CHAPITRE ÏII
OMMAiRE. — Art. I. — -appareils divers. — § I. Cerf- volant électrique de Gutlen. — § 11. Ballons captifs. — § Ilî. Projectiles. — § IV. Des arbres considérés comme paratonnerres. — § V. Paratonnerre dissipateur. — § VI. Garde-tonnerre de Bertholon. — § VII. Paratonnerre à boules de verres. — Art. II. - Paratonnerre sans tige. — § I. Paratonnerre de Reimarus. — Art. 111. — Paratonnerres sur mâts. — Art. IV. — Paratonnerres sur arbres. — Art. V. — Moyens de protéger certains monuments, colonnes, obélisques... . —Art. VI . —Moyens de protéger les magasins à poudre.
— Art. Vil. — Paratonnerre Marqué-Victor. — Art. Vlll. — Parafoudres portatifs, — § 1. Canne-paratonnerre. — § II. Paratonnerre sur mât portatif. —§111. Paratonnerre-parapluie. — Art. IX. — Paratonnerres multipliés sur toute une région.— §1. Paratonnerres déj:) décrits. — II. Paratonnerres en paille — § III. Electro-substracteur de M. Dupuis-Delcourt. ~ Art. H.— Moyens divers de protéger une contrée.
— §1. Sonnerie des cloclies. — § II. Canonnade. — § III. Fusées volantes. — § IV. Grands feux. — Art. XI. — Des armatures naturelles des édifices comme moyen de protection. — Art. XII. — Parafoudres pour la télégraphie électrique. — Art. XIII.
— Paratonnerres à bord des navires. — § I. Historique. — § II. Conducteurs en chaînes métalliques. — § lII. Paratonnerres en tubes. — § IV. ïneonvénients et dangers des conducteurs mobiles et temporaires. — § V. Inconvénients des paratonnerres à plaques. — § VI. Navires en fer. — § VII. Enduit de noir de fumée comme moyen préservaiif des effets de la foudre. Pouvoir préservatif des corps peints en noir.
I I. — Cerf-volant électrique de Guden. —Depuis les belles expériences de Franklin, de Romas, de Charles, du duc de Ghaiiines... avec le cerf- volant, l'idée de régulariser l'emploi de cet appareil pour dissiper les orages et parer aux effets de la foudre, a été l'objet des préoccupatiens d'un grand nombre de physiciens.
Fodéré proposa de protéger Lons-le-Saulnier par des conducteurs et par des cerfs-volants établis sur les quatre montagnes qui l'avoisinent.
Guden s'occupa de cette question pour la rendre pratique. Il fit un cerf-volant en soie ou en papier huilé, de 6 à 7 pieds de longueur, dont la tête était munie d'une pointe d'un pied. La corde avait au moins 600 pieds; il l'entourait d'un fil métallique quMi fixait à une pierre, suspendue à une potence pour remplacer la main de l'homme, et qu'il faisait commu-
niquer avec le sol au moyen d'une chaîne métallique, La corde, avant d'arriver à la pierre passait sur une poulie munie d'un anneau. A cet anneau sont fixées une corde de soie enduite de cire, tenue par l'expérimentateur et une chaîne métallique d'une longueur telle que malgré l'ascension du cerf-volant, elle repose sur le sol sur une longueur de plusieurs pieds, on laisse monter le cerf-volant jusqu'au moment où la corde conductrice est tendue, alors on saisit le cordon de soie et on en laisse glisser dans la main une assez grande longueur pour que la chaîne de métal reste suffisamment éloignée de l'expérimentateur. La poulie à laquelle la pierre est attachée est pourvue en haut d'un bras qui se meut circulairement, sur un plan horizontal, en sorte que la pierre peut suivre la direction du cerf- volant et ne se trouve pas attirée contre le poteau.
Parmi les nombreuses objections qu'on peut faire à l'emploi du cerf-volant, il en est une des plus graves, c'est que, fréquemment le vent nécessaire au jeu de cet appareil ne commence à souffler qu'au moment où l'orage éclate.
I IL — Ballons captifs. — Lorsque, en 1783, l'art aérostatique fut trouvé, Montgolfier, Bertholon, Carra, Charles, remplacèrent le cerf-volant électrique par des ballons captifs armés de pointes, mais ces essais ne furent faits que sur une petite échelle ; et nous ne sachions pas qu'ils aient été tentés depuis d'une manière pratique ; plusieurs auteurs sont cependant fort disposés à croire que ce moyen pourrait être fort utile.
Pour transformer les nuages orageux en nuages inoffensifs et réaliser ainsi une expérience éminemment profitable à l'agriculture. « Je voudrais, dit Arago, qu'on employât des » aérostats captifs.... qu'on les fit monter beaucoup plus » haut que les cerfs-volants de Romas. Si, en dépassant d'une » centaine de mètres la couche atmosphérique où s'arrêtent » ordinairement lés extrémités des paratonnerres, de petites » aigrettes deviennent des langues de feu de 3 à 4 mètres » de long, que ii'arriverait-il pas lorsque tout le système, » suivant les circonstances, s'étant élevé, trois, quatre....
» dix fois plus, irait presque effleurer la surface inférieure » des nuées ; lorsque aussi, et cette particularité a de l'im- » portance, la pointe métallique soutirante qui serait en » communication avec la longue corde demi-métallique fai- ;) sant les fonctions de conducteur, étant fixée vers la partie » supérieure du ballon, se présenterait aux nuages à peu » près verticalement ou dans la position d'un paratonnerre » ordinaire. Il n'y a rien de trop hasardé à supposer que par ') ce système on parviendrait à faire avorter les plus forts » orages. En tout cas, une expérience qui intéresse si direc- » tement la science et la richesse agricole du pays mérite » d'être tentée. Si l'on se servait de ballons de dimensions » médiocres, la dépense serait certainement inférieure à » celles de tant de décharges de boîtes, de canons, que s'im- » posent aujourd'hui, sans aucun fruit, les pays de vigno- » blés. »
M. Letellier (1) proposait encore en 1852, dans une lettre à l'Académie des sciences, l'emploi d'un ballon captif recouvert de plusieurs plaques métalliques et communiquant avec le sol à l'aide d'une corde conductrice.
Le ballon captif a sur le cerf- volant l'avantage de s'élever même lorsque l'air est calme ; mais il exige du temps pour être enflé de gaz. Dans tous les cas,, il faudrait qu'il fût muni d'une armure puissante, car en supposant qu'il fût atteint par la foudre, la plus légère étincelle en pénétrant à travers l'étoffe, mettrait le feu à l'hydrogène ; il importerait donc qu'il portât quatre fortes branches réunies en haut, au sommet du ballon armé d'une pointe, et, en bas, au conducteur.
I III. — Projectiles. — L'idée de lancer dans la nuée orageuse des flèches, des balles de plomb, des boulets est fort ancienne, mais leur efficacité ne pourrait être réelle qu'autant qu'un lien conducteur les rattacherait à la terre.
Les Thraces, dit Hérodote, sont dans l'habitude, quand il
(1) Comptes rendus, i, XXXV, p, 22 (1852).
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fait des éclairs ou qu'il tonne, de tirer des flèches contre le ciel, pour le menacer (i).
I IV. — Des arbres considérés comme paratonnerres. — Gay-Lussac, dans l'instruction de 1823, recommande de disposer autour des bâtiments, à cinq ou six mètres de leurs faces, de grands arbres, afin de les protéger contre la foudre.
Héricart de Thury, considérant aussi les arbres comme de véritables paratonnerres, conseille aux habitants des campagnes de planter autour de leurs demeures le chêne pyramidal, le peuplier d'Italie, le cyprès, le mélèze, surtout quand ils habitent au milieu des grandes plaines.
Le professeur Carlo Donatelli, propose d'entourer les magasins à poudre de peupliers d'Italie.
On a aussi proposé de protéger les serres en plaçant derrière les murs de soutènement un rideau de peupliers.
II est en effet probable que d§s arbres très-élevés puissent protéger des maisons très- voisines ; on a vu ces arbres frappés de préférence par la foudre, et les maisons voisines épargnées.
Un vieux merisier, situé sur la crête de la haute plaine d'Antilly à Thury était cité pour avoir été souvent foudroyé ; il le fut encore dans le mois d'août 1834, et une cabane de berger, voisine de l'arbre, fut épargnée (Héricart de Thury).
Le château de Hautefeuille, près de Joigny (Yonne), est flanqué de quatre hautes tours et surmonté d'un donjon avec belvédère. Ce château est à l'extrémité d'un promontoire qui domine deux vallées ; au-dessus sont des bois de haute futaie dans lesquels il existe de beaux chênes séculaires. Or, le château n'a point de paratonnerre, et malgré la hauteur de ses tours, celle de son donjon et celle du point sur lequel il est bâti, on dit qu'il n'a jamais été foudroyé et que les vieux chênes l'ont toujours protégé. La foudre est tombée plusieurs fois sur ces arbres qui ont été soudainement frappés de
(1) Arago, Notice, p. 490.
mort : en les abattant, on reconnut qu'ils étaient fendus du iiaufc en bas (Héricart).
Les arbres agissent surtout quand ils sont pleins de sève, et garnis de feuilles, ce qui arrive précisément dans la saison du tonnerre, mais il ne faut pas oublier cjue malgré les exemples que nous venons de rapporter, les arbres sont de mauvais paratonnerres. Nous pourrions signaler des cas trèsnombreux, où des arbres d'une grandeur colossale n'ont pas empêché que la foudre portât ses ravages dans des maisons qui en étaient très-voisines ; il est vrai que dans quelques cas, les masses métalliques qui couvraient ces maisons, ou qu'elles renfermaient, peuvent être invoquées comme ayant exercé une attraction plus puissante que celle des arbres voisins.
Dans un grand nombre de cas, les arbres, quoique trèsvoisins sont complètement épargnés et les maisons foudi'oyées ; dans d'autres, la foudre atteint d'abord la maison, puis se jette sur l'arbre voisin, mais dans le plus grand nombre des cas, c'est l'arbre qui est d'abord frappé, puis la foudre s'élance de ses branches ou de son tronc sur la maison voisine.
Outre les masses métalliques intérieures ou extérieures qui attirent la foudre sur une maison et lui font éviter des arbres très-élevés et très-voisins, nous pouvons signaler la colonne d'air chaud qui s'échappe de la cheminée, l'entassement des personnes dans une chambre, celui des bestiaux dans une étable, enfm que la maison est du côté d'où vient l'orage, et qu'elle a précisément une position favorable pour protéger l'arbre, à défaut de la hauteur de celui-ci.
Non-seulement, par ce que nous venons de dire, il est facile de conclure que les grands arbres sont des paratonnerres sur lesquels il ne faut pas trop compter, mais il faut encore redouter leur voisinage, car ils sont de puissants moyens d'attraction pour la foudre, et comme ils sont de moins bons conducteurs que les parties métalliques qui revêtent les maisons, on voit quelquefois la foudre s'élancer de leurs branches sur les maisons qu'ils semblent devoir protéger.
I V. — Paratonnerre dit dissipateur. — L'abbé
Gossier (1) a proposé de ne pas employer de conducteur allant jusqu'au sol et de le remplacer par plusieurs branches de 10 pieds de long, dirigées en bas et terminées chacune, comme la tige elle-même, par une pointe en platine. Cet auteur admet qu'alors la matière fulminique pourrait, en tous sens, soit des nuages, soit de la terre, être attirée et dipersée dans l'air ambiant, de manière à rétablir l'équilibre.
II est presque inutile de remarquer que cet appareil, qui aboutirait inférieurement à l'air atmosphérique et non point au réservoir commun, n'attirerait que très-incompiétement le fluide électrique des nuées; et, en supposant que la foudre l'atteignit et le suivît de haut en bas, elle occasionnerait sans doute, à sa sortie, de graves accidents, soit aux personnes, soit au bâtiment lui-même.
1 VI. — Garde-tonnerre de Bertholon. — Le
garde-tonnerre de Bertholon, destiné à recevoir aussi bien la foudre ascendante que la foudre descendante, consiste en une longue et épaisse barre de fer enfoncée perpendiculairement dans un sol très-humide, de chaque côté de l'édifice qu'on veut protéger. Son extrémité supérieure dépasse le toit. Sur sa longueur sont adaptées des tiges très-aiguës disposées en verticilles ou rayons divergents et dont les pointes sont dirigées vers la terre. Elles sont destinées, non-seulement à soutirer silencieusement la matière fulminique attirée à la surface du sol, mais encore à recevoir la foudre ascendante. L'extrémité supérieure fonctionne d'ailleurs comme le paratonnerre ordinaire (2).
Mais si la matière fulminique s'élève dans l'atmosphère, elle suivra bien plutôt la barre de fer épaisse verticale et pointue qui est en connexion avec le sol pour s'échapper par sa pointe supérieure, qu'elle ne s'élancera à travers fair sur les pointes des branches verticillées dirigées en bas; fussent-
(1) Acad.. de Rouen, p. 23 (1824).
(2) Journ. de phys. de Rozier, t. XXII, p. 225 (1783).
elles très-rapprocbées du soi, et si la foudre tombe sur la pointe supérieure de l'appareil et si en même temps la barre n'est pas assez puissante, si surtout le sol dans lequel elle est enfoncée est desséché, il peut arriver qu'une partie de la matière fulminique passe par les branches verticillées et foudroie à sa sortie un homme ou d'autres corps placés an-dessous ou près de là.
I VIL — Paratonnerre avec boules de verre. — -
Plusieurs personnes ont cru que d'épaisses boules de verre placées sur les points culminants des édifices, au sommet des mâts, les préservaient, comme corps isolants, des atteintes de la foudre, et ces boules de verre ont été effectivement employées dans un certain nombre de cas.
L'église du Christ à Doncastre avait été ainsi armée, lorsque bientôt une effroyable décharge fulminante démoht presque la moitié du clocher.
« Cette application est évidemment absurde, le verre » étant un corps non conducteur et non dissemblable à l'air » quant à ses propriétés électriques, peut être considéré » comme une masse d'air d'une densité inaccoutumée (I). »
Un anonyme a proposé, en 1839, de pourvoir la pointe des mâts de boules de verre au lieu de paratonnerre. {Proposition rejetée par le conseil de t Amirauté.)