‹ De la foudre (volume 2)Chapitre 51 sur 198 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

Sommaire. — Observations d'incendies remarquables. — Extinction des feux et des lumières.

Observations d'incendies remarquables. — Les

incendies qui résultent du contact de la foudre sont généralement remarquables par leur rapidité et par leur violence.

Le 12 novembre 1769, la foudre mit le feu au couvent des Ursulines de Monde ; malgré les secours les plus prompts, l'incendie lit des progrès si rapides qu'en moins d'un quart d'heure, le bâtiment et tout le mobilier furent réduits en cendres (abbé Richard).

Le 16 juillet 1589, à minuit, la foudre atteignit le clocher de l'église de Nicolaï, à Hambourg. L'incendie commença au sommet du clocher sous la boule, cette place était en réparation et se trouvait dépourvue de métal. Le feu apparut comme une étoile brillante, gagna bientôt le clocher qui tomba sur le toit (Vaget).

Le 9 octobre 1700, la cathédrale de Troyes fut incendiée par la foudre; le feu apparut au sommet comme une petite lumière vive, au bas de la croix. Le feu gagna sourdement la charpente de la flèche. Toute la charpente de l'église fut consumée en trois quarts d'heure (Tillet et Desmarest).

Le 26 avril 1760, à 2 heures après minuit, par un froid piquant, on vit, à la suite d'un coup de tonnerre, une lumière vive et blanchâtre un peu au-dessous de la croix du clocher de l'abbaye de Royaumont. Cette lumière était le commencement dun incendie qui s'étendit insensiblement pendants heures jusqu'au beffroi. Dès qu'il y fut parvenu, l'embrasement devint tout à coup plus considérable ; il se communiqua d'une manière très-rapide aux quatre combles qui aboutissaient au bas du clocher, et la charpente, tant celle des combles, qui était de bois châtaignier, que celle de la base du clocher, fut consumée en moins d'une heure. Le

vent soulïlait violemment. Le plomb fondu et la matière des cloches, dont on ne trouva plus que quelques fragments, produisirent dans plusieurs endroits des murs et de la voûte des calcinations de la profondeur d'un pouce environ. La croix de la flèche, dont chaque branche avait 3 pieds et demi, ne fut point altérée par la foudre ; la lame de plomb qui en enveloppait la base ne fut pas fondue ; cependant il y a tout heu de croire que l'incendie commença par l'ex-.x'émité de la poutre qui portait la croix. — Les trois quarts environ de la charpente de l'église furent détruits. — Cette abbaye avait éprouvé, dans le xv^ siècle, un désastre semblable à celui que nous venons de décrire (1)

L'abbaye de Notre-Dame de Ham est située à l'une des extrémités de la ville. Le clocher était couvert d'ardoises et de plomb ; la même espèce de couverture régnait sur toute l'éghse et les autres bâtiments adjacents. A l'extrémité de la croisée de l'église, du côté du sud, s'élevait un petit clocher en forme de dôme, ouvert de tous côtés et couvert de plomb; il renfermait une horloge et son carillon. Or, le ,26 avril 1760, entre 4 et 5 heures du matin, la foudre tomba trois fois en 20 minutes sur cette église ; elle partit d'une nuée très-basse et paraissant immobile. — Cependant le feu ne se manifesta qu'immédiatement après le troisième coup, vers 4 heures trois quarts. Il apparut dans le petit clocher de l'horloge; on y monta sur le champ et, en moins d'un quart d'heure, on y éteignit le feu; il n'en paraissait alors aucun vestige dans la charpente ni au grand clocher. Mais, à 5 heures précises, on vit sortir la flamme tant par les ouïes de la flèche qu'immédiatement au-dessous de la croix, c'est-à-dire à près de 100 pieds l'un de l'autre; un vent furieux de nordnord-ouest s'éleva dans l'instant , la nuée de l'orage fondit en eau; les coups de tonnerre redoublèrent et devinrent effroyables pendant 2 heures entières : la flèche fut bientôt consumée malgré les secours qu'on s'efforça d'y apporter. A 6 heures, le petit dôme de l'horloge, où le feu avait d'abord paru et où il avait été éteint, s'enflamma de nouveau et fut

(1) Tillet et Desmarets. Acad. des se. (1760).

détruit en moins d'un quart d'heure. L'incendie ne tarda pas à se communiquer à la charpente du chœur et de la nef par la base enflammée de la flèche ; l'embrasement devint alors général : il ne resta plus que quelques chevrons à demi-brûlés. Les cloches furent fondues en grande partie; mais il paraît qu'elles ne le furent que par suite de l'embrasement de la charpente, et nullement par un effet immédiat de la foudre (1).

Le 19 février 1860, pendant un ouragan terrible, la foudre atteignit et incendia 18 clochers en Belgique ; le désastre se propagea sur une étendue de 160 kilomètres. L'église de Nazareth fut entièrement consumée. La foudre frappa d'abord la tour de Moorslède, entre Ypres et Gourtrai, puis successivement les tours de Gourtrai, de Berchem, Nazareth, Vordeghem, Fuers, Aertselaer, Lierre, Malines ; là. Forage s'est bifurqué, une des branches prit la direction du sud-est, foudroya les églises de Wesemael, Aershot, Rillaer, Hoegarde et Liège. Grâce à son paratonnerre, sans doute, l'église de Liège ne prit point feu. L'orage cessa à Liège vers 9 heures, et continua son chemin sur l'Allemagne.

La seconde branche gagna Bruxelles, frappa les tours de Saint-Renelle, de Marchiennes-au-Pont, de Lobbes, de Walcourt, et plusieurs autres localités. Les habitants de Roleghem, près Gourtrai, ont vu un brillant globe de feu, gros comme la lune, qui a persisté pendant plusieurs minutes, et qui a éclaté en faisant explosion avec un bruit comparable à celui des plus violents coups de tonnerre. Pour quelques-uns, ce météore est un bolide, pour d'autres, et c'est plus probable, c'était la foudre en globe (2).

Un violent orage éclata sur Angers, le 4 août 1831 ; la foudre tomba sur le clocher de Saint-Maurice, et à l'instant la charpente fut embrasée. La foudre tombée, les flammes passèrent de suite à travers les fenêtres du clocher; la charpente qui était ancienne et desséchée par les chaleurs précédentes fut d'autant plus disposée à s'enflammer (3).

(1) Communiqué à Tillet et Desmarets par de Champiron.

(2) Cosmos, t. XVI, p. 281 (1860).

(3) Desvaux, Statist. natur. de Maine-et-Loire, p. 192.

Le 3 mars 1835, vers 5 heures trois quarts du soir, au milieu d'un violent orage, accompagné de neige et d'un vent furieux la foudre frappa la coupole de la tour de Crailsheim. Le feu y apparut d'en bas de la grosseur d'un thaler, et pouvait avoir réellement un demi pied de diamètre, il se propagea avec une excessive rapidité ; une pluie de feu, des poutres enflammées tombèrent sur les maisons voisines qui furent cependant épargnées, grâce sans doute à la couche de neige qui couvrait leurs toits. On s'efforça inutilement d'éteindre l'incendie à l'aide des seaux et des pompes ; il fut si violent que les deux cloches pesant l'une 300 et l'autre 500 livres furent fondues, et qu'on ne put en retrouver qu'une petite partie. L'édifice était dépourvu de paratonnerre (Kapp) .

Le 29 novembre 1854, vers 6 heures du soir, le tonnerre tomba sur l'antique et belle tour de Téglise de Walcourt, province de Namur. L'incendie se déclara en cinq endroits différents. Le vent était d'une violence extrême, et les pompes ne pouvaient fonctionner dans cette circonstance. Gomment, en effet, lancer l'eau à une hauteur de 200 pieds. Le vent heureusement cessa tout-à-coup et les braves habitants qui s'étaient élancés au sommet de la tour purent couper et éteindre le feu à son foyer. A 7 heures et demie, toute trace de feu avait heureusement disparu (1).

Si nous reportons notre attention sur l'incendie qui dévora les clochers et les égUses dont il vient d'être fait mention, nous voyons qu'il commença presque toujours au sommet même du clocher, et probablement par l'extrémité de la poutre qui portait la croix. L'apparence sous laquelle il se manifesta d'abord sur ce point, fut singuUère et presque constamment la même. C'était un feu de la grosseur d'un écu, une étoile brillante, la lumière vive d'un flambeau. La marche de l'incendie présenta deux périodes bien distinctes quant à sa rapidité et à sa violence. D'abord le feu gagna le clocher graduellement, lentement, pendant plusieurs heures; mais une fois arrivé à la charpente qui couvre la voûte de

(1) Voir Mém. de l'Acad. de Bruxelles, L IV, p. 540 et p, S47 (1826).

410 INCENDIES REMARQUABLRS

l'église, il se développa avec une effrayante rapidité: toute la charpente du corps de la cathédrale de Troyes fut consumée en trois quarts d'heure à dater du moment où l'incendie l'atteignit; même phénomène fut observé à Ham, à Royaumont.

La violence extraordinaire des incendies que nous venons de signaler reconnaît plusieurs causes : l'ancienneté des charpentes et leur sécheresse parfois augmentée par la chaleur de la saison, la force, la fureur du vent; notons aussi cette circonstance que la foudre, dans certains cas, atteint deux ou trois fois en quelques minutes un même bâtiment, ou qu'en se divisant elle met le feu sur plusieurs points à la fois. Ainsi, l'église de Notre-Dame de Ham reçut en quelques minutes trois coups de foudre, et l'incendie s'y déclara en deux endroits à près de 100 pieds l'un de l'autre. L'incendie de l'église de Walcourt commença en cinq endroits différents. Jl est à remarquer que la plupart de ces incendies ont eu lieu pendant les saisons plus ou moins froides et rarement en été ; Ainsi, nous notons :

En mars, les incendies del'éghse de Grailsheim; du clocher de Jacobi, à Rostock;

En avril, les incendies de Notre-Dame de Ham; du clocher de l'abbaye de Royaumont, de l'église de Hohen-Gébrachin;

En octobre, l'incendie de la cathédrale de Troyes ;

En novembre, les incendies de l'église de Walcourt ; du couvent des Ursiilines, à Monde;

En juillet, l'iacendie de l'église de Nicolaï à Hambourg.

En août, Fiiicendie du clocher de Saint-Maurice, à Angers.

En sorte que, sur ces 10 incendies, 8 ont eu lieu au printemps et en automne, et 2 seulement en été. Et cependant, dans les zones tempérées de notre continent, les coups de foudre sont beaucoup plus fréquents en été que dans les autres saisons. H semblerait donc que les incendies occasionnés par le météore sont plus redoutables dans les saisons froides que dans les saisons chaudes. La foudre serait-elle réellement plus dangereuse en elle-même? seraitelle plus condensée, plus comburante lorsque la température de l'atmosphère est plus ou moins basse; ou bien plutôt, le

feu, une fois communiqué par la foudre, serait-il simplement beaucoup plus activé par un courant d'air froid que par un courant d'air tiède et chaud ? Inutile d'ajouter que la difficulté ou même l'impossibilité de lancer ou de porter l'eau sur des points aussi élevés que les clochers, les coupoles ou le dôme des églises aggrave singulièrement le danger de l'incendie ; il est donc de toute nécessité de les munir de paratonnerre.

Dans quelques circonstances, on a vu le feu couver plus ou moins longtemps avant de se montrer au dehors. Ce n'est que 3 heures après le coup de foudre que se montra le feu qui dévora le grenier à foin d'Alais. On comprend d'ailleurs qu'une matière aussi difficile à flamber que du foin serré ait pu brûler lentement pendant un certain temps.

Diemerbroeck (1) dit que la foudre mit le feu dans une tour à des planches recouvertes de plomb; ce métal resta intact.

Nous n'essaierons même pas de démontrer l'erreur généralement répandue dans une certaine partie du peuple, qui consiste à regarder les incendies allumés par la foudre comme plus difficiles à éteindre que les autres.

Extinction des feux, des lumières. — Un des effets les plus ordinaires de la foudre est d'éteindre les lumières.

Nous pourrions citer plusieurs cas où une lumière qui brûlait au milieu d'une chambre fut éteinte et fort difficile ensuite à rallumer.

Lorsque le navire la Colombine fut frappé, en i837, sur la côte d'Afrique, toutes les lumières furent éteintes dans les habitacles.

Les huit flambeaux de l'autel et la lampe qui brûlait devant l'autel furent subitement éteints dans l'église de Sagan, en 1749.

En 1800, presque toutes les lumières d'une salle de bal à Harbourg furent instantanément éteintes. Une vapeur épaisse et fétide remplissait la salle.

Enfin lorsque la foudre, sous la forme d'un boulet de ca-

(1) In Gallia Picta,

non, pénétra, en 1769, dans la salle de spectacle de Feltri, toutes les lumières furent éteintes en un instant. Au retour de la lumière, on vit avec effroi les horribles ravages causés par le météore.

Plusieurs fois aussi le feu qui flambait dans le foyer d'une cheminée a été subitement éteint.

Il en a été de même du feu des poêles ordinaires. Par exemple :

En 1767, un batelier de Presbourg avait allumé dans son poêle de faïence du bois de hêtre, lorsque subitement le poêle éclata et livra passage à une foudre en serpenteau ; le feu fut à l'instant même éteint (Richard).

Ce même phénomène a été constaté pour des feux de fours à tuiles et à faïence; en voici deux exemples trèsremarquables :

Le premier a été communiqué à Daubenton par M. de la Tour-d'Aigues (1). Aubert, faïencier à la Tour-d' Aiguës, était occupé à cuire une fournée de faïence, lorsqu'il vit avec étonnement le feu s'éteindre dans l'instant même et passer d'un feu cerise à l'obscurité totale. Le feu était allumé depuis plus de 20 heures et la vitrification de l'émail des pièces était déjà avancée. Il fit tous ses efforts pour rallumer le feu et achever sa cuite, mais inutilement. Il fut obUgé de l'abandonner. La foudre était entrée par la gueule de loup, faite pour laisser échapper la fumée, et placée perpendiculairement sur le four avec une ouverture de plus de 10 pieds carrés. Deux jours après, lorsqu'on explora l'intérieur du four, on n'y trouva rien de cassé ni même de dérangé, seulement rémail appliqué sur toutes les pièces était entièrement enfumé et tacheté partout de points blancs et jaunes, sans doute dus aux parties métaUiques qui n'avaient point eu le temps d'entrer en fusion.

Le 25 octobre 1848, la foudre tomba sur une tuilerie du bourg de Betz, appartenant à M. Gobert. Le feu était chargé de 23 miniers de tuiles dont on achevait la cuisson à grand feu. Depuis 3 heures, le tonnerre grondait au loin,

^1) Buffon, Œuvres. Traité de l^ aimant et de ses usages, Article i.

mais il n'arriva qu'à 5 heures et demie au-dessus de l'établissement. Alors éclata un coup plus violent que les précédents, précédé d'un long éclair bleu verdâtre qui remplit de sa lumière toute la fosse d'arrivée aux bouches du fourneau.

La masse de feu apportée par cet éclair pouvait offrir un diamètre d'au moins 3 pieds. Arrivée dans les deux bouches, elle se divisa en deux portions qui, attirées par le courant d'air qui se dirigeait vers le brasier, se précipitèrent vers chaque bouche par un intervalle de 15 centimètres qui existait entre le bas de leurs portes en tôle et le sol. Le fluide fulminique, au moment de son passage, produisit un bruit de souffle violent : tout entra dans le fourneau. M. Gobert entendit un bruit plus ou moins fort, et au bout de 15 secondes, toute la masse de la foudre sortit également par le dessous des portes pour remonter vers le ciel ; mais son volume était plus considérable et le bruit plus intense qu'à son entrée. On vit en même temps une flamme bleuâtre s'élever de l'ouverture supérieure du fourneau.

Au bout de 5 minutes, une masse foudroyante encore plus considérable que la précédente survint en même temps qu'un éclair, pénétra dans le fourneau, puis en sortit comme la première fois, mais en faisant entendre un bruit beaucoup plus fort. M. Gobert, qui n'était qu'à un mètre du courant fulminique, ne ressentit aucun choc et ne perçut aucune odeur sulfureuse. Avant la chute de la foudre, les tuiles avaient atteint la température rouge intense, après sa sortie, elles n'offraient plus que la couleur sombre, et il fallut plus d'une demi-heure pour ranimer le feu.

En déchargeant son four, M. Gobei't reconnut que le fluide électrique avait brisé 500 à 600 tuiles, et que c'était surtout au fond du four, le long d'un mur près duquel la partie ascendante de la foudre avait directement regagné les nuages. Plusieurs briques avaient été arrachées des parois du four (de la Pylaie).

La difficulté extrême que l'on éprouve parfois à rallumer les lumières éteintes par la foudre démontre que cette extinction n'est pas due à la simple agitation ou à la seule raréfaction de l'air. La vapeur épaisse et sulfureuse qui remplit

ordinairement les chambres où le phénomène a eu lieu l'explique en partie. Quant à l'extinction des fours à tuiles, à faïence, si ardents et entretenus par une masse si énorme de combustible, il est impossible de l'attribuer à la raréfaction de l'air, raréfaction qui ne dure qu'un instant. Nous savons, il est vrai, que la vapeur du soufre éteint les feux de cheminées, mais nous ne pouvons guère admettre que des vapeurs épaisses et sulfureuses puissent éteindre subitement et totalement des feux à cuire la faïence.

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