‹ De la foudre (volume 2)Chapitre 52 sur 198 · CHAPITRE P · texte numérisé non relu

CHAPITRE P

Sommaire. — Arbres. De la fréquence du foudroiement des arbres. — Des lésions considérées dans leurs rapports avee la direction de la foudre. — Des lésions légères. Excoriations. Ecorc-e criblée. Decortication. Sillons. — Des lésions graves. Arbres fendus. Arbres roulés. Arbres forés. Arbres coupés transversalement. Arbres tordus. — Effets de combustion. — Odeur des fragments. — Dégâts énormes produits par la foudre sur les arbres. — Feuilles. Lésions diverses. — Des effets bienfaisants de la foudre sur les végétaux. — Effets de transport. — Racines. Effets sur la vitalité des arbres. — Herbes. — Cercles des fées.

De la fréquence du foudroiement des arbres.

— Les arbres sont très-fréquemment frappés par la foudre; dans certaines relations d'orages, on a signalé plusieurs arbres frappés presque simultanément.

Le 25 juillet 1803 , un orage éclata sur la commune d'Ogenne, et tomba en quatre endroits différents aux environs de l'église : trois chênes et un pommier avaient été foudroyés. — Le 19 juillet 1811, sur le territoire de Luc, qui est voisin du précédent, en très-peu de temps la foudre frappa une maison , deux chênes et un châtaignier (Palasson).

Si Ton considère que les arbres plongent dans le sol profondément et par des ramifications extrêmement nombreuses, imprégnées d'humidité, on comprend que les arbres soient des conducteurs plus ou moins parfaits de l'électricité. Les extrémités des branches plus ou moins pointues, plus ou moins humides, servent à l'écoulement de l'électricité de nom contraire à celle du nuage qui réagit sur le sol, et par conséquent un arbre agit à la façon d'un paratonnerre, pour rétablir l'électricité à l'état neutre, mais à un degré relativement très- faible.

Les arbres ne sont pas tous également foudroyés ; les anciens regardaient certains arbres comme jouissant d'une immunité complète.

Festus rapporte que des prêtres nommés Strufertarii purifiaient les arbres foudroyés ; avant cette cérémonie l'arbre frappé par la foudre était regardé comme funeste. Il en était d'ailleurs de même pour tous les endroits foudroyés : les Romains y élevaient des autels Deo fulminatori, et les aruspices y immolaient une brebis appelée bidens, c'est-à-dire à qui les dents avaient poussé en haut et en bas.

Pline et Sénèque disent que la foudre ne frappe jamais le laurier (1), Piutarque répète la même chose dans ses Symposiaques (liv. iv, quest. 2).

Tibère croyait se préserver des effets de la foudre en se couronnant de laurier (Suétone); Columelle recommande d'en placer quelques rameaux sous la couvée des poules afm de la préserver des effets de la foudre, et d'en clouer à la porte des maisons pour empêcher que la foudre ne fasse tourner le vin.

Mais Gardino (Dissertation) a vu plusieurs lauriers assez grands que la foudre avait frappés, et dont les débris avaient été lancés au loin. Sachs, Yeromercatus en signalent d'autres exemples ; Sennert en a cité un (2).

Le figuier, le mûrier, le pêcher passent aussi pour être toujours épargnés par la foudre. Il n'en est rien : Toaldo a vu en 1783, près de Padoue, un figuier frappé de mort par la foudre et desséché rapidement. — Un mûrier de 80 ans fut en partie détruit, le 13 août 1783, par un coup de foudre (Ed.Biot).

Le hêtre semble un des arbres les plus rarement frappés. M.-Hugh-Maxwell et plusieurs personnes de sa connaissance n'avaient jamais vu la foudre atteindre le hêtre, le bouleau et l'érable (3).

Dans l'état de Tennessee, l'opinion que le hêtre à larges feuilles (fagus sylvatica L.) n'est jamais frappé par la foudre

(4) Hist. nat., lib. ii, ch. 55.

(2) Epit. Phys., lib. iv, cli. 2.

(3) Mém.oftheAmeric. Acad., v. H (P. 1), p. 143.

est si bien établie, que les plantations de cet arbre servent de lieu de refuge dans les temps d'orage.

M. Hornemann, au congrès des naturalistes de Berlin, en 1830, a cherché à établir que si dans une forêt de hêtres il existe un chêne, c'est le chêne seul qui est frappé; et si dans une forêt de chênes il existe un hêtre, celui-ci ne l'est jamais.

Enfin d'anciens forestiers de l'Alsace, des Vosges, de la Lorraine ont assuré à M. Daubrée n'avoir jamais vu un seul hêtre foudroyé (1).

Mais des faits nombreux aujourd'hui démontrent que le hêtre est quelquefois foudroyé. Probst Pratje en a rassemblé quelques cas (2). Le professeur Redfield dit que les marques de la foudre se trouvent tout à fait à la base des hêtres (3j. M. Sterk a vu, en Suisse, aux bains de Gais, un hêtre qui venait d'être foudroyé, et dont les racines avaient été mises à découvert par la foudre : le tronc, les branches, les feuilles ne portaient aucune trace du météore.

Palasson signale un hêtre foudroyé; deux jeunes gens qui avaient cherché un abri sous son feuillage furent frappés de mort (4).

D'autres hêtres frappés par la foudre sont signalés (5) : nous en citerons plus loin un autre exemple.

Suivant quelques auteurs le tonnerre ne tombe jamais sur les arbres résineux, tels que les pins, les sapins. Hugh Maxwel, Probst Pratje (6), le professeur Horsford (7) ont réuni un assez grand nombre d'observations contraires. Les sapins semblent plus souvent frappés que les pins; Ausfeld rapporte même qu'un sapin fut foudroyé entre plusieurs pins qui l'entouraient. Mais les pins, quoique généralement plus élevés et

(1) Soc. d'hist. nat. de Strasbourg , 6 juin 1848; — et l'Institut, t. XVI, p. 329.

(2) Hanov.mag., p. 192 (1782).

(3) Proceed. ofthe Americ. Assoc, p. 41 (1850).

(4) Nouv. mém. pour l'hist. nat. des Pyrénées, v. 4, p. 163 (1823).

(.5) Ann. of Philos., l^^ série, t. X, p. 389 (1817); — Ann. de la soc. d'agric. et de botan de Gand, t. V, p. 356 (1849).

(6) Loc. cit.

(7) Proceed. of the Americ. Assoc, p. 41 (1850) ; — Fode'ré, Dict. des se, méd., t. LV, p. 284; — la Patrie du 30 sept. 1850.

Sestier. I — 27

plus aigus que les chênes, sont infiniment moins souvent frappés que ces derniers (1).

Le buis, la vigne vierge ont passé jadis pour des préservatifs de la foudre (Golumelle) .

On a attribué la même vertu à la joubarbe qui pousse sur les toits, d'oii les noms, allemands Donnerblatt, Donnerbart, (feuille de tonnerre, barbe de tonnerre) donnés à cette plante.

Les observateurs n'ont pas toujours noté si c'était la foudre linéaire ou la foudre en globe qui avait frappé les arbres ; nous avons déjà signalé quelques effets de la foudre en globe sur les arbres (2) ; dans les observations que nous aurons à rapporter il est bon de se souvenir que la forme de la foudre n'a pas toujours été indiquée.

Sur 146 arbres foudroyés et dont l'espèce est désignée, nous trouvons :

49 chênes

2 châtaigniers.

20 peupliers.

2 pommiers.

10 noyers.

1 sorbier.

14 ormes.

1 tilleul.

9 sapins.

1 mûrier.

5 pins.

1 aulne.

o frênes.

1 faux ébénier.

4 hêtres.

1 robinia pseudo-acacia

7 saules.

1 figuier.

4 poiriers.

1 olivier.

4 cerisiers.

0 bouleau, érable.

3 catalpas.

Le chêne est l'arbre le plus souvent atteint par la foudre, c'est une croyance commune de tous les peuples ; il a été jadis consacré au dieu du tonnerre. Théophraste parle d'une espèce de chêne (aXicpXoiov), qui était si souvent frappée, qu'on ne l'employait pas dans les sacriiices.

Nous ferons remarquer que la hauteur des arbres n'est pas la cause essentielle de leur foudroiement plus ou moins fréquent, et le tableau qui précède ferait vraiment croire que

(1) Voir : Dibden. Philos. Trans., vol. LIV, p. 2o3 (1764).

(2) Foudre en globe, — arbres.

l'essence même de l'arbre a une influence réelle. Car pourquoi les oliviers, les mûriers, les bouleaux, les érables, si nombreux dans certaines contrées, sont-ils à peine frappés?

La hauteur des arbres joue un rôle : il est certain que si plusieurs arbres sont rapprochés au milieu d'une plaine, la foudre frappera de préférence les plus élevés. Nous en possédons de nombreux exemples.

L'isolement des arbres, l'élévation du terrain, la situation par rapport à l'orage, la nature du sol, la forme du feuillage et celle des racines ont une influence marquée sur les effets delà foudre et sur sa tendance à frapper les arbres. Il résulte de quelques-unes de nos observations que la foudre atteint de préférence les arbres les plus chargés de feuilles, comme les catalpas, les chênes (1), et les préfère à ceux qui viennent d'être dépourvus de leurs branches ; elle atteint aussi plus spécialement les arbres vivants que les arbres déjà morts (2).

La foudre semble aussi préférer les arbres dont les racines sont à la fois profondes et étalées.

Les arbres sont inégalement conducteurs de l'électricité ; ils la conduisent d'autant mieux qu'ils sont plus humides et par conséquent plus jeunes. M. Daubrée a fait quelques expériences sur la conductibilité des différentes espèces d'arbres (3). Bertholon (4) a reconnu que les plantes qui conduisent le mieux l'électricité sont les plantes grasses, ce qui vient à l'appui de l'emploi que les Indiens font des cactus et des cereus pour protéger leurs demeures. N'oubUons point non plus que les pointes que portent ces remarquables végétaux facilitent l'écoulement de l'électricité du sol, et contribuent aussi à diminuer les chances de fulguration.

Sur 129 arbres foudroyés, nous trouvons qu'il y en a eu :

0 en Janvier.

en Juillet.

0 Février.

Août.

4 Mars.

iO

Septembre.

2 Avril.

Octobre.

13 Mai.

Novembre.

32 Juin.

Décembre.

(1) Comptes rendus, t. XLIII, p. 1066 (1856).

(2) Lichtenb. mag., t. IV, p. 120 (1786).

(3) UInstitut, t. XVI, p. 329.

(4) Journ. de phys.

On a vu plusieurs arbres foudroyés dans le même orage, et si près les uns des autres qu'on peut supposer que c'était l'effet d'un seul coup (1).

Dans quelques cas les arbres disposés en séries ont été frappés alternativement. Toaldo a vu tous les arbres impairs d'une rangée ainsi foudroyés.

La foudre a pu atteindre deux fois le même arbre à quelques années d'intervalle et suivre exactement le même chemin chaque fois (2).

Tantôt un arbre est foudroyé de la cime au bas du tronc, tantôt le tronc seul semble avoir été frappé, ou même seulement les racines (3).

Les arbres semblent plus souvent frappés immédiatement au-dessous delà naissance des branches (4).

Des lésions considérées dans leurs rapports avec la direction de la foudre. — Le plus ordinairement les lésions observées sur les arbres foudroyés attestent que l'étincelle les a frappés de haut en bas. Dans quelques cas le sillon est horizontal ou perpendiculaire à la direction de la branche.

Dans le cas suivant, la foudre, d'abord descendante, se serait-elle ensuite réfléchie pour se porter de bas en haut?

Au mois d'août 1769, un peupher-tremble fut foudroyé sur l'avenue qui conduit de Versailles à Saint-Gloud. Le tronc avait 40 pieds de haut ; il était presque aussi gros qu'un muid à la base, et incliné à l'horizon du côté est. On trouva au pied de cet arbre et également du côté est, deux enfoncements faits récemment au sol, ils étaient hémisphériques et de 4 pouces environ de rayon. Les branches étaient intactes. Mais Pécorce du tronc avait été enlevée depuis le sol jusqu'à l'origine des branches, c'est-à-dire dans la longueur de 40 pieds, sur une bande qui formait un quart de tour, et

(1) Eph. Hoyt, The Amer. Journ. of se, vol. V, p. 125 (1822).

(2) Clos, Études sur la météor. du pays toulousain, p, lô2.

(3) F. Cohn, Fechner's Central Blatt, n<> 6, p. 99 (1854) ; — Ausfeld, Voigt's inag., t. VIII, p. 497 (1804).

(4) Proceed. of the Americ. Assoc, p. 41 (1850).

la partie ligneuse avait été creusée d'une gouttière évasée et peu profonde. Vers le uiilieu du tronc on remarquait un grand éclat de bois de 6 pieds de longueur sur 4 pouces de largeur et 2 d'épaisseur, qui tenait supérieurement à l'arbre, et s'en séparait inférieurement pour former avec le tronc incliné un angle de 20 degrés. La décortication était d'ailleurs plus considérable à la partie inférieure qu'à la partie supérieure de l'arbre.

Ce mode d'action de la foudre est assez fréquent : on voit souvent les lambeaux d'écorce ou de bois détachés de bas en haut et n'adhérant plus au tronc que supérieurement (Gohn, déjà cité).

Un saule ayant été fendu par la foudre, M. Mourgue, de la Société royale de Montpellier, trouva incrustés dans cette fente des débris de la racine de l'arbre (1).

On a fréquemment observé des soulèvements du sol autour des arbres foudroyés.

Enfin des feuilles ont été roussies en dessous et seulement en dessous.

[.a foudre, après avoir suivi un fil télégraphique, près de Grenoble, se jeta sur des noyers placés dans son voisinage et en sillonna 18. Le sillon commençait à la hauteur des fils ou un peu plus bas; sur un seul arbre, ii commençait un peu plus haut que les fils. Le fil avait été rompu par la décharge: il y avait 7 noyers frappés avant la rupture et 11 après (2).

Lésions produites par la foudre sur les arbres. — Lésions légères. — Excoriations. — La foudre se contente quelquefois d'enlever les mousses, les lichens sur un côté de l'arbre, ou elle effleure l'écorce dans sa couche la plus superficielle, en n'y laissant que de très-faibles traces de son passage (3).

On a vu la foudre laisser sur l'écorce de deux grands chênes des traces semblables à celles qu'aurait produites du petit plomb de chasse.

(i) 3ouni. de P/iijs., t. XIII, suppl., p. 4o8 (1778). (5) Seguin, Comptes rendus, t. LUI, p. 346 (1861). CS) Withering, Phil. trans., p. 293 (1790).

Écorce criblée. — Ant. Guazzi dit que le 15 août 1791, près de Casai Maggiore, trois hommes furent foudroyés sous un orme. L'un d'eux avait le coude appuyé sur l'arbre au moment du foudroiement, et, entre autres lésions, il présenta au bras une infinité de petits trous. A l'endroit où portait le coude, l'arbre présentait une anfractuosité d'une palme environ de longueur et de largeur, au centre de laquelle un trou pénétrait jusqu'à la partie ligneuse. L'écorce tout autour semblait avoir été percée par des mites. De ce point partaient plusieurs petites lacérations qui montaient presque perpendiculairement vers le sommet du tronc; on ne put découvrir aucune lésion aux branches.

A un mille et demi de Breslau la foudre atteignit un peuplier argenté de 70 pieds de hauteur et de 10 pieds de circonférence à la base. Elle le frappa à la moitié de sa hauteur, au niveau de la seconde division dichotomique du tronc, respectant toute la moitié supérieure. Au commencement de son trajet, et dans une petite étendue, elle détacha un lambeau d'écorce qui resta suspendu et ployé en haut et en dehors. Le corps hgneux correspondant était fendu comme par la hache, et présentait à son milieu une fente plus profonde, dans laquelle de forts éclats se dirigeaient aussi en haut et en dehors. L'écorce, à partir de ce point, avait été enlevée jusqu'au bas de l'arbre, mais plus large supérieurement, de manière à se terminer en pointe à la base. Le corps ligneux mis à nu n'offrait aucune trace de carbonisation; quelques fragments noirâtres lui adhéraient encore ; d'ailleurs on reconnut qu'il était fendu en plusieurs endroits (1).

Décortication. — C'est une des lésions les plus fréquentes de la foudre sur les arbres.

Le 16 juillet 1708, deux chênes furent foudroyés à Brampton. Le plus gros avait 10 pieds environ à sa base. Ils furent tous deux fendus et privés de leur écorce sur toute leur circonférence, depuis le sommet jusqu'au sol, dans la longueur de 28 pieds. L'écorce, complètement détachée du

(1) Voir Cohn, Effets de la foudre sur les arbres, Fechner's central Blatt. n« 6, p. 99 (1854).

corps de l'arbre, pendait sous la forme de lanières de plusieurs pieds de longueur, adhérentes par en haut (Morton).

Le 27 mai 1842, à Lamperlosch, près de Bechelbronn, un poirier sauvage fut foudroyé un peu avant la pluie. On vit la foudre tomber sur cet arbre. Lors de l'explosion, il s'éleva une épaisse colonne de vapeur que M. Boussingault, témoin de l'accident, compare à la fumée qui sort de la cheminée quand on charge un foyer avec de la houille. Des éclats furent lancés dans toutes les directions, les grandes branches s'affaissèrent, et après la dissipation de la vapeur, le tronc du poirier se montra debout et d'une blancheur surprenante : la foudre l'avait complètement dépouillé de son écorce (1).

L'arbre était fendu en deux parties inégales, qui présentaient elles-mêmes de nombreuses fissures, sans trace de carbonisation. M. Boussingault attribue la décortication au dégagement subit et abondant de la vapeur entre l'aubier et l'écorce.

La décortication est quelquefois partielle et bornée à un seul côté, ou limitée à des bandes plus ou moins réguhères, soit sur le tronc, soit sur les branches.

Sillons. — La foudre trace des sillons sur les arbres, en nombre plus ou moins grand, qui se prolongent quelquefois Jusqu'aux racines.

Sir John Clark a vu, dans le Gumberland, un immense chêne de 60 pieds de hauteur au moins, et de 4 pieds de diamètre, sur lequel la foudre avait enlevé, suivant une Hgne droite, un fragment d'environ 3 pouces de largeur et 2 pouces d'épaisseur, qui s'étendait sur toute la longueur du chêne.

M. Héricart de Thury en a signalé quelques exemples sur des peupliers (2) .

Voici des exemples de sillons multiples :

Le chevalier de Louville observa dans le parc du château de Nevers un arbre frappé au sommet du tronc par la foudre qui, s' étant divisée en trois rayons, avait tracé trois sillons,

(1) Comptes rendus, t. XIV, p. 835.

(2) Ami. de la sûc. d'agric. et de botan. deGand, t. V, (1849).

42i EFFETS DE LA FOUDRE SUR LES VEGETAUX

comme si du haut de l'arbre on avait tiré trois coups de fusil à balle vers ses racines. Les trois sillons avaient suivi les irrégularités de direction du tronc, glissant toujours entre le bois et l'écorce. Le bois n'était pas brûlé.

Wallis a vu un frêne qui portait quatre sillons larges d'un pouce et qui étaient plus profonds que l'écorce.

Les sillons peuvent affecter une direction en zigzag (Héricart de Thury), pénétrer jusqu'au cœur du bois même sur un parcours considérable (1).

La foudre en globe a pu enlever une lanière d'écorce à l'arbre (2).

Les sillons affectent souvent une direction en spirale. Nous en avons réuni 16 exemples : 4 chênes, 3 peupliers, 2 ormes, 2 pins, 1 sapin, 1 aulne, 1 saule, 1 châtaignier et 1 arbre à essence non déterminée.

La spirale parcourt quelquefois toute la longueur de l'arbre.

A Ziirich, en 1710, la foudre enleva l'écorce d'un arbre depuis les branches les plus élevées jusqu'aux racines, dans une largeur de 6 à 8 pouces, suivant une ligne spirale, sans aucune trace de combustion (3).

Reimarus a signalé une lésion analogue sur un peuplier près de Hambourg (4) .

Le sillon peut n'atteindre que les 2/3, les 3/4 du tronc. Dans quelques cas, l'étincelle a été déviée par quelque accident de l'arbre et a sauté sur les personnes ou sur les arbres du voisinage.

ABreslau, en juin 1721, la foudre quitta unpeupUerdont le tronc était tordu et incurvé pour se jeter sur le sol (5).

Un autre exemple est rapporté par Héricartde Thury (6).

G. Fiedler observa, en mai 1844, dans le parc de la villa Borghèse à Rome, deux grands pins frappés par la foudre dans le mois de mars précédent. Ces deux arbres étaient assez

(1) Voir Acad. des se. (1763), et Richard, Histoire de l'air, t. VIII, p. 327.

(2) Foudre en globe. — Arbres, L

(3) Scheuchzer, Météorol.

(4)Reimar, V. 5L, p. 14(1778).

(5) Bresl. SammL, juin 1627. — Reimarus, V. BL, p. 98.

(6) Mém. cité,i}. 349.

voisins l'un de l'autre pour se toucher par l'extrémité de leurs branches. Ils furent atteints du même coup : l'étincelle frappa la couronne de l'un d'eux, enleva l'écorce jusqu'à l'aubier sur la partie supérieure du tronc, sur une bande en spirale de 5 centimètres de largeur, puis sauta sur l'autre pin qu'elle entoura comme un serpent, enlevant l'écorce exactement sur la même largeur que le premier pin. Le sol ne présentait aucun soulèvement, mais on put suivre la trace de la foudre le long des principales racines. Nous reviendrons sur ces sillons.

Le sillon en spirale fait souvent plusieurs tours : on l'a vu faire quatre tours (1).

Le chêne signalé par John Clark portait trois tours de spirale.

En mai 1850, Grebel a vu au-dessous de Zeitz, sur la rive gauche de l'Elster, un aulne de 58 pieds de hauteur frappé par la foudre, qui portait, sur les 2/3 inférieurs de son tronc, deux sillons en spirale. L'écorce et l'aubier avaient été enlevés sur une profondeur d'un demi-pouce et sur une largeur d'un pouce un quart. Il n'y avait aucune trace de combustion.

La profondeur du sillon a été vue d'un décimètre, sa largeur, très- variable, a atteint plusieurs décimètres (2).

Nous avons signalé des exemples de sillons plus profonds sur la partie médiane que sur les bords, et même atteignant le bois. Sir Robert James Petre a rapporté un cas semblable : deux chênes furent foudroyés en juin 1742 dans le parc de Thorndon. L'un d'eux fut sillonné en spirale sur une longueur de 40 pieds jusqu'à un pied du sol; la bande avait 5 pouces de largeur environ ; tout à fait au bas, elle n'avait plus que 2 pouces ; le bois avait été entamé et même détaché sur une partie du trajet. Les branches n'avaient subi aucune atteinte. Le reste de l'écorce semblait avoir été criblé par du petit plomb.

Un sapin argenté présenta des lésions analogues à Héricart de Thury (3).

(1) Comptes rendus, t. XXXI, p. 8.

(2) BresL SammL, p. 1189 (1718). — Reimar., V. BL, p. 14 (1778).

(3) Mém. cite, p. 352.

En 1817, au moisde juillet, dans les environs d'Edimbourg, un orme fut atteint par la foudre à 15 pieds environ du collet, descendit en spirale autour du tronc, puis laboura le sol. Sur tout ce trajet, l'écorce était blanche, brillante comme si on l'eût frottée avec un planissoir de charpentier, sans carbonisation, sans brûlure, tandis que des orties et des broussailles placées au pied de l'orme semblaient détruites par le feu (1) .

Dans la forêt de Kottwitz, près d'Ohlau, la foudre frappa un chêne de la cime jusqu'au sol, et lui enleva une bande d'écorce large comme la main et qui faisait deux tours et demi (Gohn).

Le même observateur a remarqué sur un châtaignier gigantesque une ligne spirale produite par la foudre.

Nous ignorons la cause véritable de la direction en spirale de la foudre, aussi nous abstiendrons-nous de toute explication dont nous reconnaîtrions nous-mêmes l'insuffisance.

Lésions graves. — Arbres fendus. Les arbres sont exposés à être fendus par la foudre ; en général, la fente ne comprend qu'une portion de la hauteur de l'arbre.

Le 6 août 1804, un sapin blanc fut foudroyé près de l'ancien couvent de Reinhardsbrunn : le tiers supérieur de l'arbre parut intact, mais dans ses deux tiers inférieurs, jusqu'à 3 ou 4 pieds de la racine, le tronc, d'une épaisseur considérable, était fendu dans le milieu de telle manière qu'en une certaine place on pouvait voir le jour à travers. Les trois ou* quatre derniers pieds de ce tronc n'offraient aucune lésion apparente (Ausfeld).

Des arbres peuvent être fendus de haut en bas, et la lésion se prolonger même sur les racines. Cet effet a été observé sur un noyer (Scheuchzer), sur des ormes en Gornouailles(Dyer et Miller), sur un peuplier (de la Pylaie), sur un poirier (Boussingault).

Vignola, M. Liais l'ont constaté sur des arbres dont ils n'ont pas indiqué l'essence; un cas fut communiqué en 1834 à l'Académie de Rouen. C'est le plus souvent sur des chênes qu'on a observé ce genre de lésions.

(l) Ann. ofphilosophtj, 1"« série, t. X, p. 389 (1817)

En 1827, près de Vicence, un poirier de 3 pieds de diamètre fut fendu en quatre parties dans toute sa longueur (Fusinieri).

En septembre 1814, la foudre atteignit un Robinia pseudoacacia de 18 mètres de hauteur, isolé et planté dans un jeune taillis de Saint-Martin -le-Pauvre. Elle éclata dans ses branches : l'arbre fut écharpé en mille éclats lancés au loin, la terre en était couverte à plus de 50 pas (1).

Un violent orage éclata dans la nuit du 1®^ au 2 novembre 1861, près du Havre, et tomba sur une ferme de Saint-Romain-de-Colbosc. Un des deux hauts sapins qui ornent la barrière principale a été littéralement, de la base au sommet, fendu en quatre parties mathématiquement égales ; la cime a été abattue et des éclats lancés à une grande distance (2).

Au mois d'août 1853, sur la route de Yille-d'Avray à Versailles, à 300 pas environ de la porte de Versailles, un peuplier de 20 ans environ fut fendu en deux, du sommet à la base; une des moitiés resta en place, l'autre tomba sur la route. Une ligne noire d'un millimètre de largeur occupait le centre de l'arbre (Hérincq).

Un chêne, près d'Épinal, fut brisé en 20 éclats (Parisot).

En 1845, un peuplier, à Yiile-d'Avray, fut brisé en fragments dont les plus petits avaient la ténuité des allumettes, et que l'on retrouvait jusqu'à 25 pas du pied de l'arbre.

Le 13 août 1783, un mûrier de 36 pieds de hauteur fut foudroyé de préférence à des figuiers et à des pêchers voisins. Les branches et une partie du tronc furent déchirées et les débris éparpillés ; quelques fragments furent réduits en une sorte de charpie, La lésion s'étendit jusqu'aux racines qui furent déchirées. Cependant les fragments avaient conservé leur humidité ; on ne trouva de traces de feu que sur quelques feuilles qui étaient légèrement recroquevillées et roussies (Spallanzani) (3).

Le 28 juin 1778, entre 7 et 8 heures du matin, près de

(1) Héricart de Thury, Mém. cité, p. 353; — autre cas, p. 347.

(2) Cosmos, t. XIX, p. 53o (1861).

(3) Opère scelte, t. Vï, p. 347 (1783).

Marsillargues, à 4 lieues est de Montpellier, Mourgue, de la Société royale de Montpellier, et son fils âgé de 7 ans, furent assaillis par un orage. Vers 7 heures et demie, quatre coups de tonnerre terribles se firent entendre, et à chaque coup le feu de l'éclair les environnait. Le dernier éclair qui précéda le coup le plus terrible partit de terre en forme d'une barre de feu verticale, avec des zigzags et des ondulations, et si près de l'observateur, qu'il crut que cet éclair était sorti de terre entre son fils et lui. Trois autres coups, non moins épouvantables, succédèrent à celui-ci.

A 30 toises de la place où j'avais été avec mon fils, dit Mourgue, je trouvai le plus grand ormeau de mon avenue endommagé par la foudre en plusieurs endroits, de son pied à la cime. Tout m'indiqua que ce coup avait porté de bas en haut. Des lanières entières d'écorce, d'aubier et de bois restaient suspendues par le haut de l'arbre ; les déchirures paraissaient avoir été commencées superficiellement dans l'écorce par en bas et s'enfoncer plus profondément, comme les coupures d'un instrument tranchant qu'on tire de bas en haut, mais non si nettement. Vers la base de l'arbre, je trouvai deux ou trois écorchures de forme irrégulière, d'où le gazon et quelques débris des racines superficielles avaient été soulevés de bas en haut, comme par l'effet d'une mine. Le gazon, adhérent encore au terrain par de petites racines, était renversé comme les feuillets d'un livre ouvert, le côté enlevé étant le côté près de l'arbre. La matière fulminique avait froissé la partie inférieure de l'écorce, peu profondément mais dans la direction la plus marquée de bas en haut. Ce ne fut qu'à environ 2 pieds de terre que l'aubier et le bois furent entamés. Une lanière d'environ 3 pieds de longueur, 3 à 4 pouce» de largeur, sur une épaisseur inégale, fut jetée à une toise de l'arbre. La matière ignée parut avoir quitté subitement ce côté de l'arbre, et s'être retournée à environ 2 pieds plus haut, du côté de l'ouest, où elle causa encore plus de dommage, dans le même sens de bas en haut, et d'une façon encore plus marquée. Elle parcourut l'arbre, haut d'environ 6 toises, d'une manière tort irrégulière, et il paraît qu'il se fit une forte explosion à environ 4 pieds plus bas que la cime

de l'arbre, car je le trouvai fracassé en tout sens dans cet endroit, tandis que les 4 pieds supérieurs, qui forment la tige de l'arbre, ne furent pas touchés.

Les feuilles endommagées sur toute la hauteur de l'arbre, et notamment au heu de l'explosion, présentèrent un aspect singulier. On les voyait repliées dans leur face supérieure qui était concave, tandis que la face inférieure était convexe, rousse, crispée, comme brûlée : la partie supérieure n'avait rien perdu de sa verdure dans sa concavité.

L'auteur de cette observation n'a perçu aucune odeur sulfureuse quand la foudre l'environnait, et n'a pu en saisir aucune trace sur Tarbre et sur ses tronçons.

Un gros saule, qui était à 100 toises ouest de Tormeau, fut également atteint par la foudre. Celle-ci semble s'être élancée d'une grosse racine qui sortait de terre, à environ 4 pieds de la tige de l'arbre. GDmme le saule est placé sur le bord d'un fossé, celte racine est à découvert tout le long du fossé; elle élait froissée et déchirée à un pied sous terre et d'autant phis qu'on se rapprochait plus du tronc. On voyait la terre renversée de bas en haut, et comme repliée, non-seulement près de cette racine, mais plus encore à une autre racine un peu moins forte qui sillonnait le bord du fossé du côté de l'est. Une grosse motte de gazon enlevée au pied de l'arbre du côté du midi, annonçait avoir été une autre ouverture faite de bas en haut par la foudre. L'arbre, ouvert et déchiré de tous côtés, portait partout l'empreinte de bas en haut: sa tige et l'écorce étaient tordues naturellement comme en spirale, et on distinguait très-bien que le feu avait suivi et endommagé l'arbre dans la même direction contournée.

Le corps de ce saule avait environ 2 pieds de diamètre : il fut fendu, ou profondément entr'ouvert, et dut se resserrer bien rapidement, car on remarquait avec une grande surprise des débris de cette grosse racine de Fouest enfermés dans les fentes faites au moment de l'explosion ; ce qu'il y a de singuher, c'est que la hauteur à laquelle ces débris avaient été introduits dans le corps de l'arbre était inverse de leur pesanteur spécifique. L'écorce rougeâtre, légère et spongieuse

de cette racine était à la partie la plus basse de la fente, l'aubier un peu plus haut, et le bois encore plus haut. La direction de ces morceaux de bois était remarquable ; leur bout extérieur était dirigé en haut, dans le même sens qu'un clou qu'on enfonce en frappant de haut en bas obliquement; ces débris formaient sur le corps de l'arbre un angle de 60 à 70 centimètres. C'est en vain qu'on essayait de les arracher.

L'explosion parut s'être faite à la tête du saule, à 7 pieds environ au-dessus du terrain, à l'endroit où commencent les branches. Il n'y a pas eu une seule branche ni une seule feuille endommagée, bien|que ce saule formât une très-grosse tête par la divergence de ses branches. Ce saule, plus élevé que ses voisins, avait environ 4 toises de hauteur (8 mètres).

A 4 toises est et ouest de ce saule, deux autres saules, presque aussi gros que le précédent, furent également atteints par la foudre : leurs troncs étaient endommagés de bas en haut, mais infiniment moins que le premier. Le gazon était un peu soulevé au pied de l'arbre. — Les deux derniers saules n'ont souffert que dans l'écorce et dans l'aubier ; le bois d'un seul a été légèrement entamé, et la traînée de feu paraît n'être pas parvenue jusqu'à la divergence des branches. Les parties atteintes n'exhalaient aucune odeur.

A 1,200 toises ouest de ces deux saules, un très-gros saule fut aussi endommagé. Il avait plus souffert que les deux précédents : les lésions paraissaient produites de bas en haut. La matière ignée, sortie plus abondamment de terre, dut faire son explosion au-dessus de la tête de l'arbre, à l'endroit où la divergence des branches est bien marquée : des tronçons de la tête de l'arbre, des branches entières étaient jetées au loin. Un des côtés de la tête de l'arbre était resté en place, et les feuilles de cette partie presque intacte présentaient le même phénomène que celles de l'ormeau, convexes et comme brûlées par-dessous, concaves et encore vertes par-dessus.

Tous ces arbres étaient dans un sol humide, gras, qui a une très-grande profondeur de bonne terre, sans le moindre caillou...

Plusieurs autres arbres furent encore endommagés dans

un espace d'environ 1,200 toises de longueur ouest à est. Mourgue dit en connaître sept plus hauts que ceux qui les environnaient. Il semble que le nuage électrisé était très-bas et aura électrisé le sol à un certain point, et que les sept arbres auront servi d'autant de conducteurs à l'électricité terrestre.

Cette remarquable observation, que nous avons dû abréger sur quelques points, se trouve consignée dans le Journal de Physique (1).

Arbres roulés. On désigne sous le nom d'arbres roulés ceux qui, sans lésions extérieures, n'en sont pas moins divisés à l'intérieur en couches concentriques.

Le 25 août 1818, un grand chêne de la bordure du bois de Thury, ayant 25 mètres de hauteur, fut frappé par l'étincelle foudroyante. En 24 heures ses feuilles jaunirent, puis tombèrent. L'arbre ne montrait extérieurement qu'une légère rainure dans toute la hauteur. L'étincelle avait frappé les racines, et lancé à plus de 25 pas les terres et les cailloux. Cet arbre fut arraché avec le plus grand soin ; les terres étaient noires et répandaient une forte odeur sulfureuse. L'arbre était roulé àsms, toute sa longueur; les couches concentriques du bois se détachaient les unes des autres comme des tubes de lunette d'approche; on ne put tirer aucun parti de ce bois, si ce n'est pour en faire du bois à brûler (2).

Ce même phénomène fut aussi observé sur plusieurs vieux chênes voisins du château de Hautefeuille (Yonne)..

Les trombes fulminiques produisent quelquefois le même résultat. M. Martins a signalé plusieurs peupliers, chênes et aulnes atteints par la trombe de Montville, non-seulement tordus, mais dont l'aubier était tellement séparé que Ton pouvait l'isoler en entier sous la forme d'un cyUndre creux, se moulant parfaitement sur le cylindre plein formé par le cœur du bois.

Arbres forés. La foudre pratique quelquefois au centre des arbres et de haut en bas un canal à parois noires et charbonnées.

(1) Journ. de Phys., t. X:iII, suppL, p. 459 (1778). ( (2) Héricart, Mém, cité, p. 346.

En juin 1823, à Moisselles, la foudre frappa un gros orme, et, parvenue à une loupe volumineuse, elle sauta sur un orme voisin à moitié de sa hauteur, le perça de part en part en le déchiquetant en lambeaux. Le tronc était éclaté jusqu'aux racines, il semblait avoir été percé de haut en bas par un boulet rouge qui l'aurait charbonné et brûlé (1).

La trombe observée à La Française et à Lizac, en juillet 1835, brisa toutes les branches d'un noyer séculaire et le fora à son centre comme on aurait foré une pièce d'artillerie.

Le 25 septembre 1850, la foudre frappa un pin de la rotonde de l'éléphant du jardin zoologique de Marseille, et traversa ce pin de part en part (Patrie du 30).

Arbres coupés transversalement. Nous n'en connaissons aucun cas; nous ne pourrions que signaler des branches abattues comme par un coup de hache.

Arbres tordus. Des moissonneurs ont vu la foudre s'abattre sur la tête d'un vieux merisier et la briser en la tordant sur elle-même (2). Cette torsion est assez rarement produite d'une façon bien nette par la foudre, tandis que c'est un effet commun des trombes

Effets de combustion. — La foudre qui fragmente parfois à l'infini les arbres qu'elle frappe, ne laisse pas toujours des traces de carbonisation sur les parties qu'elle a touchées.

Un fagot était couché sur des chenets, en attendant qu'on l'allumât; la foudre pénétra par la cheminée, brisa le fagot en mille morceaux, mais n'y mit pas le feu (de Louville). Nous pourrions ajouter aux exemples que nous avons déjà signalés un grand nombre d'autres observations, nous nous contenterons d'exposer les différents modes de combustion que produit la foudre sur les arbres.

La foudre carbonise le bois dans son trajet à des profondeurs variables : souvent même la couche noircie est d'une extrême minceur. Sur un châtaignier observé par J. A. Clos, la foudre enleva l'écorce dans une grande étendue du tronc et y laissa une large plaie où le bois fut frappé de mort. A

(1) Héricart, Mém. cité, p. 349.

(2) Héricart, Mèm. cité.

huit ans de là, un second coup de foudre vint suivre le trajet précédent, et carbonisa le bois mort sur une profondeur de 5 à 7 millimètres (1).

La foudre incendie les bois qu'elle frappe : on a vu des arbres brûler complètement si la pluie ne mettait un terme à leur combustion. Mais cet accident est assez rare, nous n'en connaissons même que sept exemples.

J.-A. Clos rapporte que le 26 septembre 1810, à 10 heures du soir, pendant un violent orage accompagné de grêle, la foudre tomba à Lempaut (Tarn) sur un gros chêne vivant et l'enflamma, malgré la pluie ; cet arbre fut dévoré par les flammes jusqu'au tronc, auquel adhéraient encore quelques branches (2).

Odeur des fragments. L'odeur sulfureuse des fragments détachés des arbres par la foudre a été constatée par plusieurs observateurs ; dans quelques cas, cette odeur était très-forte quand on achevait de détacher Técorce des arbres foudroyés (Fusinieri) (3).

Suivant M. Boussingault, l'odeur sulfureuse ne se perçoit pas, c'est au contraire une odeur de bois distillé, semblable à celle que l'on perçoit dans les usines où l'on prépare du vinaigre par la distillation du bois (4).

Dégâts énormes produits par la foudre sur les arbres. — Nous allons rapporter quelques-uns des dégâts les plus considérables produits par la foudre sur les arbres.

Un tilleul de 75 pieds de hauteur, âgé de 100 ans au moins, qui mesurait 2 pieds de diamètre, fut tellement brisé par la foudre, le 23 août 1782, qu'il n'en resta plus qu'un tronçon de 20 pieds de haut (Schachmann).

Le 28 octobre 1811, à Berkeley, le tonnerre frappa deux chênes : l'un d'eux fut haché, déraciné en partie, les bran-

(1) Études sur la météorol. du pays toulousain.

(2) Parisot en a signalé un exemple. Voir aussi : Écho du Monde savant, mai 1842. — Comptes rendus, t. XXII, p. 909 (iS^Q).— Brest, samml. (1721).

(3) Héricart de Thury. Ann. de la soc. d'agric. et de botan. de Gand, t. V (1849).

(4) Comptes rendus, t. XXII, p. 919:(1846).

Sestier. 1—28

ches tordues et entrelacées en tous sens gisaient sur le sol ; des éclats furent emportés à 60 ou 80 yards (1).

En mars 1818, àPlymouth, un sapin déplus de 100 pieds d'élévation et de 14 pieds de circonférence, objet d'admiration dans la contrée, disparut littéralement brisé en pièce. Quelques fragments furent lancés à 250 pieds de là (2).

Le 2 août 1821, la foudre, sous la forme d'un globe de feu, tomba dans la futaie du sommet de la montagne de Saint- Martin-de-ïhury, brisa, tordit, écharpa une douzaine de pins au milieu desquels elle tomba. L'un d'eux était en mille éclats noircis et brûlés superficiellement ; ses racines étaient soulevées à jour (3).

Un chêne énorme fut brisé, en 1723, près de Nemours, à la terre du Boulay, des fragments furent lancés jusqu'à 300 pieds : un fragment de 16 pieds de long, que quatre hommes n'auraient pas pu porter, fut projeté à 45pieds(4).

Feuilles. — Les feuilles des arbres foudroyés sont souvent intactes, mais souvent aussi elles portent des traces de brûlure, des lésions variées.

On a vu les feuilles recroquevillées, légèrement roussies, ou desséchées en quelques heures, bien qu'un examen consécutif n'eût mis en évidence aucune lésion du tronc, ou des racines.

Le 8 juillet 1845, à Vaugirard, à la suite d'un éclair trèsbrillant, accompagné d'un violent coup de tonnerre, les feuilles d'un amandier tombèrent subitement par milliers, tandis que celles des autres arbres voisins n'offraient rien de semblable(5) .

Un des arbres des Champs-Elysées ayant été foudroyé, Marchais fils, constata que le sol était percé tout autour de plusieurs trous de 2 à 3 Hgnes de diamètre. En trois ou quatre endroits l'écorce était soulevée de bas en haut ; les feuilles étaient jaunes et grillées par dessous, et recroquevillées comme du parchemin présenté au feu ; le côté supé-

(1) Howard, Tab. LXIV.

(2) Howard, GXLL

(3) Voir Fulgurites, Héricart, Mém. cité, p. 352.

(4) Autres exemples : AcacL des se. Hist., p. 28 (1756).

(5) Comptes rendus août 1845, et V Institut, XIII, p. 295.

rieur était resté vert. Tout semblait démontrer que la foudre était partie de terre (1).

Voir précédemment l'observation de Mourgue (arbres fendus p. 428).

Des effets bienfaisants de la foudre sur les végétaux. — Du temps de Plutarque, on savait déjà que l'eau de pluie qui tombe avec tonnerre et éclairs, est meilleure pour arroser. Plutarque ajoute que le tonnerre se fait rarement entendre en hiver, et que c'est à la plus grande fréquence du tonnerre et de la pluie au printemps que l'on doit la plus grande fécondité du sol, si bien que les pays « où il pleut souvent et à bon escient au printemps, comme est Visle de Sicile, produisent beaucoup et de bien bons fruits (2) .

La science moderne a confirmé la justesse des observations de l'antiquité, elle en a trouvé la cause dans la présence d'une quantité notable d'azotate d'ammoniaque dans les eaux d'orage et dans la grêle.

Mais s'il est reconnu aujourd'hui que les pluies d'orage ont des propriétés bienfaisantes, nous ne saurions regarder la foudre comme capable de produire les truffes. Cette croyance, que l'on trouve dans Plutarque (3), est une erreur qu'il n'est pas besoin de réfuter.

La foudre n'altère pas toujours la vitalité des arbres^ lors même qu'elle laisse sur eux des traces manifestes de son passage.

lin châtaignier, frappé 2 fois à 8 années d'intervalle, resta cependant vert et ne cessa de porter des fruits chaque année (J.-A. Clos).

Deux peupliers d'Italie restèrent verts et bien portants quoique sillonnés de haut en bas par l'étincelle foudroyante (Héricart de Thury).

La foudre tomba, au mois de juillet 1835 sur un peuplier faisant partie d'une avenue. Quelques branches furent cassées au sommet ; l'étincelle suivit le tronc de haut en baSj

(1) Journ. de Phys., t. XX, p. 366 (4782).

(2) Traduction d'Amyot. Paris, 1575. — Les causes naturelles, p. 535.

(3) Les Symposiaques, liv. iv, quest. 2.

sans endommager l'écorce et s'enfonça au pied dans le sol dont elle souleva deux grosses mottes de terre d'à peu près 1 pied cube chacune. Ce peuplier avait alors 1 pied de circonférence ; l'année suivante, il en avait 2, tandis que ses voisins avaient conservé la même grosseur. L'arbre avait grossi si rapidement qu'on remarquait sur l'écorce une crevasse par où la sève s'écoulait en abondance (1).

Le 13 avril 1781, aux environs de Castres, un vieux peuplier fut décortiqué en quelques endroits. Or, M. Pujol remarqua qu'il poussa bientôt après ses feuilles, quoique les peupliers voisins ne les eussent produites que beaucoup plus tard (2).

Effet de transport. — La foudre tomba le 24 juillet à Cuba, dans une plantation de San-Vincente, sur un palmier, et traça sur les feuilles sèches de cet arbre de magnifiques images des pins d'alentour qui étaient pourtant à 339 mètres du palmier (3).

C'est l'unique exemple de transport de débris végétaux avec empreintes que nous possédions ; nous signaleronsplu s loin des empreintes végétales produites sur l'homme par la foudre.

Racines. — Nous avons déjà mentionné des effets de la foudre sur les racines des arbres, nous les avons vues à découvert, au milieu d'un sol bouleversé, déchirées suivant leur longueur, ou fendues en fragments plus ou moins réguliers. Dans quelques cas, elles étaient divisées à l'infini et carbonisées sur une étendue plus ou moins considérable.

Effets sur la vitalité des arbres. — Un arbre peut être frappé de mort par la foudre, alors même qu'il ne porterait aucune trace de lésion externe. L'homme lui-même peut être frappé de mort subite par la foudre sans qu'aucun

(1) Comptes rendus, t. II, p, 419 (1836).

(2) Bertholon, De l'éieclrlcUé des végétaux, p. 29.

(3) Poey, Gazette médicale de Paris, 5 mai 1855, et Vlnstitut, t. XXIIL p. 123.

EFFETSjDE LA FOUDRE SUR LES VÉGÉTAUX 437

de ses organes soit lésé. Morton, Rosa, John Gowan, Héricart, Tull et Toaldo en ont signalé des exemples.

Dans quelques cas la vie n'est pas complètement éteinte, on voit peu à peu l'arbre foudroyé recouvrer toutes les apparences de la santé. Héricart de Thury a cité 2 pommiers sillonnés par la foudre, qui perdirent leurs fruits et une partie de leurs feuilles : celles-ci /urent remplacées par celles d'une seconde sève.

Assez fréquemment la vitalité des arbres foudroyés ne semble pas altérée, on les voit fructifier comme avant d'être frappés ; îîertholon (1) dit même que la fulguration peut exercer sur les arbres une influence salutaire (2).

Herbes. — Howard rapporte que, dans l'été de 1811, la foudre atteignit un champ de patates, à peu de distance de Plaistow. Le champ était plus bas et plus humide que les terrains environnants. La foudre s'était pratiquée une petite cavité arrondie en enlevant un boisseau de terre environ. De ce point, elle avait tracé un sillon semi-circulaire de 5 yards environ de long, qui se subdivisait et se perdait ensuite en ramifications imperceptibles. Les patates, dans l'espace d'environ une perche carrée, et plus particulièrement à l'est du trou, avaient considérablement souffert, non point dans leurs sommités et leurs feuilles, mais dans le bas de leurs tiges, qui, dans l'étendue de 4 à 5 pouces étaient brûlées, fendues ou partiellement réduites en pulpe. La plupart de ces plantes continuèrent à vivre. A l'époque des gelées, la pulpe se dessécha sur quelques-unes d'entre elles éparses au milieu des autres et distantes de 18 mètres environ du trou et du sillon mentionnés (3).

Au milieu d'un violent orage du mois de juillet, une masse considérable de feu s'abattit sur une pièce de betteraves; les feuilles furent desséchées, rougies, frisées ou brûlées. Les bords des feuilles étaient seuls ratatinés, desséchés et ridés, et même colorés d'une façon toute particuhère en rouge ou en violet ; ils n'étaient nullement friables. Le corps même des feuilles

(1) De l'électricité des végétaux, p. 29.

(2) Voir précédemment, p. 436.

(3) Climat. Tah., LVHI.

était rouge ou violet et souvent déchiré. Tilésius crut reconnaître au microscope que la coloration provenait de l'extravasation de la sève rouge hors des vaisseaux. La foudre aurait donc occasionné aux feuilles un genre de lésion comparable à l'ecchymose sur le corps de l'homme (1).

Nous ne possédons pas d'autre observation que celles que nous venons de rapporter; mais des physiciens ont étudié l'action de l'étincelle des machines sur les végétaux herbacés, nous ne ferons que renvoyer aux expériences de Nairne, de Van-Marum, de M. Becquerel...

Cercles des fées. — Les cercles, les anneaux des Fées, les Cercles nécromanciens ou magiques, fairy circles, fairy rings, Zauberkreise sont, dans les prairies, des bandes formant des cercles complets ou incomplets où l'herbe est tantôt brûlée, tantôt au contraire plus haute, plus serrée et plus verte qu'ailleurs.

Nous n'avons rien trouvé dans les auteurs français qui concernât ce genre de phénomène, nous avons eu recours aux auteurs étrangers pour en tracer l'histoire.

Lister rapporte que le célèbre docteur Walker visitant, après un orage avec éclairs et tonnerre, un pré qui allait être fauché, remarqua une bande circulaire d'un pied de large, où l'herbe venait d'être brûlée presque jusqu'au sol; la couleur et la friabilité de ses tiges démontraient nettement l'action du feu. L'espace ainsi circonscrit avait un diamètre de 4à 5 yards. Walker avait visité le pré quelques minutes avant l'orage et n'avait rien remarqué. L'herbe fut fauchée, et l'année suivante elle repoussa sur ce cercle précédemment brûlé, plus verte que jamais, plus haute et plus serrée que dans l'espace circonscrit et dans les environs (2) .

Lister (3) dit avoir souvent observé les cercles de fées : les uns étaient brûlés sous la forme de sentiers circulaires, ayant parfois plus d'un pied de large, circonscrivant des espaces de 7 à 8 mètres de diamètre ; les autres, de même lar-

(1) Voir Journ. de Sckweigger, t. XXXIX, p. 138 (1823).

(2) Phil, trans., v. X, p. 394 (1675).

(3) Loc. cit.

geur que les précédents, offraient une herbe beaucoup plus verte et beaucoup plus fraîche que celle qu'ils entouraient.

Wheateroft a vu six cercles dans un vaste herbage ; le premier avait 20 pieds de diamètre, et était formé d'une bande de 20 pouces de largeur. Les autres étaient de plus en plus petits, si bien que les deux derniers n'avaient plus que six pieds de diam.ètre (i).

John Morton a vu plusieurs fois ces cercles sur les pâturages de Braybrook, de Farndon-Hill, dans les vergers de Wardon, de Pisford (2).

Le 19 juin 1781, un violent orage passa sur l'extrémité occidentale de Londres. Nicholson se trouvait alors à Battersea et ne fit pas d'autre remarque, si ce n'est que les éclairs étaient fourchus à leur extrémité inférieure, mais jamais à leur sommet, d'où il conclut que les nuages étaient pour la plupart chargés d'électricité positive. Le dimanche 24, ayant visité les vastes jardins de Kensington, il y découvrit de nombreuses traces de fulguration. Il remarqua sur le gazon des raies en zigzags dont quelques-unes avaient 50 à 66 yards (45 à 60 mètres) de longueur, et sur lesquelles le gazon était décoloré. Mais la locahté qui attira le plus son attention fut un petit bouquet d'arbres à l'angle d'une allée. Au pied d'un tronc, on voyait dans le sol un trou de 4 pouces de profondeur, large de 2 pouces et dirigé vers le sud. A 2 pieds plus loin, et dans la même direction, se trouvait un trouseml3lable; entre ces deux trous le sol était déchiré, le gazon était grillé à la distance d'environ 3 pieds en plusieurs directions, et dans cet espace brûlé, on trouvait plusieurs autres trous, mais plus petits.

Plusieurs troncs d'arbres avaient aussi un trou dans leur voisinage, entouré d'un anneau de gazon brûlé. L'un de ces troncs offrait un anneau de 6 pieds de rayon et de 18 pouces de large ; l'herbe et le sol y étaient considérablement brûlés, tandis que l'espace circonscrit était parfaitement sain. Un autre tronc avait un anneau de 1"' 80 de diamètre (3).

(1) Compte rendu de VAcad. de Caen, p. 97 (1811).

(2) The natur. hist. of Northampton, p. 397.

(3) Voir Nicholson's Journ, l''^ série in-4°, vol. 1, p. 546 (1797-1798).

En 1783, d'épais brouillards régnèrent sur le Meiningen et notamment sur les montagnes qui l'avoisinent; pendant leur durée survinrent des orages remarquables par leur violence. Un jour, dit M. Heim^ je me trouvai sur une de nos montagnes, au pied d'un sapin, lorsque je fus subitement entouré d'un vif éclair : à Tins iant même j'entendis un grand coup de tonnerre. Je courus aussitôt et de toutes mes forces au bas du sentier qui était éclairé par une masse de feu, tandis qu'un violent craquement ébranlait le sol sous mes pas. Une fois le nuage passé, je revins à l'endroit où je m'étais porté quelques instants auparavant. Le second coup de foudre avait frappé le sapin sous lequel je me trouvais. L'étincelle avait sillonné l'écorce de l'arbre sur la largeur d'une main, puis elle avait suivi une de ses racines, ravageant la mousse et le gazon d'alentour. Une des branches de sapin avait été brisée et jetée à 30 pas de là. Ceci se passait au mois d'août; dans le courant de septembre, je revins au même endroit, et à mon grand étonnement, je vis des deux côtés de la racine du sapin suivie par la foudre des stries circulaires d'un beau vert foncé formées par du gazon court et très-serré ; d'un côté ces stries étaient disposées en spirale. A l'endroit où la branche brisée avait été jetée sur le sol, on ne trouvait pas de cercles, mais plusieurs taches d'un vert foncé, les unes rondes, les autres oblongues. Ces cercles, ces spirales, ces taches durèrent jusqu'à l'automne, se montrèrent de nouveau au printemps suivant, durèrent toute l'année et disparurent complètement à la fin de la troisième année.

Heim ajoute avoir vu souvent les cercles de fées dans les endroits atteints par la foudre.

Le fait suivant est consigné par le vicaire Jonath Wilson. Le 7 juillet 1804, la foudre tomba sur un champ à Biddulph (Staffordshire). Huit jours après, M. Wilson reconnut que la foudre avait tué la tête des chardons les plus élevés, dans un espace circulaire d'environ 20 pieds de diamètre, tandis que les herbes et les chardons qui ne dépassaient par le gazon n'étaient pas roussis. Les têtes de chardons plus rapprochées de la circonférence étaient plus endommagées que celles qui étaient plus voisines du centre. — En deux places le sol était

labouré, sur une longeur de quelques pieds, et à une profondeur de 1 à 2 pouces. Sur d'autres points, le gazon était soulevé en diverses ramifications simulant le trajet des taupes, Sur une partie où l'impression laissée sur le sol était plus profonde et affectait la forme d'un v^ on voyait près do i'angie un trou droit et rond, profond de 2 pieds environ et de 3 pouces environ de diamètre.

Les cercles de fées se montrent donc principalement dans les prairies; on en voit aussi sur le versant des collines, et dans les parcs, souvent alors chaque anneau a pour centre un arbre, dont les branches peuvent s'étendre bien au-delà de l'anneau, ainsi que Morton s'en est assuré dans les vergers de Wardon et de Pisiord.

Tantôt l'herbe est roussie, brûlée, tantôt elle est plus serrée, plus verte que dans le voisinage. Morton a vu sur toute la bande circulaire se développer des champignons vénéneux qui n'occupaient pas d'autres points que la bande.

La bande circulaire a de 10 à 30 pouces ; tantôt elle conserve sa largeur dans toute son étendue, tantôt elle varie même sur un seul anneau.

Le cercle des fées peut être coupé en deux : Wheateroft vit un jour sur le bord d'un ruisseau une portion de cercle; ayant visité le bord opposé, il y trouva un arc qui complétait exactement ce cercle. Morton dit que les anneaux complets sont rares relativement aux anneaux incomplets.

Dans quelques cas, on a observé deux anneaux concentriques, incomplets, nous avons vu et rattaché au même ordre de phénomènes les bandes en spirale, les rameaux, les branches, les bandes en zigzag.

Les fées, en dansant dans les prairies, donnent au terrain qu'elles foulent une fécondité extraordinaire. Telle est la croyance des campagnards et des amis du merveilleux.

Des physiciens ont cherché à attribuer les phénomènes précédents non plus à la foudre, mais à des causes variées. Pour eux, ils seraient dus à la fiente des animaux, même à celle des insectes, des vers; mais pourquoi cette régularité de forme? pourquoi ces cercles de fées dans des prairies qu'aucun bétail n'a fréquentées? Les champignons, qui pous-

sent quelquefois sur ces bandes circulaires sont un effet et non une cause.

Wheateroft, Plot (1), Leiter, Walker, Heim, F. Wilson sont unanimes pour attribuer les cercles de fées à une étincelle électrique circulaire. Mais quel est le mode d'action de l'agent électrique? Nous pensons que c'est en déterminant dans le sol la formation d'une certaine quantité d'azotates que l'étincelle foudroyante rend le sol plus fécond.

Nous ne saurions comparer les anneaux concentriques de Priestley, de Nobili avec les cercles de fées. Si nous nous demandons de quelle manière sont tracées ces bandes circulaires, nous reconnaîtrons bientôt qu'elles peuvent être attribuées à une masse foudroyante qui s'étalerait en cône creux en venant toucher le sol. Cette explication est bien insuffisante, puisqu'elle ne s'adapte point aux cas où des branches restées intactes recouvraient les cercles de fées ; mais dans ces cas, on pourrait supposer un rayon décrivant un cône dont le sommet serait dans le sol. La science a besoin de renseignements plus précis pour éclairer ce sujet.

(1) Nat. hist. of Staffordshire, ch. 1, p. 29.

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