CHAPITRE IV
Sommaire. — Effets de la foudre sur les mâts. Mâts brisés, coupés en tronçons, fendus, clivés, sillonnés, perforés, soulevés. Altération du centre des mâts. — Lésions des vergues.
— Lésions des voiles. — Répartition des coups de foudre sur les différents mâts. — Lésions sur le pont, dans l'intérieur du navire. — Incendies. Navires détruits par l'incendie. — Explosion des magasins à poudre. — Ébranlement des navires. — Navires fendus en deux.
— Navires disparus. -- Effets de la foudre sur les objets métalliques k bord des navires. Chronomètres. Boussoles. — Voies de sortie de la foudre. — Foudre en globe à bord des navires. Bruit de l'explosion. — Phénomènes lumineux. — Odeur et vapeur répandues dans les bâtiments foudroyés. — Répartition des coups foudroyants suivant les latitudes. — Navires foudroyés plusieurs fois pendant un même orage; à quelques années de distance. — Coups de foudre remarquables par le nombre des tués et des blessés. — Lieux où les hommes sont le plus fréquemment atteints.
Navires. — Nous examinerons successivement les effets de la foudre sur les différentes parties du bâtiment, sur le bâtiment lui-même, sur l'équipage.
Effets de la foudre sur les mâts. — Mâts brisés. La foudre brise souvent les mâts des navires, parfois même elle les réduit en fragments des plus ténus.
En novembre 1790, à Portsmouth, la foudre atteignit le grand mât du vaisseau de ligne l'Éléphant, de 74, et bien que ce mât eût environ 3 pieds de diamètre et plus de 110 pieds de longueur, elle le fracassa dans toute sa hauteur et mit en morceaux tous ses anneaux de fer.
Le Rîissel fut foudroyé à 3 lieues de Belle-Ile, le 5 octobre 1793 : le grand mât et le mât d'artimon furent foudroyés dans toute leur étendue et tellement endommagés qu'ils ne pouvaient plus porter de toile quand il ventait frais. Pour peu que le vent eût duré, ce bâtiment se serait infailliblement perdu sur les côtes de France.
Le capitaine Gook rapporte que, à Batavia, le 10 octobre 1770, un bâtiment hollandais fut frappé par la foudre; le grand mât de hune et le grand mât de perroquet furent mis en pièces : ce dernier était surmonté d'une verge de fer qui probablement attira la foudre.
Le. grand mât du Surinam fut fendu le 11 novembre 1806, un de ses fragments s'enfonça dans le pont et détruisit la cabine placée au-dessous (1).
En septembre 1833, dans l'océan Indien, le grand mât du Hyacinth, qui avait 44 pieds de longueur, 14 pouces d'épaisseur et pesait 1,200 livres fut réduit en pièces par un coup de foudre.
VOrlando, le Bellerophon éprouvèrent de semblables dégâts ; dans quelques cas, les mâts furent brisés en mille pièces, et disparurent en totalité ou en partie.
En mars 1813, le vaisseau anglais de 44, la Clorinde, fut foudroyé sur la côte est de Geylan; le grand mât fut mis en pièces, il n'en resta qu'un tronçon, et le grand mât de hune fut coupé en deux.
Le 23 janvier 1749, le vaisseau hollandais le Diamaten, de 64, allait de Malaga à Lisbonne ; il fut foudroyé et son grand mât réduit en si petits fragments qu'un homme seul suffisait à porter le plus gros de ses débris (1).
Le 4 juillet 1804, la corvette la Mignonne, allant à Port- Royal (Jamaïque), fut frappée de la foudre. Le grand mât de hune fut brisé en plus de cinquante fragments dispersés dans toutes les directions; et le grand mât fut fendu jusqu'à la contrequille.
Pendant une nuit d'automne de Tannée 1806, le Pélican fut assailli dans la baie de Honduras par un orage terrible; la foudre tombait à chaque instant sur la terre et sur la mer. Elle atteignit le Pélican, fracassa en atomes le grand cacatois, le mât de grand perroquet ainsi que le grand mât de hune, et dispersa les fragments de ces masses énormes à une telle distance qu'on n'en pût retrouver de quelque grandeur; puis l'étincelle courut sur une ligne spirale autour du grand mât au pied duquel elle disparut (capitaine Ward).
La foudre qui frappa le Rodney, de 80, le 7 décembre 1838, devant Syracuse, fit d'énormes ravages sur les mâts. Le grand mât de perroquet fut atteint le premier ; il pesait 800 livres, et telle fut la violence de l'explosion qu'il fut instanta-
(1) Naut. mag., XIL p. 669.
(î) May schifs lieutenant, haarlemsche Verhandl, t. Xlî, D., p. 391.
lément réduit en copeaux qui flottèrent le long du vaisseau îomme les rebuts d'une boutique de charpentier. Le grand liât de hune fut très-gravement endommagé, un morceau le 10 pieds de long lui fut arraché ; et quant au grand mât, jui avait 2 pieds 6 pouces de diamètre et 87 pieds de long, it dont les ferrures pesaient plus d'une tonne (2,000 livres) .1 fut ravagé dans une longueur de 53 pieds.
Treize de ces énormes cercles de fer éclatèrent, et plus I :ard, à Malte, on trouva le coeur de ce mât complètement îarbonisé.
Le chouquet du grand mât fut fendu; le feu prit au grand lunier; quant au mât de cacatois, il s'affaissa sur les barres ;raversières sans être endommagé par la foudre qui était ,ombée obhquement sur le mât de perroquet.
Grâce à la fermeté des ofticiers et à la parfaite discipUne à )ord, on put combattre le péril et éteindre l'incendie.
Mâts brisés ou coupés transversalement en plusieurs tronçons, — Le vaisseau de ligne français le Gohjmin, allant de Lorient i Brest, fut foudroyé dans la nuit du 21 au 22 février 1812. ^a foudre tomba sur le mât d'artimon et le jeta sur la dulette : il avait été brisé en trois. Le fragment du milieu, de )rès de 4 mètres de longueur, disparut en totalité.
Éclats projetés au loin. — Malgré leur énorme volume, les iébris des mâts ont été parfois lancés à de grandes distances.
Le 8 octobre 1809, la Désirée, de 36, fut frappée dans le )ort Antonio à la Jamaïque ; les débris de ses mâts furent ancés à de grandes distances, et suivant le rapport de l'amiral Ross qui commandait ce bâtiment, une partie du mât de lune fut trouvée, le lendemain matin, enfoncée dans la boue l'un des côtés du port, et une autre partie dans un chantier )pposé.
Mcits fendus de haut en bas. — Les mâts sont quelquefois fendus de haut en bas.
Le sloop YAlbacore fut fi'appé en 1798 dans les Indes occilentales : le mât de perroquet et le mât de hune furent entièrement détruits et le grand hunier embrasé. Quant au ^rand mât, il fut fendu jusqu'au pont.
En 1838, le Swallow eut son grand mât de cacatois et son
grand mât de hune fendus, Il en fut de même du grand mât depuis les jottereaux jusqu'au pont : plusieurs fragments en furent détachés.
Les bas-mâts sont quelquefois fendus au-dessus du pont et même jusqu'à la quille. Le London, la Thétis, la Mignonne, en ont offert des exemples.
Le 29 août 1821, la foudre fendit de haut en bas le mât d'un bateau dans le département de Maine-et-Loire.
Mâts clivés. — Le clivage des mâts est analogue au clivage des arbres ; on l'a observé sur tous les mâts. Il arrive parfois que le cœur seul du mât est clivé, et que l'enveloppe reste intacte.
Le Blake, de 74 canons, fut foudroyé en mars 1812; le mât de perroquet était en sapin vert ; il fut divisé en longues fibres dans toutes les directions , au point de figurer un arbre avec ses branches.
En septembre 1833, dans l'océan Indien, deux décharges successives atteignirent le Htjacinîh; le mât de perroquet et le mât de hune furent littéralement réduits en une masse de lattes, et pouvaient à peine se maintenir.
Le Sheldrake, de 16, fut frappé, étant à l'ancre à l'embouchure du Great-Belt, le 23 juin 1811. Le mât de grand perroquet et le grand mât de hune furent fendus en fragments rubannés et le grand mât avait l'apparence d'un faisceau de lattes.
L'observation suivante nous offre un double intérêt par le clivage d'un mât et Févidement d'un autre.
Le Sultan, de 74, était, le 19 septembre 1812, devant l'île de Tavolaro (côte nord de Sardaigne), lorsqu'il fut foudroyé. Le grand mât de hune fut fendu en lattes et resta debout pendant quelques mJnutes, mais bientôt il tomba avec un fracas horrible, lorsqu'on mit le bâtiment au vent ; et telle fut sa destruction que le pont fut complètement couvert de ses débris en copeaux. En outre le cœur du grand mât fut entièrement enlevé; son enveloppe présentait un ou deux trous suffisamment grands pour qu'un petit garçon pût s'y glisser et pénétrer dans l'intérieur évidé d'où s'échappaient en grande abondance les copeaux et rognures. Ce ne fut
ju'avec beaucoup de soins et d'efforts qu'on put réparer ce nât assez bien pour l'empêcher de tomber.
Dans l'exemple suivant le clivage du mât resta inconnu rendant près d'un mois.
Le San-Josef, de 120 canons, était dans la Manche, le il décembre 1803, lorsque son grand mât fut frappé obliquement par la foudre. Sur toute sa surface, depuis le dessous de la hune, il était légèrement brûlé et plusieurs de ses cercles de fer étaient déplacés. Ce mât ne parut pas grave-
t lient endommagé, mais les charpentiers de deux bâtiments voisins se crurent néanmoins obligés de le jumeler. Le Sanïosef se rendit à Piymouth dans le courant du mois de janvier mivant ; on enleva le mât, et, chose bien remarquable, on
' m trouva le cœur réduit en un faisceau de lattes. On s'étonna ]ue ce mât eût pu se tenir debout si longtemps après l'accident.
[ Sillons longitudinaux, en zigzag^ en spirale. Sillon double,
î — Les mâts sont souvent sillonnés par la foudre.
Le grand mât du Racehorse, de 18, frappé le 17 octo- Dre 1831, entre Port-Royal et Sainte- Marthe, ne présenta les
[traces de la foudre que sous la forme d'une ligne noire.
I Un brigantin fut frappé dans la rade de Zante : l'étincelle fendit le mât de misaine, descendit en serpentant, détacha des éclisses enflammées qui auraient incendié le navire sans de prompts secours. (Orioli).
I La Palma, frégate de 48, fut frappée à Garthagène, le
12 juin 1814, et son mât de misaine offrit un sillon de
2 pouces de profondeur et de 1 pouce et demi de largeur : il
passait sous les cercles de fer et les laissait intacts (1).
Le sillon est quelquefois en zigzag, tel était celui qui resta
'tracé sur le grand mât du Magnificent, de 74, frappé le
U7 avril 1814.
' Dans d'autres cas, le sillon est en spirale.
En 1779, le Terrible, de 74, à l'ancre à Spithead, fut atteint par la foudre ; l'officier de quart la vit descendre en un courant circulaire le long du m ât de misaine.
''1) Nantie, mag., XU, p. 6i3.
En août 1807, la foudre suivit en spirale le mât de misaine du Bellerophon, et l'un des mâts du Coldstream en avril 1812.
Le 10 septembre 1806, le Pélican eut son grand perroquet et son grand màt de hune brisés en fragments qui furent lancés au loin. En outre, l'étincelle descendit sur le grand mât jusqu'à la quille en creusant un sillon en spirale hérissé de dentelures (capitaine Ward).
On a vu deux sillons sur un même mât se réunir inférieurement.
Un orage éclata dans la nuit du 11 au 12 juillet 1852, à Cherbourg. Le Patriote, navire en fer, désarmé, n'avait au commencement de l'orage que ses bas-mâts ; de sorte qu'il n'était pas protégé par ses paratonnerres. Ajoutons que ses hunes en fer étaient en place. La foudre tomba sur le mât de misaine et le fendit sur une longueur de 26 mètres. Au-dessous de la hune, elle descendit le long du mât d'abord par deux côtés opposés. D'un côté elle écarta une des fortes pièces du mât qu'elle suivit dans toute sa longueur jusqu'au pont, en faisant sortir les clous en cuivre qui la retenaient ; de l'autre côté, elle arracha le bois en le jetant au loin en petits fragments, et elle forma ainsi un sillon d'une profondeur de 1 décimètre environ. Le sillon tournait autour du mât, de sorte que les deux routes opposées suivies par l'étincelle électrique se réunissaient au pied du mât où un trèsfort éclat avait été enlevé jusqu'au pont. De très-légères traces de carbonisation existaient sur quelques points de cette route. (Liais).
Mâts perforés. — Nous ne possédons pas un seul exemple de mât perforé de part en part, mais seulement une perforation incomplète.
Le 26 décembre 1791, le Squirrel, de 28, étant à l'ancre à Beerhaven, eut son grand mât frappé par la foudre en globe. Un des côtés du mât fat brijlé ; le mât paraissait en outre avoir été perforé aux deux tiers de sa hauteur â partir du pont, mais le trou ne dépassait pas le tiers de l'épaisseur.
Mats soulevés. — On dit que lors du foudroiement du brick le Glenker, de 12 canons, le 31 décembre 1828, le grand mât
Tut enlevé à 6 pieds au-dessus du pont, tandis que le mât et ♦es voiles de hune furent jetés par dessus le bord.
Lésions affectant le cœur ou le centre des mats. — Les lésions ie mâts que nous venons de passer en revue sont toutes • aciles à reconnaître au premier abord ; mais nous avons i signaler d'autres lésions qui respectant entièrement ou presque entièrement les couches extérieures des mâts, affectent leur partie centrale. Elles sont d'autant plus dangereuses > quelles peurent rester plus ou moins longtemps cachées et avoir subitement et inopinément les conséquences les plus funestes. Elles sont d'ailleurs de natures diverses et produites par des f mécanismes variés.
Quelquefois le mât est foré par la combustion. , Nous avons déjà signalé l'accident arrivé au Rodney {mâts \ brisés).
Le Bombay-Castle de la compagnie des Indes-Orientales,
revenait de Chine vers l'année 1801, lorsqu'il fut atteint par
f la foudre, près de la baie d'Algoa. — L'étincelle entra dans la
i tête du mât de misaine et descendit dans le cœur du mât
; pour éclater en feu au-dessous des agrès. Tous les efforts
pour éteindre l'incendie échouèrent ; le mât fut coupé et
tomba dans la mer, ce qui sauva le navire.
Le même fait est rapporté par Horsburgh avec cette différence que le bâtiment se nommait le Britannia.
D'autres fois le cœur du mât est seulement entr'ouvert, sans doute par la force d'expansion de la foudre, ainsi :
Le centre du mât de misaine était entr'ouvert et cinq cercles de fer étaient en partie fondus et brisés sur le Phaéton, foudroyé le 14 septembre 1824, dans la rade de Gibraltar (1).
Nous avons cité un cas où le cœur d'un mât était clivé en lattes.
Parfois aussi le cœur du mât est réduit en copeaux et son enveloppe présente un ou deux trous par lesquels ils s'échappent; ainsi que nous l'avons signalé sur le Sultan, dont le grand mât de hune fut en outre fendu en lattes. Enfin dans les cas suivants, un canal a été creusé dans le
(1) Nantie, magaz., XXI, p. 471.
3â4 EFFETS DE LA FOUDRE SUR LES NAVIRES
centre des mâts, sans que nous puissions, faute de détails suffisants, connaître le mécanisme et ia nature même de cette singulière lésion.
En septembre 1825, le brigantin // Biiono Servo fut foudroyé à l'ancre dans la baie d'Armiro. Le mât ne parut pas endommagé; cependant, dès le lendemain, lorsqu'on se remit en mer, un coup de vent le rompit et l'on s'aperçut alors qu'il était percé dans toute sa longueur d'un canal triangulaire étroit à l'extrémité supérieure, s'élargissant en descendant et quatre fois plus large en bas qu'à la cime. Or attribua la forme de ce canal à une tige de fer triangulaire implantée au haut du mât, et à la disposition intérieure di bois (1).
Le il septembre 1789, dans la baie de Bengale, la foudre atteignit le mât de petit perroquet de la Persévérance, de 36. se fraya un passage dans le centre du mât de misaine et en sortit sur le gaillard d'avant, juste au-dessus du pont.
Le 14 mai 1808, en Sicile, VHijdra, frégate de 36, fui assaillie par un violent orage. Une houle de feu frappa la tête du grand mât, brisa en grande partie son mât de perroquet, fracassa le bas-mât en morceaux qui furent jetés dans l'eau tout autour du bâtiment, enfin le cœur du mât de hune fut entièrement enlevé et ce mât réduit à son enveloppe.
Le 22 mars 1814, la foudre atteignit le Nereus, de 36, alors à l'ancre à Rio de la Plata; ses mâts furent endommagés, et à la fin de l'année il retourna en Angleterre pour être réparé. En changeant le grand mât, on constata que son cœur était en grande partie détruit ; le mât était en quelque sorte gonflé en plusieurs endroits, comme s'il eût été soumis à une violente force expansive agissant de dedans en dehors ; plusieurs cercles de fer avaient été rompus. L'étincelle paraissait s'êtr fait jourau dehors à environ 10 pieds au-dessus du pont.
En 1810, à Gorfou, au milieu de la nuit, la foudre vint frapper le grand mât de la frégate la Thémis, répandit une forte odeur sulfureuse sur le navire, et fit entendre une assez violente détonation dans la cale, ce qui fit croire à plusieurs ma-
(1) Orioli. Comités rendus, XXIV, p. 763 (1847).
telots que le feu était à bord. Plusieurs pièces à eau et divers objets furent brisés, mais aucun incendie ne se déclara. Quelques hommes furent légèrement asphyxiés.
La foudre avait percé le grand mât sur toute sa longueur, sans laisser aucune trace à l'extérieur du mât qui était cerclé enfer. Ce mât, débarqué, devint dans les chantiers du port l'objet d'une curiosité toute particuhère (i).
Lésions des cercles. — Quelque fois les cercles de fer des mâts sont seulement déplacés comme sur le grand mât du San- José f; mais assez fréquemment la foudre les rompt, ou les brise.
Cet effet a été observé sur le grand mât du Duke, du York, du Nereiis,
Cinq anneaux furent enlevés du mât de misaine du Barfleur, de 74.
Notons plus particulièrement les deux faits suivants :
Le coup de foudre qui frappa le Rodney, en décembre 1838, brisa treize anneaux de fer du grand mât chacun de 5 pouces de largeur et d'un demi pouce d'épaisseur.
Lorsque, rÉIéphant fut foudroyé àPortsmouth, tous les anneaux de fer du grand mât furent éclatés et brisés en morceaux; des fragments furent lancés à de grandes distances. Quelques-uns de ces anneaux avaient une largeur de 0 pouces et un demi-pouce d'épaisseur. Le mât fut fracassé dans toute sa longueur.
On ne trouve le plus ordinairement aux cercles aucun signe de fusion ; cependant à l'un des anneaux brisés du mât du Diamaten, l'extrémité delà cassure était un peu fondue. Cinq cercles de fer du mât de misaine du Phaéton furenten partie brisés et en partie fondus.
Les mâts dont les cercles de fer étaient brisés, étaient le plus ordinairement fendus, éclatés ou forés.
On a remarqué que c'est plus spécialement auprès des ferrures des mâts que les dommages sont très-graves ; ainsi la présence des anneaux isolés les uns des autres contribue sans doute à aggraver les effets de la fulguration,
(1) Communiqué par M. le sénateur Dore t.
336 EFFETS DE LA FOUDRE SUR LES iNAVlRES
Parfois cependant les garnitures de cuivre de certains mâts préservent ceux-ci de tout dégât dans les endroits même qu'elles recouvrent : cela a été observé sur le Fox, cutter de douane.
Lésions des vergues. — Le plus ordinairement la foudre frappe les mâts, les endommage plus ou moins gravement mais respecte les vergues. M. Horsburgh a spécialement insisté sur ce fait; et d'après M. Harris, une fois seulement sur six, les vergues ont souffert en même temps que les mâts, tandis qu'une fois sur deux cents la foudre a frappé l'extrémité d'une vergue sans atteindre le mât.
Parmi les nombreux exemples de vergues restées intactes, tandis que les mâts étaient gravement endommagés, nous choisirons les suivants :
Lorsque, en juin 1792, l'i/ma eut son grand mât trèsfortement endommagé dans toutes ses parties hautes et basses, aucune de ses 4 vergues ne reçut la moindre lésion, et aucune voile ne fut touchée (Horsburgh).
Dans un autre cas, quoique le petit mât de hune et le mât de perroquet fussent très-endommagés et en danger de tomber, aucune des vergues ne fut touchée.
Lésions des voiles, — Les voiles sont parfois déchirées en larges lambeaux, ou même en morceaux, comme sur rAmphion en 1808; sur le Blood-Hoiind en 1812; sur le Duke, .de 90 canons, en 1793 ; ici la voile de grand perroquet et le grand hunier furent déchirés.
On a vu les voiles criblées de trous par les mille débris des mâts. Ainsi, le 22 mai 1842, le brick /e Frisk fut foudroyé vers la côte de l'Irlande, près de Baltimore. Son grand mât de cacatois et son mât de perroquet furent fracassés en éclats, et ces éclats, lancés sur la voile de perroquet, la trouèrent en tant d'endroits qu'elle fut mise hors de service.
Le feu de la foudre agit de diverses manières sur les voiles. Parfois de nombreuses petites étincelles criblent les voiles d'un grand nombre de trous ; c'est sans doute à ce mode d'action que nous devons attribuer l'état que présentait la voilq
EFFETS DE LA FOUDRE SUR LES NAVIRES m
de cacatois du Blood-Hound ; elle était criblée comme un filet.
D'autres fois la foudre roussit les voiles de manière à les mettre hors de service, comme cela arriva au Fisgard, de 36, frappé le 22 février 1799, devant Plymouth et sur lequel on ne remarqua pas d'autre dégât.
Plus souvent encore les voiles sont embrasées :
L'incendie qui, en 1746, dévora entièrement un navire hollandais dans la rade de Batavia, commença par la voile de grand hunier; nous reviendrons sur cet accident.
Le grand hunier de VAlhacore,\di grande voile de rEndymion furent mis en feu ; la grande voile, le grand hunier et les bonnettes d'artimon de la Thisbé, de 32, s'embrasèrent; on fut obligé de couper le grand mât. -
Le 22 janvier 1807, vers Palerme, le petit mât de hune du Swiftsure, de 74, ainsi que sa voile furent mis en feu et brûlèrent pendant] une heure environ. L'incendie ne put être éteint qu^après les plus grands efforts des officiers et de l'équipage.
Lorsque le Fredrecksteïn^ de 32, était à Fancre au Pirée, le 1^^ mars 1812, un boule de feu fit explosion sur le pont, incendia les bonnettes et plusieurs autres voiles malgré la quantité prodigieuse de pluie, qui tombait par torrents, il s'écoula quelque temps avant qu'on pût éteindre le feu de la voile de grand hunier. Deux marins furent étourdis (1).
Répartition des coups de foudre sur les différents mâts. — Le grand mât des vaisseaux est plus souvent frappé par la foudre que les autres mâts ; sur 172 vaisseaux, il a été frappé seul ou en même temps que d'autres mâts 125 fois, c'est-à-dire dans un peu moins des 3/4 des cas.
Le mât de misaine vient ensuite ; il a été frappé seul ou avec d'autres mâts 52 fois ou un peu plus du quart.
Le mât d'artimon a été frappé seul ou avec d'autres mâts 16 fois ou un peu plus d'1/11.
(1) muik. Mag., t. XII, p. 53S. ^ :
Sestier. i — âl
Le mât de beaupré, qui n'est pas vertical, n'a été frappé que 2 fois.
Dans aucun cas, le mât de misaine et le mât d'artimon n'ont été frappés simultanément, à l'exclusion du grand mât.
Si au lieu des vaisseaux, nous considérons maintenant les bricks ou navires à deux mâts, nous voyons que le grand mât a été plus souvent foudroyé que le mât de misaine dans le rapport de 20 à iO, c'est-â-dire que les deux tiers des coups ont atteint le grand mât.
Nous n'avons aucun exemple de mât de beaupré foudroyé sur un brick.
En résumé ; la foudre tend à tomber sur le centre du bâtiment, sollicitée à la fois par le centre même de la masse et par la hauteur du grand mât.
Sur les 172 cas dont il s'agit, nous avons pu constater que 20 fois, deux et même trois mâts ont été frappés du même coup. Un seul rayon oblique peut facilement produire cet effet ; dans quelques cas, c'est le résultat d'une bifurcation, d'une trifurcation de la foudre au moment où elle s'approche du navire. Une fois sur seize la foudre est tombée sur les bâtiments en un courant divisé en 2 et 3 portions (Sn. Harris).