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Une dernière théorie attribue les déviations de

(i) Comptes rendus, août 1838, et l'Institut, l, VI, p. 2o4,

(2) Sigaud de la Fond, Phénotn. èlect., p. 312.

(3) Gilb,, Ann., t. LI, p. 139.

l'étincelle à la conductibilité inégale de l'atmosphère, due à l'inégale répartition de l'humidité. Telle est la théorie de Parrot (1).

La théorie de M. du Moncel s'en rapproche beaucoup, nous allons l'exposer presque dans tous ses détails.

La théorie des éclairs linéaires gît dans la démonstration des six propositions suivantes :

a. — Si l'on suppose entre deux points électrisés qui doivent produire la décharge un corps de conductibilité inférieure (conducteur secondaire), l'étincelle se trouve considérablement allongée, et par conséquent la décharge se produit à plus grande distance et plus facilement.

L'air sec est isolant, mais s'il est très-rarétié, s'il contient des poussières métalliques, des liquides très-divisés... etc., il deviefit conducteur secondaire, mais pas assez bon conducteur pour contenir le fluide électrique entièrement; aussi en traversant cet air d'une insuffisante conductibilité, il y a déflagration et production de lumière.

h. — Si une décharge électrique s'opère au milieu ou même dans le voisinage d'un conducteur secondaire, elle passe à travers ce conducteur. Que l'on provoque, par exemple, la décharge électrique de deux conducteurs de la machine à une petite distance de la flamme d'une bougie, on voit le jet électrique se recourber pour passer par la flamme, qui est, dans ce cas, le conducteur secondaire par suite de la dilatation extrême de l'air dans l'espace qu'elle occupe.

c. — Quand le conducteur secondaire interposé entre les deux points électrisés est homogène, l'étincelle est droite ; mais elle est au contraire en zigzag quand le conducteur secondaire n'est pas homogène.

Dans le premier cas, rien ne favorisant d'une manière particuhère l'action électrique, c'est la ligne droite que les étincelles doivent suivre.

Mais si le conducteur n'est pas homogène, l'électricité suivra de préférence les particules matérielles dont la posi-

(1) Théor, x)hys„ t. III, p. 462. — Gehl, v, I, p. 999.

Lion et l'agrégation lui fournissent le moins de résistance possible. Or, comme les particules, dans de pareilles conditions, sont loin de se trouver sur la même ligne droite, il s'ensuit forcément que l'étincelle doit prendre un chemin plus ou moins sinueux. D'un autre côté, comme plusieurs combinaisons différentes de ces particules peuvent répondre à la même résistance, il doit arriver que l'étincelle se divise, se ramifie et présente plusieurs sillons de feu plus ou moins sinueux. — Lorsque le conducteur non homogène présente, dans quelques-unes des parties parcourues par l'étincelle, des agrégations considérables de particules conductrices, et qu'il devient, en ces endroits, bon conducteur, Tétincelle présente des solutions de continuité d'autant plus grandes que les parties elles-mêmes devenues conductrices sont plus étendues.

d. — L'eau, à l'état de division et la vapeur condensée sont des conducteurs secondaires.

Mettez, par exemple, dit M. du Moncel, une goutte d'eau sur une planche vernie et étalez- la avec le doigt de tous côtés jusqu'à ce qu'elle ne forme plus qu'une couche trèsmince et très-divisée par le vernis, l'étincelle s'échangera au travers et changera de couleur suivant que la couche d'eau sera plus ou moins épaisse.

Dans le premier cas, elle sera violette, interrompue et terminée le plus souvent par une houle de feu rouge. Dans le second, elle sera d'une blancheur éblouissante et quelquefois bleuâtre. — Avec ce genre de conducteurs secondaires, les ramifications de l'étincelle sont très-nombreuses ; elles se tracent, pour ainsi dire, un chemin liquide, continu, que l'on trouve aisément après chaque étincelle, et qu'elles suivent jusqu'à ce que les conditions physiques des parties avoisinantes aient changé ou se soient modifiées par l'évaporation.

La vapeur d'eau condensée à l'état vésiculaire, comme elle l'est dans les nuages, doit évidemment jouer un rôle analogue pour l'électricité développée à très-haute tension et en grande quantité.

o. — Une décharge électrique, ou plutôt l'influence élec-

trique, avant la décharge, réagit extérieurement en donnant lieu à des phénomènes d'attraction et de répulsion dont la nature varie suivant les circonstances.

Le mouvement d'attraction varie suivant que les corps influencés, que l'on suppose très-légers, par rapport à l'effet électrique, sont plus ou moins bons conducteurs de l'électricité. Avec les conducleurs secondaires, tels que la limaille métallique, l'eau très-divisée, la réaction par influence a pour effet de réunir ensemble les divers grains métalliques ou les très-petites gouttelettes d'eau qui sont dans le voisinage du chemin que doit parcourir l'étincelle, de manière à constituer un conducteur le plus continu possible. Ainsi l'étincelle échangée à travers un conducteur secondaire liquide se crée un chemin continu qu'elle suit tant que les conditions de ce conducteur restent les mêmes. Quand les corps influencés sont moins bons conducteurs, ils se trouvent d'abord attirés, puis ensuite rejetés sur le côté, à une distance plus ou moins grande, suivant la force électrique. C'est ce que l'on constate quand on fait agir le courant de la machine de Ruhmkorff sur de la poussière de charbon, ou de la cendre, ou même de la poussière ordinaire.

e. — La pluie et la vapeur d'eau condensée dans les nuages servent de conducteurs secondaires à l'électricité atmosphérique et c'est à cela que sont dus : 1'' la longueur énorme des éclairs ; 2^ leurs zigzags et leurs déviations ; 3° certains phénomènes de transport dont sont presque toujours accompagnées les décharges électriques atmosphériques; 4° la couleur différente des éclairs ; o° les courants électriques atmosphériques étudiés par M. Quételet.

Si l'on considère, dit M. du Moncel, que la distance des nuages orageux à la terre est au minimum de 1,900 à 3,000 mètres environ, d'après Kaemtz, on a peine à comprendre qu'une décharge électrique puisse s'effectuer directement entre deux éléments aussi éloignés, et on se demande s'il n'existe pas alors une cause indirecte qui facilite la décharge. Cette cause existe en effet, et c'est précisément la vapeur d'eau condensée et la pluie qui existent toujours dans l'atmosphère au moment des orages. Elles forment alors un

conducteur secondaire entre les deux foyers d'électricité, et allongent considérablement l'éclair. Quant aux diverses formes d'éclairs linéaires, on s'assurera, ajoute M. du Moncel, qu'ils doivent être en zigzag quand la vapeur d'eau condensée ou la pluie qu'ils traversent ne présente pas un ensemble homogène, comme cela arrive principalement dans la région des nuages où la vapeur est inégalement condensée.

On trouvera qu'ils doivent au contraire être droits quand le milieu conducteur est homogène ; c'est ce qui a lieu, en général, dans le voisinage du sol, car la pluie se trouve alors tellement divisée par l'air, qu'elle représente un conducteur secondaire à peu près homogène. On déduira leurs interruptions de la trop bonne conductibilité de cette partie du conducteur inférieur qu'ils traversent, et leurs bifurcations de l'égalité de conductibilité apportée à la transmission électrique par deux ou plusieurs parties différentes du conducteur secondaire. On a vu que dans sa circulation à travers les particules d'eau très-divisée, l'étincelle électrique se créait un chemin liquide continu qui était suivi par les étincelles subséquentes, jusqu'à ce que les conditions physiques du conducteur secondaire eussent changé. Pareil phénomène se reproduit quelquefois avec les éclairs atmosphériques, comme nous l'avons noté. — Enfin, quant à la couleur des éclairs qui varie depuis le violet jusqu'au bleu et au blanc le plus brillant, M. du Moncel admet que plus le conducteur inférieur est divisé, plus les éclairs (pour une distance donnée) présentent de blancheur dans leur aspect. Plus, au contraire, la condensation est abondante et subite, plus les éclairs prennent un aspect violet. Il va sans dire, ajoute-t-il, que leur distance et leur hauteur dans l'air influent beaucoup sur cette différence de couleur ; car l'étincelle échangée dans le vide est complètement violacée.

On a objecté à cette théorie que les étincelles de nos machines ont souvent la forme de zigzags, bien qu'il n'y ait pas possibilité d'admettre sur leurs parcours des couches alternativement plus sèches et plus humides. M. du Moncel attribue ces zigzags aux poussières répandues dans l'air;

c'est pourquoi, dans l'œuf électrique, dans lequel on a fait un vide su i.sant pour que cette poussière soit abattue, le jet de feu est parfaitement droit, surtout s'il s'échappe de deux pointes métalliques. D'un autre côté, il suffit d'agiter un torchon rempli de craie dans le voisinage des décharges électriques pour voir multiplier considérablement les zigzags.

Pour notre part, nous pensons que la résistance de l'air et l'inégale conductibilité des couclies atmosphériques sont la cause des zigzags de l'éclair linéaire, sans qu'il nous soit possible d'en donner une démonstration rigoureuse.

Éclairs à large étendue. — Éclaw marginal Nous donnons le nom d'éclair marginal à une manifestation lumineuse décrite par Peltier en ces termes (1) : « Ce sont des lisérés de feu qui apparaissent tout à coup au bord des nuages dont ils ne se séparent pas. Ces nuages paraissent alors limités par un long sillon de feu, éblouissant de lumière. De ces lisérés lumineux ^'échappent des millions de rayons trèsdéUés et phosphorescents se dirigeant vers une autre nuée ou vers le sol humide, placé au-dessous, d'où l'on voit s'élever une vapeur continuelle. L'éclat de leur lumière n'est pas toujours le même. On y distingue des ondulations qui donnent à ces liserés lumineux l'aspect d'un ruisseau de feu agité par les vents et dont les ondes altèrent l'uniformité de la lumière. Il n'est pas rare de voir des nuages orageux, ainsi limités par un sillon de feu, s'étendre à plusieurs kilomètres. Lorsque des nuages interceptent leur vue, on ne voit plus qu'une longue illumination réfléchie qui apparaît et s'éteint tout à coup ; ce sont les éclairs les plus ordinaires, parce que ces phénomènes se passent aussi le plus ordinairement entre les nuées du groupe orageux. Cette première classe se lie en plusieurs points avec la deuxième espèce d'éclairs de la division de M. Arago.

Théorie. L'éclair marginal a lieu le long des nuées orageuses lorsque le nuage en regard qui reçoit ces décharges n'est pas suffisamment conducteur pour donner un libre

(1) Dict. univ. d'hist. nat., par d'Orbigny, t. V, p. 687.

Sestier 1 — 4 '

écoulement instantané à ces masses d'électricité. L'électricité du nuage accumulée sur les bords ne peut donc se décharger toute à la fois, ni se décharger sur un seul point de ce conducteur insuffisant; elle ne peut que s'écouler par des milliers de rayonnements partiels partant le long du bord et non par un sillon unique. Cependant l'abondant écoulement électrique qui existe sur un long espace aurait bientôt déchargé le liseré lumineux si le reste de l'électricité périphériijue n'abondait pas rapidement dans la même proportion.

Cette forme d'éclair n'est pas admise par les météorologistes; en effet, on peut le considérer comme l'illumination vive et subite du bord du nuage par l'éclair qui est derrière lui.

Éclair diffus, — L'éclair èiffus**és{ éètï^Hymière qui, sans point de départ percepfi'Wé et sans contt^urs arrêtés, illumine subitement une grande partie de Hhoi^izon. Ces éclairs sont beaucoup plus communs que les éclairs linéaires dont ils n'ont pas l'extrême vivacité. Ils sont blancs, bleuâtres, violacés, et parfois d'un rougé ijatense.

Quelques auteurs du siètrle dèrniei' les ont attribués à la combinaison instantanée et dans une grande étendue de l'hydrogène et de l'oxygène de l'atmosphère et des nuages, combinaison qui serait accompagnée de lumière et produirait des ondées de pluie. Pour d'autres observateurs, les éclairs diffus ne sont que l'illumination superficielle et plus ou moins profonde des nuages par l'éclair ordinaire qui brille derrière ce vaste rideau. Le sillon est caché par un rideau de nuages et diffusé par la pluie.

Éclairs sans tonnerre. — Les éclairs sans tonnerre sont diffus ou linéaires, ils se montrent dans trois circonstances différentes : 1'' le ciel est pur et serein ; 2° il est uniformément couvert; 3'' il est obscurci par des nuages

1^ Éclairs sans tonnerre par un ciel serein. — On les nomme généralement f^c/a/rs de chaleur ; en Suède, on leur donne le nom de kronblick (éclairs de l'orge), parce que d'ordinaire

ils brillent au mois d'août, quand l'orge commence à mûrir. C'est par une belle nuit d'été que l'on voit une vaste étendue du ciel subitement illuminée, d'une lumière intermittente, variable en intensité et généralement blanche. Cette lumière est concentrée dans le voisinage de l'horizon ; d'autres fois, elle s'élève jusqu'au zénith, et même elle occupe toute la surface céleste. Ces éclairs sont fréquents entre les tropiques. Jos. Bladh dit avoir souvent observé les éclairs qui apparaissent presque chaque nuit sur les côtes basses de l'île de Sumatra. On a pensé que ces éclairs de chaleur n'étaient que des éclairs réfléchis. « Dans un ciel illuminé, dit Sénèque (1), et » parla nuit la plus calme, ne voit-on pas quelquefois des » éclairs? Oui, mais soyez sûr qu'un nuage se trouve au )^ point d'où part l'éclair, nuage que la forme sphérique de » la terre ne nous laisse point apercevoir. »

Bien des auteurs modernes ont adopté cette opinion; parfois, en effet, on voit dans la région d'où partent les éclairs une bande horizontale de nuages tellement basse que son bord supérieur n'est visible qu'au moment où il est illuminé par des éclairs.

Dans quelques cas, soit que l'on ait observé en plaine ou sur le sommet des montagnes, on n'aperçoit aucun nuage à l'horizon, maison apprend plus tard qu'un violent orage a éclaté dans la direction des éclairs, et que c'est à lui, par conséquent, ^ull faut les attribuer.

Des observations directes ont bien souvent démontré l'exactitude de ces assertions (2).

M. Duperrey rapporte que se trouvant en mer, à 30 lieues environ de Lima, il vit des éclairs très-brillants dans l'est et le nord -est au ternie de l'horizon. Le vent était au S. S.-E., le temps magnifique et le ciel d*une pureté parfaite. Le tonnerre ne se faisait point entendre; on sait, en effet, qu'il ne tonne jamais sur les côtes du bas Pérou; mais don Ant. Ulloa dit qu'il n'en est plus ainsi à 3Ô lieues dans l'intérieur de cette contrée. Il est donc permis d'admettre que les

(1) Quœst. nat., lib. II, | 26.

(2) De Saussure. — Kaemtz. — Howard. Tab. LXXXIII (1813).

éclairs que l'on apercevait sur la Coquille avaient pris naissance au milieu des nuages orageux situés à 60 lieues de distance.

Cette illumination du ciel à de grandes distances est justifiée d'ailleurs par les expériences suivantes :

En 1803, M. de Zacli faisait donner des signaux au mont Brocken du Hartz pour déterminer des différences de longitudes. Des observateurs placés sur la montagne de Kenlenberg, à plus de 60 lieues de distance, apercevaient la lumière de 180 à 220 grammes de poudre que l'on brûlait chaque fois à l'air libre, quoique le Brocken, à cause de la rondeur de la terre, ne soit pas visible de Kenlenberg.

Arago ajoute : Lorsqu'on tire à Paris le canon de la batterie basse des Invalides, un observateur placé dans les allées du Luxembourg voisines de la rue d'Enfer (aujourd'hui considérablement surélevées), d'où l'on ne voit ni les divers étages du bâtiment, ni môme la flèche si élevée de son dôme, aperçoit dans l'air, au moment de chaque décharge, une lueur qui s'étend jusqu'au zénith et au delà.

S'il nous paraît prouvé que la plupart des éclairs de chaleur sont dus à des orages éloignés, quand le ciel, sur tous les points de l'horizon, est couvert d'éclairs de chaleur pendant toute une nuit, peut-on admettre que tous ces points soient le siège d'orages éloignés, et que le centre de tous ces orages reste seul préservé? Il faut sans aucun doute admettre que le ciel peut se couvrir d'éclairs sans qu'aucun orage existe môme à de grandes distances. M. d'Abbadie a vu en Ethiopie des nuages a éclairs si peu denses qu'il pouvait voir les étoiles à travers.

Le 26 août 1823, entre 9 et 11 heures du soir, le ciel étant serein, on vit sur plusieurs points du Wurtemberg des éclairs sans traces d'orage sur une surface de 4 milles carrés. L'atmosphère ne semblait même nullement disposée à l'orage; mais le thermomètre avait atteint à Stuttgart 28« Réaumur (1).

Pour s'assurer si ces éclairs sont réfléchis ou non, M. Arago se sert d'un instrument qu'il décrit en ces termes :

(1) Schiibler, J. fur chem. und phys.i t. II.

« Cet instrument consiste simplement en un tuyau de 3 à 4 décimètres de long ; il porte à celle de ses extrémités qui doit être tournée vers les éclairs un bouchon percé d'une ouverture circulaire de quelques millimètres de diamètre. Cette ouverture est couverte d'une plaque de crisial de roche à faces parallèles de o à 6 millimètres d'épaisseur, taillée perpendiculairement aux arêtes du prisme hexaèdre du cristal naturel. A l'autre extrémité du tuyau, à celle où s'applique l'œil, existe un prisme de carbonate de chaux, de quartz ou de tout autre cristal doué de la double réfraction. Ce prisme est achromatisé. Et maintenant que des éclairs, dits de chaleur, illuminent le ciel pendant la nuit, on regarde à travers l'instrument la région où le phénomène se manifeste, et quand l'éclair brille, on voit aussitôt deux disques brillants : les deux disques sont-ils blancs ou plutôt sont-ils ['un et l'autre de la teinle de l'éclair ? Concluez en avec certitude, dit M. Arago, qu'on a observé de la lumière directe, qu'elle n'est pas arrivée à l'œil par voie de réverbération, que l'éclair a pris naissance dans la position d'atmosphère située au-dessus de l'horizon. Les deux disques, au contraire, se montrent- ils colorés? C'est une preuve que la lumière dont les cristaux renfermés dans le tuyau font une sorte d'analyse est de la lumière réfléchie, qu'elle provient d'éclairs engendrés au-dessous de l'horizon visible. En mesurant l'intensité de la coloration des disques, on arriverait sans trop de difficulté à décider quelle région atmosphérique occupent ces derniers éclairs. »

2° Éclairs sans tonnerre par un temps couvert, — L'abbé de La Caille, pendant deux années et demie passées (1751-53) au cap de Bonne-Espérance, n'a jamais vu d'éclairs à l'horizon par un temps chaud et serein, comme on en voit en Europe, mais il a vu de f/rands éclairs sans tonnerre, par un temps couvert, le 24 janvier 1752, le 22 février, le 2 et le 4 mai suivant.

Les- éclairs par un temps couvert sont très-communs aux Antilles. Dorta, dans ses observations météorologiques faites à Rio-Janeiro, signale :

En 1783 — 24 jours d éclairs sans tonnerre.

En 1784 — 48 jours d'éclairs sans tonnerre.

En 1785— 47 idem (1),

En 1787— 51 idem.

Le journal météorologique, tenu en 1816 à Patna, dans l'Inde (latitude 25° 37' nord), par M. Lind, porte soixantetreize jours d'éclairs sans tonnerre.

3° Eclairs sans tonnerre par un ciel orageux. — Les éclairs sans tonnerre qui jaillissent de nuages orageux sont diffus ou linéaires, et sont observés dans des circonstances diverses qu'il faut observer avec soin.

Tantôt on voit briller à Tliorizon des éclairs diffus ou des éclairs linéaires et en zigzag évidemment trop éloignés pour que le bruit dont ils sont accompagnés sans doute puisse arriver jusqu'à nous. Ce cas est très-fréquent et ne mérite pas un plus long examen. Rappelons seulement que le bruit du tonnerre s'éteint rapidement.

D'autres fois les nuages d'où parlent les éclairs paraissent assez rapprochés -pour qu'il soit sinon démontré, du moins très-probable que la distance n'empêche pas le bruit d'arriver à nos oreilles. Nous plaçons ici quelques observations qui, faute de détails suffisants, nous laissent dans le doute sur leur valeur relativement à la question que nous étudions.

Citons d'abord le témoignage de Lucrèce : « L'éclair part, » dit-il, sans que de noires alarmes ni le moindre retentisse- » ment, ni aucun tumulte l'accompagnent. »

Tum sine tetro terrore et sonitu fulgit, nulloque

tumultu. (De Natur. rer., lib. VI.)

Lozeran de Fesc, dans sa dissertation sur le tonnerre, parle des éclairs extrêmement vifs qui, pendant certains orages, s'élancent des nuages dans tous les sens et presque sans interruption, sans donner lieu à aucun bruit appréciable.

Deluc le jeune cite un orage dans lequel il vit au zénith des éclairs nombreux, après lesquels il n'entendait rien. Or il y a des nuages orageux qui sont à plus de 8 kilomètres de hauteur ; on conçoit que le son, obligé de subir des

(1) Mém. de l'Académie de Lisbonne .

réflexions successives sur des couches d'air de plus en plus denses, s'affaiblisse au point d'être imperceptible. Deluc dit même que quelques-uns de ces éclairs donnaient un bruit très-faible et que l'un d'eux fit seul entendre un bruit un peu violent, ce qui fait penser qu'il partait d'un nuage plus rapproché. (Daguin.)

M. Poey dit que les éclairs sans tonnerre sont un phénomène des plus communs que l'on puisse observer dans les régions équinoxiales. Chavalon a publié une relation d'éclairs sans tonnerre observés à la Martinique de juillet à novembre 1751.

M. Poey, sans nier l'existence des éclairs réfléchis, dit que les éclairs sans tonnerre qu'il a observés à la Havane ont eu rarement cette origine, puisque l'horizon était pur de nuages et qu'il en était de môme des parties du ciel qui atteignaient une hauteur de 20 à 25 degrés.

^Éclairs sans tonnerre observés à la Havane, au sein des cunmlo-stratus isolés de F horizon, du 15 juillet 1850 au H juillet 1851, et pendant l'année 1859.

Mois.

Juillet 1850

Jours d'éclairs.

depuis le lo... 9

94 éclairs sans tonn(

Jours d'éclairs.

Mois.

Janvier 1851

Jours d'éclairs,

Août

Février — . .

Septembre Octobre

Mars — ...

Avril —

Novembre

Mai -

Décembre

Juin —

En tout "

Mois.

Janvier 1859

Juillet — jusqu'au 11.

3rre (1).

Mois.

Juillet

Août

Jours d'éclairs.

Février —

Mars —

Septembre

Octobre

Novembre

Avril —

Mai —

Juin —

Décembre

En tout 160 éclairs sans tonnerre observés en 1859 (2). Le docteur Reichenbach en Allemagne, M. d'Abbadie en

(1) Voir Comptes rendus, t. XLI, p. 75.

(2) Cosmos, t. XVI, p. 413 (1860).

o6 DES FORMES DE LA FOUDRE

Ethiopie, John Dalton en Angleterre (1) ont vu tout l'horizon couvert d'éclairs sans que le tonnerre se fît entendre.

Mais bien des fois aussi on a vu des éclairs linéaires ou diffus partir de nuages évidemment rapprochés sans qu'aucune détonation, aucun roulement les accompagnât.

Th. Bergman rapporte que le 19 décembre 1759, à Upsal, la veille d'un violent tremblement de terre, on vit entre 7 et 8 heures du soir, et à plusieurs reprises, de très-vifs éclairs sans tonnerre : le ciel était couvert de nuages et les éclairs diffus (2).

Le capitaine Rozet a vu aussi de nombreuses décharges électriques se produire sans bruit pendant un orage sur les bords de la Garonne, le 8 août 1848 (3).

Des exemples d'éclairs linéaires partant non loin des observateurs sans accompagnement de tonnerre ont été bien des fois observés (4).

Arago a enregistré une observation d'une trombe accompagnée d' éclair s en zigzag silencieiiT ; la voici : Le 4 juin 1814, M. Griswold se trouva à 400 mètres environ d'un de ces météores, sur le territoire des Illinois. Des éclairs presque continus et d'un éclat incomparable descendaient des nuages vers la terre, à une petite distance de la surface extérieure de la trombe, ou peut-être même le long de cette surface. Cependant on n'entendait aucune détonation.

Ces éclairs sans tonnerre s'observent probablement plus fréquemment dans les contrées méridionales : je les ai souvent remarqués dans la vallée de la Saône. Dans quelques cas le bruit que fait la pluie en tombant masque sans doute le bruit du tonnerre.

(( M. Phipson pense que les éclairs en lames sont dus à la » neutralisation des fluides électriques entre deux nuages » plus ou moins éloignés l'un de l'autre, ou bien entre un

(1) Météorolog. ohserv. and essays.

(2) Schw. Abhandl., t XXII, p. 62(1760).

(3) Comptes rendus, t. XXVII, p. 647.

(4) Pogg. Ann., t. XLVIIÏ, p 37o; t. XLIII, p 53i, Comptes rendus del'Académiedes sciences de Bruxelles, 9 octobre 1841. Mém. de la soc. des sciences agr. ef des arts de Lille, 3'^ part., p. 67, 1838. Mém. de VAcad. de Toulouse, 3« série^ t. VI, p. 349.

ÉCLAIRS o7

)) nuage et la terre. La couche d'air ébranlée par le passage » de l'étincelle produit le bruit du tonnerre, et ce phéno- » mène correspond à ce qui se passe en petit lorsqu'on ap- » proche sa main à quelques centimètres d'une machine » électrique en activité. Les éclairs en lames, au contraire, » ne se produisent que lorsque les deux nuages sont à » proximité l'un de l'autre (il y a alors production de lumière » sur un plus grand espace au moyen de la réflexion). Jamais » ce phénomène n'a lieu entre un nuage et la terre, et la » couche d'air traversée par les étincelles n'est pas assez » épaisse pour produire des vibrations qui arrivent jusqu'à » nous. Ce phénomène correspond, à son tour, à la lumière )) électrique qu'on produit en frottant l'un contre l'autre deux » morceaux de quartzite.

» Mais si le vent s'élève et sépare les nuages qui jus- » qu'alors ne donnaient que des éclairs sans tonnerre, ces )) nuages commencent à lancer aussitôt des éclairs en zigzag » accompagnés de bruit. C'est ce que j'ai eu l'occasion d'ob- » server sur la côte d'Ostende pendant l'été de 1854(1). »

Tonnerre sans éclair. — Sénèque dit qu'il tonne quelquefois sans qu'aucun éclair apparaisse (:2). Th. Bergman regarde cette assertion comme parfaitement prouvée pour lui.

Arago lui-même a recueilli quelques observations pour y ajouter foi. En octobre 1751, Thibault deChanvalon écrivait, à la Martinique, dans son registre d'observations météorologiques : « De huit jours qu'il a tonné pendant ce mois, il y en » a eu deux sans éclair. » — En novembre, on lit : « Ton- » nerre un seul jour, trois coups un peu forts, mais sans » éclair. »

Le 19 mars 1768, près de Gosseir, sur la mer Rouge, un violent coup de tonnerre jeta l'épouvante parmi les matelots de la petite barque qui portait le voyageur James Bruce : ce coup de tonnerre n'avait été précédé d'aucun éclair.

On peut objecter à ces observations peu détaillées que

(1) Comptes rendus, t. XLIV, p. 784 (1857),

(2) Quœst. nat., lib, U, | 18.

l'éclair a été diffus, masqué par la lumière du jour ou par l'éclat du soleil, si les uuées n'occupaient qu'un espace trèslimité de l'horizon. D'ailleurs, deux couches de nuages peuvent se superposer et l'orage éclater dans la couche supérieure, réclair ne serait pas visible à cause de l'opacité du nuage inférieur.

Foudroiement sans détonation. — L'éclair sans tonnerre a été signalé bien des fois comme ayant donné la mort à l'homme, mais les faits que nous avons réunis sont trop précis pour que nous puissions les rapporter ici. Quand nous étudierons le choc en retour et la foudre ascendante, nous aurons à signaler des cas de mort sans détonation.

Foudroiement sous un ciel serein. — La foudre frappe-t-elle jamais la terre lorsque le ciel est serein? Citons les observations que nous avons pu réunir sur ce point trèsimportant de l'histoire du météore.

A. — Dans ce premier groupe nous trouvons quelques observations qui paraissent se rapporter à la foudre proprement dite. Elles sont loin, comme on va le voir, d'être de valeur égale.

1^ Parmi les prodiges qui signalèrent le temps de la conspiration de Catilina, dit Pline (1), on vit Herennius, décurion, du municipe de Pompéia, frappé de la foudre par un temps serein.

2^ Prescentius rapporte qu'un jour, vers midi, par un ciel serein, près de l'île de Procidà, la foudre tomba sur la galère à trois rangs de rames, la Sainte-Lucie, où dinait le cardinal d'Aragon; elle détruisit plusieurs parties du gréement, tua trois forçats et endommagea deux autres galères. Ne s'agirait-il pas plutôt ici d'un aérolithe?

3<^ Scheuchzer cite un coup de foudre qui, le 14 juin 17:20, à Hundvveilen, tua deux femmes dans les champs : « Le coup » fut inattendu, le ciel était clair et le soleil brillait » (2).

4° Le même auteur rapporte qu'à Berne une jeune fille et

(1) Hist. nat., lib. II, § 3.

:2) Bresl., Samml. p. 654, juin 17^0.

trois maisons furent frappées de la foudre sous un ciel serein (1).

S'' Suivant l'abbé Richard (2), le H janvier 1770, vers neuf heures du soir, l'air étant froid et le ciel très-serein, on aperçut à Bockeim (comté de Hanau) un éclair très-vif, et la foudre, sans être accompagnée d'aucune explosion, tomba sur deux cheminées et y mit le feu. Il parut alors une fumée très-épaisse qui répandit au loin une odeur de soufre; le feu s'éteignit de lui-même presque aussitôt qu'il se fut développé.

6^ Au rapport de Toaldo, l'année du tremblement de terre de la Calabre, des orages affreux, accompagnés d'une pluie de foudres, épouvantèrent les populations du nord de l'Italie. La foudre éclata souvent aussi sous un ciel serein (3).

7^ Et, suivant Van Mons, on a vu la foudre descendre sur terre, sans que l'apparition d'aucun nuage annonçât l'existence d'un orage. Cependant, après cette explosion de la foudre, l'atmosphère se couvrait de nuages et il se formait un orage ordinaire. Le bruit qui accompagne un semblable éclair est court et aigu.

Nous croyons devoir insérer ici trois autres relations où nous voyons la foudre frapper la terre sous un ciel, non pas, il est vrai, parfaitement serein, mais peu couvert et d'ailleurs nullement à l'orage.

8^ « Après la mort de César, dit Suétone, on vit, par un ciel » pur et serein, un cercle semblable à l'arc-en-ciel entourer le » disque du soleil, et la foudre frapper le monument de Julie, » fille de César. )>— M. Arago fait remarquer qu'aucun cercle semblable à l'arc-en-ciel, qu'aucun cercle, soit halo, soit simple couronne, ne se forme autour du soleil par un ciel pur et serein. Le temps était donc sans doute légèrement couvert.

9« Au rapport de Détharding, le 20 juin 1670, le temple de Stralsund fut, pendant le service divin, frappé d'un coup de foudre qui fut seul et partit d'un ciel assez beau et assez serein,

(1) Bergman, De avert. fulm., 183.

(2) Hist. de l'air, t. IX.

(3) Éphém. soc. météor, Palat-, p. 574 (1783).

10^ Enfin, vers les derniers jours du mois de juin 1854, sur la bruyère dite le Brock, près de Bois-le-Duc, le gardechasse se trouvait en compagnie d'un paysan et d'un garçon de douze ans, lorsque tout à coup, le ciel étant couvert, mais sans le moindre signe d'ovage, le paysan tomba roide mort, frappé par un coup de foudre. Le fluide électrique avait renversé et brûlé le garde-chasse dont les blessures étaient graves. Le jeune homme n'avait rien éprouvé.

B. — D'autres fois, ce n'est plus la foudre linéaire, c'est un météore d'apparence différente, une colonne de feu en serpenteau, par exemple, qui foudroie les corps terrestres sous un ciel serein.

l'^Dans la Vie de Charlemagne, par Éginhard, il est question d'un météore lumineux qui, par un temps serein, frappa et renversa le cheval que montait l'empereur.

2*^ En 1521. le soleil était déjà couché, le ciel était serein, lorsqu'il tomba du haut de l'atmosphère une sorte de feu devant la porte du château de Milan, où les Français* avaient apporté un grand nombre de barils de poudre. L'explosion de ces barils fut terrible, et plus de cent cinquante personnes furent tuées.

3^ Le 13 juin 1759, vers neuf heures du soir, le ciel étant clair et serein, sans aucun nuage, la nuit étant très-belle, avec un vent frais du nord, le curé du village de Captieux, près de Bazas (Gironde), aperçut en l'air une colonne de feu qui semblait se diriger du levant au midi ; bientôt des bois lui en dérobèrent la vue. Cependant, étant rentré chez lui, à peine fut-il couché qu'il entendit crier au feu; une écurie était remplie de flammes qui disparurent promptement; il vit alors des chevaux tués sans aucune marque de brûlure et tout le fumier consumé. — Il fut suffoqué par l'odeur du soufre et ne revint chez lui qu'avec peine. Cependant le plancher supérieur n'était point enflammé, et on n'y trouva que deux trous de trois ou quatre pouces de diamètre ; mais toute la charpente du toit était embrasée ; il fallut l'abattre

Cl) Hisl. de l'Acad. des sciences, Paris, 17o9, p. 44.

pour sauver la maison. Une heure après il parut une autre colonne de feu qui alla se jeter dans la petite rivière de la Gainière et qui, en tombant, éclata avec plus de force qu'un coup de tonnerre.

On peut lire deux observations qui se rapportent à ce sujet (1) :

Nous devons faire remarquer que dans quelques observations où l'on indique la chute de la foudre par un temps serein, on a pu percevoir des sifflements, voir des sillons lumineux; on est donc en droit de suspecter une chute d'aérolithes. C'est sans doute un de ces météores qu'observa le comte de Forbin dans le détroit de la Sonde en 1613. Nous ne ferons que mentionner ici une observation de M. Page, d'une trombe sous un ciel sans nuages (2j.

(1) Journal de physique de l'abbé Rozier, t. IX, p. 222, et Histoire de l'air de l'abbé Richard, t. IX.

(2) Écho du monde savant, t. I, p. 76 (1835),

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