‹ De la foudre (volume 2)Chapitre 37 sur 198 · ART. 1. — HISTOIRE GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

ART. 1. — HISTOIRE GÉNÉRALE

Les globes de feu sont des météores de formes variées mais généralement à peu près sphériques, de couleur, d'éclat et de volume variables, souvent munis d'une queue, et qui se meuvent à des hauteurs plus ou moins considérables sans atteindre le sol ; cette dernière circonstance les différencie de la foudre en globe que nous avons étudiée et qui a toujours quelques rapports avec le sol, soit qu'elle en parte pour s'élever dans l'atmosphère, soit qu'elle l'atteigne en descendant des régions plus ou moins élevées.

Ces globes de feu ne laissent point tomber d'aérolithes, ou du moins nos observations sont contraires à cette idée. Une opinion déjà ancienne admet que ces globes sont formés

par des substances gazeuses ou volatiles dont la plupart s'élèvent de la terre elle-même.

D'autres les ont supposés constitués par des exhalaisons contenant du phosphore (Pilatre des Roziers, Deluc); par de l'hydrogène mêlé d'une certaine quantité d'air atmosphérique (Forster); par des exhalaisons sulfureuses et grasses, et par des matières nitreuses (Stof); par des matières inflammables (Halley), enfin par du soufre, des huiles végétales, des substances salines (Musschenbroek). Il est très-vraisemblable, dit Ghladni, que sous un très-grand volume leur masse est très-petite et que c'est un composé de gaz et de matières pulvérulentes très- divisées et très-rares.

Mais nous devons bien remarquer qu'aucune de ces assertions n'est appuyée de preuves sérieuses ; ce sont de pures conceptions de l'esprit. Nous sommes assez disposé à les regarder comme le produit de l'agrégation, par l'électricité^ de diverses matières gazeuses ou volatiles répandues dans l'atmosphère. Dans quelques cas ce sont peut-être des masses de nature combustible, qui s'enflamment dans l'atmosphère, et qui, contrairement aux aérolithes formés de matières minérales, ne laissent tomber sur notre sol aucun résidu qu'on puisse soumettre à l'analyse. Ce qui les différencie surtout dans leur façon' d'agir de la foudre en globe, c'est qu'ils n'atteignent pas le sol, et qu'ils se meuvent et éclatent ^ dans l'atmosphère.

Leur rôle dans l'atmosphère n'est guère plus démontré que leur composition : c'est peut-être un moyen dont la nature dispose pour purifier notre atmosphère des substances combustibles qu'elle renferme.

Nombre. — Les globes de feu se montrent parfois en grand nombre, simultanément, ou à de courts intervalles.

1. Le 28 novembre 1769, on vit, sur plusieurs points de la Lorraine allemande et de l'Alsace, de nombreux météores qui répandirent Talarme dans les campagnes. Des globes de feu d'un volume considérable tombaient perpendiculairement avec explosion ; d'autres s'élançaient horizontalement et se dissipaient sans bruit. En quelques endroits ces feux, en forme de

fusées, de traits ou de chevrons, allaient d'une extrémité de l'horizon à l'autre. Ils produisaient un bruit sourd semblable à celui d'un vent impétueux ; leur grosseur paraissait considérable, leur clarté était éblouissante. Le temps était serein, mais froid et il y avait eu pendant quelques jours de la pluie avec beaucoup de vent (Richard) (1).

2. Pendant la nuit du 12 novembre 1832, des météores tombèrent en nombre immense dans le nord de l'Angleterre; ils avaient d© longues queues blanches et bleues et répandaient une forte odeur sulfureuse (Forster) (2).

3. Le 12 novembre 1799, dit M. Palassou (3), on vit dans le Béarn, un peu avant le lever du soleil et lorsque les étoiles brillaient encore, plusiem^s météores ignés se succéder à de courts intervalles. On aperçut d'abord, du côté du S.'E, un météore d'une forme oblongue dont le diamètre, dans sa plus grande largeur, paraissait égal à celui de la pleine lune ; il avait une longue queue et s'éleva majestueusement vers* la région supérieure où il disparut sans explosion. A peine ce phénomène était-il dissipé, qu'on découvrit au S-0. un second météore igné qui descendit vers la surface de la terre et disparut derrière un coteau. Bientôt en apparut un troisième au S.-E. ; il était accompagné d'une longue queue de feu et il se dissipa tout à coup. — Il ne restait plus aucune trace de ces trois météores lorsqu'il s'en montra un quatrième, plus grand, d'un éclat plus vif et muni d'une plus longue queue que les précédents. Il disparut aussi sans explosion après être resté'un moment immobile. Aucun de ces météores n'était parfaitement rond.

Parfois aussi plusieurs globes de feu se sont montrés le même jour dans des localités assez éloignées les unes des autres. Ainsi :

Le 21 juin 1846, on a vu un globe de feu à Morestel (Isère); un autre à Thury (Aisne) ; un autre dans le Brabant, et un quatrième à Montigny-sur-Sambre (4).

(1) Hist. de Vair, t. VÏII, p. 508,

(2) Correspond, mathém. etphys., publ. par Quételet, 3« série, t. ï, p. 448.

(3) Eist. nat. des Pyrénées, t. Il, p. 391 (1819).

(4) Ann. de l'Ohserv. de Bruxelles, Quételet, t. VII, p. 489.

On a vu un globe en feu se montrer à ia fois au Havre, à Rouen, en Angleterre (1).

Un autre fut aperçu à Beaune (Côte-d'Or), à Paris et à Ham (Picardie) . L'observation de Le Roy que nous }3ublions plus loin nous montre un globe de feu vu dans une étendue encore plus considérable.

Forme. — Le globe de feu est tantôt parfaitement rond, sans queue ni traînée, tantôt ovoïde ou en larme bataviqiie. Dans certains cas, sa forme se modifie; de rond, par exemple, il devient ovoïde, ou même il se change en une fusée lumineuse. — On l'a vu hérissé de pointes et comme chevelu. — Sa surface paraît uniforme ; dans un cas cependant elle présentait quatre gouffres de feu d'où sortaient de petites flammes. — Une fois le météore ressemblait à un tonneau coupé transversalement par le milieu et les habitants d'une localité de la Bourgogne l'appelèrent le muid de feu. — Une autre fois la masse ignée fut comparée à un^ charrette de paille enflammée, à une poutre embrasée, à un grand arbre.

Odeur. — L'odeur que répandent les bolides dont nous étudions les caractères et qui circulent en général à de grandes hauteurs, a été fort rarement constatée ou notée. Le globe de feu observé par Balbus, en 1719, à Bologne, répandit une forte odeur de soufre partout où il passa.

Hauteur. — Parfois le globe de feu , dans sa course paraît tellement rapproché du sol qu'on dirait qu'il va toucher les maisons, les arbres et les collines. — D'autres fois, au contraire, sa hauteur est considérable. Elle aurait été de 38, de 60 et de 90 milles. Lorsqu'on commença à apercevoir le météore cité par Le Roy, sa hauteur élait de 18 lieues; à l'instant de son explosion, il se trouvait encore à plus de 9 lieues au-dessus de Thorizon, hauteur qui s'accorde très-bien avec celle que lui donna l'intervalle de 2 minutes qui s'écoula entre cet instant et celui où on entendit le bruit de l'explosion. — La traînée lumineuse, parfois ho-

(1) Cosmos, t. VIII.

rizontale et qui persiste souvent assez longtemps, permet aussi de reconnaître l'élévation du phénomène. -— On comprend que des globes de feu aussi élevés soient vus d'endroits fort distants les uns des autres. Celui dont nous avons parlé en dernier lieu fut aperçu dans un espace d'environ cinq degrés en longitude et six degrés en latitude. — Un autre globe igné fut observé au même moment à Villefranche dans le Beaujolais, à Paris, à Ham en Picardie. — Un troisième fut remarqué en Angleterre, à Paris et peut-être à Rome.

Lumière. -^ L'éclat des globes de feu est très-variable. Il est ordinairement le même sur toute leur étendue ; l'un d'eux cependant, observé le 27 février 1841, à Parme, par M. Colla, avait un disque brillant et un noyau opaque. — Ils sont souvent plus brillants que la lune et même aussi brillants que le soleil, en sorte qu'on ne peut en soutenir l'éclat. — Quant à la lumière qu'ils répandent sur la terre, elle a été comparée à celle d'un vaste incendie, à celle de la lune dans son plein ou du soleil levant, et même plusieurs fois elle a été aussi resplendissante que celle du soleil en plein midi. — Parfois c'est au moment où le globe de feu est sur le point d'éclater que la lumière devient beaucoup plus vive et difficile à supporter. — Au reste, la circonstance de l'apparition de ces globes en plein jour prouve l'immense intensité de leur lumière. Or nous en connaissons six qui ont été vus à différentes heures de la journée ; à 10 heures du matin ; 1 h. 7 m., 2 h., 3 h., 3 h. 25 m. et 5 heures après-midi ; ce dernier en été.

Couleur. — Les globes de feu présentent en général diverses nuances de rouge ; parfois leur couleur est celle de la braise incandescente, quelques-uns sont d'un blanc éblouissant. — L'un d'eux était jaune serin; un autre violet et un autre vert pré avec traces et scintillations de même couleur. Plusieurs étaient bleus ; l'un de ces derniers cependant lançait des étincelles rouges.

Le même globe de feu peut oiïvïv plusieurs couleurs à la fois :

l'un réunissait les teintes blanche, bleuâtre et orangée; l'autre était ceint d'un cercle d'un beau bleu, passant, par une teinte violette, à un rouge éclatant.

Le changement de couleur d'un bolide dans sa course est encore une circonstance à noter : on en vit un passer du rouge au blanc et prendre une queue de couleur rose; un autre de blanc devint rouge avec scintillations rouges.

Volume. — Sur quarante- deux observations, le volume apparent des globes de feu a été noté de diverses manières : leur diamètre a été de 11, 22, 33 (bis), 38, 50 centimètres. — Un bolide ellipsoïde avait 4 à 5 mètres en longueur et 3 ou 4 en largeur.

Le volume du globe de feu a été comparé à celui d'un boulet de 24, d'une bombe, d'une grosse bombe, d'un gros tonneau coupé transversalement par le milieu.

Trois fois il a été plus grand que celui d'une étoile de première classe, et deux fois il a surpassé le disque du soleil.

Les auteurs ont très-souvent pris la surface apparente de la lune comme terme de comparaison. Ainsi le globe de feu a présenté le quart du diamètre de notre satellite (2 fois) ; la moitié de ce diamètre ; — il a été un peu plus volumineux que la lune ; —il a présenté le volume de la pleine lune vue à sa plus grande hauteur ; — celui de la pleine lune à l'horizon ; — celui de la pleine lune, sans indication plus précise (18 fois) ; — son volume a surpassé celui de la pleine lune (2 fois) ; il a été 2 fois et même 5 fois plus considérable. I

Le volume apparent des globes de feu augmente à mesure que le météore s'approche de la terre ou de l'horizon. L'un d'eux, au moment de son apparition, ressemblait à une grosse étoile et bientôt il devint un globe lumineux de 15 pouces de diamètre. — Un petit globe prit, à sa dernière phase, presquej la grandeur de la lune. — Un autre globe, qui avait la gros-î seur d'une bombe de 8 pouces lorsqu'il passa au méridien, parut énorme à son arrivée à l'horizon. — L'influence des vapeurs et de la distance joue nécessairement ici un grand rôle.

Mais les globes de feu dont nous n'avons indiqué que la grandeur apparente ont souvent en réalité une énorme étendue. L'un d'eux avait un demi-mille de tour (Pringle) . — Le diamètre d'un autre était d'un demi-mille. — Celui d'un troisième était à peu près d'un mille et demi (Halley). •— Un globe de feu aurait eu 356 perches de diamètre (Balbus). — Le globe de feu observé par Le Roy, qui n'avait qu'un diamètre apparent de io pouces, aurait eu en réalité plus de 500 toises de diamètre.

Durée. -— La durée du phénomène est très-variable, de quelques secondes à plus d'une heure ; ainsi, sur 17 cas, elle a été de :

2 à 3 secondes.

4 à 5 — (2 fois).

1 minute (2 fois).

1 minute iii

2 minutes.

3 à 4 minutes, 7 à 8 minutes.

Cette durée a été beaucoup plus grande dans quelques cas , par exemple :

Un globe de feu vu d'Ainab sur le Mont-Liban, fut observé pendant une heure.

Un autre, dans le Connecticut, resta visible pendant une heure et probablement pendant une heure et demie.

Quand au grand météore rameux vu de la Basse-Normandie, et qui, dans sa dernière phase parut semblable à un vaisseau en feu, il dura peut-être deux heures.

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