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CHAPITRE VI

Sommaire. — Histoire générale. —Du roulement du tonnerre, de sa durée, de ses rapports avec la distance du nuage où le phénomène a pris naissance. — Des plus grandes distances auxquelles le tonnerre se fait entendre. —Des causes de la prompte extinciion du tonnerre. — Du tonnerre par un ciel serein. — Théorie du tonnerre. Opinions des anciens et des auteurs de notre temps, MM. Becquerel, PouiUet, Arago, Helvig, Coriolis, Gavarret, Monge, Tessan, Boutan. — Du rôle de l'écho. — Théorie de l'auteur.

Histoire générale. — Le tonnerre est le bruil plus ou moins violent qui succède à l'éclair. Disons de suite que, produit en même temps que Féclair et par la môme cause, il ne précède jamais Féclair; c'est tout au plus si le rapprochement du nuage permet d'observer leur coïncidence plus apparente que réelle. C'est qu'en effet la lumière a une vitesse incomparablement plus considérable que celle du son, et par suite l'éclair doit toujours être aperçu le premier. Mais nos sens ne sont pas toujours à même d'apprécier les faibles différences de temps qui les séparent, et il arrive que les deux sensations (lumière et bruit), qui sont consécutives, nous paraissent simultanées.

Nous allons étudier les diverses modifications que présente le bruit du tonnerre.

1*^ Pour les personnes voisines du lieu foudroyé, la détonation est, en général, unique, et d'une très-courte durée ; parfois elle ressemble à l'aigre cri du papier ou d'une étoffe de soie que F on déchire.

D'autres fois on entend un bruit semblable à un coup de fusil ou de pistolet; et cette circonstance a pu fiiire croire à l'attaque de quelque malfaiteur.

Ainsi lorsque la foudre pénétra dans les appartements de loi'd Tilney, à Naples, de Saussure et plusieurs autres témoms entendirent un bruit qu'ils jugèrent être l'effet d'un coup de pistolet tiré dans une chamijre.

xVu mais d'août 1853, la foudre touiba au Mans, sur une salle de spectacle dont la toiture de zinc rendit un son stri-

dent et aigu. Plusieurs spectateurs virent la flamme électrique au-dessus du grand lustre dont il avait suivi la tringle de support, et l'on entendit comme un fort coup de pistolet.

La foudre étant tombée sur une église fit au dehors un bruit terrible, et cependant les personnes qui étaient réunies dans l'église même n'eurent que la sensation d'un petit bruit semblable à celui à.' un coup de pistolet (l'abbé Richard) .

M. et M^^ Boddington, pour jouir de la vue de la campagne, s'étaient placés sur le siège de derrière de leur voiture; deux domestiques en occupaient l'intérieur, lorsqu'un violent orage étant survenu subitement, la foudre frappa M. et M"'® Boddington, renversa les chevaux et lança le postillon à une grande distance. Quant aux domestiques, ils ne furent pas atteints. L'un d'eux raconta qu'un éclair extrêmement brillant fut immédiatement suivi d'un hruit semblable à la décharge d'un coup d'un mousquet fortement chargé et qu'il crut qu'un malfaiteur avait fusillé les chevaux, ce qui l'avait si fort effrayé que pendant quelque temps il n'avait pas bougé

Quelquefois enfin, les personnes qui se trouvent dans une maison ou dans un édifice foudroyé, sont subitement assourdies par une violente détonation qu'elles comparent à celle d'une ou de plusieurs pièces d'artillerie.

Lorsque la foudre atteignit le phare de Gênes, le 4 janvier 1827, plusieurs hommes qui, au moment du coup, se trouvaient dans la tour, aperçurent une flamme éclatante et entendirent un seul coup, comme le bruit d'un canon, sans craquement ni roulement (Kries).

Plusieurs personnes réunies dans une maison sur laquelle la foudre tomba, entendirent un bruit effroyable qui ne leur laissa que l'idée de l'explosion subite d'un canon de très-fort calibre tiré à leurs oreilles (Beyer).

Quatre personnes étaient dans le sanctuaire de l'église métropolitaine de Narbonne, lorsqu'elle fut foudroyée. Elles virent l'église remplie de flammes et de fumée et entendirent une explosion épouvantable (Bertholon).

2° L'éclair est quelquefois accompagné d'un bruit de siffle--

ment plus ou moins intense, ainsi que le constatent les quatre observations suivantes :

Lorsque, le 16 août 1804, la foudre tomba et se divisa sur les bâtiments de l'Université de Breslau, M. Jungnit2 rapporte que plusieurs personnes qui se trouvaient devant une croisée entendirent un sifflement comme celui d'une balle de fusil.

Au mois de juillet 1804, un violent orage éclata au-dessus de la ville de Malacca ; les éclairs, dit M, Horsburgh, étaient très-vifs et accompagnés d'un fort sifflement.

Le capitaine Leath, qui commandait la Belette, dit, qu'en 1822, plusieurs décharges tombèrent dans la mer, à peu de distance du bâtiment, en faisant entendre un bruit semblable au sifflement d'une balle de mousquet (1) .

Dans la nuit du 18 au 19 septembre 1840, M. de Tessan, ingénieur hydrograplie, voyageant en voiture, fut assailli par un orage sur le sommet d'une colline entre Avignon et Remoulin. « Je me dépouillai prudemment, dit-il, de tout le métal que je pouvais avoir sur moi, dans la prévision que la voiture serait foudroyée, tant à cause de sa position élevée que de la grande quantité de fer qui entrait dans sa construction. Tout à coup un éclair encore plus vif que les précédents fait entendre un sifflement assez fort accompagné d'un épouvantable fracas de tonnerre. L'éclair, le sifflement et le fracas me parurent simultanés, ainsi qu'aux deux personnes qui étaient avec moi dans le coupé ; je crois cependant que c'est bien dans cet ordre-là que les sensations se succédèrent. » La voiture examinée à Nîmes parut intacte (2).

3° Si la décharge électrique ne frappe pas la terre ou si l'on ne se trouve pas trop près de l'endroit qu'elle frappe, on entend une détonation suivie de roulement avec renforcements plus ou moins forts et répétés. Les bruits ont tous un timbre plein et grave et non plus sifflant, sec ou criard ; et, suivant quelques auteurs, le ton du roulement devient parfois de

fl) Nantie . mag., t. XXi, p. 466.

(2) Comptes rmdus, t. XII, p. 791 (1841).

plus en plus grave en se prolongeant. Tantôt on remarque une violente et brusque détonation non suivie de roulen^ienf.

On observe souvent dans le Midi de la France, dit M. Boudant (1), une détonation subite sans roulement et analogue à celle que produirait la décharge simultanée d'une douzaine de pièces de canon. M. Boudant ajoute qu'il lui a paru que, dans ce cas, les nuages étaient toujours très-près de la terre.

L'explosion qui franpa une maison à cent pas de celle qu'habitait M. Toscan, au Jardin des Plantes de Paris, fut accompagnée d'une détonation terrible, mais sans craquement, sans répétition ni redoublement.

Spallanzani étant à Pavie, le 29 aoiit 1791, fut témoin d'un orage avec agrégation de petites nuées blanches, desquelles partirent sept coups de foudre successifs accompagnés chacun d'un bruit semblable à celui d'un canon.

Le coup de foudre qui frappa le temple de Saint-Reinold à Trémone, fit un bruit bien peu intV'rieur à celui de dix canons tonnant à la fois (Hemmer).

Le révérend William Paxton écrivait au docteur Milles, doyen d'Exeler, au sujet d'un coup de foudre qui renversa, le 2 mars 1769, l'un des pinacles de la tour de Buclcland- Brevver, que ce coup produisit une détonation égale au moins à celle de cent pièces de canon qui seraient parties à la fois.

D'autres fois, une première détonation est suivie lïuu roulement qui va en diminuant, en sorte que le tonnerre a son maximum d'intensité au moment de son début.

Mais plus souvent encore on n'entend d'abord qu'un roulement faible et sourd, bientôt suivi de renforcements variables en nombre et en intensité, entre lesquels le roulement continue pour s'éteindre graduellement. Ces renforcements ou éclats sont souvent fort intenses, très-brusques, et comme par violentes secousses. Il n'est pas sans quelque utilité pour la théorie d'évaluer numériquement les intervalles compris entre les faibles commencements de certains tonnerres et leurs

(1) Traiié de 'physique, ^.^^h

88 DES FORiMES DE LA FOUDRE

périodes retentissantes. Voici quelques observations de de l'Isle rapportées par Arago.

Le 17 juin 1712, un orage gronde sur Paris ; à 0 seconde, un éclair se montre ; à 3 secondes, le tonnerre commence à se faire entendre très-faiblement; à 12 secondes, il éclate; à 19 secondes, il finit doucement. Il ne s'écoula donc pas moins de 9 secondes entre le commencement du tonnerre et celui de ses éclats.

Un second exemple correspond à la date du 21 juillet: A 0 seconde, éclair ; à 16 secondes, le bruit commence faiblement ; à 26 secondes, le tonnerre éclate ; à 32 secondes, il finit doucement.

Les citations qui suivent auront, sur les précédentes, l'avantage de faire connaître la durée des éclats.

Le 8 juillet 1712 : à 0 seconde, éclair; à 11 secondes, le tonnerre commence doucement; à 12 secondes, il éclate; à 32 secondes, les éclats cessent ; à 50 secondes, le bruit finit doucement. La durée des éclats fut donc de 21 secondes.

8 juillet: iV 0 seconde, éclair; à 11 secondes, le tonnerre commence doucement; à 12 secondes, il éclate; à 38 secondes, il cesse d'éclater ; à 47 secondes, il finit doucement.

L'observation suivante nous offre la circonstance nouvelle d'un redoublement de force pendant les éclats :

A 0 seconde, éclair ; à 10 secondes, le tonnerre commence très-doucement; à 13 secondes, il éclate; à 20 secondes, les éclats redoublent d'intensité ; à 35 secondes, les éclats cessent ; à 39 secondes, le tonnerre finit doucement.

Quelle est la plus longue durée du roulement du tonnerre observé en pays de plaine et correspondant à un seul éclair ?

De risle a remarqué le 17 juin 1712, à Paris, des roulements qui ont duré 34, 36, 41 et 45 secondes. Le 3, le 8 et le 28 juillet, le même observateur a trouvé, au maximum, des durées de 35, 36, 38 et 39 secondes. Ainsi le maximum a été 45 secondes.

La durée du roulement n'a aucun rapport avec la distance du nuage où le phénomène a pris naissance. — C'est là du moins ce qui résulte de quelques

déterminations obtenues en Ethiopie par M. d'Abbadie et consignées dans le tableau suivant (1) :

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