‹ De la foudre (volume 2)Chapitre 38 sur 198 · ART. 2. — OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

ART. 2. — OBSERVATIONS

Météores lumineux de formes diverses.—! . Forme d'arbre. — Au rapport de Jenessey, les habitants de la Hague, en Basse-Normandie, virent, le 7 janvier 1700, une heure avant le jour, un météore plus brillant que la lune, ayant la figure d'un arbre et courant de l'O. N. 0. à l'E. S. E. Il était plus d'une heure de jour lorsqu'il tomba avec un si

grand bruit que les maisons en tremblèrent. Il parut se perdre dans la mer, aux environs de la petite île d'Origny, en simulant un gros vaisseau en feu (1).

2. Forme de pièce cV étoffe, de pavillo7i. — Le 28 novembre 1755, on vit à Vexio (Gothie méridionale) un globe de feu semblable à la pleine lune. Il était muni d'une queue lumineuse, de vingt brasses de longueur, d'où s'échappaient de nombreuses étincelles qui se terminaient par une épaisse fumée. Près de ce globe parut un autre corps lumineux qui s'abaissa vers la terre sous la forme d'une longue pièce d'étoffe et qui répandait beaucoup de clarté (Richard) (2).

Le 18 juin 1845, une demi-heure après le coucher du soleil, on vit à Ainab, sur le Mont-Liban, un météore composé de deux corps chacun en apparence cinq fois au moins aussi gros que la lune avec des appendices semblables à de grands pavillons agités par la brise et qui semblaient les réunir. Ce grand météore resta visible pendant une heure en s'avançant vers l'Est et disparut graduellement; la lune s'était levée à peu près une heure auparavant (Powell).

3. Flamme en forme de larmes. — L'abbé de l'Anion se trouvant près de Saint- Aubin, en Bretagne, le 17 novembre 1684, vers 10 heures du matin, vit une flamme en forme de larme, grosse comme la main, qui descendait du ciel assez lentement pendant l'espace de sept à huit minutes. Elle paraissait un peu bleue ; sa queue jetait des espèces d'étincelles et elle était opposée au soleil (.3).

4. Lumière en nappe. — M. de Caraman revenait de Paris àRoissy, le 19 novembre 1764, lorsque, vers 7 heures 40 minutes du soir, entre la Villette et le Bourget, le temps étani fort obscur, mais sans apparence d'orage, il vit unelumièrt très-vive, ayant la blancheur d'un beau jour qui dura 4 se condes environ. Elle ne fut pas suivie d'explosion ; elle remi plissait l'espace entre la surface inférieure des nuages ej l'horizon (4).

(1) Hist. de l'Acad. des se, p. 10 (1700).

(2) Hist. de Vair, etc., t. II, p. 164.

(3) Hist. de l'Acad. des se, p. 419 (1684).

(4) Hist. et mém. de l'Acad. des se. de Toulouse, p. 58 (1782).

5. Poutre enflammée. — Chevron de feu. — Les anciens ont donné les noms de chevrons de feu, de poutre enflammée à un météore qui se présente sous la forme d'une barre lumineuse, plus ou moins persistante. Ce phénomène paraît assez rare.

Th. Bergman Ta observé le 12 janvier 1760, à Upsal ; le ciel était serein (1).

Le 22 août 1821, vers 8 heures 30 du soir, M. Desvaux aperçut d'Angers une harre lumineuse, horizontale et qui paraissait avoir plus de 2 mètres de longueur sur 5 centimètres de largeur. Sa durée ne fut que d'une seconde 30'" du moment 011 il la vit; et il ne l'avait aperçue que par Péclat de la lumière qu'elle avait déjà projetée (2).

6. Flamme oscillante. — Le 15 janvier 18o0, à 7 heures 45 minutes du soir, à Cherbourg, de la neige était tombée et commençait à fondre, et de faibles éclairs apparaissaient dans le sud-ouest, lorsque M. Fleury vit dans cette même partie du ciel des lueurs brillantes qui s'évanouissaient après plusieurs secondes. Bientôt apparut une flamme très-vive au-dessus d'une rangée d'arbres; elle était animée d'un balancement sur sa base qui semblait reposer sur l'horizon. Le mouvement s'effectuait indistinctement dans tous les sens. Outre ce mouvement oscillatoire., la flamme était pénétrée d'une espèce de scintillation continue et inégale. Plusieurs fois cette flamme faillit s'éteindre, mais elle se ralluma. A la fin elle disparut, et les petits éclairs réapparurent et continuèrent leur marche vers le sud.

7. Muid de feu. — Charrette de paille enflammée. —Au moment où LucuUus allait attaquer l'armée de Mithridate, comme on était sur le point de charger, tout à coup, sans qu'il parût aucun changement dans l'air, le ciel s'entr' ouvrit et l'on vit tomber entre les deux armées un grand corps enflammé qui avait la forme d'un tonneau et la couleur d'argent fondu : les deux partis, également effrayés de ce prodige, se séparèrent sans combattre.

Le 12 novembre 1761, vers 4 heures 15 minutes du

(i) Statisi. de Maine-et-Loire^ 1" part., chap. vni, p. 197. (2). Schwedische Abhand,

matin, M. le baron des Adrets, se trouvant en chaise de poste, à une lieue de Villefranche, en Beaujolais, vit un globe de feu dont le diamètre était double de celui de la pleine lune; il semblait se précipiter avec rapidité vers la terre, et grossir à mesure qu'il en approchait. Il laissait après lui une grosse traînée de feu. Bientôt il parut de la grosseur d'un très-gros tonneau coupé horizontalement par sa moitié, puis, comme s'il s'était renversé, il en sortit une quantité prodigieuse d'étincelles et de flammèches semblables à une gerbe de feu d'artifice. A Beaune, ce météore causa le plus grand effroi; la clarté qu'il répandait parut égale à celle du jour en plein raidi, et son explosion fut accompagnée d'un bruit affreux qui fit trembler toutes les maisons. 11 ne paraît pas que le bruit ait été entendu au delà de 10 à 12 lieues à la ronde. Il tomba du feu dans plusieurs villages, mais sans causer d'incendie. Un postillon en aurait été couvert. Au-dessus de Beaune, le ciel était nuageux. Du côté de Vermanton, il était serein, et les habitants de cette localité donnèrent à ce météore le nom de miiid de feu. Ce phénomène dut être bien élevé, car il fut aperçu à Paris, et à Ham en Picardie.

Le il août 1822, vers 8 heures 30 minutes du soir, plusieurs personnes virent, dans les environs de Liège, une grosse masse de feu tomber du ciel avec rapidité. Les paysans la comparèrent à une charrette de paille enflammée. Elle ne fit aucun bruit remarquable en atteignant le sol. Mais longtemps après sa première apparition, on entendit dans l'air comme un violent coup de tonnerre accompagné d'un roulement trèsprolongé. Le ciel était presque sans nuages. — - On crut reconnaître que le météore se dirigeait vers les bois, mais on ne put trouver la place où il était tombé (1).

Direction. — Les globes de feu se meuvent dans toutes les directions : de haut en bas, de bas en haut, horizontalement ou obliquement. Ils décrivent des courbes variées; l'un d'eux parut suivre une parabole.

Il n'est pas rare que les globes de feu, dans leur course

(1) Ann. de ehim. et de phys,, 2" sér., t. XXI, p, 405 (1822).

GLOBES DEî FEU. — MÉTÉORES IGNÉS 207

atmosphérique, montent et descendent, et parfois à plusieurs reprises, comme il arrive à un corps qui ricoche sur une surface. Les anciens avaient déjà observé ce mouvement par ricochets, et donnaient alors au météore le nom de capra saltans. Voici plusieurs exemples de ce phénomène étudié plus particulièrement par M. Ghladni (1).

1. En 1649, le 1®^ septembre, vers 3 heures du matin, on vit à Hambourg un globe de feu qui se mouvait en montant et en descendant, alternativement, par sauts (2).

2. Le 28 mai 1728, vers 9 heures du soir, on vit dans la Haute-Lusace un globe de feu qui, à son mouvement par sauts, fut reconnu pour une capra saltans (3).

3. Le 13 juillet 1738, à 11 heures du soir, M. Gensanne vit, à Paris, un globe de feu dont le mouvement était alternativement montant et descendant par sauts, de telle sorte que les bonds allaient toujours ordinairement en diminuant de hauteur (4).

4. Dans la nuit du 23 au 24 février 1740, on vit, vers la rade de Toulon, un globe de feu violet qui s'était élevé peu à peu, parut plonger ensuite dans la mer, d'où il se releva comme une balle qui ricocherait. Après être parvenu à une certaine hauteur, il creva et répandit plusieurs boules de feu, dont les unes parurent tomber dans la mer, et les autres sur les montagnes voisines. Le bruit qu'il fit en crevant fut semblabie, par l'éclat, à celui du plus violent tonnerre ; toutefois, comme il dura peu, il ressembla davantage à celui d'une bombe. Tel fut le rapport fait à M. le marquis de Gaumont par des témoins oculaires (5).

6. Le 26 août 1778, vers 5 heures du soir, on vit, par un temps serein, à Sondrio, dans la Valteline, un globe de feu se mouvant par sauts, et faisant une explosion à chaque fois qu'il retombait (6).

(i) Ann. der phys., t. LV, p. 91. — Ann. de chim, et dephys., 2« sér,, t. ÎX, p. 389 (1818).

(2) Ann. de phys., t. XXX, p. 112.

(3) Ann. der phys., t. XXXill, p. 334.

(4) Hist. de VAcad. roy. des se, p. 36 (1738).

(5) Hist. de VAcad. roy. des se, p. 3 (1740).

(6) Antolog. roman., t. V, p. 142, (octobre 1778).

7. Le 41 septembre 1787, vers 8 heures 30 minutes du soir; à Edimbourg, ii parut dans la partie boréale du ciel, un globe de feu plus grand que le soleil. Son mouvement fut d'abord horizontal vers l'Orient, à la hauteur de 15 et 20^ puis il s'inclina jusqu'à la rencontre de l'horizon. Alors il se releva et parvint à une hauteur plus grande en apparence que la première; il descendit et se releva de nouveau, mais en faisant des ondulations plus petites; enfin, continuant sa route vers l'Orient, il disparut derrière un nuage où il fit explosion (1).

Plusieurs fois on a remarqué que la lumière du météore diminuait, quand il descendait, pour augmenter lorsqu'il remontait, après s'être débarrassé de beaucoup de fumée et de vapeur.

Rappelons aussi que l'un d'eux faisait explosion à chaque fois qu'il retombait.

Saccades. — Les globes de feu affectent le plus ordinairement dans l'atmosphère une marche continue, égale et régulière. Parfois cependant ils avancent par bonds ou plutôt par saccades. Voici deux exemples de ce singulier phénomène.

Un météore vu à Oxford, et décrit par M. Baden-Gowell, parut d'abord comme un petit globe s'avançant par trois bonds et augmentant de volume à chaque bond; il fut comparé par une autre personne à un vaste parapluie poussé en avant et alternativement ouvert et fermé rapidement. Sa couleur était bleue, et il lançait de chaque côté un torrent d'étincelles. A sa dernière phase il était presque aussi grand que la lune; alors il se dissipa en globules brillants (2).

Le 6 juin 1850, vers 9 heures 30 minutes du soir, on vit, de plusieurs points du département de l'Oise, un globe lumineux lançant des milliers d'étincelles brillantes, et laissant derrière lui une longue traînée lumineuse; par des alterna- 1 tives d'éclat subit et d'extinction apparente, il semblait s'avancer par bonds et former un chapelet lumineux. Il réunis-

(1) GentlemarCs Magaz, t. LVII, p. 936.

(2) British. assoc. 20« meeting, Edinhurgh. — Juillet et août 1850, p. 116. A catalogue of observations of luminous meteors.

sait des teintes blanche, bleuâtre et orangée. Son diamètre paraissait égal à celui de la lune dans son plein. Il disparut en tombant à peu de distance, selon les uns, en se brisant, selon les autres, et, selon tous, en laissant tomber des fragments brillants. A un intervalle d'une à deux minutes après la disparition du météore, une double détonation, suivie d'un mugissement, se fit entendre très-distinctement. La force du son fut comparée à la détonation d'un canon de gros calibre, entendue à quelques Idlomètres de distance. Il y avait de rares nuages orageux à l'horizon vers l'Orient, mais aucun massif orageux; des vapeurs légères voilaient un peu le ciel au zénith, mais sans empêcher de distinguer parfaitement les étoiles de 3^ grandeur (Maillard).

Mouvement rotatoire et intestin. — Outre son mow-

vement de translation, le globe de feu présente quelquefois un mouvement propre : il tourne sur lui-même, ou bien il est agité d'une sorte de bouillonnement. M. Wartmann a observé un de ces globes dont le mouvement propre était surtout sensible au centre.

Queue. — Les globes de feu sont souvent munis d'une qiiene très-variable dans sa longueur, sa couleur et ses autres caractères. L'un d'eux avait une queue sept fois plus longue que son diamètre.

La queue d'un autre avait une longueur apparente de 20 brasses, et laissait tomber une multitude d'étincelles. Celle d'un troisième était bordée de rouge et parsemée des couleurs de l'arc-en-ciel.

De nombreux petits météores vus en Angleterre, durant une nuit, avaient de longues queues blanches et bleues.

De chaque côté de la queue d'un bolide se trouvaient deux ou trois petites boules dont le bord était jaune ou orangé ; l'une d'elles était de couleur pourpre.

Un autre bolide enfin, observé dans les environs de Rouen, le 18 janvier 1757, avait, au lieu d'une queue simple, trois serpenteaux terminés chacun par une petite étoile (1).

(l) Barbier. Hist. (U VAcad. roy, des se, p. 24 (17d7),

Sestier. I. — 14

Un bolide muni d'une queue peut la perdre à certain point de sa course : la queue de l'un d'eux s'évanouit soudainement en colorant les nuages voisins en jaune. D'autres fois, au contraire, un globe de feu d'abord sans queue en prend une dans son trajet.

Traînée. — Les globes de feu laissent souvent à leur suite une traînée plus ou moins longue : c'est une fumée noirâtre ; une ligne vaporeuse et souvent lumineuse. Dans un cas, cette traînée était analogue à celle que présentent les fusées dites à pluie cVor. Un autre bolide, muni d'une queue étincelante, laissait une traînée lumineuse bordée d'énormes étincelles d'un éclat très-vif et nuancée de diverses couleurs.

Parfois la traînée demeure visible pendant un temps assez long, circonstance qui donne toute facilité pour reconnaiire la hauteur du météore. Ainsi la route qu'un bolide avait suivie resta mirquée pendant au moins deux minutes; et dans un autre cas pendant quatre ou cinq minutes ; et même, dans un troisième cas, cité par le commandant Krusenstern, on vit pendant plus d\ine heure une ligne claire dans la direction suivie par le météore (i).

Étincelles. — Les globes de feu, sans éclater, lancent parfois des milliers d'étincelles avec ou sans bruit.

L'un d'eux était entouré de gerbes de ilammes et comme bordé par une poutre brûlant avec éclat.

Un autre s'étant allongé en poire, sa tête paraissait environnée de flammèches.

Dans la nuit du 24 au 25 août 1846, à 2 heures et demie, le docteur Moreau, alors près de Saint-Apre (Dordogne), revenait de voir un malade; le temps était calme et chaud; tout à coup il fut environné d'une lumière éclatante due à un globe lumineux qui s'entr'ouvrit et jeta à droite et à gauche des étoiles par centaines. Ce phénomène garda toute sa splendeur durant trois ou quatre minutes ; après quoi, sur le point de disparaître, son foyer jeta des étoiles plus rares (2)

(1) Voirjfs Maj., t. VIÎ, p. 5o7 (1804).

(2) Comptes rendus, t. XXIII, p. 549 (1846).

Explosion. — Quelquefois les globes ignés se dissipent dans Tespace sans éclater et sans faire entendre aucun bruit. Ils s'effacent insensiblement ou tout à coup; l'un d'eux disparut subitement avant d'atteindre le sol; un autre disparut aussi tout à coup après être resté un moment immobile. Parfois alors ils laissent une fumée noire et épaisse.

Mais le plus ordinairement le météore éclate avec bruit et lumière, ainsi : un globe de feu éclate en quatre fragments; un autre, en globules brillants ou bien en une gerbe de flammes, de flammèches, d'étincelles. Celui-ci s'enîr'ouvre et jette des étoiles par centaines; celui-là lance une multitude de parties lumineuses semblables aux brillants des feux d'artifices et si éblouissants qu'on ne peut en soutenir l'éclat.

Cinq globules se détachèrent d'un globe de feu d'un mètre de circonférence, sans en diminuer le volume, et éclatèrent, ainsi que la masse principale, en un millier de fusées.

Parfois on a remarqué que le globe lumineux, au moment d'éclater, ralentissait sa marche, devenait môme immobile, ou jetait une lumière beaucoup plus vive qu'auparavant.

11 est fort rare qu'un globe de feu éclate sans bruit sensible ; presque toujours en éclatant il occasionne un bruit d'ailleurs très-variable dans ses caractères :

Plusieurs fois la détonation a été comparée à celle d'un canon ou d'une grosse bombe. Un de ces météores fit un brait terrible, semblable à celui d'une bordée de grand vaisseau de guerre.

Maintes fois aussi le bruit a été comparé à un violent coup de tonnerre, ordinairement sec, de peu de durée, mais parfois accompagné d'un roulement très-prolongé.

Dans un cas le bruit fut comparé par les uns à un coup de tonnerre qui gronde dans le lointain, par d'autres, au bruit que fait une charrette lourdement chargée ou un bâtiment qui s'écroule.

Ce bruit est unique^ et plus souvent double ou triple; un croit entendre deux ou trois coups de canon. Halley, Le Roy ont plus particulièrement insisté sur ce redoublement, qui

2il DES FORMES DE LA FOUDRE

peut être encore plus répété ; ainsi, dans un cas, on entendit sept à huit coups articulés. Une autre fois la détonation fut comparée à un feu de file exécuté à une distance de 5 à 600 mètres; et ce bruit dura vingt à trente secondes. Une autre fois encore , il parut suivre le même trajet que le météore et dura une minute quatre secondes.

La détonation est parfois tellement violente qu'elle fait trembler les vitres, les meubles, les maisons ; qu'elle démolit les cheminées et renverse des personnes dans la rue.

Très-rarement on a noté la plus grande distance à laquelle on ait entendu la détonation. Dans un cas, il est dit qu'elle ne fut pas perçue au delà de 10 lieues à la ronde.

Il importe de constater le temps qui s'écoule entre le moment où l'on voit le météore éclater et celui où l'on entend le bruit qu'il occasionne alors ; car cette appréciation peut servir à fixer la hauteur où le phénomène se produit dans l'atmosphère. Or, parmi les observations où l'on a tenu compte de cette circonstance, nous trouvons que le temps écoulé a été :

20 à 25 secondes.

1 à 2 minutes.

Et même 8 à 10 —

On voit combien est parfois énorme la hauteur à laquelle le météore éclate et termine sa course.

Nous rapporterons en entier l'observation suivante, à cause de l'intérêt qu'elle présente.

L'observation suivante, que nous abrégeons sur beaucoup de points, est des plus intéressantes :

« Le 17 juillet 1771, dit Le Roy, vers les 10 heures et » demie du soir, le temps étant parfaitement serein au-dessus » de Paris, à la réserve de quelques nuages qui bordaient » l'horizon du côté du couchant, on vit paraître tout d'un » coup dans le N. 0. un feu semblable à une grosse étoile » tombante, qui, augmentant à mesure qu'il approchait, pa- » rut bientôt sous la forme d'un globe, et ensuite avec une

» queue qu'il traînait après lui. Ce globe ayant traversé une » partie du ciel, à peu près duN.-N.-O. au S.-S.-E. avec une » extrême rapidité et dans une direction fort inclinée à la » terre, son mouvement parut se ralentir, et sa forme deve- » nir semblable à celle d'une larme batavique ; il répandit )) alors la plus vive lumière, étant d'une blancheur éblouis- » santé et pareille à celle du métal en fusion. Sa tête parais- » sait environnée de flammèches de feu, dont les unes sem- » blaient appartenir au corps même du météore, les autres » en être détachées, et sa queue, bordée de rouge, était parse- » mée des couleurs de l'arc-en-ciel. Le globe, étant devenu » comme stationnaire, parut prendre une forme encore V moins allongée, comme celle d'une poire, et avoir dans son » miUeu des bouillonnements accompagnés d'une matière » fumeuse; alors, ayant comme épuisé tout son mouvement, » il éclata en répandant un grand nombre de parties lumi- » neuses semblables aux brillants des feux d'artifice. Ces )> brillants produisirent une si vive lumière, et si éblouissante, » que la plupart des spectateurs ne purent en soutenir l'é- » clat.

» La durée du phénomène n'a guère paru à Paris que de » quatre secondes. Le globe, à l'instant de son explosion, était » élevé de 45° environ, et semblait avoir 12 à 15 pouces de » diamètre, mais il parut plus gros à quelques observateurs, » du côté de Gorbeil et de Melun.

» Deux minutes, ou environ après qu'il eut éclaté, on en- » tendit à Paris un bruit que les uns ont comparé à un coup » de tonnerre qui gronde au loin, d'autres, à une charrette » fort chargée qui roule sur le pavé, d'autres enfin, à un bâ- » timent qui s'écroule. — A Melun, on entendit, après l'ex- » plosion, sept ou huit coups articulés. Ce bruit fut accom- » pagné d'une commotion dans l'air qui fit trembler les vitres » et les meubles, particulièrement dans les lieux élevés, » comme à TObservatoire. Plusieurs personnes s'imaginèrent » que plusieurs portions du météore étaient tombées jusqu'à » terre. Ce qui est vrai, c'est qu'il paraît qu'au moment de » son explosion, et même auparavant, nombre de parties de » feu se firent voir très-près de terre. Ainsi, un habile juris-

» consulte, homme très-digne de foi, était avec plusieurs » personnes dans un appartement, au second, rue de l'Ob- » servance, il était assis en face des fenêtres qui étaient ou- » vertes, à une distance de 9 ou 10 f)ieds.

» En un clin d'œil, dit-il, avant que le météore s'éteignît, » il le vit faire une espèce d'explosion, sans aucun bruit, qui )' poussa une lame de feu jusque dans la salle où ii était; cette y> lame, qui paraissait remplir tout lliorizon, n'avança vers » nous qu'avec une espèce de lenteur, car nous vîmes sa » marche très-distinctement, et sa vitesse ne nous parut pas » excéder la viiesse du vol d'un oiseau de proie. Cette lame » nous couvrit d'une lumière aussi éclatante que celle d'un » beau soleil à midi, et s'éteignit à l'instant.

» Dans le même moment, ou à peu près, des personnes » qui étaient à table, rue de Glichy, virent très-distincte- * ment sur le carreau de petites flammes qui avaient l'air » de s'agiter en différents sens, et qui, ensuite, disparurent. »

Auprès de Mcîun, c'est-à-dire à une demi-lieue environ du point au-dessus duquel le giobe a éclaté, un observateur rapporte que quelques minutes après Texplosion du globe, « il » entendit autour de ses oreilles un bourdonnement sem- » blable à celui que font les abeilles dans une ruche, et » qu'aussitôt il fut frappé de quelque chose à la nuque, qui » lui parut chaud et comme s'il avait été électrisé. »

il ne dit pas avoir vu autour de lui aucune partie de feu. Le Roy pense qu'une partie des flammèches qui environnaient la tête du météore, et qui semblaient voltiger autour de lui, ont pu s'en détacher, même avant l'explosion, et descendre ensuite jusqu'à terre.

Ce météore a été vu dans des endroits fort éloignés de Paris et fort distants les uns des autres. Il fut aperçu (i//s^., p. 30) dans tout l'espace en latiiude de Sarlat à Oxford, et en longitude de Granville à Reims , c'est-à-dire dans un espace d'environ 5 degrés en longitude et 6 degrés en latitude. Il parait que lorsqu'on commença à l'apercevoir, il était à plus de 18 lieues de hauteur, et qu'à l'instant de son explosion, il se trouvait encore à plus de 9 lieues au-dessus de l'horizon, hauteur qui s'accorde très-bien avec celle que lui donne l'in-

tervalle de 2 minutes qui s'écoula entre cet instant et celui où l'on entendit le bruit de cette explosion. La vitesse du météore a été de 7 à 8 lieues par seconde; son volume était énorme, car, par une estimation fort au dessous de ce que les observations donnent, il avait plus de 500 toises de diamètre (1).

Chute à terre. — Les globes de feu à l'étude abrégée desquels nous venons de consacrer quelques pages, n'atteignent pres(|ue jamais le sol; celle circonstance les distingue de la foudre en globe. Maintes fois, il est vrai, on a supposé qu'ils étaient tombés dans un étang, dans une rivière, sur le terrain même, mais sans preuves suffisantes.

On a dit que le muid de feu observé en Bourgogne avait répandu du feu sur plusieurs villages sans causer d'incendie, et qu'un postillon en aurait été couvert; serait-il vrai que quelques parcelles du météore observé à Paris par Le Roy, seraient arrivées jusqu'à la terre?

Quant au fait suivant, n'appartiendrait-il pas plutôt à l'histoire des aérolilhes?

Barham vit dans la Jamaïque un globe de feu de la grosseur d'une bombe qui tomba sur le sol et y fit plusieurs trous, parmi lesquels il en trouva un qui avait le <!iamètre de l'épaisseur d'un homme; les autres avaient le diamètre du poing. Le premier était si profond qu'on n'en put trouver le fond en le sondant avec des cordes (Musschenbroek) (2).

Saison. — Sur soixante-huit globes de feu observés dans les régions tempérées de l'Europe ; nous trouvons la répartition suivante :

Décembre 4 j

Janvier 7 [ 17 Hiver.

Février 6 ;

Mars 3

Avril 5 [ 12 Printemps.

Mai 4

(1) Mém. de l'Acad. roy. des se, p. 670 (1771). (2j Pliys. expérim., t. III, p. 40o.

Juin 7 j

Juillet 3 15 Été.

Août 5 )

Septembre ... 4 j

Octobre 7 | 24 Automne.

Novembre ... 13 )

Les météores ont été notablement plus observés en automne que dans chacune des autres saisons, qu'en été surtout.

Nota. — Il n'est pas fait mention des apparitions en forme de fusées, de poutre, de colonne et autres météores non en globe.

Bolides incendiaires. — Les globes de feu qui tombent de l'atmosphère occasionnent parfois des incendies remarquables par l'extrême rapidité de leur développement.

Sur quinze observations de ce genre, deux fois le phénomène a eu lieu le ciel étant serein. Il est possible que quelques-uns de ces incendies soient le résultat de la chute d'aérolithes dont la température s'est considérablement élevée en traversant notre atmosphère. Voici d'abord des observations qui vont tendre à éclairer cette question.

1. L'abbé Poyedavant rapporte qu'au milieu du xvi*^ siècle, deux ou trois météores enflammés, appelés rugles dans le langage béarnais, se précipitèrent du haut des airs sur la ville de Nay (Basses-Pyrénées), et la réduisirent en cendres. Cet événement survint aux fêtes de la Pentecôte pendant un ciel serein. La flamme de ces globes, dirigée en fer de lance, fut d'une telle activité, que l'on ne put éteindre l'incendie malgré l'abondance de l'eau employée. Des cinq ou six cents maisons qui composaient la ville, il n'en resta qu'une seule (1).

2. Le 7 mars 1618, l'incendie qui consuma la grande salle du Palais de justice, à Paris, fut causé par la chute d'une

(i) Histoire des troubles survenus dans leBéarn dans lexwet la première moitié du xvii« siècle, fol. 1, p. 56. — Palasson, Eist. nat. des Pyrénées, t. IV, p. 178 (1838).

étoile enflammée, large d'un pied et haute d'une coudée (1).

3. Monterchius a donné la description d'un globe de feu qu'il observa le 8 avril 1676; il n'était que peu élevé au-dessus de l'horizon; car le bruit de sa queue se faisait librement entendre, semblable au bruit que ferait une barre de fer rouge qu'on promènerait dans l'eau. Le météore aurait, dit-on, grillé quelques branches d'arbres (Musschenbroek) (2).

4. En 1721, le temple de Saint-Pierre, à Riga, fut incendié pendant la nuit par un météore igné dont le volume fut comparé à celui d'un enfant nouveau-né.

5. La chute d'une étoile filante incendia, vers l'année 1749 une maison de Saint-Usage (Gôte-d'Or) (3).

6. Dans la nuit du 11 au 12 novembre 1761, vers 4 heures 45 minutes, la nuit étant belle et le ciel serein, on n'apercevait qu'un petit nuage ; tout à coup parut, à une très-grande hauteur, un globe de feu ayant le diamètre apparent de la pleine lune au moment de son lever; il était d'un rouge très-foncé et fit explosion en lançant de toutes parts des traits enflammés, avec un bruit de décharge de vingt canons suivi d'un roulement continu beaucoup plus bruyant que ne l'est celui du tonnerre et plus effrayant. Ce roulement dura plusieurs secondes et fut accompagné d'une commotion si grande que plusieurs personnes crurent à un tremblement de terre. 11 tomba quelques gouttes de pluie. Il paraît que le globe de feu éclata près de Seurre (Bourgogne). En effet, le propriétaire d'une maison, à une demi lieue de la ville, rapporta avoir vu la lune se partager en deux, et une de ses portions se précipiter sur sa maison et y mettre le feu. Cette portion était sans doute un fragment du météore (Michaut) (4).

(i) Roman de Notre-Dame de Paris de V. Hugo. Mém. du temps. Comptes rendus, p. 154 en note (1836). Fait rapporté par Mirât à l'occasion du 62" R., étude de Millet. {Météore de Belley).

(2) Phys. expérim., t. III, p. 397.

(3) Hist. de VAcad. de Dijon.

(4) Hist et mém. de VAcad, de Dijon, f. 1. hist. p. XLII (1769).

7. Le 12 novembre 1701, à Chamblan, une boule de feu, en se divisant, mit le feu à une maison (Egen) (I).

8. M. Wooulfe rapporte qu'un météore igné a mis le feu k deux maisons de la province de Sufolk. Il est disposé cà croire que c'était un aérolithe, mais sans en avoir la preuve certaine (2).

9. Le 23 octobre 1802, on vit à Golchester, à 7 beures du soir, un globe de feu qui passa très-rapidement du S. au N. de cette ville. Il éclairait les objets d'une lumière verdàtre ; une partie de sa longue queue étant tombée sur la maison d'un meunier des environs de Bury-Saint-Edmont y mit le feu et la consuma si rapidement qu'on eut à peine le temps d'enlever une partie du mobilier (3).

10. Le 19 juillet 1818, un violent orage éclata sur Dournbam-Marl^et (Norfolk) et pendant que la pluie tombait à torrents, un globe de feu descendit, fit explosion sur une grange et la consuma entièrement (4).

11. Le 13 novembre 1S35, vers 9 heuresdu èo'iv, par unciel serein, on aperçut dans l'arrondissement de Belley (Ain) un brillant météore. A son apparition, il avait déjà la forme d'un globe incandescent. Au-dessus du village de Belmont, il grandit et laissa derrière lui une traînée lumineuse qui semblait avoir 3 ou 4 mètres d'élendue. Il y eut alors une détonation assez forte, semblable à celle du tonnerre. Le globe éclata près du château de Lauzières. Il se dispersa, dil M. Millet-Daubenton, en une infinité de globules et de rayons lumineux de couleurs variées et d'un éclat éblouissant. Le tout paraissait occuper une longueur de 60 à 80 mètres, sui une largeur de 40 à 50 mètres. iM. Collon, agriculteur, allai! se coucher, lorsqu'il entendit la détonation. 11 sortit aussitôt et vit la couverture en bois et chaume de sa grange en feu Les remises, les écuries, les récoltes, les bestiaux, tout fu brûlé en quelques minutes.

Aucun des observateurs de ce météore igné ne suivit d<

(1) Gilb., Annal, t. LXXII, p. 3o8.

(2) Journ. de phys , t. LUI, p. 476 (1801).

(3) Journ. de Paris, 26 brumaire an x.

(4) Howard. Clim. of London. tab. GXLV, 148, t. Il, p. 99.

l'œil l'immense pluie de feu qu'il forma après avoir éclaté jusque sur le toit même du fermier Collon; ainsi, l'on pourrait nier que cette piuie ait été la véritable cause de l'incendie. A un semblable doute, M. Millet répond que M. Collon et sa famille n'ont point d'ennemis connus dans le pays; qu'un incendiaire n'aurait certainement pas choisi une nuit aussi belle, aussi claire que celle du 13 novembre pour commettre un crime; que le feu prit simultanément sur toute la surface du toit ; enfin, que peu de minutes après la détonation, plusieurs individus et M. Collon lui-même étaient sortis et n'avaient rien aperçu.

Depuis l'événement M. Millet a cherché près de la maison et dans les champs environnants s'il ne trouverait pas quelque pierre d'une nature inconnue. H en a déjà recueilli deux de la grosseur d'un petit œuf qui lui semblent avoir ce caractère; elles sont irrégulières, anguleuses, leur pâte est grisâtre, bleuâtre, à teintes blanchâtres variées ; on y distingue des pyi'ites ; à l'air humide, elles se couvrent d'une sorte de rouille; enfin, elles paraissent avoir subi un commencement de fusion, car l'intérieur est formé d'une couche mince noirâtre (i).

12. M. Vérusmor rapporte que dans la nuit du 3 au 4 août 1840, la ferme de Tamerville, près de Valognos, fut incendiée et que cet incendie fut attribué à In cliule d'un météore. On ne vit pas, à la vérilé, tomber le bolide sur ce bâtiment ; mais six personnes dignes de foi, et qui se trouvaient sur trois points différents, virent, vers 9 heures et demie, un météore igné sillonner les airs et se diriger dans la direction de la maison incendiée, sur laquelle la ligne oblique qu'il décrivait avait dû le faire tomber. Une heure plus tard les bâtiments de la ferme étaient en feu (2).

13. Le 25 février 1841, dit le même auteur, un météore igné venant du nord-est tomba sur le toit d'un pressoir (arrondissement de Coutances) et y mit le feu, qui se communiqua bientôt à deux maisons contiguës. Plusieurs individus occupés dans le voisinage furent témoins de la chute du

(1) Comptes rendus, t. I, p. 414. Lettre à Arago.

(2) Comptes rendus, t. XI, p. 292 (1840),

220 DES FORiMES DE LA FOUDRE

bolide, et il ne leur resta aucun doute sur la cause d'un désastre que leurs secours empressés ne purent prévenir ni arrêter.

14. Le 16 janvier 1846, au soir, à la Chaux (arrondissement de Chalon-sur-Saône), un bâtiment d'hébergeage, couvert en paille, fut consumé avec une rapidité extraordinaire. Le fermier, ancien artilleur, n'entendit aucune détonation et ne sentit aucune odeur sulfureuse ou autre extraordinaire. Plusieurs personnes virent à la même heure une boule de feu tomber du ciel, dans la direction de la ferme, et bientôt après remarquèrent l'incendie dont il vient d'être fait mention. Suivant un témoin, cette boule de feu avait la grosseur de la tête d'un homme ; elle s'échappa du ciel et ghssa comme une étoile filante, laissant derrière elle une longue trace de feu qui persista pendant plus de deux heures.

]1 n'entendit aucune détonation ; le ciel était clair, mais il y avait un léger brouillard volant. D'autres témoins auraient entendu une détonation équivalente à celle d'un fusil de gros calibre, mais peut-être plus sourde.

15. Le 22 mars 1846, vers 3 heures du soir, dans la commune de Saint-Paul, aux environs de Bagnères-de-Luchon, un bolide, sous la forme d'une gerbe lumineuse, sillonna l'espace avec une grande vitesse et avec un bruit assez intense, et tomba sur une grange qui en peu d'instants devint la proie des flammes ; les bestiaux renfermés dans les étables furent consumés. — Ce fait a été communiqué à l'Académie des sciences (4 mars 1846) par M. Petit, d'après un journal de Saint-Gaudens (1).

16. M. le sénateur de Reuesse de Breibach écrit à l'Académie des sciences de Bruxelles, que dans la nuit du 22 décembre 1849, une ferme située à Groot-Spauven, arrondissement de Tongres, a été incendiée par un météore qui a éclaté au-dessus. Le feu s'est manifesté à la fois de différents côtés; l'habitation a été détruite complètement ; un enfant y a péri et presque tout le bétail.

(1) L'Institut, t. XVIII, p. 248.

Météore sous la forme d'une fusée qui se détache d'un globe de feu ou se termine par un globe de feu; colonne de feu lançant des globes enflammés. — Le 4 décembre 1753, vers 3 heures de l'après-midi, le soleil étant très-beau , on vit près de la Palisse (Allier), un météore en forme de fusée volante qui semblait avoir 5 pouces de diamètre sur un pied de longueur ; il se divisa en étincelles qui formèrent comme une belle pluie d'or. Des bergers assurèrent avoir vu ce météore tomber dans un étang. La route qu'il avait suivie demeura marquée pendant 4 ou 5 minutes par une trace de fumée noirâtre. Son apparition fut suivie d'un bruit sourd plus semblable à celui qui accompagne ordinairement les tremblements de terre qu'à celui du tonnerre ; la fin de la journée fut très-belle (1).

Musschenbroek a donné le nom de serpent à un météore qu'il observa le 7 août 1741, vers 10 heures 20 minutes du soir. Le ciel était serein, l'air chaud; il vit tout à coup paraître une lumière très-brillante qui sembla s'élever de la terre dans l'air sous la forme d'un serpent qui y formait de légères inflexions. 11 subsista pendant deux ou trois minutes, et répandit une si grande lumière qu'on aurait pu voir distinctement une aiguille couchée sur le sol. insensiblement, ce météore s'arrondit en forme de cercle et il se changea en une petite nuée blanche lumineuse , mais si épaisse d'abord qu'elle masquait les étoiles, 11 n'en resta aucun vestige dix minutes après. Lorsque ce météore commença à paraître, on entendit une espèce de petit murmure semblable à celui que produit une flamme violente.

Le 3 juin 1842, vers 9 heures 10 du soir, on vit de Montpellier, à une grande hauteur, un météore comparable à une immense fusée volante du plus grand éclat. Le docteur Flavard prétenditl'avoir vu se briser dans un lieu précis près du pont de Saint-Guilhem (Hérault) (2).

Le 3 avril 1756, à l'entrée de la nuit, on aperçut d'Avignon un globe de feu aussi volumineux que la lune dans son plein ;

(1) L'abbii Ribaud, Hist. de VAcacl. roij. des se, p. 73 (1763).

(2) Marcel de Serres, Comptes rendus, t. XV, p. 293 (1842).

il finit en forme de fusée volante nuancée des couleurs de l'arcen-ciel et lermiiiée par trois pointes de c'nacune desquelles sortit une éloile semblable à celles des feux d'artitice. Ce phénomène fut suivi d'une explosion violente égale pour le bruit à deux coups de tonnerre (1).

Le 3 mars 1756, on vit à Berne une fusée se terminant par un globe de la grandeur de la lune (2).

Le 24 juillet 1790, à 9 heures du soir, le ciel élant assez serein, quelques nuages bas et légers paraissant seulement à l'ouest, et la lune éclairant, M. Lapeirouse vit à la hauteur des nuages une sorte de fusée qui s'éleva en grossissant, changea deux fois de couleur, devint scintillante et jeta de son sein, sans aucune explosion, un globe clair, vif et argenté qui alla se perdre dans les nuages (3).

Le 13 janvier 1745, on vit une colonne de feu qui tombait du ciel ; jetant des rayons gros connue le bras d un homme et lançant avei: de fortes explosions des globes de feu (4).

Traînées lumineuses groupées en globe de feu.

— Suen Hof a été témoin du phénomène suivant : dans la paroisse de Nœs, à un mille de la forteresse d'Enccope en Upland, le l*^^*" octobre 1729, deux heures environ avant le lever du soleil, des vapeurs très-rouges apparurent dans le ciel, d'ailleurs serein, puis, s'étendant en longues bandes du nord au sud, elles commencèrent à se réunir de plus en plus. Bientôt elles constiîuèrent un globe de feu du diamètre apparent de 2 pieds, qui se mit en mouvement dans celte même plaine du ciel précédemment occupée par des vapeurs rouges et diffuses. Le météore lançait des flammes et des étincelles et répandait une lumière égale à celle dû soleil. Après avoir parcouru le quart de la voûte céleste, il s'éteignit brusquement, en laissant une fumée noire et épaisse ; a lors on entendit une double détonation, tellement violente qu'elle réveilla subitement plusieurs personnes qui crurent entendre deux coups

(1) Richard, îlist. nat. de l'air, etc., t. II, p. 163.

(2) Ibid., p. 164.

(3) Hist. et Mém. de VAcad. de Toulouse, t. IV, p. 189 (1750).

(4) Musschenbroek» Phys, expérim., t. III, p. 406.

de canon. Ce jour nfiême, ie ciel resta serein; vers le soir apparut un grand cJiasma ou météore lumineux du septentrion. Mais le lendemain survint un temps orageux qui dura quelques jours et causa de grands désastres. Ce météore, ajoute Hof, se rapproche beaucoup de ce que les physiciens appellent clijpeum.

Le 3 novembre 1846, vers 7 heures 30 minutes du soir, M. Méhne, jardinier en chef du jardin botanique de Dijon, vit un globe de feu, se mouvant plus lentement qu'une fusée de l'ouest à l'est, horizontalement à 60 ou 70 degrés de hauteur et éclairant les objets d'une lumière dont la teinte était jaune serin. Go météore laissa sur toute la longueur de la route qu'il suivit une immense traînée d'un blanc couleur de cendre. Il traversa ainsi le quart du ciel ; puis, avant de disparaître, il lança une gerbe de tlammes ou d'étincelles brillantes, mais sans bruit sensible. La traînée demeura visible pendant au moins dix minutes. Une particularité fort remarquable, c'est que la malière Imiinsuse des deux extrémités de la traînée parut se porter mrs le milieu de la ligne parcourue, où en se condensant elle forma une espèce de houle grosse comme un chapeau, mais non compacte; elle é ait comme formée par la réunion d'amas lumineux, séparés par des stries obscures et très-étroites. Cette espèce déboule dura au moins un quart d'heure, mais en s'affaiblissant (Perrey) (1).

(1) Comptes rendus, t. XXÎII, p. 935 (1846).

On tioLivera la description d'autres exemples de ce genre de météores dans les ouvrages suivants :

Pline, Hlst. ital., liv. II, chap. xxv, xxvf, xxxiv, xxxv. Dioilore de Sicile, liv. iU, chap. l et li (t. Il, p. 92 de la traduction de Miol). CicéroHj de la Divinalion, liv. 1, chap. XLiii.

Julius obsequens, Prodiges, | II, IX, XXXI, XLIV, LXIX, LXXI et CI. Ann. de chim. et de phys., l XXJ, p. 402 (lô22). Ibid., t. IX, p. 403.

An. des voyages, î XV.

Avieric Joarn. of se. (1827).

BuU. univ. {partie matkém.), t. Xî, p. 201 (1829). loid.,l. 111, p. 303 (1823).

Journ. de phys., t. LXXXVIIl, p. 348 (1819). L'Institut, t. XXI, p. 215 (ib53).

Arago. Notice. Annuaire des longitudes de 1838, p. 257. Garnier, Météorologie, p. 359 et 374.

Godard, Journal la Pairie du 5 nov. 1856.

Gilbert, Annales, t. LXI.

Hist. de l'Acad roy. des se, p. 24 (i7o7), — p. 23 (1756), — p. 670 et 685 (1771), — p. 73 (1753), — p. 32 (1687).

Proc. of ihe americ. associât., p. 191 (1851).

Écho du monde savant, n" 200 (1837).

VoigVs Mngaz, t. VU, p. 557 (1894).

Ihid., t. IX, p. 117 (1805).

Mém. de la soc. des sciences, des lettres et des arts de Nancy, p. 37 (1843).

Mém. de la soc. dps se. de l'agricuU. et des arts de Lille, p. 93 (1842).

Musschenbroek donne d'autres indications.

Les tables des comptes rendus de l'Académie des sciences (voir spécialement la table générale des trente premiers volumes) en renferment un grand nombre d'exemples sous les noms de bolides, de météores lumineux, parmi lesquels nous signalerons les suivants :

Comptes rendus de l'Acad. des se, t. VII, p. 902 (1838).

Ibid., t. IX, p. 139 et 279 (1839).

Ibid., t, XII, p. 616, 790 et 1196 (1841).

Ibid-, t. XIV, p. 919 (1842).

Ibid., t. XXXV, p. 437 et 676 (1852).

Ibid., t. XLIV, p. 44 et 736.

J6id., t. XLIIÎ, p. 43etp. 1202.

Ibid., t. XLIX, p. 456 (1859).

Ibid., t. L, p. 997 (1860).

Ibid., t. LI, p. 1089 (1860).

Cosmos (Journal), t. III, p. 357 et 458; t. VIII, p. 368 et 421.

Ibid., t. XIV, p. 91; t. XV, p. 145.

Ibid., t. XVI, p. 155 ; t. XVIII, p. 62 et 63.

Ibid., t. XX, p. 214, 560 et 632,

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