‹ De la foudre (volume 2)Chapitre 161 sur 198 · MOYENS DIVERS DE PROTEGER UNE CONTREE · texte numérisé non relu

MOYENS DIVERS DE PROTEGER UNE CONTREE

» voisines de Carthagène des Indes), il se formait journelle- » ment, sur les quatre heures du soir, des orages mêlés d'é- » clairs, et qui, suivis de tonnerre épouvantable, faisaient » toujours quelques ravages dans la ville où ils venaient se » décharger. Le comte d'Estrées, à qui ces côtes n'étaient » pas inconnues, et qui, dans ses différents voyages d'Amé- » rique, avait été exposé plus d'une fois à ces sortes d'oura- » gans, avait trouvé le secret de les dissiper en tirant des » coups de canon. Il se servit de son remède ordinaire contre » ceux-ci : de quoi les Espagnols s'étant aperçu et ayant » remarqué que, dès la seconde ou troisième décharge, l'o- » rage était entièrement dissipé, frappés de ce prodige et » ne sachant à quoi l'attribuer, ils en témoignèrent une sur- » prise mêlée de frayeur » (i).

Le marquis de Chevriers, ancien officier de marine, établit, dans la commune de Vaurenard (Maçonnais), Fusage de combattre la grêle par des détonations d'artillerie. C'était en 1769, et depuis cette époque de nombreuses communes sont munies de canons et de mortiers destinés à prévenir les effets destructeurs des orages sur les vignes.

Il paraît qu'aux environs de Blois cet usage s'est aussi étabU(2).

S'il faut en croire quelques auteurs, les détonations de boîtes et de petits canons^ auraient elles-mêmes le pouvoir de dissiper les orages. Ainsi, l'abbé Richard rapporte qu'en 1769, de violents orages assaillirent le comté de Ghamb, en Bavière, que les campagnes furent ravagées, excepté cependant celles dont les habitants avaient introduit l'usage de faire, aux premiers coups de tonnerre qui se font entendre, des décharges multiples de boîtes et de petits canons (3).

Certes, aucun des faits qui précèdent ne démontre positivement, à notre avis, que le bruit du canon ait dissipé des orages, et en voici plusieurs autres, plus faciles à observer et à apprécier, qui étabUssent d'une manière incontestable que de vives et continuelles décharges d'artillerie, que des

(1) Mém. du comte de Forbin, t. J, p. 29 (1680).

(2) Arago, Notice, p. 536.

(3) Richard, Hist. de l'air, t. VIII.

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milliers de détonations dans des combats sur terre ou sur mer, n'ont pas empêché des orages de naître et d'éclater.

Le docteur Renauldin(l) dit que se trouvant à l'armée, dans sa jeunesse, un combat s'engagea entre les troupes françaises et celles de l'ennemi ; au moment où le canon grondait des deux côtés, un violent orage se forma ; le bruit du tonnerre se mêlait au bruit du canon, ce qui produisait des explosions multiples d'une effrayante intensité, surtout lorsqu'elles avaient lieu simultanément. L'orage n'en parcourut pas moins ses périodes ordinaires d'augmentation et de décroissement, sans avoir paru aucunement abrégé ou modifié par les foudres de guerre qui partaient des deux points opposés.

Rappelons le violent orage qui éclata sur Paris, pendant l'une des journées de juin 1848, vers une heure de l'aprèsmidi, et l'orage mémorable qui survint sur la fin de la bataille de Solferino. Il paraît qu'il en fut de même après la bataille de Dresde (2).

Les faits suivants ont été recueillis sur la mer ou sur son littoral.

Malgré les nombreuses bordées qu'il lâchait dans un combat, le navire la Guerrière eut son grand mât en partie détruit par la foudre.

Le 17 juin 1793, le Duke, de 90, fut gravement endommagé par la foudre, pendant une attaque dirigée contre la Martinique, sous le feu d'une batterie ennemie.

« Le 25 août 1806, dit Arago, était le jour qu'on avait » choisi pour l'attaque de l'île et la forteresse de Dannholm, » près de Stralsund ; le général Fririon, afin d'occuper et » de fatiguer la garnison suédoise, la fit canonner toute la » journée. Malgré les vives et continuelles décharges d'ar- » tillerie, un violent orage éclata sur les neuf heures du » soir. »

En septembre 1711, l'escadre de Duguay-Trouin assiégea et prit Rio-Janeiro. Du 12 au 29, ce fut une canonnade con-

(1) Bul. (le l'Acad. de médecine, t. X, p. 963.

(2) La Presse du 2 août ISM.

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tinuelle de jour comme de nuit; des magasins à poudre prirent feu ; les Portugais mirent le feu à plusieurs de leurs vaisseaux. Enfin, le jour de la prise de la place, la canonnade redoubla et cependant il éclata « un orage accompagné, dit Duguay-Trouin, des éclats redoublés d'un tonnerre affreux qui se succédèrent les uns aux autres sans laisser presque aucun intervalle. »

Les détonations de l'artillerie, suivant quelques auteurs, feraient crever les nuées.

Un officier d'artillerie a assuré à de la Prade, avoir vu des averses décidées tout à coup par une forte décharge de canons ; ces averses n'étaient point annoncées par quelques gouttes de pluie, comme cela arrive ordinairement; elles se manifestaient immédiatement après la décharge et l'eau tombait par torrents.

Arago recommande de nouvelles recherches de ce genre aux généraux des écoles d'artillerie et croit surtout utile d'observer, au polygone même, l'état du ciel. « En tout cas, )) ajoute-t-il, il sera indispensable de joindre aux observa- » tiens de chaque jour d'école, les observations de la veille » et celles du lendemain, faites bien exactement toutes trois » aux mêmes heures. Si l'on se contentait de noter les )) variations de temps pendant la durée du tir, on courrait » évidemment le risque d'attribuer aux détonations de l'ar- » tillerie le changement dans l'état du ciel qui, presque » tous les matins, se manifeste à mesure que le soleil s'élève » sur l'horizon. »

Arago, après avoir cité les résultats des observations recueillies à l'Observatoire de Paris, à peu de distance du polygone d'artillerie de Vincennes, les jours d'école ainsi que la veille et le lendemain de chacun de ces jours, dit que, relativement aux images communs, la détonation des plus forts canons paraît être sans influence. On serait même tenté de croire qu'au lieu de dissiper et de chasser ces nuages, le bruit de l'artillerie les condense et les retient.

En résumé, d'après les faits arrivés à notre connaissance, nous sommes fort disposés à croire que les détonations de l'artillerie n'exercent aucune influence sur les orages, ne les

empêchent pas de se former, ne les dissipent pas, mais ne favorisent pas non plus leur naissance et leurs progrès; il nous paraît d'ailleurs fort difficile que de simples ondulations dans l'air atmosphérique qui ne s'étendent jamais, du moins avec une certaine énergie, qu'à une fort petite distance, puissent modifier la quantité et la distribution de l'électricité dans les nuées orageuses. Il est évident, au reste, que cet intéressant sujet exige de nouvelles recherches.

Nous ne ferons que signaler un ouvrage de M. Gh. Le Maout, ayant pour titre : Les canonnades de Sébastopol, ou le canon et le baromètre, pendant le siège de cette place.

% ni. — Fusées volantes. — M. de Rochemont, pensant qu'un fort ébranlement de l'air peut contribuer à dissiper le nuage porteur de la foudre, a proposé d'essayer l'effet des détonations produites, non pas à la surface du sol, mais à une grande hauteur dans Fatmosphère, au moyen de fusées volantes (1).

I ÏV. — Grands feux. — Quand le tonnerre grondait fortement, le sénat romain, les aruspices, les pontifes ordonnaient des sacrifices pour apaiser le maître de la foudre, et alors on allumait en plusieurs endroits, surtout sur les lieux élevés, de vastes loûchers, d'où s'échappaient de gigantesques colonnes de flamme et de fumée noire et épaisse. Les prêtres connaissaient-ils réellement l'influence physique de ces feux sur les nuées orageuses, et avaient-ils, plus particulièrement dans ce but, institué leurs sacrifices? c'est ce que l'on peut à peine soupçonner.

Des expériences de physique dues à Beccaria, à Vassalli, ont montré quelle est l'action de la flamme sur félectricité; Yolta se fondait sur elles pour indiquer que de grands feux pourraient prévenir les orages ou les rendre moins redoutables.

L'observation montre qu'un feu unique, même violent, ne paraît pas pouvoir empêcher un orage d'éclater. Le l'^''juil-

(1) Comptes rendus, t. XVIII, p. 1063 (1844).

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