Le 4 janvier 1717, au Quesnoy, le temps était fort cou
(1) Daquin, note de sa traduction de l'Essai météorol. de Toaldo.
(2) Essai de physique, t. II, p. 871.
vert et les nuages étaient si bas qu'ils paraissaient toucher les maisons, lorsque tout à coup un globe de feu parut dans la partie du nuage qui dominait la place, et alla, avec l'éclat d'un coup de canon, se briser contre la tour de l'église, et répandre sur la place comme une pluie de feu. Le même phénomène se répéta bientôt au même lieu, au grand effroi des spectateurs (Geoffroy).
5. Le 17 juillet 1717, vers 6 heures du matin, pendant un orage, M. Reiinann suivit des yeux, pendant une seconde à peine, une boule de feu qui se brisa en plusieurs fragments avant d'atteindre, avec un bruit terrible, le clocher d'Epperies, en Hongrie. Le météore endommagea l'horloge, le cadran et des fils métalliques, comme l'aurait fait la fondre ordinaire : on sentit une forte odeur de soufre (Reimarus).
6. Pendant la nuit du 14 au 15 avril 1718, eut lieu en Basse- Bretagne un épouvantable orage, pendant lequel la foudre tomba sur vingt-quatre églises. Celle de Gouesnon, à une lieue et demie de Brest, fut entièrement détruite. On avait vu trois globes de feu de trois pieds et demi de diamètre chacun, qui, s'étant réunis, avaient pris rapidement leur route vers l'église. Ge gros tourbillon de flamme la perça à 2 pieds au-dessus du rez-de-chaussée, tua deux personnes de quatî'e qui sonnaient, et fit sauter les murailles et le toit de l'édifice, comme aurait fait une mine ; quelques pierres furent lancées à 26 toises de là .. (Deslandes).
7. Le 8 juin 1747, vers 7 heures du soir, une nuée fort épaisse et très-basse lança un globe de feu sur le sommet du clocher des Grands-Auguslins, à Paris ; les dégâts furent ceux de la foudre ordinaire (Rabiqueau).
8. Peu de temps après l'entrée de Philippe V, à Madrid, la foudre tomba sur la chapelle royale, sous la forme d\in globe, aussi gros que la tète d'un homme. Ayant percé le toit, il se divisa en deux parties qui parcoururent toute l'étendue de la chapelle. L'une d'elles se divisa en plusieurs petites boules qui bondissaient d'une manière surpreiiante, et qui se dissipèrent bientôt (Miisschenbroek).
9. Le 2 mars 1769, à 4 heures après midi, un nuage d'une teinte noire peu commune, s'étendit sur Buckland, et fut
FOUDRE Ei\ GLOBE i33
bientôt suivi d'une grêle abondante. Lorsqu'il fut immédiatement au-dessus de l'église, il en sortit un globe de feu qui renversa le faîte de la tour de cette église, dans l'intérieur de laquelle il pénétra en faisant de nombreux dégâts. Plusieurs pierres qui pesaient plus de 700 livres furent lancées au loin. L'une d'elles, pesant 8 livres, fut lancée à une distance de 60 perches. Plusieurs de ces pierres, quoique [laraissïmt fermes et dures, se réduisaient en poudre à la moindre pression des doigts.
L'explosion, au moment où le nuage parut s'entr'ouvrir, fut aussi instantanée que terrible, et égala au moins la décharge de cent canons qui tonneraient en même temps. (W.Paxton.)
10. Le 16 janvier 1770, vers 9 heures du soir, à Chemnitz, en Hongrie, au milieu d'un ouragan et d'éclairs très-vifs, la foudre tomba sous la forme d'un globe de la grosseur d'un tonneau, et pendant que cette énorme masse de feu sillonnait les airs, on entendit un sifflement aigu qui fut suivi d'une explosion semblable à celle du tonnerre le plus violent. La tour de la principale église fut endommagée par la chute du météore, mais le feu ne s'y communiqua point. L'ouragan dura jusqu'à minuit, et fut terminé par beaucoup de neige et une forte gelée. (Richard.)
11. Dans la nuit du 15 juillet 1808, au milieu d'un épouvantable orage qui causa de nombreux désastres, un globe de feu e;ii[)orta une des tourelles de la cathédrale de Glocester. (Howard.)
12. Lorsque, le 25 août 1780, la foudre atteignit le clocher du monastère de Saint -Vincent, à Milan, plusieurs témoins virent dans une des cours de l'église des globes de feu et sentirent une forte odeur de soufre. (MarsiL Landriani.)
13. En mai 1809, la foudre tomba sur le clocher du château de Torring-Seefeld , à 12 lieues de Munich, suivit la corde métallique du paratonnerre et la brisa en de nombreux fragments. Lorsque le premier effroi fut passé, le pasteur Scitz se hâta d'aller visiter la sacristie. Au moment où il en ouvrait la porte, il vit au milieu de la pièce des boules de fp'f grosses comme le poing , qui éclatèrent avec un bruit
i34 DES FORMES DE LA FOUDRE
semblable à celui d'un mousquet , sans causer de dégâts.
M. Seitz estime à environ 6 ou 7 minutes l'intervalle qui sépara le coup principal qui atteignit et brisa le paratonnerre delà seconde explosion, qui sans doute, après la rupture du conducteur, prit son chemin dans l'intérieur du clocher et pénétra dans la sacristie, où elle apparut sous la forme de boules de feu. (Yelin.)
14. M.Egen rapportequ'en février 1816, entre 7 et 8 heures du soir, la foudre, sous la forme d'une boule de feu de la grosse?3r d'une bombe, descendit sur la pointe du clocher de l'église de Solingen ; on entendit alors une épouvantable explosion sans roulement, et sans qu'avant ou après il eût tonné. Tout l'horizon parut en feu pendant quelques secondes. Dans les vallées aux environs de la ville, on remarqua, diton, des boules de feu tîoltant dans l'air. Les deux années suivantes et à la même époque, la foudre frappa le même clocher encore sous l'apparence d'une boule de feu; l'édifice n'était pas alors muni de paratonnerre.
Lorsque le dimanche 11 juillet 1819, vers 10 heures et demie du matin, la foudre tomba sur l'éghse de Ghâleauneuf-les-Moutiers (Basses-Alpes), elle y tua trois personnes, en blessa plus de cent. Une femme qui était dans une cabane sur une montagne voisine vit tomber successivement trois masses de feu qui semblaient devoir réduire le village en cendres. (L'abbé Trencalye) (1).
16. Plusieurs personnes dignes de foi rapportent que l'af- Ireux événement arrivé, le 2 mai 1820, à la cathédrale de Bordeaux, fut occasionné par un météore igné qui sans détonation frappa, enleva et jeta sur la voûte transversale, toute la partie supérieure du fronton de la porte latérale du Nord (2).
Édifices autres que les églises. — 1. Le 24 septembre 1772, au milieu d'un violent orage, on vit à Besançon un
(1) Voir PouJllet, Phys., 7' édil., t. II, p. 793.
(2) Bull, philom. dp. Bordeaux (mai i820). — On peut lire d'autres exemples dans : Philos, trans., p. 2084 (1670). Cosmos, t. H, p. 139. Ann. de VObserv. de Bruxelles, t. VH, p 487. Journ, des se. et des arts du Bas-PiMn (1825'.
globe de feu volumineux traverser le magasin à blé et une salle d'hôpital remplie de nourrices et d'enfants, et se précipiter dans le Doubs. Le météore ne blessa personne et fit peu de dégâts (1).
2. Le 30 juin 1847, à 5 heures et demie du soir, un globe lumineux frappa la prison de La Châtre, bâtie sur le sommet d'un rocher, et parcourut sous la même forme les quatre étages du bâtiment en répandant une odeur de soufre et d'ail. Les dégâts furent ceux de la foudre vulgaire. Plusieurs personnes furent blessées. (Decerfz) (2).
3. Le 27 juillet 1769, plus de 600 personnes étaient réunies dans la salle de spectacle de Feltre, dans la Marche Trévisanne, lorsque, pendant un épouvantable orage avec torrents de pluie, on vit apparaître, par une grande ouverture qui se fit au comble du bâtiment, un globe de feu de la grandeur d'un boulet de canon du plus gros calibre. A l'instant toutes les lumières s'éteignirent, plus de 76 personnes furent tuées ou blessées. (Richard) (3).
4. Le 11 juin 1810, le professeur Peuvian vit la foudre tomber sur la salle de spectacle de Lille, sous la forme d'une masse de 3 décimètres de diamètre. (Delezenne.)
5. Lorsque, le 16 août 1804, la foudre tomba dans la mirée suv]e bâtiment de V université de Breslau, tout le toit parut couvert d'une masse de feu se mouvant sous la forme de globes. Le professeur Tungnitz, qui était alors dans sa chambre, vit un des rayons du météore y pénétrer sous l'apparence d'un cylindre de 4 à 5 pouces de diamètre, qui se divisa sur la surface vernie d'une porte en répandant une odeur de bois brûlé, et sans le blesser. (Tungnitz) (4).
Un autre accident, dont nous aurons maintes fois â parler, est arrivé à Fougères (Ille-et-Vilaine) (5).
Maisons. — Chaumières. — Tentes. — 1 . Un jour du mois de juillet 1744, vers midi, un nuage menaçant arriva
(1) Dkt. des merv. de la nature, t. III, p. 413.
(2) Comptes rendus, l. XV, p. 80.
(3; Hist. de l'air, etc., t. Vill, p. 348.
(4) Gilb., Ann., t. XXIV, p. 36 (1808).
(5) Comptes rendus, t. XVII, p. 908.
au-dessus de Knifwingsgute; le tonnerre se rapprochait peu à peu. Une paysanne était occupée à faire cuire quelques mets sur le foyer de la cuisine, lorsque le tonnerre éclate, et elle voit "une boule de feu de la grosseur du poing descendre par la cheminée, passer entre ses pieds sans la blesser, et continuer sa route sans incendier, sans même renverser le rouet et divers autres objets qui se trouvaient sur le plancher. Effrayée, elle se précipite vers la porte; mais au moment où elle l'ouvre, la houle de feu vient en sautillant (hûpfend) passe près de ses pieds, pénètre dans une pièce qui s'ouvrait au dehors, la traverse, franchit la porte et arrive dans la cour; elle la traverse aussi, entre par la porte dans une grange, remonte le mur opposé, monte sur sa surface, et arrivée au-dessous du bord du toit de chaume, elle éclate et se disperse avec un bruit sf terrible que la paysanne s'évanouit; le feu prend à la grange et la réduit promptement en cendres. — C'est le ministre Tibvirtins qui a rédigé cette relation sous les yeux de la paysanne, de son mari et de sa servante. (Nicol. Palmstiern.)
2. Le 8 août 1720, à Rossnau, en Hongrie, le ciel était partout serein au nord, excepté où se trouvait un nuage noir et épais, et où l'on entendit gronder le tonnerre vers 9 heures du matin. A 2 heures après midi, et malgré la lumière du soleil, on vit briller un éclair, et la foudre atteignit une maison située à l'extrémité de la plus longue rue de la ville. Or, plusieurs témoins qui se trouvaient dans la campagne alïirmèrent avoir vu sortir du nuage noir un globe de feu qui se dirigea rapidement du côté de ladite maison, puis avoir entendu un violent coup.de tonnerre. (Baesmeginz) (1).
3. Le 'P^ juin 1761, vers minuit, pendant un orage, la foudre atteignit la maison d'un garde forestier près de Nienbourg et s'y divisa en plusieurs rayons; l'un d'eux frappa une carabine chargée appuyée sur le mur d'une chambre et l'endommagea, comme nous le dirons ailleurs. Le sol sur lequef reposait la crosse de l'arme était recouvert d'une couche de terre glaise, et l'on vit, dit le docteur Kracli, le rayon y
(1) Bresl Samml , p. 201 (i72f>).
brûler pendant 4 à 5 minutes sous la forme cl une masse du volume d'un petit œuf de poule, d'un rouge foncé. La substance qui fut trouvée à l'endroit où le phénomène avait eu lieu fournit du salpêtre à l'analyse (1).
4. Le 30 mai 1769, dans la soirée et pendant un orage, plusieurs personnes virent la foudre sous la forme d'un globe de feu frapper l'angle de l'auberge de l'Étoile, à Stockholm, et aussitôt une multitude de feux coururent sur le pavé de la rue et gagnèrent une ruelle qui descendait à un pont de bateaux. Le météore ne causa aucun dommage grave au bâtiment, car il suivit les lignes en plaques métalliques dont il était muni (2).
5. L'orage qui éclata le 20 juin 1772, entre midi et une heure, sur la ville de Steeple-Ashton, dans le Willshire, mérite une mention toute particulière dans f histoire de la foudre en globe.
Disons d'abord que les nuages étaient fort épais, et que M. Field, peintre à Trovs^bridge, observa pendant cet orage un globe de feu qui oscilla dans l'air au-dessus de Steeple- Asliton, et linit par tomber perpendiculairement sur un bâtiment, peut-être sur celui où se passa la scène suivante :
Les révérends Wainhouse et Pitcairn se trouvaient dans une chambre; le premier, debout, et le second assis, le dos tourné au foyer et tout près d'un cordon de sonnette, lorsque leur conversation fut subitement interrompue par un violent coup de tonnerre; au même moment ils virent \m globe de feu {a bail of ftre) entre eux deux; il était du diamètre d'une pièce de 6 pences (2 centimètres), et entouré de fumée noire ; il éclata comme un canon, et la chambre fut remplie de fumée et d'une odeur suffocante de soufre et de minéraux en fusion. M. Wainhouse ne fut pas atteint par la décharge, mais légèrement égratigné par un fragment de carreau de vitre. Quanta M. Pitcairn, il eut ses vêtements endommagés et la surface du corps grièvement blessée, comme nous le dirons plus tard. 11 se souvient d'ailleurs [)arfaitement
(1) Guden, p. 179.
i2) J. Cari. Wilko. Sclmetl Ahhand].
bien d'avoir vu, pendant une ou deux secondes, le globe de feu avant d'en être frappé. Le météore globulaire ne fut très-probablement qu'une des divisions de la décharge totale qui atteignit le bâtiment et pénétra dans plusieurs pièces, en produisant sur les murs, les cloisons et les métaux, les effets connus de la foudre vulgaire.
Pendant la durée de ce même orage et dans la même localité, on vit un corps igné tomber sur le sommet d'une cheminée, près d'une barre de fer. Ce météore traversa la maison et sortit par une porte accidentellement ouverte; alors il se brisa avec un bruit terrible, semblable à la détonation de 20 canons, et les appartements furent remplis d'une odeur sulfureuse. M. W. Paradise, dans sa lettre au Rév. Eliot, dit que, s'étant trouvé à 4 ou 5 pieds du trajet du météore, il fut renversé contre la muraille tout couvert de feu, et se crut pendant quelques instants suffoqué par la vapeur sulfureuse qui Fenveloppait (1).
6. Le 3 août 1809, la foudre atteignit la maison de M. David Sutton, non loin du Newcastle, sur la Tyne, Huit personnes prenaient le thé dans le salon dont la cheminée venait d'être abattue par le météore, lorsque tout à coup, après l'explosion, apparut par terre, à la porte opposée à la cheminée, un globe de feu qui resta immobile assez longtemps pour être vu de tout le monde. Alors il s'avança jusqu'au milieu du salon; puis il éclata en lançant, avec détonation, comme les étoiles d'une fusée. M. Howard, qui rapporte ce fait, ne dit pas si les assistants furent blessés.
7. Pendant un orage du mois de juin 1829, trois personnes étaient assises dans la cuisine d'une auberge, près de Montmouth, lorsque tout à coup elles entendirent deux violents coups de tonnerre, et virent imm.édiatement après un globe de feu de la grosseur d'un cricket-bail, d'un rouge cramoisi et plus brillant que le feu ordinaire, entrer par une porte de derrière qui était ouverie, traverser la cuisine, enfiler un couloir, et sortir par la porte de la façade. Ce météore ne causa dédommage ni au bâtiment, ni aux personnes qui s'y trouvaient (Howard).
(!) Philos. Trans., p. 231 (1773).
FOUDRE EiN GLOBE 139
8. Le 3 mars 1835, le clocher de Grailsheim fut incendié par la foudre. Plusieurs témoins affirment avoir vu les uns un globe de feu, les autres deux globes de feu, tomber sur le clocher. La famille du gardien se trouvait alors partie dans une chambre, partie dans la cuisine. Une jeune fille, âgée de 20 ans, tournait le dos à la fenêtre du midi, lorsque son jeune frère vit une boule de feu entrer par la fenêtre et descendre sur le dos de sa sœur, qui ressentit une forte secousse par tout le corps; elle vit alors à ses pieds une masse de feu qui se divisa aussitôt en petites flammes, lesquelles se dirigèrent dans la cuisine dont la porte venait d'être ouverte, et y mirent le feu à un tas de bois couvert de mousse. Ce commencement d'incendie fut rapidement éteint. Quelques personnes rapportèrent en outre avoir vu tomber sur le pavé, à 10 pas environ au sud du clocher, une boule de feu d'environ un pied de diamètre, qui avait roulé quelques secondes et avait éclaté avec un bruit sourd (Kapp).
9. Le 24 août 1842, à 10 heures du matin, au miheu d'un violent orage avec torrents de pluie, la ioudre tomba dans la ville de Ille, sur l'habitation d'un serrurier mécanicien. Un de ses rayons pénétra dans un atelier au rez-de-chaussée, où un ouvrier la vit apparaître sous la forme d'un globe entlammé, semblable à la lune lorsqu'elle est rouge. Pendant que la foudre exerçait ses ravages sur cette maison, un globe de feu d'environ 20 centimètres de diamètre tomba sur le pavé de la rue, et fila ensuite sous la forme d'une barre enflammée. Enfin, plusieurs tramées ou sillons de feu parcoururent ce quartier et circulèrent dans quelques habitations (l'abbé Chapsal].
10. Le 10 septembre 1845, vers 2 heures après midi, pendant un violent orage, la foudre atteignit une maison du village de Salagnac (Creuse) . Au coup de tonnerre, qui fut très-violent, il descendit par la cheminée une boule de feu de la grosseur du poing, et de laquelle s'échappaient des quantités d'étincelles. Cette boule tomba au milieu d'un enfant et de trois femmes, se dirigea, sans leur faire aucun mal, vers une vaisselière en bois, en enleva quelques éclats , puis elle gagna le milieu de la cuisine, la traversa en droite ligne.
passa aux pieds d'un jeune homme qui s'y trouvait debout, ne frappa aucun des vases en fonte; au lieu de sortir au dehors, cette boule pénétra dans la chambre à côté de la cuisine, et y disparut sans laisser aucune trace. Les femmes, qui voyaient cette boule enflammée traverser lentement la cuisine, engageaient l'homme qui s'y trouvait à mettre son pied dessus atin de l'éteindre; mais cet homme, qui n'était pas sans intelligence, se rappela que lorsqu'il était à Paris, il s'était amusé plusieurs fois, aux Champs-Elysées, à se faire électriser, et, comparant la secousse qu'il éprouvait à celle beaucoup plus violente que lui aurait imprimée la boule qu'il voyait à ses pieds, jugea prudent de la laisser passer; elle répandit une épaisse fumée fortement sulfureuse. Dans une petite écurie, on trouva mort un cochon qui y était renfermé. La foudre avait traversé de la paille et du foin sans y mettre le feu (Maslieurat-Lagémard).
11. Pendant un orage qui éclata sur le village du Grand- Malvern, à 7 milles de Worcester, la foudre atteignit une cabane construite sur une montagne, et y tua deux personnes, de neuf qui y étaient réfugiées. On vit comme un globe de feu qui roulait sur la terre et qui entra dans cette cabane, construite de fragments de granit et recouverte d'un toit en tôle de fer (J. Williams) (1).
12. Le 30 juillet 1740, vers 3 heures après midi, le ciel était couvert de nuages noirs et épais, lorsqu'on vit la foudre tomber sur une maison de la paroisse d'OEsterwahla, sous la forme d'un trail de feu perpendiculaire, terminé inférieurement par une masse de feu (Feuerkiumpen). Elle abattit le haut de la cheminée et pénétra dans plusieurs chambres. Un très -grand nombre d'ustensiles en métal furent percés d'un ou de plusieurs trous. On peut, dit l'auteur, Nils Feltstrom. se représenter le coup de foudre comme produit par une bombe remplie de fusées ou de serpenteaux (Schwarmen).
13. Le 14 janvier 1824, il y eut à Halle un orage effroyable, accompagné de tourbillons de neige, d'éclairs, de coups de vent, il fut observé en plusieurs autres endroits voisins.
(i) Edinh. Journal, of se. (janv. 1829).
FOHDRK EN GLOBE 141
On vit des feux météoriques en plein champ. Le même soir, il tomba, à Hanovre, un énorme globe de feu avec un violent coup de tonnerre et odeur sulfureuse. La foudre frappa plusieurs localités (Bullmann) (1).
Meules de foin. — En avril 1814, dit Howard, pendant un violent orage, ^n vit à Cheltenham un globe électrique tomber sur le sommet d'une meule de foin très-compacte. Cette meule fut traversée perpendiculairement, et le fluide pénétra à plusieurs pieds de profondeur dans le sol. Le canal ainsi creusé dans la meule avait près de 3 pieds de circonférence au sommet, et allait en diminuant jusqu'à n'être plus que de quelques pouces. Une odeur sulfureuse s'exhalait de la meule, et se répandit à très-grande distance (2).
Arbres. — Il semble que les arbres soie-nt peu exposés à être frappés de la foudre en globe, car nous ne trouvons que quatre exemples de ce genre dans toute notre collection; peut-être que l'on a omis de signaler la forme de la foudre dans la plupart des cas où des arbres seuls ont été foudroyés.
1. Le 23 mai 1712, entre 2 et 3 heures après midi, près de Bade et pendant un orage, une servante qui se trouvait dans un pré vit un globe de feu d'un demi-pied environ de diamètre se mouvoir horizontalement dans l'air à 12 pieds au plus de terre. Elle courba instinctivement la tête et le corps, craignant d'en être atteinte; mais le météore passa outre et se dirigea droit sur un arbre auquel il enleva de larges lanières d'écorce, sans laisser de traces de feu et comme l'aurait fait un instrument d'acier. En quittant cet arbre, la foudre globulaire se dirigea, près de là, sur la maison de M. Escher, et produisit les dégâts de la foudre ordinaire. Nous signalerons en un autre lieu le curieux phé-
(1) Bull, univ , P. maihém., t. I, p. 246. — On en trouvera d'autres exen;plesdans :Gilb., Ann., t. XXIX, p. 53. Ibid., t. LXXII, p. 398. Biblioth. uuiv.{sc. et arts), t. 17, p. 24 Comptes rendus, t. XXUl, p. 864; t. XXXV; l. XXXVl, p. 744. Kaernlz, Traductioi'i , note de M. Martins. Journal de yhysique, t. I, ]). 442.
(2) ïab. XGIII.
nomène observé dans une des chambres de cette habitatioii, savoir, un nuage blanc se mouvant avec lenteur. (Scheuchzer) (1).
2. Le 15 août 1791, vers 3 heures et demie après midi, la foudre tomba, près de Gasal-Maggiore, sur un orme qui servait d'abri à trois personnes. L'une d'elles vit un ^lobe de feu gros, noir dans le milieu, jetant des flammes de tous côtés, arriver sur elle horizontalement ; mais à peine l'eutelle aperçu qu'elle fut renversée dans le fossé voisin, n'ayant senti qu'une odeur de soufre.
Ces trois individus furent légèrement blessés et se rétablirent promptement. (!> Guazzi) (2).
3. Le 2 août 1821, pendant un violent orage, un globe de feu blanc, à flammes jaunes et rouges, s'abattit sur un bouquet de pins au sommet de la montagne de Saint-Martin de Thury. Ces arbres, au nombre de 12 environ, étaient brisés, tordus et renversés ; un d'eux était en mille éclats noircis et brûlés à la surface.
Au fond d'un entonnoir creusé dans le sol, on trouva un culot de verre noir. L'air était rempli de vapeur sulfureuse (3).
4. M. Gusarens, pendant un violent orage qui éclata dans le mois de septembre 1823, vit une foudre en boule aller frapper un arbre et produire les phénomènes ordinaires de la foudre.
Fours à tuiles. — L'observation suivante a été recueillie par M. de la Pylaie :
1. Le 25 octobre 1848, un orage éclata sur le bourg de Betz (Oise). M. Gobert, propriétaire d'une tuilerie, avait son four chargé de 23 milliers de tuiles dont on achevait la cuisson à grand feu. 11 la surveillait lui-même alors, de la petite niche pratiquée dans le mur d'enceinte à côté des deux bouches du fourneau. Depuis trois heures, le tonnerre grondait au loin, mais il n'arriva qu'à 5 heures et demie environ audessus de son établissement. Ge fut alors qu'éclata un coup
(1) Ephém. des Car. de la nat. Décur. IV, cent. 1-2, obs. 18o, p. 389 (1712).
(2) Opusc, t. XTV, p- 301 (1791).
(3) Héricart de Thury, Mémoire, p. 352.
beaucoup plus violent que tous ceux qui l'avaient précédé. Il fut annoncé par un long éclair d'un bleu verdâtre qui remplit de sa lumière toute la fosse d'arrivée aux bouches des fourneaux. La masse du feu apportée par cet éclair pouvait offrir un diamètre au moins de trois pieds . Arrivée devant les deux bouches, elle se divisa en deux portions, lesquelles, attirées par le courant d'air qui se dirigeait vers le brasier, s'y précipitèrent par chaque bouche, en passant par un petit intervalle de 15 centimètres qui se trouvait entre le bas de leurs portes en tôle et le sol. Le fluide électrique produisit, au moment de son passage, le bruit d'un souffle violent; tout entra dans le fourneau et y produisit un bruit plus ou moins fort, comme si l'électricité eût rencontré des obstacles pour y circuler; au bout de 15 secondes, toute la masse du tonnerre sortit également par-dessous les portes pour remonter vers le ciel; mais elle était augmentée en volume et produisit un souffle beaucoup plus grand qu'en entrant.
On vit en môme temps une flamme bleuâtre s'élever subitement de l'ouverture supérieure du fourneau. Ce ne fut qu'après l'entrée de la foudre dans celui-ci que M. Gobert entendit l'explosion du tonnerre dans les nuages; il ne sentit aucune odeur sulfureuse, quoiqu'il fût à peine à un mètre du trajet de l'électricité.
Au bout de 5 à 6 minutes, survint un nouvel éclair encore plus chargé de matière électrique que le premier, qui remplit la fosse d'arrivée d'une lumière plus éblouissante; toute cette masse de feu, quoique beaucoup plus considérable, entra, comme la précédente, dans le fourneau, et s'élança pareillement vers les nuages à sa sortie, mais en produisant à son double passage un bruit beaucoup plus fort, ainsi que dans l'intéiieur du fourneau.
Lrjrs de la seconde chute de la foudre, un ouvrier âgé de M ans apportait un fagot au fourneau, dont il était à 4 ou 5 mètres de distance au plus; il se vit tout à coup entouré de flammes qui l'éblouirent, et tout étourdi, il laissa tomber son fagot dont les liens furent brisés, ce qui n'aurait pas eu lieu s'il fût simplement tombé à terre.
Nous reviendrons plus tard sur cette intéressante observa-
tioD, lorsque nous parlerons de ï extinction des feux par la foudre.
Les deux chutes du tonnerre ayant eu lieu pendant une bourrasque extrêmement violente, il est fort étonnant que le fluide soit arrivé une seconde fois sur le four à tuiles, d'autant plus que les nuages étaient emportés rapidement au loin par le vent.
Un autre fait encore plus étrange, c'est de voir le fluide électrique sortir vivement du four quelques instants après son entrée, pour remonter aux nuages orageux, comme s'il eût été repoussé par le feu de l'usine. En voyant alors la masse de la foudre plus volumineuse qu'à son entrée dans le fourneau, ne pourrait-on pas penser qu'elle s'est accrue aux dépens du feu de celui-ci, comme nous le ferait croire l'état d'assombrissement où s'est trouvé, immédiatement après, tout l'intérieur du four?
Chute de la foudre en globe sur des paratonnerres. — Plusieurs fois on a vu la foudre en globe s'élancer des nuages et frapper un paratonnerre, ainsi :
1. En 1777, on vit un globe de feu de 2 à 3 pieds de diamètre, s'élancer des nuages sur la pointe du paratonnerre de l'observatoire de Padoue. Le conducteur consistait en une chaîne de fer ; il fut rompu à sa jonction avec la tige ; cependant il transmit la décharge foudroyante (1).
2. Dans la liuit du 17 au 18 août 1792, un orage épouvantable éclata sur Paris et ses environs. La foudre tomba en plusieurs endioiis. On vit, en particulier, un globe de feu passer obliquement au-dessus du village de Yillers-la-Garenne et frapper l'un des deux paratonnerres élevés sur la maison de M. Haller. Ce paratonnerre, mai construit, des gouttières en métal, la charpente de la maison, etc., présentèrent les dégâts qu'on observe souvent dans la fulguration ordinaire; MM. Leroy et Beyer les constatèrent peu après l'événement (2).