‹ De la foudre (volume 2)Chapitre 19 sur 198 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Sommaire. — Définition". Historique. —Feu Saint-Elme sur les clochers, les navires, les paratonnerres, les barres métalliques, les piques, les baïonnettes, les canons de fusil, les pointes métalliques, les rochers, les eaux, la neige, les branches d'arbres, les animaux, l'homme. — Feu Saint-Elme au milieu des orages. —Sa transformation n décharge presque foudroyante. — Feu Saint-Elme sans manifestations lumineuses. — Théorie. — Pronostic.

Feu Saint-Elme. — On désigne sous le nom de Feu Saint-Elme des manifestations lumineuses de formes et de couleurs variées, accompagnées ou non de bruit, qui se montrent le plus ordinairement en temps d'orage, et en lout cas, quand l'atmosphère est fortement chargée d'électricité, sur certains corps saillants à la surface du sol et même de la mer. L'intensité de la lumière est généralement peu considérable, aussi ne les aperçoit-on le plus souvent que pendant la nuit, ou bien quand les nuées sont tellement opaques qu'elles produisent une sorte de nuit artificielle. Enfin, il arrive que la manifestation lumineuse n'est pas perçue et qu'on n'est averti de la présence du météore que par un bruit de crépitation tout particulier.

Les anciens ont donné à ce phénomène les noms de Castor, de Polliix et celui d'Hélène, leur sœur.

Au moyen âge, on admettait à tout propos l'intervention des puissances surnaturelles au milieu des tempêtes. Au xii*' siècle, on avait admis la présence dans l'air de démons ennemis des navigateurs à qui les saints venaient porter secours. La vierge Marie était plus spécialement invoquée, et sa présence était indiquée par des flammes bleues et légères au sommet des mâts et des agrès. Les prières s'adressaient aussi à des saints : à saint Germain, évêque d'Auxerre en 418 ; à saint Nicolas, évêque de Myre en Lycie. Les Espagnols invoquaient Pierre Gonzalès, nommé Patronus Maris Flispaniœ, et représenté dans ses habits de dominicain, tenant à la main un cierge à flamme bleue. Les Italiens et les navigateurs de la

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Méditerranée s'adressaient plus spécialement à Sanctus-Erasmus, martyr sous Dioctétien, en abrégé S. Ermus, en italien S. Bruno et par euphonie S. Elmo. C'est ainsi que le château Saint-Elme, à Naples, et le fort Saint-Elme, à Malte, doivent leur nom à l'église consacrée à saint Érasme. Telle serait l'origine du nom Saint-Elme d'après M. Piper (1). Quelques auteurs ont dit saint Telmus pour saint Elmus.

Le nom Saint-Elme, et non Saint-Helme, ne dériverait donc ni d' Hélène ni d'Hermès, l'un des Cabires, divinités du paganisme, invoquées dans les malheurs domestiques et dans les tempêtes; et ce serait à tort que plusieurs auteurs auraient adopté les dénominations de feu Saint- Hélène, de feu Hermès.

Le feu Saint-Elme, dit aussi feu Sainte-Claire, est dans quelques cas Yignis lambens des Latins; c'est le Fuego di San- Almo des Espagnols; le Corpo sancto des Portugais qui lui donnent le nom de Qorona de Nostra Senora, s'il est formé de cinq ou d'un plus grand nombre de lumières; c'est le Fuoco di S. Pedro, di S. Nicotao des Italiens; le Comazant, le Corposant des Anglais ; le Sanct Elms Feuer, S. Elias-Feuer des Allemands; le Vred-Vyer des Hollandais.

L — Feu Saint-Elme sur les clochers. — 1*^ Le

pasteur Lesser rapporte que le 2 février 1749, vers six heures du soir, pendant un violent orage de neige et de grêle, treize flammes apparurent sur les pointes et sur les angles en métal du toit de la tour de Saint-Pierre, à Nordhausen en Thuringe. Les flammes étaient d'un bleu pâle, d'un pouce et demi de hauteur sur un demi-pouce de largeur; elles n'étaient pas agitées par le vent qui soufflait avec violence et produisaient un bruit semblable au bourdonnement d'une mouche prise dans une toile d'araignée (2). Les flammes disparaissaient à l'approche du doigt ou en les abritant contre le vent, pour reparaître aussitôt que la main s'éloignait et que le vent atteignait de nouveau les pointes métal-

(1) Ann. de Poggendorff, i. LXXXII, p. 317 (1851).

(2) Bergman, De avert. fulm., p. 174.

liques qu'elles surmontaient : ce phénomène dura un quart d'heure ;

2° Le clocher de l'église du village de Plauzat, en Auvergne, est surmonté d'une croix en fer dont les extrémités sont en forme de fleurs de lis, avec des pointes aiguës ; toutes les fois que survient un fort orage, accompagné de nuages épais et d'éclairs fréquents, on voit apparaître à chacune de ces extrémités une lumière qui varie en couleurs comme l'arc-enciel; ces trois flammes se termment en cône; quelquefois elles durent une heure et demie et résistent à la pluie, quelque abondante qu'elle soit. Depuis un temps immémorial, on a remarqué que la foudre ne tombe pas à Plauzat ou dans son plus proche voisinage une fois que les flammes ont commencé à briller sur la croix de l'église; aussitôt qu'elles se manifestent, on n'a, dit-on, plus rien à redouter du météore. Ce fait a été observé par le curé Binon, qui résidait à Plauzat depuis vingt-sept ans (1).

3*^ Le 23 mai 1761 , à Wusterhausen , on vit, immédiatement après un éclair et un violent coup de tonnerre , une lumière, brillante comme un cierge, apparaître sur la pointe du clocher; une pluie subite et de courte durée i'éteignit; mais bientôt elle se remontra plus vive, plus rouge qu'auparavant, et ayant alors la circonférence d'une assiette. Après qu'elle fut restée à la même place pendant une demi-heure, une pluie plus durable la lit définitivement disparaître;

4° En 1769, le clocher de Hohen-Gebrachim, près de Regensbourg, fut incendié par la foudre. L'année suivante, il fut réparé et la croix débarrassée de la rouille qui la couvrait. Un soir de cette année, par un violent orage, une aigrette de feu apparut sur cette croix, plus brillante que toutes celles qu'on avait observées les années précédentes ; bientôt elle augmenta de volume, parut lancer des étincelles ou des rayons, et s'étendre à presque toute la croix. Ce brillant pliénomène dura une heure environ, et disparut subitement après un violent coup de foudre, qui n'atteignit cependant ni

(1) Hamb. magaz., t. IX, p, 359.

la croix ni le clocher, mais très-probablement un arbre dans le jardin voisin (1).

5^ Le feu Saint-Elme fut remarqué par Ackermann, le 5 janvier 1771, à dix heures du soir, sur l'une des girouettes du clocher le plus élevé de Nicolaï à Kiel; la force et la vivacité de sa lumière augmentaient ou diminuaient suivant la force de l'orage (2).

6*^ Le 22 janvier 1778, pendant un violent orage accompagné de pluie et de grêle, Monget aperçut des aigrettes lumineuses sur plusieurs des sommités les plus élevées de la ville de Rouen (Arago.)

7° Sauvan, cité par Toaldo, aperçut un orage, le 21 juin 1783, sur la boule du clocher des Grands-Augustins à Avignon, avec une couronne de lumière qui dura trois quarts d'heure et finit à onze heures du soir(0bserv.météor.,p.20.) 8° Dans la nuit du 23 septembre 1785, la foudre atteignit le paratonnerre de la tour de Saint-Reinold à Trémone, en Westphalie. Le sénateur Feldmann vit, peu de moments après, un magnifique faisceau de lumières sur la pointe sud de la lanterne de cette tour. (Hemmer.)

Le 23 février 1792, dans la soirée et au milieu de tourbillons de neige, apparurent un grand nombre de feux Saint- Elme sur la boule du clocher de l'égUse évangélique de Hermanstadt; on vit d'abord de petites flammes d'un blanc bleuâtre sur le sommet de cette boule ; bientôt elles l'envahirent tout entière et même s'étendirent à son support couvert en fer-blanc. Ces flammes s'agitaient, augmentaient et diminuaient avec le vent. Ce phénomène cessa en même temps que la neige. Des feux semblables scintillèrent aussi sur la boule du clocher de l'église catholique, mais plus tard, et probablement parce qu'elle était moins élevée que la première (3).

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