‹ De la foudre (volume 2)Chapitre 35 sur 198 · CHOC EN RETOUR 19S · texte numérisé non relu

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les deux chars montant la côte, lorsqu'il fut étourdi par une forte détonation et au moment même il vit le premier char renversé et l'homme et les deux chevaux immobiles, comme s'ils étaient morts ; il ne vit aucun éclair, ni aucune apparence quelconque de feu , mais il vit la poussière s'élever de la place ; il y avait eu , il est vrai , quelques éclairs un peu auparavant du côté du sud-est, tandis que l'accident arrivait au nord-ouest de l'endroit où il se trouvait. La distance en droite ligne à travers la rivière était d'environ 200 à 300 yards (180 à 270 mètres) ; il n'avait ressenti aucun choc et n'avait éprouvé aucune sensation particulière.

Plusieurs autres phénomènes extraordinaires eurent lieu le même jour et se rattachent très-probablement à la même cause.

Un berger, de la ferme de Lennel-Hill, surveillait son troupeau dans un champ voisin, lorsqu'il vit à quelques yards de là tomber un de ses agneaux ; il sentit en même temps comme si du feu lui avait passé sur la face, quoique les éclairs et les éclats du tonnerre fussent alors à une grande distance de lui. Ayant couru immédiatement vers l'agneau, qui quelques instants auparavant était en bonne santé, il n'aperçut en lui aucun signe de vie, aucun mouvement convulsif ; il le saigna avec son couteau et le sang coula facilement. La terre n'était pas bouleversée en cet endroit, aucune poussière ne s'en était élevée. Cet événement arriva à 300 yards (270 mètres environ) du lieu où Lander fut tué, et un quart d'heure environ avant ce funeste accident.

Thomas Forster, pêcheur renommé de Goldstream, et un autre homme étaient debout au milieu de la Tweed, péchant le saumon à la ligne, lorsqu'ils entendirent tout à coup un grand bruit ; se retournant aussitôt pour voir d'où il provenait, ils se trouvèrent pris dans un tourbillon brûlant qui leur enlevait presque la faculté de respirer. Ce ne fut pas sans grande peine qu'ils vinrent à bout de rejoindre le bord où ils arrivèrent épuisés de fatigue et fort alarmés. Ce phénomène, qui ne dura que quelques instants, fut suivi d'un

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calme parfait ; il eut lieu une heure environ avant l'explosion.

Une femme, qui coupait du foin près de la rivière, tomba tout à coup à terre, criant à ses compagnes qu'elle avait reçu un violent coup sur le pied, sans pouvoir s'expliquer d'où il provenait.

Enfin le pasteur Bell, en se promenant dans son jardin, un peu avant la mort de Lander, sentit plusieurs fois le sol tremÎ3ler sous ses pieds.

M. Brydone remarque que, depuis plusieurs mois, il n'avait presque pas plu, et que la terre était d'une extrême sécheresse. L'accident étant arrivé le 19 juillet, la sécheresse continua jusqu'au 22 ; alors il plut un peu et à plusieurs reprises, jusqu'au 27, jour où éclata la plus furieuse tempête dont l'auteur ait été témoin ; les détails de sa narration attestent qu'une violente trombe ravagea le pays. Enfin, le il août suivant, on éprouva dans la même localité une forte secousse de tremblement de terre (1).

IIL Choc en retour avec détonation et lumière.

— Nous laissons à son auteur, toute la responsabilité de l'observation suivante :

li y a quelques années, rapporte J. Curry, que, voyageant à cheval de Thrapston à Kettering, dans le comté de Northampton, un violent orage qui s'éleva devant moi, à la distance de 5 ou 6 milles, me fournit une occasion de contempler le choc en retour (the returning slroke) dans toute sa beauté. Je voyais distinctement l'éclair en zigzag, s'élancer de la partie la plus avancée du nuage jusqu'à la terre, tandis qu'après chaque décharge le choc de retour se communiquait de la terre jusqu'à la partie la plus reculée du même nuage. Cependant, loin d'avoir la même rapidité que l'éclair fourchu, ce second éclair ne s'élevait qu'avec la vitesse d'une fusée volante, et l'on pouvait très-distinctement suivre son cours depuis la terre jusqu'aux nuages. Ce second éclair différait aussi du premier dans sa forme, il paraissait ondulé,

(i) Philos, tram,, p. 61 (1786). Abridg., t. XVÎ, p. 186.

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semblable à un large ruban frisé ; et, soit à cause de la différence de densité des couches de l'atmosphère qu'il avait à traverser, soit parceque le nuage négatif auquel il allait se joindre n'était pas exactement perpendiculaire au lieu de son départ, il s'écartait presque toujours un peu de la ligne droite. Enfin, il en différait encore par sa couleur, qui variait beaucoup ; quelques-uns des jets étant d'une teinte foncée, comme du cuivre bruni, d'autres pâles comme de l'or pâle, mais aucun n'ayant cette teinte bleue et éclatante qui distingue l'éclair descendant. Ces différences sembleraient indiquer que l'éclair de retour n'est ni aussi concentré, ni par conséquent aussi destructif que l'éclair direct. Cependant un accident qui eut lieu pendant cet orage, montre que cette espèce d'éclair est aussi fort dangereuse. Un jeune garçon qui tenait un cheval par la bride, et qui s'était mis à l'abri sous une meule de froment, fut tué, ainsi que le cheval, tandis que le froment prit feu de bas en haut, précisément à l'endroit 011 se tenaient le garçon et le cheval.

Nous aurions maintenant à relater ici plusieurs observations qui nous paraissent se rapporter à l'histoire du choc en retour-, si nous ne les insérons pas, c'est qu'elles laissent en nous qu elques doutes sur leur véritable signification ou sur leur authenticité.

Le 24 septembre 1826, dans la soirée, un violent orage éclata sur Yersailles et sur les campagnes voisines. La foudre tomba sur la ferme de Gali, à la même heure et peut-être au même moment, M. B... âgé de soixante-douze ans, qui se trouvait dans une rue de Versailles, à une distance d'une demi-lieue de la ferme, éprouva une violente commotion, avec oppression et vertige, et grande gêne dans les mouvements de la langue et de tout le côté gauche du corps. Le lendemain matin, il était à peu près dans son état ordinaire; mais le soir, à l'heure où la commotion avait eu heu, l'oppression, l'engourdissement et la gêne dans les mouvements reparurent, et il en fut de même jusqu'à la fin de la semaine et la périodicité des accès eut ainsi lieu jusqu'à parfaite guérison. Au moment où M. B... reçut la commotion, il se trouvait près du mur d'une maison et à très°peu de distance d'un

tuyau métallique conduisant les eaux pluviales jusqu'au niveau du pavé. L'intervalle entre chaque éclair et l'explosion prouverait alors que l'orage n'était passur Versailles même (1).

M. deMonferrand est disposé à attribuer l'accident arrivé à M. B. .. à un choc électrique en retour \ sous la dépendance du coup de foudre qui atteignit la ferme à une demi-lieue de là; mais, n'est-il pas probable qu'un courant électrique soutiré du nuage orageux par les armatures de la maison et suivant le tuyau métallique près duquel se trouvait M. B... ait agi fortement sur lui.

Il est un phénomène qui parait se relier à l'histoire du Choc en retour, c'est l'apparition d'étincelles dans les maisons au moment oii la foudre frappait leur paratonnerre ou tombait sur une maison voisine. On ne peut pas admettre que ces étincelles soient dues aux émanations directes du courant électrique primitif; elles sont sans doute le résultat de la brusque recomposition de l'électricité neutre dans les maisons auparavant sous l'influence du nuage orageux. Ce phénomène a été bien des fois observé.

(1) Ann. de chim. et de phys., t. XXIII, 2" série.

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