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CHAPITRE III

Sommaire. —Murs percés. — Pierres brisées, pulvérisées. — Tuiles, ardoises. — Pierres, moellons lancés au loin. — Plâtre et mortier enlevés et projetés. — Murs sillonnés. Impressions colorées sur les murs. — Murs fendus. — Murs creusés. — Portion d'édifice coupée transversalement. — Murs déplacés. — Cheminées. — :Poêles. — Charpente. — Fenêtres. Autres. Encadrements de plomb. Châssis. — Lattes des cloisons. — Foudre pénétrant dans les caves, dans les catacombes, dans les mines. — Amas de bitume, di^ charbon de terre. — Magasins à laines. — Écuries. — Tendance de la foudre à frapper les granges.— MouUns à vent. —Orgues. — Baromètres. — Galvanomètre. — Foudre suivant le même trajet à plusieurs années d'intervalle. — Foudre pénétrant par les ferrures des poteaux. — Conduction intérieure par les objets métalliques . —Trajet multiple.

Murs percés. — La perforation des murs est un des phénomènes les plus communs de l'action de la foudre ; nous avons pu en réunir plus de cinquante exemples, et leur analyse nous a bientôt démontré que la perforation elle-même est fréquemment multiple.

Les murs les plus épais ont pu être percés par la foudre, et les murs placés au-dessous de la surface du sol, comme sont ceux des caves, n'ont même point été épargnés par la foudre.

En 1777, la foudre atteignit l'église de Saint-Martin, à Dijon, traversa un mur de pierre de taille, au delà duquel elle se dissipa.

Bergman rapporte que le château royal d'Upsal fut frappé par le météore le 24 août 1760, et qu'on trouva le mur de fondation percé d'un grand trou : plusieurs murs intérieurs furent aussi percés.

L'épaisseur des murs perforés a varié de 6 à 30 pouces, soit de 16 à 83 centimètres environ; on aurait grand tort de se croire abrité de la foudre par un mur solide, et de regarder comme sans danger un dépôt de poudre que des murs épais protégeraient seuls contre l'action delà foudre.

Quand ces perforations étaient à peu près circulaires, il résulte de l'analyse de nos observations qu'elles variaient de

dimensions depuis le calibre du plomb de chasse jusqu'à une éventration de 3 mètres 33 centimètres ; entre ces limites nous trouvons des perforations de 3, 10, 15, 18, 25, 33, 39 et 67 centimètres de diamètre. Assez souvent ces perforations sont allongées ; l'une d'elles offrit 1 mètre 33 centimètres sur un mètre.

La foudre qui atteignit le clocher de Lestwithiel repoussa plusieurs pierres de la muraille; il en résulta plusieurs trous, 1 un d'eux avait 14 pouces de largeur et 6 de profondeur, et était si régulièrement carré qu'il semblait avoir été fait par l'art (Smeaton).

Le foudroiement de l'église d'Alfwa, le 19 juillet 1752, fut remarquable par le grand nombre de trous pratiqués aux murailles. On trouva dans le haut d'un mur trois trous dont le plus grand était de la grosseur du poing fermé; une des pierres d'un des piliers de la porte présentait, à quatre aunes du sol, un trou long de 12 pouces et large de 3. Un autre trou allongé existait à la muraille un peu au-dessus du dais delà chaire (Feltstrom.)

L'imposte en plâtre de la chapelle d'Enghien-les-Bains fut percée de plusieurs trous de 10 centimètres environ de diamètre (Constant Prévost).

La foudre qui atteignit le château de Lichtenstein (Bohême) en 1807, pratiqua à ses murailles extérieures et intérieures plus de vingt ouvertures de calibre différent (1).

La muraille du clocher de Burg, frappé le 1 1 janvier 1762, semblait avoir été battue par des boulets. Des pierres entières et énormes avaient été déplacées sur les deux faces du mur (Ustick).

Une variété pius rare est celle où le mur est percé d'un très-grand nombre de petits trous. Le 2 juillet 1794, la foudre atteignit la maison Serno, à Belzig (2), blessa deux personnes dans une chambre, en sortit par une muraille épaisse de deux pieds et demi, non par un seul trou, mais par plusieurs petits trous qui semblaient percés par di'S grains de plomb (Serno).

(1) Gilbert' s Ann.

(2) Voir Magasin à laines. I

Il arrive quelquefois que la foudre laisse dans les murs qu'elle perfore quelques-uns des objets qu'elle entraîne avec elle; on a trouvé du plomb dans un vaste trou que la foudre avait pratiqué au bas du mur de l'église de Wachenheim.

La foudre perfore les murs de différentes façons : tantôt c'est en repoussant les matériaux qui les constituent, tantôt c'est en les brisant et projetant au loin les éclats, enfin, dans d'autres cas, on voit la foudre arracher le mortier interposé aux pierres pour se frayer un passage (Rico). Mais on a vu aussi la foudre percer la pierre elle-même d'un trou parfaitement rond ou d'une rainure sans la fendre aucunement (Palmstiern) .

Dans bien des cas, la foudre a percé des murs qui abritaient des masses métalliques, attirée par elles; aussi faut-il redouter de plus grands dangers dans ces circonstances. C'est ^ îinsi que les maisons ont leurs murs frappés au voisinage ies ferrures qui les assemblent, ou près des ferrures des aortes ; dans bien des cas, les objets métalliques n'ont même ^ pas le contact de la muraille et n'en sont pas moins la 3ause déterminante de la chute de la foudre en cet endroit ; 3es glaces étamées, des iils de sonnettes, des armes suspendues à la muraille, des tuyaux métalliques deviennent des ' causes de la perforation des murs par la foudre.

Le 26 Juillet 1849, la foudre atteignit une maison dans les

i environs de Londres. L'étincelle suivit la gouttière, puis la

: descente métallique; mais comme celle-ci était remplacée, à

quelques pieds du sol, par un tuyau en bois, l'étincelle ne

trouvant pius de conducteur, perça le mur d'un large trou

pour se jeter sur la roue principale d'un dévidoir (Birt).

Le 8 juin 1839, à l'hôtel des Invalides, la foudre brisa en ! quatre une pierre de 77 kilogrammes, et lança les morceaux à quatre mètres delà; or, cette pierre n'était attachée au mur par aucun lien métallique, mais elle masquait un tuyau de plomb servant à la décharge des eaux du réservoir des bains (Bugnot).

La foudre qui frappa la caserne de Fougères, le 9 septembre 1843, traversa plusieurs murs épais avant d'atteindre une chambrée de quarante soldats environ, laquelle contenait

29i EFFETS DE LA FOUDRE SUR LES ÉDIFICES

des brides avec leurs mors en fer : le météore apparut sous la forme de globe de feu (Blondeau) .

Pierres brisées, pulvérisées. — Un des effets trèsordinaires de la foudre est de briser en fragments plus ou moins volumineux les pierres qu'elle rencontre sur son passage. Il arrive plus rarement qu'elle les pulvérise ; en voici cependant deux exemples :

Une pierre dans laquelle s'implantait une barre de fer fut réduite en poussière impalpable que recouvrait la muraille au-dessous (Delawal).

La muraille d'une maison fut fendue de haut en bas. Une grosse pierre, à l'angle de la fente, fut mise en poussière (Howard).

Les deux faits suivants peuvent servir à expliquer le mécanisme de cette pulvérisation.

Une pierre de roche calcaire, percée d'un trou pour recevoir un tuyau de descente, fut fracassée et rendue friable et comme par écailles par le torrent électrique qui la pénétra (Pictet).

Des pierres en apparence dures et parfaitement solides se réduisaient en poussière à la simple pression des doigts (Paxton).

Nous verrons bientôt des pierres creusées et même percées par l'étincelle.

Tuiles — Ardoises. — Les tuiles, les ardoises sont soulevées et dispersées. D'autres fois les tuiles sont rompues transversalement par le milieu. Presque toutes les tuiles d'un toit, au rapport de Mauchart, offrirent ce genre de lésion. — Ou bien elles sont brisées et leurs fragments jetés au loin.

Un des rayons de la foudre qui tomba sur la flèche du clocher de Saint-Martin, à Dijon, brisa les tuiles du toit dans un espace de 8 à 10 pieds de circonférence et n'endommagea aucune des lattes.

Les tuiles du toit de deux maisons furent rompues sur la longueur d'un sillon profond, comme si une charrue pesante avait agi sur elles (Th. Lawrence).

Mais une lésion plus intéressante à signaler est la perforation des tuiles et des ardoises.

Une tuile fut percée d'un trou régulier comme par une balle de carabine (Voigt).

Sur une autre tuile, le trou avait un pouce de diamètre.

Lorsque la foudre atteignit le dôme des Invalides, plusieurs ardoises furent criblées de trous comme aurait pu le faire une décharge de mitraille (Bugnot).

Ajoutons que dans un cas observé à la Havane par M. Casauca, l'étincelle perça une brique en formant un trou parfaitement carré.

Pierres, moellons lancés au loin. — La projection des moellons et même des pierres de taille est un des phénomènes qui attestent le mieux la violence du météore.

Lorsque la foudre atteignit, rue Plumet, une souche de cheminée, des moehons pesant plus de 40 livres furent lancés presque horizontalement à plus de 30 pieds contre un mur opposé (Rigaud).

Une portion des pierres enlevées à la corniche d'une chapelle furent lancées avec une force extrême contre la maison d'un paysan, à environ 50 pieds de là, de manière à y laisser des traces manifestes (Bischof et Noggerath).

Des pierres ont été lancées beaucoup plus loin encore; ainsi, plusieurs fragments de pierres de la flèche de l'église de Leswithiel (Gornwallis) furent trouvés à une distance de 200 yards (182 mètres) (Smeaton).

Le 20 juin 1772, un globe de feu frappa une maison à Steeple-Ashton. Le corps d'une cheminée fut renversé et écrasa le toit placé au-dessous. De grosses pierres furent détachées des murailles et jetées à une distance considérable; l'une d'elles à 200 pieds (Pitcairn et Wainhouse).

Les faits que nous allons citer sont encore plus remarquables, surtout par le volume considérable des pierres lancées au loin.

Des pierres du mur de fondation de l'église de Newbury furent arrachées et jetées à la distance de 20 ou 30 pieds (Franklin) .

Le 23 août 1853, le tonnerre tomba sur le clocher de Maison-Ponthieu ; l'explosion dispersa, à une forte distance, les ardoises et les planches de la toiture, et lança à plus de 20 mètres une pierre mesurant 35 centimètres cubes.

Le glohe de feu qui, le 2 mars 1769, frappa l'église de Buckland renversa le faîte de la tour. Des pierres furent lancées au loin, et cependant plusieurs d'entre elles pesaient plus de 700 livres. M. W. Paxton en ramassa une à 60 perches de là; elle pesait 8 livres (W. Paxton).

Une circonstance à noter, c'est que des pierres parfois énormes sont lancées dans différentes directions, ainsi :

Le 11 janvier 1762, la foudre fendit de haut en bas la muraille occidentale de la tour de Féglise de Breag. Elle enleva, dispersa en mille fragments et en plusieurs directions une partie du pinacle et plusieurs créneaux de la tour; l'une de ces pierres, pesant au moins 150 livres, tomba sur le toit d'une maison à environ 60 yards au sud; une autre fut lancée à 400 yards (365 mètres) au nord, et une autre, trèsvolumineuse, au côté sud-est de l'église (Ustick).

Il est très-probable que, dans un grand nombre de cas, les pierres lancées au loin suivent la direction de l'étincelle elle-même, ou, en d'autres termes, que la foudre lance les pierres dans sa propre direction. Mais on s'est livré rarement à l'examen de cette circonstance; nous ne pouvons guère citer à ce sujet que l'observation suivante, où la foudre aurait été ascendante.

Le 14 décembre 1825, un orage éclata sur Worchester; on vit comme un éclair brillant qui, de la terre, se serait dirigé à Voiiest vers la nuée orageuse. Le lendemain, M. John Williams apprit que l'aiguille de l'église de Saint-André avait été frappée. Conjecturant, d'après la nature du son, que les nuées avaient été électrisées négativement, il prédit que les fragments de pierres seraient trouvés à terre du côté occidental de l'église. Sa conjecture fut vérifiée. Des débris de pierres de la tour, bien reconnaissables, gisaient à l'ouest, à 30 pieds de l'église (1).

(1) Edinhurgh,jour of. se, p. 80 (1829).

Plâtre et mortier enlevés et projetés. — Le plâtre et le mortier sont souvent enlevés, tantôt sur des places irrégulières, et quelquefois sur une ligne régulière, ainsi :

Le mortier de la voûte d'une église avait été enlevé sur une bande d'environ 2 pieds et demi auprès d'un soupirail.

Une autre fois le plâtre présentait un sillon de 1 pied et demi de longueur, comme s'il avait été enlevé par une lime ronde (Borlasc) .

Souvent les fragments de plâtre et de mortier sont lancés avec force et occasionnent eux-mêmes divers accidents ; ainsi :

Le plâtre d'un plafond, dispersé dans toute la chambre, avait fait plusieurs trous dans le papier d'une porte, à 20 pieds de là (Jungnitz).

Lorsque, le 27 mai 4850, la foudre pénétra dans la chaaelle d'Enghien-les-Bains, elle projeta des morceaux de boiseries et des gravois qui l'inondèrent entièrement. Dans leur \ipide passage ces gravois firent faire volte-face à deux /ases de fleurs, brisèrent un doigt â une statue de plâtre, a main à une statue de bois doré; cassèrent une chaise, la grille en bois de l'autel, un chandelier, et percèrent de 6 rous une bonne copie d'une Assomption (Constant Prévost).

Murs sillonnés. — Parfois les murs sont profondément \ illonnés, ainsi :

La foudre qui, en 1761, frappa l'église de Ludgwan, praiqua sur le mur de la tour deux sillons comme ceux d'une 'harrue (Borlasc).

Impressions colorées sur les murs. — La foudre aisse souvent sur les murs des impressions ordinairement îoires, faites comme par du noir de fumée ou de la poudre i canon, de forme et d'étendue variables, et résultant des natières hétérogènes que le météore entraîne avec lui, ou les métaux qu'il volatilise. Nous examinerons plus tard et en létail celles de ces images qui dépendent de la volatilisation les fils de sonnettes.

Quant aux impressions faites par le courant lui-même,

elles présentent de nombreuses variétés ; le plus souvent ce sont des taches arrondies. Ainsi l'étincelle ayant atteint dans une chambre plusieurs objets en étain et en cuivre, on vit sur une pierre un disque coloré comme par du noir de fumée (Thoresby).

La foudre qui, le 6 septembre 1756, tomba sur le château de Ghignac, en Auvergne, se répandit en plusieurs faisceaux dans une salle et alla frapper un mur où elle laissa deux taches noires circulaires d'environ 1 pouce de diamètre et distantes de 1 pied l'une de l'autre.

Quelquefois l'impression est linéaire, droite ou en zigzag.

Murs fendus. — Il n'est pas rare qu'un mur soit fendu dans une grande hauteur et même du sommet à la base. Cette lésion, plusieurs fois observée sur des maisons, est encore plus remarquable lorsqu'elle atteint dévastes édifices; ainsi :

En 1719, un des murs de l'éghse de Solna fut fendu dans presque toute sa hauteur (Palmsliern).

En 1761 , une des murailles en excellente maçonnerie de Ludgwan fut fendue dans une hauteur de 12 pieds. La fente était large de 1 à 6 pouces. Plusieurs pierres faisaient saillie en dehors du plan de la muraille (Borlasc).

Le 11 janvier 1762, la foudre atteignit l'église de Breag, à 7 milles de Ludgwan ; tout le mur ouest de la tour fut fendu du sommet à la base; cette fente n'était pas en ligne droite, mais irrégulière et de i à 5 pouces de largeur. En outre, le sommet de !a muraille du chœur était fendu, et aussi régulièrement que si on l'eût fait à dessein. Enfm, d'autres portions des murs, près des fenêtres, présentèrent également des fentes de 1 à 4 pouces de largeur (Ustick).

En 1770, la flèche de l'église Saint-Keverne, haute de 48 pieds au-dessus de la tour, fut détruite à moitié ; l'autre moitié fut fendue en quatre parties, jusqu'aux pierres. Quant à la partie nord de la tour, elle fut complètement détruite (Anth. Williams).

En 1787, la muraille de la cathédrale de Vevey fut fendue

(Reynier). Bergman rapporte de nombreux exemples de ce genre.

On peut, dans quelques cas, attribuer la fente des murailles à l'ébranlement que la foudre communique aux masses, mais souvent aussi elle résulte d'une action locale directe.

En septembre 1824, on vit en Angleterre le mur d'une maison fendu par la foudre de haut en bas jusqu'aux fondations. La foudre parut s'être divisée en trois rayons pour le frapper, car on voyait trois trous dans la direction de la fente, et ces trous s'élargissaient en dedans (Howard).

Murs creusés. — Parfois le météore, sans traverser un mur, se creuse dans son épaisseur une ou plusieurs cavités superficielles ou profondes; ainsi:

Une des murailles de l'église d'Alem présentait en dedans un grand nombre de petites excavations qui semblaient creusées par des balles (Reuchenius).

Dans un cas cité par Beyer, la foudre dégrada plusieurs pierres et en creusa une; de cette cavité s'exhalait une fumée abondante.

L'observation suivante est remarquable par la nature de la muraille frappée et par la profondeur de la cavité qu'elle s'y pratiqua. Ce que l'on admirait le plus, dit Nollet, au château de Glermont, en Beauvoisis, après le coup de foudre qui l'atteignit, c'était un trou de 2 pieds de profondeur, large d'autnnt, dans un mur de 10 pieds d'épaisseur, bâti du temps de César, si Ton en croit la tradition du pays, et dont le mortier, aussi dur que la pierre, permettait à peine la démolition. Les éclats qui en étaient sortis se trouvaient en avant, à plus de 50 pieds de distance, et les pierres, tant au fond du trou que celles qui en étaient détachées, semblaient avoir passé par le feu.

Le 19 juillet 1834, une des quatre tourelles de la cathédrale deStrasbourg fut, pour ainsi dire, coupée par le milieu. D'énormes pierres furent déplacées, et de nombreux fragments furent transportés à des distances considérables (Fargeaud).

Murs déplacés. L'événement suivant qui présente quelque analogie avec les effets des tremblements de terre a été consigné par M. Mathew (1).

La maison de M. Elias Ghadwick était située à 5 milles de Manchester sur un terrain un peu élevé et dominant la plaine, ainsi qu'un vaste marais. Toute cette région du comté de Lancastre est riche en mines de charbon; et si , la maison elle-même n'était pas située sur quelque filon de ; cette nature, cela tenait sans doute à des déviations exceptionnelles ; car dans presque toutes les directions on trouvait du charbon à différentes profondeurs. Le bâtiment qui présente le phénomène que nous allons décrire était une cave à charbon avec une citerne au-dessus. Les murs étaient en briques avec un enduit imperméable à l'eau. Leurs fondations et le fond de la cave étaient à environ l pied au-dessous du sol. Ils avaient 3 pieds d'épaisseur, 12 pieds environ d'élévation, et étaient consolidés par des traverses de bois. Le sommet et le fond de la citerne étaient couverts de dalles. L'ensemble avait environ 18 pieds de longueur, 8 pieds de largeur et M pieds d'élévation au-dessus du sol. La cave renfermait environ une tonne (2,000 hvres) de charbon. Or, le 6 août 1809, vers midi et demi, après des roulements de tonnerre d'abord éloignés, puis se rapprochant de la contrée basse du pays, le ciel s'obscurcit tout à coup ; en ce moment survint une explosion terrible dont l'effet fut de déplacer la muraille extérieure de la citerne de sa position verticale. Son chaperon resta entier, mais le mur de l'extrémité fut ruiné. Près de l'entrée de la cave, la muraille déplacée l'était de 9 pieds environ, l'autre extrémité de 4 pieds seulement. Un jeune homme, âgé de 17 ans, qui était dans une écurie à environ 24 pieds de là reçut, ainsi que plusieurs habitants de la maison, un choc violent et vit ladite muraille se déplacer, non pas instantanément, mais graduellement. Ses traverses de bois furent enlevées à une plus grande distance et parurent brûlées. La partie du bâtiment qui fut comme soulevée

(l) Nicholson, Memoirs of the Society of Manchester, vol. II, p.

de ses fondations et déplacée était composée de 7,000 briques environ. Son poids, réuni à celui des parties renversées et à celui des dalles et du mortier, était au moins de M tonnes (52,000 livres). Il y avait de l'eau dans la citerne, mais on ne sut en quelle quantité. On ne trouvait d'ailleurs près de là aucun métal, à l'exception de quelques petits robinets qui ne furent pas dérangés. Un tuyau de conduite en plomb appartenant à la citerne n'éprouva aucun dommage. Immédiatement après l'explosion, la pluie tomba à torrents, et l'air près de la maison fut rempli de fumée et d'odeur sulfureuse.

Cheminées. — Les cheminées sont, de toutes les parties d'une maison, celles qui sont le plus fréquemment frappées de la foudre ; nous dirons bientôt pourquoi : examinons auparavant les principaux dégâts qu'elle leur cause.

Le conduit extérieur ou corps de cheminée est très-souvent brisé, fracassé , avec chute ou projection des briques et de la suie ; parfois il est déplacé, quoique restant sur le toit, ou lancé en bloc à une certaine distance; ainsi :

Le 7 octobre 1712, dans le Devonshire, une cheminée fut déplacée de telle sorte que chacun s'étonnait qu'elle fût encore debout et ne fût pas tombée sur le toit de la maison (John Ghamberlayne).

Le conduit ou canal intérieur, qui livre souvent passage au météore, présente de très-graves lésions. Ses parois sont trouées en un ou plusieurs endroits, comme M. Fusinieri en cite un exemple, et comme nous en rapporterons bientôt plusieurs autres. D'autres fois elles éclatent, ainsi :

Au rapport de M. le professeur Henry, à quelques milles de Princeton, la foudre pénétra dans une cheminée, en fit éclater les parois, puis elle pénétra dans un galetas, et telle fut encore sa force expansive, dans cet endroit resserré, que presque tout le toit fut enlevé.

Le devant de cheminée en toile et en papier qui dans la belle saison ferme l'orifice inférieur du conduit présente parfois aussi diverses lésions ; par exemple :

En 1808, la foudre tomba sur une cheminée surmontée

par un tuyau de tôle. Elle était fermée en bas par un châssis de bois couvert de toile et de papier peint, fixé au manteau pour intercepter le passage de l'air. L'étincelle traversa le châssis, y fit un trou de 1 pouce de diamètre et déchira la toile dans la longueur de o pouces. A 1 pied de distance, on remarquait une autre déchirure d'environ 4 pouces (Sage).

Si la foudre arrive jusqu'au foyer, elle repousse, disperse et éparpille dans la chambre les cendres et même les charbons, au grand risque d'un incendie, et projette avec force les chaudrons, les bouilloires ou autres ustensiles.

Mais c'est plus spécialement comme attirant et conduisant la foudre qu'il importe d'examiner les cheminées.

Et d'abord le corps extérieur d'une cheminée forme une saillie plus ou moins isolée au sommet d'une maison ; il est souvent surmonté d'un tuyau en tôle, muni lui-même d'un chapiteau ou d'une espèce de girouette, afin de placer toujours sous le vent l'ouverture par laquelle s'échappe la fumée; souvent aussi le corps de cheminée est étayé en dehors par des barres de fer.

Le conduit intérieur est quelquefois construit en fonte; s'il est en briques il présente diverses pièces de fer (barres, clefs, etc.), destinées à lui donner plus de résistance. Il est en outre tapissé d'une couche de suie, corps fort bon conducteur , et souvent un tuyau de poêle aboutit dans ce canal.

Le foyer ou l'âtre et son voisinage présentent un grand nombre de pièces métalliques: tain des glaces, pendules, candélabres.... pelles, pincettes et leurs crochets; plaque en fonte du fond, chenets, galerie en cuivre, tablier et rideau en tôle.... Signalons enfin la colonne de fumée et d'air chaud et humide qui s'échappe du foyer, pour s'élever plus ou moins dans l'atmosphère.

Et maintenant, insistons sur quelques-unes de ces circonstances :

Plusieurs fois déjà la foudre a pénétré dans des cheminées dont les parois étaient munies d'un plus ou moins grand nombre de pièces de fer. L'observation suivante que la science

doit à M. Delezenne, en est un très-remarquable exemple ; il est vrai que la grande hauteur de la cheminée a dû jouer aussi un rôle important.

Le 13 juin ')839, à Lille, la foudre frappa une haute et épaisse cheminée éloignée de 6 mètres seulement d'un bâtiment couvert en zinc, et contenant deux grandes chaudières à basse pression, garnies de leurs soupapes et de nombreux tuyaux de conduite. Près de ces chaudières se trouvait une machine à vapeur.

Ces énormes masses de fer furent respectées par le météore qui n'atteignit que la cheminéexonstruite en briques ; mais cette cheminée était vraiment monumentale ; elle était haute de 36^ 30 cent., et placée sur un piédestal de 9"^ 14 cent, de hauteur; elle avait 2*" 44 cent, de diamètre extérieur au-dessus de sa base et 1"^ 53 cent, de diamètre extérieur à son sommet, et elle était surmontée d'un chapiteau de 2^" 28 cent, de diamètre. En outre, son canal, de diamètre uniforme, était garni d'échelons en fer posés d'abord pour construire l'édifice sans échafaudage, ensuite pour faciliter les réparations intérieures et le balayage. Les échelons distants de 35 centimètres étaient des barres de 27 millimètres d'équarrissage et de 90 centimètres de longueur totale. Chaque bout était encastré de 16 centimètres dans le mur. Le chapiteau octogone était composé de grosses pierres liées entre elles par des agrafes en fer et scellées. Cette cheminée venait d'être terminée lorsqu'elle fut foudroyée ; voici les dégâts qu elle présenta : elle fut lézardée dans un grand nombre de points de sa longueur, depuis le sommet jusqu'au sol. Dans sa moitié supérieure, entre ces longues lézardes, on remarquait des places successives où la maçonnerie avait éclaté, et qui, sans doute, correspondaient aux extrémités des échelons. Trois de ces échelons appartenant très-probablement au bout supérieur de la colonne furent jetés, deux à 10 mètres, et le troisième à 5 mètres de distance. Le quart du chapiteau fut jeté en une seule masse à 5 mètres de l'axe de la cheminée ; les agrafes encore scellées qui réunissaient les pierres étaient intactes, et ne laissaient voir aucune trace du passage de la foudre.

Cette masse était tombée du côté où étaient les échelons en fer; les lézardes et les démolitions s'étaient faites aussi de ce côté. Il paraît certain, dit M. Delezenne, d'après ces détails, que la foudre a sauté d'un échelon à l'autre depuis le sommet de la cheminée jusqu'au dernier échelon inférieur. Le mortier humide servait de conducteur imparfait. Le fluide, en s'échappant par les extrémités des échelons, aura mis l'eau en vapeur, et c'est la pression exercée par cette vapeur qui aura fait éclater la maçonnerie. Par son épaisseur croissante du sommet à la base, le mur opposait une résistance de plus en plus grande. D'un autre côté, les déperditions du fluide aux extrémités des barres et la dessiccation croissante du mortier concouraient à diminuer les effets. Aussi les dégradations étaient-elles de moins en moins prononcées à partir du sommet. Le piédestal n'avait presque pas souffert, mais les deux tiers de la cheminée ont dû être reconstruits. Nous ajoutons que des cheminées de ce genre devraient être constamment munies d'un conducteur en barres, encordes ou entames de cuivre, et placé à l'extérieur.

La suie des cheminées des cuisines est un corps peut-être encore meilleur conducteur que la suie des cheminées d'appartements. M. Stanislas Martin a constaté que la première contient souvent du cuivre à l'état de métal et de sel, sans doute détaché des vases qui servent aux besoins journaliers de la vie, et entrante dans la cheminée avec les cendres et la fumée (i).

Quant à la colonne de fumée et d'air chaud qui s'élève des cheminées, plusieurs faits semblent démontrer qu'elle favorise la chute de la foudre.

Ainsi, le 26 juillet 1841, pendant un violent orage, plusieurs individus étaient réunis dans la cuisine d'une chaumière ; il y avait bon feu, lorsque la foudre éclata, descendit par la cheminée et tua la personne qui se trouvait la plus rapprochée du foyer : près de là deux autres personnes furent seulement renversées.

(1) Journ. des Conn. méd. chir., 18o2, t. il, p. 135.

Communiqué à M. d'Hombres Firmas par M. Ant. Perego de Milan (1).

M. Olmsted cite un cas analogue.

Le fait suivant est surtout digne d'être mentionné. En juin 1789, à Philadelphie, David Rittenhouse et John Jones remarquèrent que sur quatre cheminées contiguës, la foudre n'avait pénétré que dans les deux seules qui avaient du feu.

Bien plus, on a pu suivre de l'œil l'influence de la colonne de fumée sur la nuée orageuse.

Le 27 mai 1788, M. de Stengel observa à Biderstein le phénomène suivant : la pluie tombait fortement d'un nuage très-élevé, sous lequel se croisaient des masses de nuages petits et très-épais. De la fumée sortait incessamment de la fabrique de porcelaine de Nimfenbourg : un nuage vint à passer au-dessus de la cheminée et se divisa en deux lambeaux. Le premier se divisa en trois pointes divergentes, et celle du milieu attira à elle la fumée et se confondit avec elle. Quand il fut entraîné par le vent, le second lambeau vint le remplacer ; mais entre les deux lambeaux se forma une nouvelle pointe qui se confondit à son tour avec la fumée. Celle-ci vint à cesser presque subitement, et les lambeaux de nuages disparurent tout aussitôt. Il était manifeste que ces lambeaux n'avaient pas d'autre origine que la colonne de fumée ; ils avaient une électricité différente, et peut-être que si la charge électrique eût été plus forte, la cheminée aurait été foudroyée.

Si la colonne de fumée qui s'échappe d'une cheminée attire la foudre, elle peut se trouver en concurrence avec un paratonnerre élevé sur le même bâtiment et diminuer son influence protectrice. Soit, par exemple, une cheminée sans fumée placée à 40 pieds d'un paratonnerre élevé de 25 pieds au-dessus du bâtiment. Cette cheminée est suffisamment à l'abri des atteintes de la foudre, s'il est vrai que la tige d'un paratonnerre protège de tous les côtés un espace double de sa hauteur. Mais si une colonne de fumée et d'air chaud s'élève de cette cheminée, les conditions changent, et l'action du paratonnerre se trouve plus ou moins paralysée. On a vu

(1) Recueil de mém. etd'obs., n° 1 {Phys.}, p. 280 (1841).

Sbstier. i — 20

un exemple de ce genre d'action (Olmstedj. On voit que la cheminée de la cuisine étant, en été, à peu près la seule qui ait lieu de fonctionner pour les usages domestiques, il serait utile de la munir d'un paratonnerre, afm d'empêcher cette attraction de la foudre.

Quand la foudre vient de frappei' le conduit extérieur d'une cheminée, elle suit quelquefois tout le conduit extérieur, ou tout le canal intérieur, mais le plus souvent elle est attirée par les objets métalliques de la toiture, les gouttières (1). Nous en avons signalé plus d'un exemple.

Poêles. — Les poêles agissent sur la foudre par leur masse métallique, et en même temps par la colonne de fumée et d'air chaud qu'ils lancent dans l'atmosphère ; aussi a-t-on eu plusieurs fois l'occasion de signaler les tuyaux des poêles comme ayant servi d'introducteurs de la foudre.

Charpente. — - Sous l'influence de l'ébranlement communiqué aux maisons foudroyées il arrive souvent que les portes s'ouvrent et que les jointures des poutres s'élargissent.

Il n'est pas rare que les planchers, les poutres, les bardeaux soient percés d'un ou de plusieurs trous. En voici quelques exemples :

Une poutre fut percée comme par une balle d'arquebuse.

Une traverse de bois le fut comme par une balle de mousquet, ainsi que la tuile qui la recouvrait (Voigt).

Un bardeau fut percé d'un trou ovale sans fente aucune.-

Une pièce de chêne sculptée présentait un trou rond de 2 pouces de diamètre (Ustick).

Une porte à deux battants de chêne massif, et fermée, fut percée à son sommet d'en trou triangulaire d'un pouce à sa base, et par lequel la foudre entra dans l'église de Ludgwan.

Parfois les planches, les poutres sont sillonnées plus ou moins profondément sans trace de brûlure.

Dans un cas cité par Mauchart, une poutre présentait un sillon net, fait comme avec un ciseau concave, sans la moindre trace de carbonisation.

(1) Voir Journ. de Phys., t. LXXXIV, p. 196.

Souvent les pièces de charpente sont fendues; ainsi des pièces de bois du comble d'une maison, d'un pied d'équarrissage furent fendues dans toute leur longueur (de Quatrefages).

Il en est de même des portes ; le fait suivant est, entre autres, assez digne de remarque.

Le 4 août 1720, près de Breslau, la foudre atteignit une maison qu'elle parcourut dans toute sa hauteur. Au grenier, elle fendit une porte dans sa longueur; dans l'étage au-dessous, elle fendit en éclats une autre porte et brisa un de ses montants. Au rez-de-chaussée, une porte située juste au-dessous de la précédente fut fendue et une autre porte de cette même pièce, qui conduisait dans un jardin, fut mise en éclats. Un clou qui lui appartenait fut évidemment touché.

Mais une lésion intéressante à noter est le clivage des poutres, des chevrons...

Un chevron de toiture, d'un demi-pied de diamètre, et placé horizontalement, fut dilacéré, suivant la direction de ses fibres (Scheuchzer) .

Il est très-ordinaire de voir des poutres, des planchers, des lambris, etc., mis en pièces sans présenter le moindre signe de combustion, sans même être superficiellement noircis.

La foudre enleva des éclats d'une corniche en bois, comme l'aurait fait la hache d'un charpentier (Volger).

Quelquefois cependant on trouve des traces de carbonisation ; ainsi :

Dans la boutique d'un menuisier une planche de sapin était carbonisée à la partie supérieure et séparée en deux dans la longueur d'un mètre environ (Beyer).

îl n'est pas rare enfin que diverses pièces de charpente soient arrachées, brisées, et que leurs éclats soient lancés au loin ; ainsi :

Les bardeaux de chêne d'un clocher avaient été arrachés depuis le sommet jusqu'à la moitié de sa hauteur et lancés à 200 pas de là (Garsteos).

Des poutres volumineuses furent lancées à plus de 30 pieds de distance (Mountaine).

Cl) Bresl. Somml.

La pyramide en bois, haute de 70 pieds, qui surmontait le clocher de l'église de Newburg, fut mise en pièces, et ses éclats furent lancés de tous côtés, en sorte qu'il ne resta rien de cette construction (Franklin).

Fenêtres ou croisées, vitres, encadrements de plomb, châssis. — Les carreaux de vitres sont souvent tendus, plus souvent encore ils sont brisés en un grand nombre de fragments irréguliers, qui, le plus ordinairement, tombent en dehors et quelquefois en dedans , différence qu'expliquent la direction de l'étincelle, la raréfaction ou la condensation de l'air de la chambre, le sens de la secousse imprimée au bâtiment, etc.

Parfois les débris des carreaux sont lancés avec une grande violence ; dans un cas cité par Mountaine, ils auraient traversé de part en part une porte opposée à la fenêtre brisée. On a vu les carreaux fracturés régulièrement en étoiles multiples.

Carreaux troués. — Nous avons réuni 17 observations de carreaux de vitre percés par la foudre. Presque toujours la perforation a eu lieu par la foudre vulgaire; deux fois seulement nous la voyons produite par la foudre en globe. Douze fois il n'y a eu qu'un seul carreau troué et un seul trou; dans les cinq autres cas, il y a eu plusieurs carreaux percés d'un ou de plusieurs trous.

Généralement les trous sont circulaires, leur diamètre varie d'une ligne à 2 pouces et demi ; parfois ces trous étaient tellement réguliers qu'ils semblaient le résultat de l'action d'un foret. Il est à noter que, dans un cas, les trous multiples sur une même fenêtre étaient régulièrement de même diamètre.

Les bords de la perforation, tantôt lisses et arrondis, présentent tous les caractères de la fusion ; d'autres fois ils sont anguleux comme dans la fracture, et, dans un cas cité par Bœckmann, presque tout le rebord du trou circulaire était fondu et arrondi, tandis que la portion supérieure seule, dans l'étendue de 4 lignes , était tranchante. Il paraît donc que ces trous sont dus, tantôt à la fusion instantanée

d'une petite portion du verre, d'autres fois à une force qui, à l'instar d'un emporte-pièce, coupe la lame de verre.

Assez souvent on ne trouve aucune fente aux carreaux troués; parfois, cependant, une ou deux longues fentes partent de la perforation et se prolongent jusqu'aux bords du carreau. Mais une disposition fort remarquable est celle où chaque trou est entouré de petites fentes radiées circulaires formant par leur ensemble une figure régulière.

En 1778, la foudre frappa la maison de l'ingénieur Gaselli, à Alexandrie, et endommagea les vitres d'une croisée. Toutes furent percées d'un à trois trous, sans les briser, suivant leur longueur. Ces trous avaient deux lignes de diamètre environ, des petites fentes d'un demi-pouce au plus rayonnaient les bords de ces trous.

De semblables fissures ont été observées par Priestley, sur ses bocaux brisés par l'étincelle des machines (i).

Les carreaux troués peuvent en tout ou en partie être descellés.

Le 8 juin 1747, la foudre tomba, sous la forme d'un globe de feu, sur l'éghse des Grands-Augustins, à Paris; elle arracha hors de leur plomb presque tous les carreaux d'une fenêtre, et perça chacun d'eux d'un trou rond de la circonférence d'une balle de plomb.

Vitres fondues. — En général, la fusion des vitres est partielle.

Le 4 août 1780, la foudre tomba sur l'église métropohtaine de Narbonne, brisa quelques carreaux de verre, et en fondit les bords en plusieurs endroits (Bertholon).

En 1772, à Wettin, près de Halle, la foudre brisa les vitres d'une maison et en fondit quelques-unes. Giiden cite un fait semblable arrivé à Hanovre en 1753.

Au mois de juillet 1783, à Gampo Sampiero Gastello (Padouan), la foudre frappa un bâtiment plein de foin qui avait des croisées garnies de vitres, n'enflamma pas le foin, et cependant fondit les vitres. Une fenêtre avait trois files verticales contenant chacune 8 carreaux ronds avec croi •

(1) Journ. de Roziei\

settes en verre. La foudre laissa intacts les plombs qui retenaient les carreaux, les fers transversaux sur lesquels s'appuyaient les rangées transversales, et les croisettes de verre; mais elle fondit 22 des 24 carreaux ronds. On trouva sur le plancher des globules de verre fondu ayant la formée des larmes bataviques, Le sénateur Angelo Querini envoya cette fenêtre à Padoue, et Toaldo l'avait sous les yeux en écrivant son observation.

Vitres disparues. — La foudre atteignit le château d'Upsal, le 24 août 1760, et enleva d'une fenêtre 16 carreaux de vitres sans laisser la trace du plus petit fragment,

Plomb. — Le verre d'une vitre peut fondre sans que le plomb qui l'entoure subisse l'action de la foudre. On voit même le plomb se recouvrir de substances hétérogènes transportées par le courant électrique.

C'est ainsi que le docteur Raschig a vu, en 1807, le châssis de plomb d'une fenêtre, sur lequel un rayon de foudre s'était dirigé, fondu sur quelques points et noirci dans une grande étendue, probablement par une couche de charbon et de fer.

Le professeur Pleischl rapporte que le 4 juin 1797, à Philippshofen, en Bohême, la foudre tomba sur le clocher, enleva l'or du cadran, le déposa sur le plomb de la fenêtre de la chapelle, qui fut ainsi doré sans trace de fusion.

Samuel Gooper a remarqué àKorwieh, en 1758, que le plomb pouvait être déchiré sans être fondu. Dans beaucoup de cas la fusion du plomb a été très-limitée (1).

Les globules de plomb fondus sont souvent transportés à des distances assez considérables.

Le cadre ou le châssis de bois des feoêlres est quelquefois arraché, renversé dans la chambre ou lancé au dehors à une certaine distance: parfois aussi il est perforé; GMen en a observé un exemple à Eckvv^ort en 1772.

Près d'Alienbourg, la foudre pratiqua un trou tout au plus du diamètre d'un pois au cadre de plomb à'ime vitre, et alla frapper une femme qui filait près de \h.

Le 10 juin 1724, à Worohester,

a) Voir Acad, des se. (iim.

de vitre un trou du diamètre de î pouce et demi et atteignit mortellement une Jeune dame qui se trouvait debout derrière la fenêtre fermée.

Le 29 septembre 1772, dans la nuit, la foudre éclata sur une maison, à Harrowgate, et y tua un homme dans son lit. On trouva 2 vitres de la fenêtre trouées dans leur milieu, et il semble, d'après la disposition des lieux, que l'étincelle soit entrée par cette fenêtre, attirée sans doute par une armature de fer, pour se précipiter sur le lit qui était à 10 pieds de là, et dont les rideaux étaient munis de tringles de fer plus fortes que d'ordinaire (Kirshshaw).

Le 28 mai 1820, à Prague, l'étincelle ayant atteint le barreau de fer d'une fenêtre, brisa un carreau et se jeta sur un individu qui se trouvait dans sa chambre et le blessa trèsgrièvement (Pleischl).

Enfin, lorsque, le 17 septembre 1780, J. Adair fut renversé et morteliemeni blessé par la foudre, il se trouvait dans sa chambre, debout, près d'une fenêtre fermée, et dont tous les carreaux furent tellement brisés qu'ils disparurent presque complètement (Brereton).

Lattes des cloisons. — Les lattes minces et étroites dont on se sert en France et en Suisse dans la construction des plafonds et des cloisons, sont souvent remplacées en Allemagne par des roseaux ordinaires, de la grosseur du doigt, d'une longueur de 4 à 5 pieds, placés parallèlement entre eux, à 2 pouces environ d'intervalle, et fixés, près de leurs extrémités, sur les pièces de charpente au moyen de deux cordons en fil de fer solidement maintenus par des clous. Ces roseaux ainsi disposés reçoivent et retiennent le plâtre ou le mortier qui lui-même les recouvre d'une couche peu épaisse.

Ces fils de fer et ces clous répartis en quantité considérable dans certains bâtiments, sont souvent frappés par la foudre, à laquelle ils servent de conducteurs plus ou moins parfaits ; de là des lignes, des taches noires ou d'un jaune foncé qui reparaissent malgré un nouveau blanchiment. Les clous sont quelquefois arrachés, fondus ; les fils, devenus

incandescents, mettent le feu aux corps sur lesquels ils sont projetés. ■'

Le plâtre qui recouvre ces roseaux est percé, arraché, lancé plus ou moins loin, par éclats ou par fragments extrêmement ténus. On a vu la foudre suivre ces fils de fer sur une longueur considérable; dans d'autres cas, la foudre a traversé des murailles pour atteindre une de ces séries de fils de fer (Reimarus).

Le 10 août 1787, la foudre atteignit l'église Saint-Jean, à Hambourg, et se divisa en plusieurs rayons ; l'un d'eux passa sur l'extérieur de la muraille d'une maison habitée, et trouva, à l'étage inférieur, près d'un poteau, un petit trou qui lui offrit passage jusqu'au fil de fer du plafond ; le rayon sortit par un autre trou voisin d'un autre poteau, pour s'engager dans une maison voisine où il suivit encore le fil de fer du plafond (Reimarus).

Le 16 août 1804, les bâtiments de l'Université de Breslau furent frappés par la foudre ; le professeur Tungnitz signale tout particulièrement que la foudre suivit de chambre en chambre, d'étage en étage, les fils de fer des plafonds, se subdivisant comme eux, et fracassant tout aux solutions de continuité. Grâce à la presque complète continuité de ces fils, beaucoup d'instruments scientifiques et d'objets métalliques furent épargnés.

Le 12 août 1779, dit Reimarus, une maison près de Hambourg fut atteinte par la foudre ; cette maison avait un toit complètement dépourvu d'objets métalliques et de tuyaux de descente. Il n'y avait qu'un seul corps de cheminée pour toute la maison. Les murailles, les cloisons, les planchers, à tous les étages, renfermaient ces roseaux reliés par des fils de fer et recouverts de mortier, dont nous avons déjà parlé.

La foudre, après avoir frappé la cheminée et en avoir détaché un fragment, se jeta sur la série de fils de fer des cloisons, la parcourut jusqu'au sol. Partout sur son trajet du plâtre était détaché, et les fils de fer, sur ces points, étaient mis â nu, détruits ou brûlés ; la foudre avait épargné complètement les glaces, les dorures, les instruments domesti-

ques en métal. Aucune poutre, aucune croisée ne fut brisée. Le système de fil de fer des cloisons avait formé un conducteur assez parfait pour préserver les habitants et les meubles des atteintes de la foudre.

On comprend par cet exemple combien les maisons de fer, par leur charpente, ,par leurs colonnes, par les barres qui empêchent Técartement des murailles, des cheminées, par les devantures métalhques , quand ces pièces sont bien reliées entre elles métalliquement deviennent de puissants agents préservateurs de la foudre.

Foudre pénétrant dans les caves. — Les caves ne sont point des asiles sûrs contre la foudre.

La présence de quelques tuyaux métalliques, les grilles de fer des soupiraux, les ferrures des portes ont servi quelquefois d'entrée à la foudre dans les caves.

Le 30 juillet 1770, le météore frappa, près de Mannheim, le château du comte de Wieser. Un de ses rayons passa sur le grillage en fer d'une fenêtre et de là, 3 pieds audessous, sur le grillage, également en fer, du soupirail d'une cave, pénétra dans cette cave , en courant le long de son mur humide, et fit un trou dans le sol où il se perdit (Hemmer).

La foudre peut être amenée au soupirail d'une cave par une conduite métallique.

D'autres fois enfin, c'est réellement par la voûte même de la cave que la foudre y pénètre.

Le l^*" juin 1761, la foudre atteignit la maison d'un garde forestier, près de Nimbourg. Un de ses rayons passa sur un poêle en fer, et, après avoir brisé les briques sur lesquelles il était placé, il traversa le plancher et pénétra dans la cave, puis dans la terre, où il fit un trou d'un demi-pied de profondeur. Un autre rayon suivit une autre direction dans la première partie de son trajet ; dans la seconde, il passa également dans la cave (Reimarus).

En 1747, le météore tomba sur la tour de Kaufhaus, à Mannheim ; après avoir parcouru des tuyaux et des fils de fer, il traversa le sol en arrachant et brisant les dalles qui |e

couvraient, puis il perça ia voûte d'une cave pour se perdre dans la terre. (Hemmer). |

Dcms les catacombes. —Nicolas Palmstiern rapporte que là ' foudre tomba, en 1719, sur le faîte de Tégiise de Solna. Elle pénétra sous l'autel, dans un tombeau, et de celui-ci dans plusieurs autres, jusqu'au-dessous de la sacristie. Alors elle troua le sol, pénétra dans la sacristie et remonta jusqu'au faîte ; pour sortir, la foudre perça une pierre épaisse à la façon d'une mèche. L'ambassadeur russe, le comte Ostermann, fut témoin de ce fait que Bergman a aussi consigné dans ses écrits.

Dans les mines. — Dans la soirée du 28 mars 1845, dit M. Reicli (î), un violent orage éclata sur les environs de Freiberg, et, entre 10 et 11 heures, la foudre atteignit le bâtiment contenant la machine d'extraction du puits de Bescheert Gliick : il était muni de son paratonnerre. Un ouvrier, alors employé dans ce bâtiment, vit le météore s'enfoncer dans le puits de la mine, le long du gros fil de fer destiné à faire, à l'aide d'une cloche, les signaux de l'intérieur à l'extérieur. Ce 01 est fixé au moyen de crampons de fer au revêtement en bois toujours humide des galeries. Un autre ouvrier se trouvait dans la 6^ galerie, à 1,182 pieds de distance oblique et verticale, et en un point de la mine où le fil de fer mentionné était interrompu. Il vit partir de cette extrémité une lueur brillante accompagnée d'une explosion semblable à celle d'une arme à feu. L'explosion, heureusement, ne lui causa aucune sensation particulière, ne fit aucun dégât et ne développa aucune odeur. Ainsi l'étincelle foudroyante suivit le fîl de métal dans une longueur de 1,182 pieds de Dresde, pour éclater à son extrémité, où elle aurait pu occasionner de grands accidents, et peut-être même la mort de l'ouvrier, s'il avait été très-rapproché du lil ou s'il l'avait tenu dans la main.

Il est fort remarquable qu'un accident analogue se soit passé le 16 juin 1787, dans le même puits de la même mine.

(1) Uber die Wirkung einiger Blitzschlages in Freiberger Grubeti, Poggendorfs A un., t. LXV, p, 607.

Au rapport du conducteur Mosdorf, 8 ouvriers, qui se trouvaient dans le puits, virent le feu descendre le long du fil métallique jusqu'à la 3^ galerie, alors la plus profonde et entendirent une faible explosion. L'un d'eux crut recevoir un coup à la jambe, et se demanda si oo ne l'avait pas frappé; un autre, placé près du fil de la i^^galerie, se sentit comme soulevé.

La foudre qui éclate parfois au-dessus d'une mine exerce son action à une grande profondeur par l'intermédiaire de conducteurs métalliques (i).

Dans la nuit du 12 au 13 juillet 1864, un orage des plus violents se déchaînait sur le département de la Creuse, et le tonnerre tombait sur la charpente qui supporte les poulies du puits Saint-Augustin, situé dans la partie sud du bassin houiller d'Afrun.

Après avoir noirci complètement les piliers, le fluide a suivi l'un des câbles en fer qui servent à descendre et à remonter les bennes, et est allé se perdre dans le puisard, qui n'est pas à moins de 90 mètres de profondeur.

Aucun des ouvriers occupant les postes de nuit n'a été atteint. Un seul des témoins de l'accident, le nommé A. Rémond, dit le Major, a subi l'influence du fluide, qui l'a renversé sans toutefois lui faire la plus légère blessure.

Le fait que nous venons de relater prouve évidemment que l'ensemble des charpentes, des câbles en fer et du puisard, lorsque l'une des bennes plonge dans l'eau, constitue un véritable paratonnerre dont l'effet est de garantir de la foudre les ouvriers occupés dans les galeries.

Mais que l'orage éclate pendant que les mineurs descendent dans le puits ou en remontent, les deux bennes se trouvent aloi's suspendues dans le vide, et le fluide électrique, ne pouvant, par conséquent, descendre jusqu'au puisard, met en danger la vie des hommes.

Il serait facile de parer à ce grave inconvénient en séparant, au moyen d'isolateurs, les poutres de la charpente, et en élevant une sorte de dôme léger surmonté d'une tige en

(1) Voir : Ann. de Poggend., t. LXV (1845;).

fer d'où partirait la chaîne de même métal qui doit servir de conducteur au fluide (1).

Amas de bitume, de charbon de terre. — En

1758, la foudre frappa une montagne dans File de Corse : depuis ce moment elle est tout embrasée, probablement parce que le feu a été mis à des schistes bitumineux (2).

Magasins à laines. — Trois fois on a vu la foudre tomber sur un magasin de laines très-important ; ce fait que nous allons rapporter a été observé par M. Fréd.-Aug. Serno, négociant à Belzig (Saxe).

La foudre tomba pour la première fois le 4 juillet 1794, à 11 heures du malin : le magasin contenait dans ses trois étages cent mille livres de laines récemment emmagasinées et qui pouvaient avoir donné lieu à de fortes exhalaisons. Ce qui pourrait faire supposer que cette masse exerçait une certaine attraction sur la nuée orageuse, c'est que cinq minutes avant le coup de foudre, on vit sautiller sur le toit, comme des couleuvres, une immense quantité de flammes bleues.

Le deuxième coup eut lieu en 1811, le même jour, presque à la même miaule; mais cette fois le météore occasionna un incendie.

Un paratonnerre fut placé, et le 2 septembre 1819 il fut frappé sans que le bâtiment en eût souffert aucunement, bien que, dans ce cas comme dans les deux premiers, le magasin fût rempli de laines.

La foudre tomba dans un grenier où était accumulée une assez grande quantité de laines ; elle traversa cet amas pour se jeter sur l'ancre d'une balance fixée dans le plancher. La laine avait été percée d'un trou en entonnoir et plutôt roussie que brûlée.

Ce triple fait peut-il faire croire à une action spéciale de la laine sur la foudre? ou bien faut-il accuser la forme et la position du bâtiment ?

(1) Moniteur universel du 19 juillet 1864.

(2) Crell's Ann., p. 285 (1785),

EFFETS DE LA FuUDHE SUïi LES ÉDIFICES 317

Écuries. — La foudre a plusieurs fois atteint des écuries 3Ù elle a blessé ou tué un grand nombre d'animaux.

Souvent elle a mis le feu à la toiture en chaume et à la litière.

Parfois, au contraire, elle a paru s'éteindre ou se perdre dans le sol humide ou inondé par une pluie d'orage.

Mais il est une circonstance qui mérite plus spécialement de fixer notre attention; il s'agit de la présence de diverses pièces de fer qui entrent dans la construction du râtelier et de la mangeoire, et qui peuvent attirer l'étincelle sur les animaux attachés près de là : ainsi :

En 1769, la foudre, ayant pénétré dans l'écurie du grandduc de Scheweringen, sauta sur les râteliers garnis de fer et tua un cheval (Hemmer).

La mangeoire est souvent bardée dans toute sa longueur d'une bande de fer principalement destinée à empêcher les chevaux de tiquer. On comprend dès lors que l'étincelle la suive dans toute sa longueur, mais que, ne trouvant pas toujours en elle un conducteur suffisant;, elle dévie ou lance des rayons partiels sur les chevaux dont la tête et le cou sont très-près de la bande de fer ou en contact avec elle.

Cette marche de l'étincelle et ses effets sur les chevaux sont indiqués dans l'observation suivante de M. Toscan.

La foudre pénétra dans une écurie dont le râtelier était attaché au mur. Le météore avait laissé sa trace de l'un à l'autre cheval le long de la mangeoire.

Dans les deux cas que nous allons citer, l'étincelle a trèsprobablement aussi suivi la bande de fer de la mangeoire, quoique cette bande n'ait présenté aucune trace de son passage.

Le 2 août 1785, la foudre pénétra dans une écurie du roi, à Rambouillet ; 30 chevaux sur 32 furent renversés et 2 d'entre eux succombèrent. La mangeoire, dans toute son étendue, était bordée d'une bande de fer (l'abbé Tessier).

Même accident est arrivé, le 9 septembre 1843, dans une écurie de la caserne de Fougères (Ille-et-Vilaine) ; 8 chevaux sur 13 furent frappés.

Il est probable que les chevaux atteints étaient ceux qui

avaient, en cet instant, la tête en contact avec la bande de fer placée le long de la mangeoire (Blondeau).

De pareils accidents nous engagent à proposer non-seulement d'établir des paratonnerres extérieurs sur la toiture des écuries, mais d'apporter quelques modifications à la construction du râtelier et de la mangeoire. Il conviendra, par exemple, d'éviter autant que possible, pour le premier, l'usage de pièces de fer ; quant à la mangeoire, si l'on ne peut remplacer la bande de fer par un corps non métallique, et cependant suffisamment dur et résistant, il sera utile d'adapter à ses deux extrémités et à sa longueur, d'espace en espace, des barreaux métalliques qui pénétreront verticalement dans le soi.

Tendance de la foudre à frapper les granges. — Beoj. Silliman, J. Gozzeus et divers auteurs ont regardé les granges commue plus fréquemment atteintes par la foudre qu'aucune autre nature de bâtiment. Il faut pourtant reconnaître que le nombre des observations qui ont été publiées dans les recueils scientifiques ne semble point justifier cette assertion (i).

Le 25 août 1827, à Alais, un vaste grenier contenant mille quintaux de fourrage entassés depuis deux mois au plus, fut incendié et totalement détruit par la foudre (2). Il n'y avait qu'un étage, aucun objet métallique n'armait la toiture; aussi peut-on considérer que cette masse de foin était douée d'une force attractive. Ce qui peut corroborer cette idée, c'est que des maisons élevées avoisinaient ce dépôt de fourrage, et que le clocher de la cathédrale, surmonté d'une croix et d'une pyramide en fer, devait le protéger contre l'action de la foudre.

Les auteurs qui croient à cette tendance de la foudre à tomber sur les granges en donnent comme cause les vapeurs qui s'élèvent de cette masse, et leur conductibilité pour l'électricité.

(1) Americ. J., t. III. p. 345 (182i); — Transact. of Americ, Instit. New- York, p. 523 (1846).

(2) HisL et mém. de VAcad. roy. des se. de Toulouse, U Vï, !''« part. p. 8 (1843).

Moulins à vent. — Les moulins à vent sont souvent frappés de la foudre en raison de leur situation généralement isolée sur quelque hauteur; de leur construction élevée; des nombreuses et volumineuses ferrures de leur machine, ainsi :jue des chaînes, des balances destinées à hisser les sacs, à les peser. Si le météore atteint la partie supérieure de la machine, il passe de fer en fer en brisant ou incendiant le bois intermédiaire ; puis, arrivé au bas, il se divise pour se jeter sur les corps voisins et notamment sur les personnes qui surveillent la mouture.

Le fait suivant est de notre collection celui qui nous parait le plus intéressant ; il a été recueilli et publié en hollandais par Villem Van Barneveld.

Le 22 août 1780, à 8 heures du matin, la foudre tomba sur le mouhn le Valk, à Amsterdam, dont les ailes étaient alors au repos dans le vent sud-ouest. Le météore frappa l'aile supérieure; elle fut brisée, malgré sa grosseur, et l'une de ses parties tomba et s'enfonça dans le sol par sa pointe. La matière fulminique passa de cette aile dans l'intérieur du moulin pour se jeter d'abord sur l'appareil en fer qui soutenait l'extrémité supérieure de l'arbre de la machine, puis sur l'arbre lui-même, qui fui très-endommagé. En effet, un énorme fragment, de la longueur d'un homme et de 10 à 12 pouces d'épaisseur, en fut arraché, et le reste fut complètement fendu. Puis elle passa sur le pivot supérieur du grand essieu, pour gagner la ferrure de sa partie inférieure ; mais, pour l'atteindre, elle fendit, fracassa et incendia le bois intermédiaire. Une des quatre bandes de cette armature présentait l'aspect d'un fer qui a été chauffé au rouge, et l'on trouva de la rouille sur le plancher. De cette ferrure la foudre passa sur celle de l'extrémité supérieure de l'essieu moyen, après avoir gravement endommagé l'engrenage correspondant en bois. L'essieu, très-épais, fut fendu de haut en bas dans presque toute son épaisseur. Suivant alors son axe en fer, ainsi que les ferrures des meules et le petit essien, elle arriva à son extrémité inférieure, qui pivotait dans le réservoir d'huile. En ce point, ne trouvant plus de conducteur continu, elle sauta sur une barre de fer, et en se

320 EFFETS i)K LA FOUDKF SLUi LES ÉDIFICES

divisant, elle atteignit l'étui en bois destiné à conduire la farine ; elle atteignit aussi la corde du levier servant au jeu des meules. L'étui fut complètement détruit et la corde fut brûlée en partie. Deux aides-meunier se trouvaient à cet étage. L'un, frappé mortellement, était assis sur un petit banc en bois recouvert de paille et de cuir; l'autre était placé à deux pas du banc, vers le milieu de la chambre ; il n'éprouva qu'une vive frayeur. Le premier, à la distance d'un pied de l'entrée, tenait la corde du levier de la main droite. Gomme l'étui et la corde se terminaient à la moitié de la hauteur de l'étage, le fluide électrique se jeta sur Fouvrier qui lui servit de conducteur. Il s'échappa par le pied gauche dont il brisa la chaussure ; puis, après avoir fait à la muraille de bois et au chaume, qui fut brûlé, un trou de 4 pouces de diamètre, il suivit, sur une largeur également de 4 pouces, le trajet indiqué en brûlant les extrémités du chaume. Arrivé à la petite toiture d'un pied de saillie, il fit un bond pour atteindre le corps du bâtiment; mais au point d'incidence il fracassa les briques et s'y pratiqua un trou de 2 pieds de diamètre. Enfin il suivit la muraille dans une direction oblique et disparut dans le sol. Ajoutons que dans la proximité des ailes, la foudre, en jetant de nombreuses étincelles, avait brûlé le chaume en 22 places, et que, dans l'intérieur du moulin, le chaume fut encore brûlé dans un espace circulaire de 7 à 8 pieds. L'intéressante relation de Barneveld contient plusieurs autres détails que nous avons placés et utihsés dans diverses parties de notre traité.

Orgues. — La foudre qui pénètre dans les églises se jette souvent sur l'orgue, vaste appareil fixé ou soutenu par des écrous, des chevilles et des barres de fer, et dont les tuyaux métalliques sont en communication par des fils d'archal ou par des tiges de fer avec les claviers et les pédales.

Quelquefois, sans lésions apparentes, les sons de l'orgue sont modifiés; ainsi l'orgue de l'église d'OEsterwahla ne donnait plus un son net. Il est vrai qu'une épaisse vapeur avait pénétré dans ses tubes (Feldstrom).

Les tuyaux, ordinairement faits d'un alliage de plomb et d'étain, conduisent quelquefois le fluide électrique^ sans en

recevoir aucun dommage; mais parfois ils sont écrasés, fondus ou percés, et l'instrument n'est plus d^accord, comme on Ta constaté, en 1760, sur l'orgue d'Altona; en 1768, sur celui de l'église de Jacobi, à Rostock. Plusieurs tuyaux de l'orgue de l'église de Segeberg, frappé en 1769, étaient les uns déplacés, les autres écrasés et d'autres percés en plusieurs endroits.

Parfois les dégâts portent sur d'autres parties de l'instrument; les fils métalliques sont fondus ou brisés, les planchettes déplacées, les barres horizontales de bois qui répondent aux pédales sont fracassées, les dorures altérées; l'armoire est brisée; le soufflet lui-même est percé ou écrasé; ainsi:

La foudre qui atteignit l'orgue de l'église de Sainte-Catherine de Voghera se borna à fondre quatre des fils d'archal qui • unissent les registres de l'instrument (Rozier).

En 1787, l'orgue de l'église de Saint-Nicolas, à Toulouse, eut sa console fendue. Un grand nombre de fils de cuivre l' étaient hors de place, des planchettes mobiles rejetées en dehors, quelques tuyaux bouchés , d'autres déplacés et des leux entiers totalement dérangés. A 10 pieds au-dessus du plancher de l'orgue s'avançait une grosse barre de fer par laquelle toute cette machine était assujettie au mur ; c'est sur îette barre que se porta surtout le fluide électrique (L'abbé jVIartin).

La foudre qui, le 7 juillet 1787, tomba sur la cathédrale :1e Vevey, se divisa en plusieurs rayons dont l'un se précipita îUr l'orgue; les tuyaux, étant conducteurs, n'eurent aucun liai; mais l'étincelle se jeta au-dessous, sur les tiges de fer verticales qui, par le moyen d'une traverse de bois horizontale, communiquent aux registres. Après avoir suivi deux de 3es tiges de fer, elle se porta sur la traverse de bois, qui fut brisée; l'explosion ouvrit la porte du clavier, repoussa quelques registres et brisa une planche de l'armoire. Des débris ie la console de la galerie furent jetés par dessus l'orgue sur es soufflets. Une circonstance paraît démontrer que le fluide >'est ramifié dans l'orgue: en effet, six colonnes carrées, de bois, qui soutenaient la galerie de l'instrument et qui étaient

Sestier, 1— 21

appuyées contre le mur, furent fendues et écartées de plus de 1 pouce du mur (Reynier).

Baromètres. ■— Quand la foudre atteint les baromètres à mercure, elle les brise, ou bien elle chasse le mercure en tout ou en partie : dans ce dernier cas, l'air pénètre à la place du mercure déplacé (Voir Transport).

Le 1^^ juin 1761, près de Newburg, la foudre pénétra par la cheminée jusque sur un poêle de fer. Dans la même chambre, à 12 pieds de ce poêle, se trouvait près de la fenêtre un baromètre dont le mercure sortit en grande partie. L'air atmosphérique avait pénétré dans le tube sans que celui-ci eût éprouvé la moindre lésion (Guden et Krack).

Le 6 septembre 1756, la foudre tomba sur le château de Chignac, en Auvergne, et pénétra dans une salle au mur de laquelle était suspendu un très-bon baromètre. Le mercure s'était précipité au bas du tube ; la colonne qu'il y formait était tantôt au niveau, tantôt au-dessus et quelquefois même au-dessous du mercure renfermé dans la cuvette; le tube n'était aucunement fêlé. Il va sans dire que ce baromètre était hors de service.

Cette sortie du mercure est probablement due à l'attraction violente de la foudre pour les métaux et à la rentrée., de l'air par suite du déplacement du métal. Il

Aiguilles aimantées du galvanom.ètre. — Dans la nuit du 6 au 7 juillet 1843, un violent orage éclata sur Bruxelles, et la foudre tomba en plusieurs endroits. Le galvanomètre de l'observatoire était en communication d'une part avec le sol, et de l'autre avec une pointe métallique sur le toit de l'étabhssement. Or la quantité d'électricité conduite par le fil fut suffisante pour troubler entièrement le système des deux aiguilles aimantées du galvanomètre et pour le faire dévier d'une manière permanente de plus de 24^ de sa position primitive (1).

(1) Quételel. Acad. des se. de Bruxelles, 8 juillet 1843; — VInsiUut, t. XI p. 297.

Foudre suivant le même trajet à plusieurs années d'intervalle. — L'église d'Anscharius, à Bremen, a un clocher de 330 pieds de hauteur. La foudre l'atteignit, en 1746, en 1755 (2 fois en 15 minutes), en 1756 et en 1770, et chaque fois elle prit le même chemin. Elle frappa d'abord le toit couvert en cuivre et parvint jusqu'à l'horloge ; puis elle descendit par des tringles de fer dont les plus minces avaient un demi-pouce à 5/8 de pouces de diamètre, jusqu'au cadran placé dans l'église même, au-dessus de la tribune de l'orgue ; mais là, ne trouvant plus de conducteur continu, elle causa quelques dommages au cadran, à son , aiguille, ainsi qu'aux objets voisins et plus particulièrement aux tuyaux de l'orgue ; puis, par des sauts sur différents 1 clous et crampons qui fixaient la boiserie, elle gagna le sol. ] En 1755, immédiatement après le premier coup, plusieurs ' personnes vinrent en hâte voir les dégâts qu'il avait occa- ; siennes. Malheureusement un second coup ayant eu lieu i 15 minutes après, lune d'elles, qui se trouvait entre le cadran et un fort crampon de fer destiné à fixer la tribune de Torgue, j fut tuée, et plusieurs autres furent plus ou moins gravement I blessées.

'. En 1771, Reimarus établit sur cet édifice un paratonnerre I à plaques de cuivre. Cette même année, au mois d'août, la [ foudre atteignit ce clocher. Elle le frappa encore en septembre 1772; mais chaque fois le météore suivit le paratonnerre sans causer aucun dégât à l'intérieur.

Foudre pénétrant dans l'intérieur d'un bâtiment , par les ferrures des poteaux. — La foudre suit par- \ fois les barres de fer verticales qui, des toits ou des combles, ' pénètrent dans l'intérieur des maisons ou des édifices. Citons ici un exemple de l'immense danger d'une pareille disposition.

La foudre qui, au rapport de Boeckmann, tomba, le 25 juin 1794, à Dribourg, sur une salle de bal, se divisa au sommet du toit, près de la cheminée, en deux rayons. — L'un atteignit un des chevrons de la toiture et le réduisit en bûchettes sans trace aucune de carbonisation ; puis il se porta sur une

gouttière en fer-blanc, la parcourut en remontant dans le goulet du frontispice et en suivant à peu près cette direction : y^S„ pour se perdre à 200 pieds du point frappé, sur un pilier de chêne qui fut brisé. — Le second rayon descendit le long d'un poteau perpendiculaire qui servait d'appui au pointai, le brisa et atteignit une tige de fer qui en occupait le centre. Il fut ainsi conduit jusqu'à une barre de fer qui, enclavée dans l'épaisseur du plafond de la salle, servait à suspendre un lustre de verre. — Des deux extrémités de cette barre partit une étincelle; l'une tua une jeune personne qui se trouvait au-dessous ; l'autre se jeta obliquement en bas et entr' ouvrit le plancher.

Conduction intérieure remarquable par différents objets métalliques. — Nous réunissons dans ce paragraphe quelques exemples remarquables d'attraction et de conduction de la foudre par divers objets métalliques contenus dans l'intérieur des édifices et des maisons, objets autres que ceux que nous avons signalés jusqu'à présent.

Bertholon rapporte que, le 4 août 1780, la foudre tomba sur l'église métropolitaine de Narbonne. Après avoir brisé une petite pyramide et quelques ornements en pierre qui sont au-dessus d'une plate-forme, elle mit en pièces quelques carreaux de vitre, pénétra dans le sanctuaire, et suivit en serpentant le crépi intérieur de la voûte pour arriver à la chaîne d'une lampe. Elle parcourut cette longue chahie qui s'étendait du sommet de la voûte à une lampe suspendue à 3 pieds 6 pouces du sol. Là elle fit un bond de 4 pieds 3 pouces sur une rampe de fer qu'elle suivit; puis elle fit un autre bond sur une porte de fer voisine qui la transmit à la terre. Des marques de fusion existaient sur ces divers corps métalliques, Sans la présence de ce conducteur interrompu, quatre personnes près de l'autel, et, par conséquent, peu éloignées d( la lampe auraient très-probablement été les victimes du fei électrique. Si de la lampe au panneau de cuivre, de la rampt et de celle-ci à la porte on avait placé une simple verge d( fer, le conducteur était complet, et la foudre eût été conduite peut-être même sans bruit, jusqu'à la terre.

Nous verrons la foudre atteindre souvent les pompes et les archipompes des navires, s'y trouver un conducteur utile; le même phénomène a été observé dans une maison. M. le professeur Olmsted rapporte que le météore étant tombé sur une maison, pénétra dans la cuisine, se jeta sur la poignée en fer d'une forte tige de cuivre appartenant à une pompe, et fut ainsi conduit jusque dans un puits profond. Une domestique, qui en ce moment tenait la poignée en fer fut renversée et perdit connaissance pendant quelque instants ; ce fut le seul accident qui eut lieu.

Dans la nuit du 2 au 3 novembre 1775, la foudre tomba sur une maison à Béziers ; elle entra par une lucarne assez élevée qui se trouvait ouverte et dans la direction de Forage; elle perça une cloison et se porta aux gonds d'une porte qui était au-dessous, au troisième étage, et la brisa...

Puis, après avoir percé le plancher, Fétinceile se jeta sur une autre porte qu'elle traita comme la première ; alors elle se divisa en deux rayons dont les trajets se prolongèrent jusqu'au miheu du premier étage où ils se réunirent en un point commun correspondant à une batterie de cuisine en cuivre et en fer et à une balance romaine. Du poids de cette balance, l'étincelle fit un écart qui ne s'expliqua que, lorsqu'après avoir déplacé une armoire, on trouva suspendue derrière une autre balance romaine. Du poids de cette deuxième balance l'étincelle fit un trou au plancher, et gagna le rez-dechaussée pour s'élancer sur une huppe de fer, et ensuite sur un des barreaux de fer perpendiculaires à l'imposte de la porte d'entrée (Bertholon).

Trajet multiple. — La foudre qui tomba, le 25 août 1780, sur le clocher et le monastère de Saint- Vincent, au château de Milan, suivit d'abord la coupole recouverte de plomb, puis, après avoir fortement ébranlé les piliers de cette coupole, elle se jeta dans le clocher sur les fils de fer qui servent à frapper les cloches , et non pas sur les cordes en chanvre qui servent à les mettre en branle. — Plus bas, une portion de la foudre pénétra dans le monastère en suivant les fils de fer des sonnettes, et pénétra ainsi jusqu'à la con-

cierge, et une autre se jeta sur une toiture de plomb et sur une conduite en cuivre remplie d'eau ; comme le tube n'arri» vait pas jusqu'au sol, il fut endommagé et en partie fondu près de l'extrémité libre (Landriani).

Le 30 juillet 1770, la foudre frappa le château du comte de Wieser, près deMannheim.Elle atteignit d'abord la boule de fer-blanc qui surmontait une des tourelles, et courut sur son arête en plomb jusqu'à la corniche. Ici elle fit un bond de il pieds pour arriver sur l'arête en plomb du corps du bâtiment, et la suivit jusqu'au bas d'une cheminée. Alors elle descendit sur deux lignes de plomb jusqu'à la corniche ; en cet endroit elle pénétra dans l'intérieur par les extrémités des fils de fer des lattes des plafonds, et parcourut en se divisant ces fils ainsi que des fils de fer de sonnettes. Un de ses rayons sortit du bâtiment en perçant l'encadrement en pierre d'une fenêtre, passa sur le grillage en fer de cette fenêtre, et delà à 3 pieds au dessous sur le grillage également en fer du soupirail de la cave, puis il courut le long de la muraille humide de cette cave, et lit un trou dans le sol où il se perdît (Hemmer) .

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