bouteille et de son carreau de Leyde, et donne à la pointe des paratonnerres le même pouvoir vis-à-vis des nuages.

Cette théorie n'est pas celle que l'on adopte de nos jours : « Examinons l'effet du paratonnerre sur un nuage orageux » qui passe au-dessus de lui. Les électricités naturelles de la » tige et du conducteur seront décomposées : celle de même » nom sera repoussée dans le sol, où elle pourra se répandre » librement, puisque le conducteur communique parfaite- » ment au sol ; celle de nom contraire sera attirée au sommet » de la tige, et de là elle pourra s'écouler dans l'air par » l'extrémité de la pointe. Pendant que le paratonnerre est » ainsi en activité, pendant qu'il est traversé par des torrents » de fluide électrique, on peut en approcher, on pourrait » même le toucher ou le serrer avec la main sans aucun » danger, du moins à sa partie inférieure, car auprès de » la pointe, il y a non-seulement élévation de température, » mais il se manifesterait aussi des effets de tension (1) » .

(1) Pouillet. Physique, t, II, p. 797, T» édition.

Telle est l'idée que l'on a de nos jours de l'action des pointes des paratonnerres; au lieu de supposer, comme autrefois, qu'elle soutire l'électricité du nuage, on voit au contraire que c'est le nuage qui soutire du sol une électricité de nom contraire à la sienne pour revenir à l'état de neutralité.

Nairne (1) a longuement étudié, dans des expériences fort ingénieuses, les différents modes d'action de l'électricité artificielle sur les pointes, les boules, les fils continus et interrompus, de manière à montrer le mode d'action des pointes des paratonnerres sur les nuages ; nous ne pouvons les insérer ici, mais nous avons cru devoir les signaler à cause de leur valeur réelle.

Dans ses lettres à GoUinson, Franklin avait déjà étudié le pouvoir des pointes dont les paratonnerres sont une si belle application, il leur reconnaît « la propriété de tirer aussi bien ■» que de pousser le fluide électrique à de plus grandes distances » que ne le peuvent faire les corps émoussés. » Nous renvoyons le lecteur au travail original (2). C'est dans cette lettre que l'on trouve tout un programme pour la construction des futurs paratonnerres.

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