‹ De la foudre (volume 2)Chapitre 65 sur 198 · ART. 1. — LÉSIONS SUPERFICIELLES · texte numérisé non relu

ART. 1. — LÉSIONS SUPERFICIELLES

1 1. — Enduit déposé par la foudre. — La surface du corps des foudroyés est quelquefois colorée dans une étendue variable, par une sorte cV enduit, analogue à celui qui recouvre fréquemment le bois, les pierres, les métaux, atteints par le météore, et qui résulte du transport de diverses matières pondérables.

Les observations qui suivent, semblent nous autoriser a admettre cette identité dans les phénomènes, mais nous devons cependant signaler comme une lacune regrettable, l'absence de toute analyse chimique ou microscopique capable de caractériser nettement la nature de ces enduits.

1 . Un vieillard et sa fille furent tués dans leur chambre à Eimbeck en 1772. Au rapport de Grome, leur visage était noirâtre, comme coloré par la vapeur delà poudre. Cette couleur disparut quand on leur eut frotté la face avec du vinaigre, à l'aide duquel on tenta vainement de les rappeler à la vie. L'auteur ne dit pas si le hnge mouillé de vinaigre qui servit à faire les frictions, avait conservé la teinte noire. —Mais il est clair qu'une ecchymose, ou qu'une injection capillaire assez fine et assez intense pour donner à la face d'un

cadavre une pareille couleur, ne disparaîtrait pas par de simples lotions de vinaigre»

2. Un homme cité par Hildanus, présenta au coude gauche et aux jarrets, des taches noires, formées comme par un enduit de poix.

3. Dans le foudroiement qui eut lieu à Chantilly en août 1771, et dont nous devons la relation àValmont-Bomare, quelques piqueurs aperçurent des taches noires sur la figure du duc de Bourbon, notamment à l'endroit de la barbe et en plus grande quantité encore sur la lèvre supérieure. Ces taches parurent, au toucher, onctueuses comme de la suie trèsgrasse. Au moment de l'accident, le duc avait été vu tout entouré du fluide igné ; il dit avoir éprouvé sur la face, un effet pareil au bruissement de la matière électrique.

Cet enduit noir qui cède facilement et disparaît par quelques lotions, semble quelquefois pénétrer profondément les tissus et contracter avec eux une sorte de combinaison qui n'est ensuite que lentement éliminée. C'est au moins ce que semble prouver la coloration noire des ongles, signalée sur plusieurs personnes, à bord d'un navire foudroyé aux Antilles pendant le terrible ouragan de 1837, appelé l'ouragan d'Antigoa. Pendant une heure environ, dit M. W. Reid, le capitaine Seymour, du Judith-Esther , et son équipage furent plongés dans une atmosphère lumineuse et tous leurs ongles devinrent entièrement noirs pendant plus de cinq semaines.

Dans quelques cas, l'enduit déposé sur le corps des foudroyés était jaune.

Defay rapporte que le 13 août 1781, près d'Orléans, un vigneron qui s'était réfugié près d'un noyer, fut tué raide par une décharge électrique : il avait la peau du visage et des mains d'un jaune d'ocre; on s'assura plus tard que cette couleur recouvrait presque toute la surface du corps.

Le docteur Krack, de la Prade et l'abbé Richard citent des observations analogues.

Dans ces cas, l'endroit coloré est dû à des substances pondérables enlevées par le courant électrique aux corps voisins des individus foudroyés, sans qu'il soit toujours possible de bien préciser l'origine de ces matières. Dans les observations

suivantes, la matière pondérable a été enlevée à des objets métalliques portés par l'individu lui-même, au moment du foudroiement.

1. Une jeune fille avait un collier de grains d'argent qui fut rompu par un coup de foudre, on trouva sur le cou huit petites lignes noires correspondantes aux huit interstices qui séparaient les grains d'argent (Barth. Behrens).

2. La chaîne d'or qui entourait le cou d'une dame fut fondue et oxydée; le cou était coloré d'une bande noire dentelée et présentait sept brûlures semblables à celles que présenterait l'appHcation d'un fer chaud. Celte région était colorée en pourpre ; de là partait une bande en zigzag également purpurine qui côtoyait le sein gauche, se prolongeait sur l'abdomen jusque sur l'aîne du même côté, où elle se terminait par un disque de même couleur. Une bande semblable se voyait sur l'avant-bras gauche, jusqu'au-dessous du pli du bras. Ce dépôt pourpre semble avoir été de l'oxyde d'or ou plutôt de l'or métallique très-divisé : aucune analyse chimique n'a été faite.

3. Gremer cite un exemple de coloration analogue au précédent.

4. La foudre tomba sur l'épaule droite de Pitcairn, fit à l'habit un trou large d'un quart de pouce, descendit sur la poitrine et sur la partie voisine de l'abdomen en traçant deux lignes irrégulières, de la largeur d'un demipouce, attirée probablement par une montre dont le verre fut brisé et la boîte en argent en partie fondue; il en fut de même d'une pièce d'un demi-écu.

La foudre laissa sur le corps de Pitcairn une couleur noire, ressemblant aux branches d'un arbre, dont les traces disparurent au bout de quelques jours ; d'autres traces étaient d'une couleur brune et se terminaient par une couleur jaune foncé. '■

I IL — Injection capillaire. Dilatation des veines.

— Une injection capillaire très-fine, donne parfois à la peau une teinte noirâtre qui disparaît momentanément par des frictions.

Le docteur Parkinson cite un homme dont la main et Jes jambes étaient froides et presque noires ; lorsqu'on les eut frictionnées elles devinrent d'un blanc cadavérique et conservèrent cette blancheur tant que les frictions durèrent ; mais aussitôt qu'elles étaient interrompues, la couleur noirâtre reparaissait; plus tard le malade se rétablit.

I lïï. — Ecchymose. — La coloration d'une partie plus ou moins étendue de la peau est due souvent à une ecchymose, c'est-à-dire à l'extravasation d'une certaine quantité de sang dans la couche superficielle de la peau.

Sur une dame tuée par la foudre et observée par le docteur Ouvrard , on trouva une large ecchymose sur toute la région latérale gauche de la poitrine, et plusieurs autres ecchymoses moins étendues à la partie externe du bras gauche, sur les deux rotules et sur quelques autres points des membres abdominaux. La peau, incisée sur ces points, laissait voir une infiltration de sang noir hquide.

I IV. — Colorations diverses. — Parmi les nombreuses observations que nous avons analysées, il en est plusieurs où il est fait mention de colorations diverses, sans qu'il soit possible, faute de détails suffisants, de savoir au juste leur nature; si elles dépendent d'un enduit, d'une injection capillaire ou d'une extravasation sanguine sous-épidermique. Leur étude , toutefois , n'est pas sans quelque intérêt.

Ces colorations bleues, bleuâtres ou livides, noirâtres on noires, sont comparables tantôt à celles que produiraient de larges ventouses, des coups appliqués sur la surface du corps, ou bien encore à celles qu'occasionne la combustion de la poudre à canon.

II est une coloration , sans doute ecchymotique, qui nécessite une mention spéciale, comme étant assez bien caractéristique du foudroiement : c'est la teinte lie de vin ou pourprée d'une région plus ou moins étendue. Ainsi , sur le cadavre d'un foudroyé que nous avons examiné avec soin, les pieds dans leur totalité et la moitié inférieure des jambes présentaient une couleur lie de vin foncée qui se

terminait en haut, sur chaque jambe, par quatre ou cinq digitations courtes et inégales.

1. Diemerbroeck a vu un homme dont tout le côté droit du corps, depuis la tête jusqu'au pied, présentait une couleur pourpre noirâtre, « colorem ex nigro piirpurascentem. » L'épiderme avait été enlevé sur un grand nombre d'endroits comme par des coups de bâton. Chez une servante atteinte du même coup de foudre, la cuisse et la jambe droites avaient une teinte livide et pourpre.

2. Souvent des taches bleues ou noirâtres, irrégulières ou assez régulièrement arrondies ou ovalaires, sont disséminées sur une partie du corps. Ainsi, chez une femme citée par Ballantier, les épaules et le dos étaient parsemés de nombreuses taches noires, tirant au rouge, « atris macuHs colore ad rubrum vergente. »

3. Une jeune fille, observée par Wolf, avait sur la surface entière du corps des taches bleues de grandeur variée.

4. Parfois la maculation est sous forme de bande ou de strie : l'abbé Chapsal cite un homme foudroyé en pleine campagne, et qui présentait une traînée noire sur tout« la longueur du corps, quoique la peau et les habits n'eussent pas été brûlés.

Assez souvent, une simple tache bleue ou noirâtre est la seule trace que laisse la foudre chez des individus qui survivent à l'accident.

5. Chez un homme qui revint à la santé, on ne trouva pour toute lésion extérieure qu'une marque bleue, au-dessus de la malléole externe (Mayer) ; sur un factionnaire qui fut renversé par la foudre et resta 7 ou 8 minutes sans connaissance, on remarqua, pour toute lésion , une tache d'un bleu rouge à la cuisse, et à la fesse correspondante, deux taches de même couleur et de la grandeur d'un écu; les unes et les autres sans douleur et sans tuméfaction.

Et même il n'est pas rare qu'une petite tache noire soit la seule lésion que Ton constate à la surface du corps de l'homme tué par la foudre. Cette circonstance est importante à connaître au point de vue médico-légal : nous y reviendrons ailleurs.

6. La coloration occupe parfois une très-grande étendue, la moitié du corps, par exemple, et même plus. Ainsi, sur un militaire qui fut tué par la foudre, on remarqua, dit le docteur Guyon, une coloration violacée de la face, de toute la partie antérieure de la poitrine, de l'abdomen et des cuisses : c'était la seule lésion extérieure que présentait le cadavre.

7. Un matelot dont parle Allen Gooper avait la figure livide, ainsi que toute la moitié gauche du corps»

8. Gliez un enfant âgé de 9 ans, l'abbé Ghapsal trouva, à la base du gros orteil, une plaie semblable à celle d'une balle; en outre, la peau de toute la partie droite du corps, depuis le pied jusqu'à l'extrémité du bras, était noircie (la chemise ne présentait que quelques petits points noirs à peine perceptibles). La largeur de cette surface noircie était inégale, de 10 à 20 centimètres et vaguement délimitée : elle occupait la moitié antérieure de la circonférence du membre inférieur , le sixième de la circonférence du tronc et la face antérieure seulement du membre supérieur. La surface de la peau n'était point altérée et la couleur plus ou moins noire était « imprégnée dans la matière. »

Quelquefois enfin c'est la surface entière du corps qui présente une coloration noirâtre ou noire, comme l'indiquent les observations suivantes :

Un matelot tué en 1707 à bord d'un bateau, près d'Ipswich, avait la figure et le corps aussi noirs « que si on les eut saucés dans une dissolution de poudre à canon. »

L'amiral Hawker rapporte que la foudre ayant frappé la Mignonne, alors en route pour Port-Royal, deux hommes furent tués dans la grande liune : ils étaient, dit-il, noirs par la brûlure.

Le corps d'un cocher, dont il est fait mention dans l'intéressante observation de Brereton et Adair, était entièrement noir.

Enfin, un individu cité dans les mémoires de l'Académie de Bruxelles , fut entièrement noirci par la foudre. Son père, qui se trouvait près de lui, reçut de profondes blessures.

Les taches ou maculatures bleuâtres ou noirâtres, dont nous avons rapporté plusieurs exemples, ne sont ordinairement accompagnées ni de douleur ni de tuméfaction et ne tardent pas à disparaître si l'individu survit à l'accident. Quelquefois, cependant, on observe le contraire ; ainsi, Marteau de Grandvilliers cite une femme dont les lèvres étaient noires comme du charbon et dont la jambe droite présentait une tache d'un pouce et demi de diamètre : la coloration noire des lèvres se dissipa il est vrai en deux jours, mais celle de la jambe dura quelques jours de plus et devint ensuite rouge avec gonflement et cuisson.

Enfin, ces colorations surviennent le plus ordinairement à l'instant même du coup de foudre, ou presque immédiatement après. Cependant elles ne se montrent quelquefois que plus tard, à l'instar des ecchymoses; c'est ce que prouvent les faits suivauts : Reuchenius cite une personne qui , atteinte par l'étincelle fulgurante, reçut à la hanche un coup qui la renversa ; on ne vit d'abord aucune lésion sur cette région qui était fort douloureuse, et qui se colora plus tard en brun bleuâtre.

Le 22 mai LS42, la foudre tomba à bord du brick Frisk, sur les côtes d'Irlande. Le maître et son second en furent atteints; la cuisse du premier et le bras du second restèrent engourdis pendant trois jours, puis la peau prit une teinte noirâtre (Blotched).

A quel mécanisme devons-nous attribuer ces colorations noires ou noirâtres qui occupent tantôt une partie, tantôt toute ou presque toute la surface du corps de l'homme foudroyé? L'absence de toute recherche chimique, physique, et anatomique nous empêche de donner une solution satisfaisante.

Si, dans quelques cas, le courant électrique entraîne avec lui des substances pondérables et vient les déposer à la surface du corps, dans d'autres cas, il semblerait plus juste d'admettre que la décharge électrique, frappant en nappe la surface du corps, paralyse les capillaires de la peau qui seraient bientôt distendus et infectés d'un sang noir et liquide.

ET SUR LES AiNlMAUX. LÉSIONS il

I V. — Figures et dessins tracés par la foudre sur le corps de l'homme. — Nous distinguerons trois classes d'empreintes ou de figures laissées sur le corps de l'homme par l'étincelle foudroyante.

A. Arborisations vasculaires.

B. Figures ou fleurs de Lichteiiberg .

G. Dessins électrographiques.

A. Arborisations vasculaires. Ces arborisations, comme leur nom l'indique, sont dues à l'injection de vaisseaux, tantôt volumineux, tantôt de fort petit calibre, et presque capillaires.

1. Le 10 mai 1783, dit le père Besile, la foudre tomba sur le clocher de la ville de Riom, et tua un homme qui était accoudé sur l'appui d'une fenêtre donnant sur le chœur de l'église. On supposa qu'elle était entrée par le talon gauche et sortie par l'oreille du même côté, après avoir parcouru le corps entier. A l'examen du cadavre, ont vit les vaisseaux ramifiés de la peau, gorgés de sang, sur la poitrine, sur le ventre et sur les bras.

2. Beccaria (1) rapporte qu'un pêcheur fut foudroyé sur une hauteur sur la rive du Pô, un phénomène fort singulier observé sur le cadavre, consista en une ramification vasculaire qui se dirigeait de la clavicule à l'épaule gauche et vers la mamelle correspondante; elle était si exactement dessinée et coloriée par la foudre jusqu'en ses moindres divisions, que le pinceau du plus habile anatomiste ne l'eût pas mieux figurée.

Parfois finjection affecte des vaisseaux de très-petit calibre et presque capillaires; ainsi:

3. Le ISjuin 1832, la foudre tomba sur une chaumière près de Enz-Vaitringen, y tua un vieillard et blessa douze autres personnes. Le docteur Keyler remarqua sur plusieurs d'entre elles des rougeurs superficielles, sous-épidermiques qui ressemblaient à des vaisseaux sanguins fortement injectés : ces parlies étaient le siège d'une douleur brûlanle.

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