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Le 8 juillet 1810, r Implacable, de 74 canons, fut frappé

(1) Éleclricité almosph., lettre XIV.

par la foudre dans le détroit de la Manche (1). Un homme qui se trouvait près du grand mât fut renversé par ladécliarge électrique, la peau de toute la région du dos présentait l'aspect d'un arbre avec ses branches; il semblait, ajoute-t-on, que ce phénomène avait été causé par la rupture des veines.

Si nous laissons, pour le moment, de côté ces dernières iigures en forme de branches d'arbre, pour fixer notre attention sur les dessins décrits par Besile et si nous recherchons le mécanisme de leur formation, nous ne pouvons guère admettre l'opinion de Troostwyk et de Besile lui-même, qui croient que le cœur, instantanément surexcité par la décharge foudroyante, a poussé violemment' le sang dans les vaisseaux. Ces arborisations, en effet, ne peuvent appartenir aux artères qui sont trop profondes et ont des parois trop épaisses pour laisser voir leur injection à la surface du corps; et l'on ne peut guère admettre que le sang poussé violemment par le cœur ait traversé le système capillaire, pour stagner ensuite dans les veines. D'ailleurs, s'il en était ainsi, l'injection ne serait pas bornée à une région du corps, mais affecterait toute sa surface. Pour expliquer le phénomène, il faut avoir recours à l'intervention d'une cause toute locale : il nous paraît naturel d'admettre que la décharge électrique frappant plus particulièrement une région du corps, en paralyse en quelque sorte les veines qui sont naturellement peu contractiles et que ces veines ne pouvant plus réagir sur le sang qu'elles contiennent, se laissent distendre par ce liquide. — Une circonstance qui semble favorable à cette explication, c'est que souvent les veines voisines d'une plaie produite par la foudre, restent saillantes et distendues par le sang ; que d'autres fois, les veines d'un membre paralysé par la décharge électrique, sont très-distinctement dilatées.

Quant au dessin vasculaire observé par Beccaria, cet auteur en exphque la formation en admettent qu'un rayon foudroyant, a suivi spécialement le vaisseau qui s'est trouvé injecté. Mais comment croire qu'au milieu de tissus mous et imbibés de liquides, le rayon électrique puisse s'attacher en

(1) Naulk. May., XII, 541.

quelque sorte à un rameau vasculaire, comme à un fil conducteur et isolé dans son trajet.

Pour ce qui concerne les dessins qui représentaient des branches d'arbre sur les corps de Pitcairn et du matelot, nous ne pouvons savoir, faute d'une description suffisante, s'ils étaient formés par des ramifications vasculaires comme dans les cas précédents, ou s'ils n'étaient pas plutôt des maculations arborisées, imprimées sur la surface du corps par les subdivisions du courant électrique (1).

B. Figures ou fleurs de Lichtenberg. Le second genre de dessins réguliers tracés sur la surface du corps de l'homme foudroyé, constitue les figures de Lichtenberg, ainsi nommées, parce qu'elles offrent la plus grande ressemblance avec celles que cet auteur a si bien décrites et que l'on reproduit facilement à l'aide de l'électricité déposée sur l'électrophore, que l'on saupoudre ensuite convenablement.

Ce n'est plus ici la disposition vasculaire qui se présente, ce sont d'abord des lignes mères, rarement droites, plus souvent sinueuses, quelquefois très-prolongées, recourbées ou non en crochet à leur terminaison, de 2 à 3 millimètres de largeur et parfois divisées en deux ou trois autres lignes s'éloignant de leur direction primitive. De ces lignes mères partent de chaque côté, des stries dont les innombrables subdivisions, parfois d'une merveilleuse régularité, forment dès étoiles, des pinceaux ou des bouquets; quelquefois cependant le dessin présente un autre aspect : celui d'une tache arrondie ou ovalaire, delà circonférence de laquelle s'échappent des rayons en zigzag qui se terminent eux-mêmes en rayonnant.

Les figures de Lichtenberg n'occupent dans certains cas qu'un très-petit espace, le sein, l'épaule, le gras delà jambe, par exemple; d'autres fois au contraire, elles couvrent une grande partie de la surface du corps, toute la région postérieure du tronc, tout un côté de la poitrine et de l'abdomen ; parfois aussi, on en trouve plusieurs, séparées les unes des autres, sur diverses régions du corps.

(1) Voyez : Images éleetrographiques.

U EFFETS DE LA FOUDRE SUfl L'HOMME

Les lignes noires et les stries qui en partent sont généralement colorées en rouge clair ou en rouge foncé, et ne disparaissent pas sous la pression du doigt. Elles affectent la superficie du derme et semblent formées par du sang extravasé ; elles sont quelquefois le siège d'une douleur vive et brûlante.

Leur durée est variable : tantôt elles s'effacent en quelques heures sous l'influence des saignées et des applications froides, et parfois ce sont les stries les plus fines et les plus subdivisées qui persistent le plus ; mais de légères frictions peuvent alors en faire reparaître les traces. Quelquefois, ces dessins persistent longtemps, puis deviennent blanchâtres, quoique toujours apparents ; enfin, après leur disparition, la peau reste, dans ces mêmes endroits, plus lisse et plus luisante que dans l'état normal.

Le docteur Boeckmann observa des figures, qu'il compare à celles de Lichtenberg, sur une dame tuée par la foudre à Dribourg eu 1794.

Lentin (1), le docteur Alexander, Brandis et d'autres encore citent des faits analogues.

Voici d'autres observations d'un bien grand intérêt par la grande étendue des dessins :

1. Mayer rapporte que le 25 juin 1785, un orage éclata au-dessus de Francfort-sur-l'Oder (Prusse) et lança la foudre sur la caserne de grenadiers. Après s'être divisée sur et dans les bâtiments, elle atteignit quatre soldats assis et serrés sur un banc à côté de la porte du corps de garde : tous les quatre furent renversés sans connaissance, plus ou moins paralysés, et la surface du corps de trois d'entre eux présenta le même phénomène à des degrés divers : c'est ce que l'on a désigné sous le nom de fleurs électriques.

a. Le grenadier G... eut ses cheveux en partie brûlés: de la nuque où Ton voyait quelques bulles ou phlyctènes, partait un trait rouge foncé qui se prolongeait sur la colonne vertébrale, jusqu'à la première vertèbre lombaire ; en ce point, il se contournait en crochet presque fermé. De cette raie prin-

(1) Hufeland's BiUioth. (1810).

cipale naissaient plusieurs raies secondaires plus faiblement dessinées : la plus marquée descendait vers le côté droit et se subdivisait pour se porter sur trois endroits, savoir : au-dessus de l'épaule droite, sur la partie latérale du thorax et sur la hanche du même côté ; chacune de ces subdivisions se terminait elle-même en de nombreux petits rayons. On voyait en outre une raie très-fine qui partait du milieu du mollet droit et se dirigeait vers le cou-de-pied où elle se terminait. Enfin, sur le milieu du mollet gauche, existait une sorte d'étoile, munie de nombreux rayons ; toutes ces raies et leurs nombreuses ramifications paraissaient formées par du sangextravasé et coagulé dans la couche superficielle de la peau.

b. Le sous-officier G... présentait sur la région antérieure de la hanche et la partie voisine de la cuisse, à quatre pouces environ du pubis, un dessin ovalaire de la circonférence duquel partaient dans toutes les directions, des rayons qui se subdivisaient eux-mêmes en un grand nombre de rayons plus petits. Sur la cuisse existait une autre strie, également formée d'irradiations.

c. Enfin le grenadier F... offrit, sur la hanche gauche, le genou et le pied correspondants, des stries étoilées, formées comme les premières par du sang extravasé.

Il importe de remarquer que chez les deux premiers, on trouva sur les bas de laine un dessin rayonné ou dentelé qui correspondait exactement à celui de la jambe et du pied.

Toutes ces stries et stellations, d'un rouge foncé, disparurent en trois ou quatre jours, pour être remplacées par des impressions de même forme, mais blanchâtres ; plus tard enfin, la peau resta, dans ces endroits, plus lisse et plus luisante que dans l'état normal.

Les moyens employés chez ces trois blessés consistèrent en une saignée, des frictions, et l'administration du tartre stibié.

2. L'observation suivante a été recueillie par le docteur Girault. Nous en avons trouvé le manuscrit dans les cartons de l'Académie impériale de médecine : nous n'avons fait qu'en régulariser la rédaction.

Le 5 octobre 1847, la foudre tomba sur une maison du vil-

16 EFFETS DE LA FOUDRE SUR L'HOMxME

lage d'Asnières, près d'Onzain (Loir-et-Cher), et y blessa, entre autres personnes, le nommé Guillet, âgé de 34 ans, au! moment où il tenait la main sur la clef de la porte qu'il se disposait à ouvrir. A l'instant, il fut renversé par terre sanSi perdre connaissance, et après avoir éprouvé dans les deux! membres droits, et surtout à l'aisselle et vis-à-vis des côtes une douleur très-vive. Ayant aussitôt examiné le côté douloureux, il y vit, ainsi que beaucoup de curieux s'en assurèrent, des marques qui furent prises pour une fleur ou pour une branche d'arbre. Le docteur Girault se rendit auprès du malade, au bout de trois quarts d'heure au plus, et constata la lésion suivante.

Immédiatement au-dessous des poils de Faisselle droite, commençaient presque en se touchant deux branches qui se portaient en bas et un peu en avant ; chacune se divisait d'abord en deux, pour se subdiviser ensuite à l'infini dans la largeur de six centimètres pour les deux et de huit centim.ètres pour la longueur.

Près de la partie interne de ces branches et à une distance d'un centimètre environ, partaient quatre autres branches qui se dirigeaient presque transversalement en dedans et un peu en bas en suivant les espaces intercostaux qui correspondaient aux 3^ ¥, 5^ et 6^ nerfs du même nom ; elles étaient d'autant plus courtes et d'autant moins ramifiées qu'elles étaient plus hautes. Chacune commençait par un tronc unique qui filait jusqu'auprès du sternum où il présentait quelques subdivisions, mais en très-petit nombre et qui ne dépassaient pas la ligne médiane ; c'est là surtout que toutes les divisions d'un côté de la branche n'avaient pas toujours leurs correspondantes de l'autre côté.

Une cinquième branche, occupant le 7^ espace intercostal, plus longue et plus ramifiée que les précédentes, commençait par un tronc unique sur la branche perpendiculaire, et se portait en avant et un peu en bas, jusque près de l'appendice xyphoïde ; elle ne commençait à se diviser qu'au moment où elle sortait de dessous la branche perpendiculaire, elle avait une longueur de 14 centimètres. Ces ramifications occupaient une largeur de 5 centimètres et ses ramifications étaient infi-

niment nombreuses et parfaitement régulières, surtout à partir des cinq ou six derniers pouces de la terminaison du tronc.

Une sixième branche enfin était encore plus longue et plus ramifiée que la précédente au-dessous de laquelle elle était située, à une distance plus grande que celle qui séparait les autres ;. elle arrivait près de l'ombilic en passant près de la crête iliaque, sans dépasser la ligne blanche ; elle paraissait correspondre au douzième nerf intercostal.

Les plus gros troncs avaient deux à trois millimètres de largeur. Examinons maintenant la curieuse disposition de leurs ramifications et suivons-la plus spécialement dans les deux troncs perpendiculaires : chacun de ces troncs se divisait et se subdivisait en diminuant de grosseur ; les divisions étaient régulièrement faites de deux en deux, par filets droits sans anastomoses, sous un angle ouvert et pareil pour toute^ , de chaque côté de ces filets, partaient parallèlement enipè eux des bouquets de ramifications, quelquefois cependant il en manquaitun ou plusieurs. Tous les traits qui formaient les divisions étaient droits, diminuaient de longueur et de largeur à mesure qu'ils se multipliaient et approchaient de leur terminaison ; chaque trait se subdivisait en deux à son extrémité et chacun de ceux-ci en deux autres ; tous les traits qui se correspondaient étaient absolument de la même longueur. Quant à l'angle de division de toutes ces lignes, il était absolument le même, c'est-à-dire ouvert et en pieds de marmite. Ainsi ces infinies divisions étaient d'une régularité et d'une similitude parfaite, elles offraient d'ailleurs les mêmes caractères dans les six branches transversales. Ces troncs et leurs subdivisions avaient une couleur rouge vif, nette, parfaitement tranchée et de même intensité dans les lignes les plus larges comme dans les plus déliées.

Une saignée de 300 grammes fut pratiquée deux heures trois quarts après l'accident : dès ce moment, les douleurs que le malade éprouvait dans les parties atteintes, diminuèrent notablement ; le soir, la rougeur des marques était moins vive , et le lendemain tout avait disparu, excepté quelques traces de la partie antérieure de la branche inférieure. Ainsi pour cette branche, les subdivisions se sont effacées après le

Sestier h — 2

tronc principal ; il est probable que les autres branches ont suivi, pendant la nuit, la même marche de disparition ; ajoutons que 1 epiderme de la partie affectée n'est pas tombé, et que le malade s'est parfaitement rétabli après avoir éprouvé pendant deux ou trois jours une légère douleur au côté lésé, surtout à l'occasion de certains mouvements; tout le traitement consista en une saignée et une infusion de tilleul.

Une circonstance sur laquelle M. le docteur Girault insiste, c'est que les diverses branches qu'il a décrites, auraient affecté la direction de certains nerfs : les branches perpendiculaires, celles de quelques filets nerveux qui se portent en bas après s'être détachés du 2"^ nerf intercostal ; les branches transversales, celles des 3% 4% 5^ 6^ 1^ et 12*^ nerfs intercostaux.

3. Ce même rapport entre les stries principales et les nerfs sous-jacents, se trouve déjà signalé en 1832 par le docteur Keyler, sur un vieillard de 78 ans frappé à la nuque, et qui fut tué sur le coup.

Le même auteur ajoute que sur plusieurs personnes d'âge différent, atteintes par le même coup de foudre, mais qui survécurent, on voyait sur plusieurs parties du corps et correspondant au trajet des nerfs des stries rouges tout à fait superficielles et ressemblant à des vaisseaux fortement injectés. La douleur y était très-brûlante : un liniment d'huile de jusquiame et d'extrait de Saturne la lit promptement disparaître.

Quel mécanisme préside à la formation de ces singulières fleurs de Lichtenberg?

En voyant ces dessins représenter quelquefois sur la peau les principales divisions de certains nerfs, on a été tout naturellement conduit à attribuer un rôle actif à ces nerfs. Ainsi, d'après le docteur Girault, le sujet serait d'abord électrisé par influence, à distance; le fluide s'accumulerait dans le système nerveux comme plus propre à le recevoir. Les deux fluides de noms opposés se réuniraient au moment de la fulguration et leur point de réunion serait la peau, dans l'endroit correspondant aux filets nerveux qui se déchargeraient alors comme une bouteille de Leyde.

ET SUR LES ANIiMAUX. LESIONS 19

Cette théorie ne nous paraît pas satisfaisante : d'abord parce que les fleurs de Lichtenberg n'affectent que rarement dans leurs troncs la direction des nerfs sous-jacents ; dans le cas même où ces directions sont à peu près les mêmes, il n'y a aucune ressemblance entre la forme stellée des terminaisons des fleurs de Lichtenberg et la disposition des dernières subdivisions des filets nerveux. Gomment donc admettre que l'étincelle électrique suive la direction des filets nerveux pendant une partie seulement de leur trajet, et affecte une tout autre distribution dans l'autre partie de ce même trajet?

G. Images électrographiqiies ou kéraunographiques (1). — Si nous admettons la réalité des faits que nous allons citer, si nous supposons qu'aucune illusion n'ait égaré les observateurs qui nous les ont fait connaître, qu'aucune exagération n'ait altéré leur récit, nous verrons d'une part divers objets, un fer à cheval, un chiffre, une fleur naturelle, une fleur peinte sur un vêtement, des pièces d'or contenues dans une ceinture reproduire leur image sur la surface du corps de l'homme foudroyé; nous verrons aussi l'image d'un homme foudroyé, tracée sur une muraille voisine. A ces observations nous en joindrons quelques autres relatives à des dessins de branches et de feuilles d'arbres tracés sur la peau de l'homme frappé de la foudre.

Les deux premières observations que nous allons citer, ont été consignées dans le 3^ volume d'un recueil publié (2) à Corfou par le professeur Orioli. M. d'Hombres-Firmas les a traduites et communiquées à l'Académie des Sciences en 1847.

1. Un jour de septembre 1825, la foudre tomba sur le brigantin // Buon-Servo, à l'ancre dans la baie d'Almiro, à l'entrée de la mer Adriatique. Un matelot rapiéçait une chemise, assis sur une caisse, au pied du mât de misaine, lorsque la foudre atteignit le mât et tua le matelot.

On ne put voir ni ]3rûlure ni déchirure sur les habits ; mais après avoir déshabillé le cadavre, on remarqua sur son

({) De /-scrjv:^, foudre.

(2) Orioli, Fahnini celebri : Spighe et Paglie, Corfou (1844).

dos une trace légère et noire, qui partait du cou et se terminait aux reins. Là était imprimé un fer à cheval parfaitement distinct et de la même grandeur que celui cloué sur le mât, suivant l'habitude des marins superstitieux de rionie.

2. La foudre atteignit un brigantin dans la rade de Zante ; en ce moment cinq mariniers se trouvaient à la proue : trois veillaient, les deux autres dormaient. Un de ces derniers fut tué, on le trouva couché sur le dos et intact ; en le déshabillant on vit sous sa mamelle gauche un numéro 44 que tous ses camarades attestèrent ne pas exister auparavant. Les deux chiffres, grands, bien formés, séparés par un point, étaient identiques au même numéro en métal attaché à un des agrès du bâtiment, entre le mât et le marin dans le trajet suivi par la foudre (1),

3. Des fleurs, des feuilles de peupliers ont été ainsi imprimées (2).

4. On a vu pareillement l'image du feuillage, et môme d'un arbre se former sur le tronc des individus foudroyés (3).

Dans ces cas, les corps représentés sur les individus foudroyés étaient à des distances variables : dans ceux que nous allons citer les corps auraient été presque au contact de l'homme lui-même (4)

1. Bernhold rapporte qu'en 1795, la foudre tombée dans la maison d'un pasteur, y blessa plusieurs personnes. La femme du pasteur fut la plus légèrement atteinte; mais, chose singulière, on vit comme imprimée ou peinte sur le bras droit vers le coude une fleur rouge semblable aux fleurs rouges de la robe. L'auteur se demande si ces fleurs rouges ne renfermaient point du cinabre.

2. Le dimanche 4 septembre 1864, vers dix heures et demie du matin, trois hommes étaient occupés à cueillir des

(1) Comptes re7idus, t. XXIV.

(2) Comptes rendus, t, XVI, et Orioli, t. XXIV.

(3) Le Roy, d'après Franklin. Journ. de phys., t. XXIX, et Boudin, Histoire pliys. et médic. de la foudre.

(4) On en trouvera d'autres exemples dans le Traité de Géographie et de Statistique médicales àd M. Boudin. Paris, J.-B. Baillière (ISoJ).

poires à deux cents mètres du bourg de Nibelle (Loiret), lorsque la foudre tomba sur le poirier, le contourna du sommet à la base en forme de vis sans fin, enlevant l'écorce et du bois de l'épaisseur d'un centimètre, sur une largeur de près d'un décimètre. Puis, quittant l'arbre, le tonnerre tomba sur la tête d'un des ouvriers qui mangeait son pain et le tua, ainsi qu'un chien assis à ses côtés. Le corps était comme brûlé par derrière du haut en bas, et conservait une très-forte odeur de soufre.

Les deux autres ouvriers qui étaient sur le poirier furent jetés à terre et restèrent quelque temps sans connaissance. Lorsqu'ils revinrent à eux , ils ne pouvaient remuer les jambes. On les transporta à leur demeure, et on les trouva tous deux atteints par le fluide.

Chose merveilleuse, l'un d'eux avait des branches et des feuilles de poirier très-distinctement daguerréotypéessur la poitrine. A cela près, le terrible photographe avait été assez bénin, car dès le soir les foudroyés pouvaient se lever et commencer à marcher (1).

3. L'observation suivante a été communiquée à M. d'Hombres-Firmas par le professeur Orioli (2).

Le 9 octobre 1836, vers 4 heures 1/2, un orage épouvantable éclata au-dessus de Zante, l'une des îles Ioniennes, et le jeune Spiridioni Politi, alors étendu sur son lit, fut tué raide par la foudre. Le soir même, le docteur Dicopulo, accompagné du magistrat instructeur et de plusieurs autres personnes, fit l'examen du cadavre.

« Nous vîmes, dit-il, autour de ses reins, une bande de toile serrée et dans la doublure de cette ceinture nous trouvâmes quatorze pièces d'or enveloppées dans du papier en deux petits paquets ; l'un, du côté droit, contenait une pistole dEspagne, trois guinées et deux demi-guinées ; celui qui était à son côté gauche renfermait une autre pistole d'Espagne, quatre guinées, une demi-guinée et un sequin de Venise. Ni ces pièces, ni le papier, ni la toile ne présentaient la moindre marque de brûlure... mais, chose bien remar-

(1) Docteur Lebigue^ maire de Nibelle. Monii. unie, du 9 septembre 1864,

(2) Comptes rendus, t. XXIll (1846).

quable, le cadavre avait au milieu de l'épaule droite six cercles qui conservaient leur couleur de chair, et paraissaient d'autant mieux tranchés sur la peau noirâtre qui les entourait. Les cercles, à la suite l'un de l'autre, se touchant en un point, étaient de trois grandeurs différentes, correspondant exactement à celles des monnaies d'or que le jeune homme avait du côté droit de sa ceinture, ce que le juge instructeur et tous les témoins ont certifié, après que la comparaison en fut faite.

Dans toutes les observations qui précèdent, l'empreinte a été tracée sur le corps de l'homme ; il n'en est plus de môme dans le cas suivant.

Le professeur Henry (1) dit avoir appris de différentes sources, qu'une personne ayant été tuée au moment où elle était debout près d'un mur blanchi à la chaux, on vit sur ce mur l'image de la personne dessinée en couleur sombre.

Discussion. —Théorie. — Si nous acceptons comme ayant réellement eu lieu les faits relatifs au fer à cheval, au chiffre, aux fleurs, aux feuilles et aux branches d'arbre, cités par Orioli, Bernhold, Frankhn, etc., nous trouvons une singulière analogie entre ces images électrographiques et les dessins photographiques. De même que les derniers sont formés par la lumière tombant sur une surface convenablement préparée pour les fixer, de même les dessins électrographiques résulteraient des modifications que divers objets, placés sur le trajet des rayons électriques, leur feraient subir; mais sans qu'il nous soit possible de savoir au juste la nature de ces modifications. Le transport de molécules hétérogènes et pondérables par le courant électrique, jouerait sans doute ici un rôle important, rendu plus manifeste encore, s'il était démontré qu'une fleur peinte en rouge sur un vêtement se serait reproduite avec cette même couleur rouge sur la surface de la peau. L'image de l'homme tracée sur la muraille appartiendrait au même ordre de faits.

Quant aux figures circulaires représentant exactement les

(1) Americ, Assoc, p. 42 (I80O),

dimensions de plusieurs pièces de monnaie d'inégale grandeur,, rappelons que le docteur Dicopulo, un magistrat instructeur et plusieurs autres personnes ont attesté le fait. Plusieurs savants ont cherché à l'expliquer : au premier abord, dit M. d'Hombres-Firmas, une grande difficulté se présentait : comment en effet six pièces de monnaie réunies en paquet, ont-elles laissé sur la surface du corps six empreintes circulaires alignées et ne se touchant que par un point de leur circonférence? Alors on a supposé que le jeune Politi, pour ne pas être gêné par l'or qu'il portait dans sa ceinture, ou qu'il ne format point une protubérance trop visible, avait arrangé les pièces en long, l'une à la suite de l'autre, et que dans sa chute, ou lorsqu'on le porta sur son lit, ou lorsqu'on le déshabilla, elles se réunirent en paquet dans leur enveloppe. Supposons donc ces pièces de monnaie ainsi disposées, comment expliquer les empreintes circulaires de la peau? D'après la distribution et la direction des blessures et des ecchymoses trouvées sur le jeune Politi, il paraît que la foudre l'atteignit à l'un des pieds et s'échappa par le haut du corps, en d'autres termes elle marcha des pieds à la tête; alors, d'après MM. les professeurs Vismara et Longo, les empreintes seraient dues au transport d'une matière subtile enlevée à l'or et déposée sur l'épaule du jeune homme. Mais remarquons que les empreintes circulaires avaient la couleur naturelle de la peau et n'étaient apparentes que par le contraste avec la couleur noire d'ailleurs très-fréquente chez les foudroyés.

Ne pourrait-on pas alors supposer que les rayons électriques, rencontrant dans leur trajet des pièces d'or alignées, ont glissé à leur surface et repris ensuite leur course pour agir sur la peau qu'ils auraient noircie excepté aux endroits correspondant aux disques métalliques qui auraient ainsi joué le rôle d'écrans?

Mais que de réserves à faire, que d'objections à présenter, que d'interprétations différentes à donner ici et qui nous laissent dans le doute sur la véritable manière d'agir de la foudre dans tous les faits que nous venons de citer? Ainsi cette lipe noire qui suivait l'épine dorsale et se terminait sur les

lombes en forme de fer à cheval, ne nous rappelle-t-elle pas une observation consignée plus haut où nous voyons également une hgne noire suivre la colonne vertébrale et se terminer sur la région des reins en crochet presque fermé?

Quelles étaient les dimensions, la couleur de ce chiffre 44 trouvé sous la mamelle du marinier ? Ses camarades ont affirmé qu'il n'existait pas avant l'événement, mais cette assertion nous suffit-elle ? Ne serait-ce pas ici un simple tatouage à la poudre à canon si fréquemment observé sur les bras et la poitrine des matelots et des soldats? Le chiffre attaché aux agrès du navire avait sans doute une signification particulière qui a pu engager le matelot à se tatouer de la sorte.

La fleur rouge semblable à celle de l'étoffe et reproduite, dit-on, sur le bras d'une femme, ne serait-elle pas une de ces extravasations sanguines sous-épidermiques, de forme bizarre et parfois régulière, assez fréquemment observées sur les personnes frappées par la foudre?

Pour ce qui concerne les feuilles de peuplier en particulier, tracées sur le corps de plusieurs foudroyés, nous devons d'abord nous demander s'il existait un peuplier dans le voisinage, et d'ailleurs ne peut-on pas soupçonner qu'il ne s'agit ici que de cesmacidations parfois observées chez les individus frappés dans leur chambre ou en rase campagne, ou à bord d'un navire, et qui auraient accidentellement pris la forme de feuilles de peuplier ou de tout autre arbre? Peut-être même nes'agil-il que de simples ramifications représentant les nervures longitudinales et latérales des feuilles. Ce fait rentrerait alors dans la catégorie des figures vasculaires dont nous avons parlé.

Enfin, quant à la dernière observation de M. Dicopulo, et où nous voyons des places rondes alignées, ayant la forme et les dimensions de pièces de monnaie et dans lesquelles la peau partout ailleurs noirâtre a conservé sa couleur naturelle, nous dirons que Bullmann a constaté sur un homme touché par la foudre laprésencede trois taches rondes d'un jaune sale, la plus grosse égale à une pièce de huit gros et placée sur la région du coeur, et que le docteur Fillcau a trouvé sur un laboureur

atteint par la décharge électrique « quatre impressions de brûlures de la grandeur et de la figure chacune d'une pièce de douze sous, placées symétriquement et à une distance à peu près égale les mies des autres. »

■ Or, si le courant électrique a pu laisser des maculations, des brûlures mimmulaires et régulières sur la surface du corps de l'homme, le même courant a également pu laisser intactes des places nummulaires pour n'atteindre que leur voisinage. Comme on le voit, les observations que nous avons rapportées laissent à désirer, sous le rapport de l'authenticité, de l'exactitude et de l'interprétation dont elles ont été l'objet.

I Vf. — Lésions punctiformes lenticulaires. --

La lésion punctiforme ou lenticulaire n'affecte parfois qu'une région très-circonscrite, le genou, le bras, le cuir chevelu par exemple ; mais plus souvent elle occupe une bien plus grande étendue.

Elle présente trois variétés principales d'après son aspect et sa ressemblance avec d'autres lésions.

A. Une première variété est celle où des taches lenticulaires disséminéeset rouges simulent assez bien la petite vérole à certaine phase de son développement. Ainsi :

Le 6 juin 1724, à Harmanschlag, le fluide pénétra à dix heures du soir dans une maison de paysans où se trouvaient réunis le père, la mère et quatre enfants. Trois de ces enfants tombés près de leurs parents furent brûlés aux cheveux, au visage et çà et là sur la surface du corps; leur aspect était comme s'ils avaient eu la petite vérole (Reimarus).

B. Une seconde variété semble produite par des grains de poudre à canon : elle consiste en une infinité de points noirs, plus ou moins rapprochés mais parfaitement distincts les uns des autres, ou bien en de petites taches livides du diamètre d'un pois. Ces taches lenticulaires nous paraissent formées par un simple enduit fuligineux, par des ecchymoses ou bien par des brûlures superficielles. Les vêtements correspondants sont souvent criblés de trous nombreux. Voici quelques faits de ce genre.

Un homme de 47 ans fut foudroyé sous un arbre; tout le

côté gauche du corps depuis l'épaule jusqu'au pied était atteint d'une brûlure aux deux premiers degrés; l'épiderme de l'épaule et du dos était enlevé, et le derme dénudé avait une couleur noirâtre; partout ailleurs on observait de petiles taches noires semblables à celles que produit la poudre à canon, La région interne de la jambe droite, jusqu'au creux poplité, était dans le même état, et le poil de toutes ces parties était grillé (Gabard).

Rûlher, Gondinet, Schrot et Hagel citent des observations analogues.

C. Une troisième variété de la lésion lenticulaire peut être comparée à celle que produiraient des grains de plomb à la surface et dans l'épaisseur de la peau.

Parfois les trous sont en petit nombre, mais le plus ordinairement les trous sont très-nombreux, en sorte qu'une charge entière de plomb de fusil semble avoir atteint de loin les blessés : sur l'un d'eux, on en trouva plus de deux cents.

Ces trous sont variables dans leur diamètre, comme s'ils résultaient de l'atteinte de grains de plomb de divers calibres.

Sous le rapport de sa profondeur, cette lésion présente de notables différences ; parfois, dans les cas très-rares, la peau n'est pas même entamée, et l'on ne trouve que de nombreuses impressions semblables à celles que produiraient des grains de plomb qui viendraient s'amortir sur la peau sans la traverser. De pareilles impressions ont été constatées chez un petit garçon par le docteur Ebell ; elles étaient très-nombreuses et placées entre plusieurs lignes rouges et larges qui descendaient du cou sur la poitrine, l'abdomen et le membre inférieur gauche; on en retrouvait aussi sur le bras gauche.

Mais le plus souvent, le tissu de la peau est réellement atteint à une profondeur, variable. Chez une femme, la lésion pénétrait à un demi-pouce, comme on put s'en assurer au moyen d'une sonde.

Les bords de ces trous sont noirs, secs, et évidemm.ent brûlés; une rougeur érythémateuse les entoure et s'étend à une distance variable. Parfois elle prend rapide^ient une teinte noire accompagnée de tuméfaction, double phépomèue

qui peut faire craindre la gangrène. Après une suppuration plus ou moins abondante, on voit se détacher de ces plaies de petites masses noires, sèches et dures comme du cuir ; la cicatrisation marche alors rapidement; quelquefois cependant elle est fort lenîe. Ainsi, une femme, par suite de ce genre de lésion, ne put se lever qu'au bout de trois semaines et resta malade pendant près de trois mois.

Les vêtements qui correspondent à ces lésions sont criblés de petits trous; on en trouva un très-grand nombre chez le sujet, qui présentait jusqu'à 200 points de brûlure : ils sont parfois noirs et sentent la poudre à canon.

La présence de ces trous sur les vêtements indique que le courant électrique s'est déjà divisé en un très-grand nombre de rayons partiels avant d'arriver aux vêtements eux-mêmes. Il paraît cependant que cette division du courant se fait quelquefois entre le vêtement et la peau; car chez un sujet, on trouva une ouverture unique au vêtement qui couvrait l'épaule gauche, tandis que la fesse présentait un grand nombre de points de brûlure.

Voici quelques exemples à l'appui de ce qui précède.

Un homme, dont parle Guazzi, avait le coude droit appuyé sur l'anfractuosité d'un arbre sous lequel il s'était réfugié, quand il fut atteint par la foudre ; le bras et le coude droit offrirent une infinité de petits trous, infiniti forellini.

Le professeur Gerdy a vu à la Morgue un homme tué par la foudre et dont le cuir chevelu présentait de nombreuses plaies très-.petites et semblables à celles que pourrait produire du plomb de chasse de gros calibre.

Dans les observations suivantes, la lésion occupait une bien plus grande étendue, ainsi :

Chez une jeune personne de 19 ans foudroyée sous un sapin, on voyait sur tout le côté gauche du corps de nombreuses blessures qui semblaient avoir été faites avec du petit plomb et dont le bord était noir et brûlé (Krebs).

Le 15 juillet 1787, un laboureur était assis sous un arbre lorsqu'il fut blessé par la foudre ; l'étincelle fit une ouverture presque imperceptible aux vêtements, au niveau de l'omoplate gauche et brûla le tiers supérieur et latéral gauche du

dos, en sorte que l'épiderme resta attaché à la chemise. Ghssant ensuite le long du côté gauche du corps, elle n'y laissa qu'une légère impression ; mais parvenue à la fesse gauche, elle y pratiqua, ainsi qu'à la chemise, environ 200 points de brûlure peu profonds, assez semblables à l'effet qu'aurait produit un coup de fusil tiré à petit plomb et de loin. En outre la fesse droite avait reçu quatre impressions de brûlures plus profondes, de la grandeur et de la forme d'une pièce de 12 sous, et placées symétriquement à une distance à peu près égale les unes des autres. Le fluide électrique n'avait plus laissé que de légères impressions sur la cuisse et le jarret gauches, avait enlevé l'épiderme sur le mollet et rougi le talon avant de s'échapper, en déchirant la partie postérieure du soulier. Toutes ces brûlures furent pansées avec le cérat de Saturne auquel on ajouta le jaune et le bianc d'œuf ; applications qui calmèrent à l'instant les douleurs : le malade se rétablit parfaitement (Filleau).

L'observation suivante offre encore de l'intérêt.

Dans la catastrophe d'Éverdon, décrite par Wallis, les blessés et les tués otïrirent plusieurs variétés de lésions : par exemple, sur l'un d'eux, on trouva un petit trou de la grosseur d'une plume d'oie au creux de l'estomac et plusieurs autres aux jambes.

Une femme avait sur le genou 4 petits trous que l'on aurait pu croire faits par des grains de plomb ; ils suppurèrent et il en sortit des eschares. Une autre femme avait sur le corps plus de cent blessures de diverses formes et dont un grand nombre, après une suppuration prolongée, livrèrent passage à des eschares noires et sèches comme du cuir, de grosseur variable, atteignant parfois celle d'une noix et semblables aux eschares produites par les caustiques. Cette personne ne fut guérie qu'au bout de trois mois.

Dans la relation que John Morton (1) donne du même événement, il est dit que sur les épaules et le tronc de plusieurs blessés on voyait beaucoup de petits trous dont quelques-uns avaient un demi-pouce environ de profondeur ; ils étaient

(1) Tke ncUural history of NorlhamplonsJdre, p. 343.

ronds, comme ceux produits par des grains de plomb, et tellement serrés à certaines places, qu'on eût dit qu'une charge de plomb de fusil les avaient atteints. Les tissus qui circonscrivaient ces trous étaient durs, secs et brûlés ; une rougeur inflammatoire s'étendait à une certaine distance et fit bientôt place à une couleur noire accompagnée de gonflement. La gangrène parut imminente ; ces brûlures furent plus difficiles à guérir que des brûlures ordinaires; cependant tous les blessés furent sauvés.

I VIL — Lésions sous forme de raies. — La lésion que nous allons décrire est la plus fréquente de toutes celles que produit la foudre sur le corps de l'homme.

Situation. Le plus ordinairement, elle affecte les régions antérieure et latérale du corps; moins souvent sa région postérieure, mais assez souvent elle contourne le tronc et les membres; parfois même elle affecte sur les deux membres une symétrie presque parfaite.

En 1772, à Wettin, près de Halle, la décharge foudroyante atteignit un homme qui se tenait debout sous la voûte d'une porte d'écurie. Du cou partait une ligne noirâtre qui se prolongeait sur la poitrine et l'abdomen ; ici elle se divisait en deux branches : l'une parcourait la cuisse et la jambe gauches jusqu'à la cheville; l'autre affectait absolument la même direction sur le membre droit (Reimarus).

Nombre. 11 est très-variable; souvent on ne trouve qu'une ou deux raies partant d'un même point et s'étendant plus ou moins loin. Ainsi : le 19 juillet 1752, la foudre étant tombée sur l'église de la paroisse d'Alfwa, atteignit entre autres personnes le prédicateur qui fut grièvement blessé. Ses cheveux, sa perruque furent en grande partie brûlés, et la peau du membre supérieur droit fut aussi détruite dans une grande étendue ; du creux de l'aisselle partaient trois lignes rouges, larges de 2 doigts. L'une se contournait sur l'omoplate droite, l'autre sur le bras jusqu'au coude, la troisième enfin s'étendait sur l'épaule, le tronc, la cuisse et la jambe jusqu'au gros orteil. Ces raies, qui d'ailleurs n'étaient pas douloureuses, se dissipèrent quelque temps après, sans que l'épiderme s'en-

levât. Sur toute leur étendue, les poils étaient en partie brûlés, en partie roulés ensemble sous forme de peloton (Feltstrom).

Parfois, 3, 4 ou 5 raies sont placées régulièrement et parallèlement les unes aux autres. Phayre a trouvé chez un vieillard la région abdominale gauche marquée de 4 sillons superficiels de couleur de suie, qui marchaient en lignes parallèles et longitudinales depuis le bord de la neuvième côte jusqu'au pubis; elles ne pénétraient pas au delà de l'épiderme.

D'autres fois, les raies sont disséminées sans ordre sur le tronc et les membres ; chez une femme citée par Renovanz, de nombreuses lignes rouges recouvraient presque toute la surface du corps.

Largeur. Le plus ordinairement, les raies sont étroites, n'ayant que 2, 5 ou G lignes de largeur; parfois elles atteignent plusieurs pouces; elles avaient 3 pouces chez une jeune fille; et chez un adulte une bande, affectant presque toute la largeur du corps, présentait la largeur de la main.

La raie conserve une largeur uniforme dans tout son trajet, ou bien elle va en s'amincissant vers sa terminaison; quelquefois, au contraire, étroite en commençant, elle s'élargit considérablement, pour diminuer ensuite vers son extrémité. Ainsi : sur le cadavre d'un homme, on trouva une bande brune, dure comme du cuir qui commençait à la clavicule gauche où elle n'avait que la largeur de la main ; elle s'étendait en s'élargissant beaucoup sur la poitrine et l'abdomen, puis se rétrécissait sur la face interne de la cuisse et de la jambe, pour se perdre sur le dos du pied. Sur cette bande brune, de largeur très-inégale, on voyait un très-grand nombre de dépressions blanches, ovales ou arrondies, de la grandeur d'un pois (Hoff).

Une disposition qui n'est pas rare, est celle où la raie offre sur son trajet un ou plusieurs points où elle s'étale et s'épanouit brusquement, pour former une tache bleuâtre ou noire, ou une plaque d'un rouge brun, irrégulière et de forme variable. Tantôt la raie se perd et se termine dans cette tache, tantôt elle en sort du côté opposé pour continuer son trajet

primitif; quelquefois môme il en sort deux qui prennent deux directions différentes.

Ces expansions se remarquent plus particulièrement sur la poilrine et l'abdomen, et surtout au niveau des grandes articulations ; mais alors seulement du côté de la tlexion, à l'aisselle, à l'aine, au pli du bras, au jarret ; la présence des poils et d'une certaine humidité joue sans doute ici un rôle. Il est à remarquer que parfois la raie qui est noirâtre ou d'un rouge obscur, prend, en s'étalant, une teinte beaucoup moins foncée, pour reprendre bientôt sa couleur brune, quand elle revient à sa dimension première.

La longueur de la raie varie beaucoup ; on la voit s'étendre de la tête au pied. En voici deux exemples :

Le 8 août 1719, le gardien d'une des tours de Zijrich était assis près d'une fenêtre, quand il fut frappé par la foudre. Une ligne noire, légèrement brûlée, partait de l'oreille gauche, descendait en serpentant sur la face antérieure du cou, de la poitrine et du ventre, puis sur toute la longueur du membre inférieur gauche, pour se terminer au petit orteil (Scheuchzer.)

Un laboureur fut tué raide par la foudre ; à la partie antérieure gauche du crâne, dit le docteur Schaffer, les téguments étaient d'une couleur bleuâtre, tuméfiés dans l'étendue de la paume de la main ; les cheveux étaient intacts. De cette tumeur partaient deux bandes ou raies d'un rouge foncé : la bande gauche descendait au-devant de l'oreille, passait sur la face antérieure du cou, et arrivée entre l'aisselle et le sein gauches se portait en bas jusqu'à l'aine, où elle formait une plaie irrégulière, grande comme la paume de la main ; puis, reprenant sa forme première, celle d'une raie étroite d'un rouge foncé, elle se dirigeait sur le grand trochanter, et suivait la région externe de la cuisse et de la jambe, jusqu'au dos du pied, où elle disparaissait en y laissant plusieurs taches d'un bleu livide.

La raie droite partait également de la tumeur pariétale, descendait le long du cou, se dirigeait sur le dos, et croisant l'épine de l'omoplate, gagnait l'aine droite où elle formait une plaie analogue à celle de l'aine gauche ; puis reprenant

32 EFFETS DE LA FOUDRE SUR L'HOMiME

également sa forme première, elle gagnait la partie externe de la cuisse et de la jambe droite pour se terminer au dos du pied. Les cheveux et les poils de la face et du tronc jusqu'aux régions inguinales étaient intacts, tandis que ceux des memlires inférieurs étaient brûlés. Sous ces lésions, d'ailleurs superficielles, on trouvait en plusieurs endroits du sang extravasé dans le tissu cellulaire profond. Ajoutons que la tumeur de la tête était formée par du sang extravasé, et que 4 onces de ce liquide étaient épanchées dans l'intérieur même du crâne. (Voyez Lésions internes,).

Quelquefois, la raie ne s'étend qu'à la moitié ou aux trois quarts de la longueur du corps; de la tête au genou ; de la nuque à la cuisse; du nombril ou de la hanche au pied; parfois môme elle ne dépasse pas le tronc dont elle occupe la longueur en totalité ou en partie : ainsi elle s'étend sur le dos et les lombes, ou bien de l'omoplate à la première vertèbre lombaire ; parfois de la clavicule, elle contourne le sein et se perd sur le flanc. Enfin, dans certains cas, elle est fort peu étendue, bornée, par exemple, à une partie de la largeur du sternum.

Direction. Les bandes ou raies sont le plus souvent longitudinales ou suivant l'axe du corps ; on en a vu cependant qui étaient obliques et jetées comme en écharpe sur le tronc. David Hausmann cite un individu chez qui la foudre, après avoir atteint l'aisselle droite, passa transversalement sur la poitrine, atteignit le côté gauche et suivit la cuisse et la jambe correspondantes jusqu'à la plante du pied où elle perça la semelle de la chaussure.

Fort rarement la raie est transversale, c'est plus spécialement à la base du cou qu'elle affecte cette direction qu'explique peut-être la sueur qui humecte souvent cette partie.

Chez un homme mort foudroyé, nous avons vu les cheveux de la nuque en partie brûlés, et une raie ou bande d'un pouce et demi de largeur à bords irréguliers, et qui, à l'instar d'un collier, faisait exactement le tour du cou à sa base, et cela sans aucune ramification ; la surface en était déprimée, sèche et d'un rouge brun.

Quelquefois la raie se contourne en spirale autour du tronc et des membres.

Un gardien de phare, en Angleterre (i), ayant été frappé par la foudre pendant son sommeil, on trouva une raie contournée en spirale, qui, du cou, parcourait le tronc et se terminait à la cuisse.

Dans un autre cas, cité par Rice, la bande parcourait en spirale toute la longueur d'un des membres inférieurs.

Une petite fîlîe âgée de 8 ans, citée par Kohlreif, fut atteinte sur l'épaule droite : de ce point partait une raie qui se prolongeait en se contournant sur le dos, le ventre et sur tout le membre inférieur gauche jusqu'à la plante du pied. Elle ressemblait à celle qu'aurait produite un fer brûlant de 3 pouces de largeur, qui aurait passé rapidement sur la peau; sur quelques points de son étendue, on voyait de grosses phlyctènes dont la plupart étaient rompues quand on retira les vêtements.

Considérées en elles-mêmes, les raies sont parfois rectilujnes dans toute leur longueur; assez souvent elles décrivent des zigzags plus ou moins nombreux : par exemple, sur le cocher dont parle Brydone, on trouva une ligne en zigzag d'environ I pouce 1/4 de largeur étendue du menton au bas de la cuisse droite, et paraissant avoir suivi la ligne des boutons du gilet. La peau sur ce trajet était brûlée, blanche et comme ratatinée.

Parfois les raies sont serpentantes : ainsi un individu, cité par Guazzi, présentait une strie rouge serpentante : « Una striscia rossa e serpeggianîe », de la largeur d'un doigt, qui commençait à l'angle inférieur de l'omoplate et s'étendait jusqu'aux lombes.

La bande est parfois continue dans toute sa longueur, mais elle offre aussi quelquefois une ou plusieurs interruptions dont le mécanisme n'est pas le même ; par exemple, on trouve 2 ou 3 tronçons sur une seule direction longitudinale, et qui semblent dus aux ricochets de l'étincelle. Ainsi, un homme que nous avons examiné à l'Hôtel-Dieu,

(1) Nantie. Mag., 1. 111.

Sestier. 11 — 3

en 1833, nous présenta une raie cFun pouce de largeur, qui partait de la clavicule droite, se prolongeait sur la poitrine et se terminait sur le rebord des fausses côtes ; plus bas, et dans la même direction, on voyait une autre raie qui commençait un peu au-dessous de l'aine, suivait la face antérieure de la cuisse, pour finir à quelques lignes au-dessus de la rotule ; sur cette bande, la peau était sèche, d'un rouge vif; le derme était à nu ; un liseré érythémateux de 5 ou 6 lignes de largeur bordait la raie de chaque côté ; une croûte mince ne tarda pas à tomber par fragments.

Quelquefois plusieurs sillons semblent n'ayoirentre eux aucune connexion ; mais si Ton donne au blessé la position qu'il avait au moment de l'accident, on reconnaît en réalité un seul sillon s'étendant sur une grande partie delà longueur du corps.

Hitchcock nous fournit un exemple de cette distribution.

Parfois cependant deux ou un plus grand nombre de raies sont disséminées et semblent dues à des étincelles multiples et distinctes.

Deux petites filles qui s'étaient réfugiées sous un arbre furent frappées par la foudre : elles furent examinées par le docteur Ehlberg. L'aînée, âgée de 11 ans, présenta 3 raies ecchymotiques : la première, longue de 3 pouces, large d'un demi-pouce, descendait de la hanche sur la région externe de la cuisse gauche, elle était d'un rouge clair, tournant un peu vers le bleu; une seconde raie, de 2 pouces de longueur, occupait la face postérieure du bras gauche, et une troisième allait de la malléole interne du pied droit jusqu'au gros orteil, où le cuir de la chaussure était tout déchiré.

L'autre fille, âgée de Tans, offrait une strie de même apparence, qui se dirigeait obliquement de la face externe de la cuisse gauche à la face interne du genou. Les deux blessées étaient guéries le deuxième jour.

Quant à sa division, une raie est parfois simple dans tout son trajet, mais d'autres fois elle se partage en deux branches, qui peuvent se diviser encore ; mais là s'arrête en général la division, du moins dans la forme de lésion que nous étudions actuellement.

Il est important de remarquer que les divisions des raies

se font, en général, sous un angle plus ou moins aigu, ouvert du côté des pieds du foudroyé, et comme les divisions arrivent souvent isolées à leur terminaison, on est tout naturellement conduit à attribuer la lésion dans son ensemble, non pas à plusieurs étincelles qui partant simultanément du sol, se seraient ensuite réunies en une seule, mais bien à une foudre descendante, et cette variété de foudre sera considérée comme très-fréquente, puisque dans les cas nombreux où les raies se sont subdivisées et sont ensuite restées isolées , constamment r angle qu'elles ont formé a été ouvert par en bas ; nous ne connaissons encore aucune exception à cette disposition.

Parfois les raies se réunissent entre elles et suivent alors deux molles principaux de propagation : tantôt, et c'est peutêtre le cas le plus fréquent , deux ou trois raies aboutissent à une tache irrégulière, à une plaque oii elles se perdent ou dont elles émergent pour reprendre leur cours ; tantôt deux raies se réunissent simplement et sans expansion pour se continuer en une seule, parfois alors plus large et plus foncée. On voit même des raies se joindre et se séparer à plusieurs reprises. Ces singuliers phénomènes électriques sont nettement indiqués dans les observations suivantes :

1. Chez un individu dont parle le docteur Mther, on voyait, sur la face antérieure du bras gauche, des stries noires qui, arrivées au pli du bras, y formaient une grande tache de la même couleur; l'épiderme était intact.

2. Un soldat, examiné par le docteur Sprengel, présenta les lésions suivantes. Les cheveux de la région antérieure et gauche étaient brûlés, ainsi que les poils de la face. A l'épaule gauche commençait une bande ecchymotique d'un rouge brun foncé qui se portait vers l'aisselle où elle se divisait en deux branches; l'une descendait le long du bras et dé l'avant-bras, l'autre se prolongeait le long du côté gauche de la poitrine, et, s'élargissant de plus en plus tout en devenant moins foncée , traversait en diagonale l'abdomen pour se porter au pubis et à l'aine droite. En ce point, elle se subdivisait en deux raies, moins larges mais plus foncées, dont l'une suivait le trajet du nerf crural, et l'autre, en se contournant, celui du nerf ischiatique, pour se réunir de nouveau en

une seule raie très-foncée, vers ie creux poplité, et disparaîtr un peu au-dessous.

Parmi les variétés les plus singulières de la lésion que non étudions, nous devons signaler la suivante, observée par Tik sius et caractérisée par les contours et par les jonctions d'un ou de plusieurs raies ; d'où la dénomination de ver mi for me qu nous croyons devoir lui donner.

Les deux frères Tècle, âgé l'un de 33 et l'autre de 29 ans étaient assis sur un char, l'un à côté de l'autre^ lorsqu'ils fi rent frappés par la foudre. L'étincelle atteignit d'abord la têt de l'aîné, déchira en plusieurs morceaux le bonnet de velours effleura la tempe, passa derrière l'oreille gauche, descendi sur le cou, passa obliquement sur la nuque, remonta ver l'oreille droite, descendit sur l'épaule droite, passa en travers à quelque distance du menton, atteignit le sein droit ; puis retournant sur le dos, descendit la colonne vertébrale jusqu'au sacrum.

Quant au frère cadet, la foudre l'atteignit sur la région cos taie droite, en un point correspondant à des pièces de meta qui se trouvaient dans la poche de la veste ; la peau y fut exco riée dans un espace grand comme la main ; puis Tétincelk descendit en zigzag sur la région gauche du pubis et parcourui la face interne de la cuisse, le jarret et le gras de la jambe,

La trace marquée sur le corps des deux frères avait, ei général, deux pouces de largeur, elle était plus large et plus profonde aux lieux d'intersection. L'épiderme avait été roulé en plis serrés sur les deux côtés de la raie ; rien n'indiquait dans cette lésion l'action du feu, elle semblait avoir été produite par une balle qui aurait effleuré la surface du corps. La cicatrice présenta, en plusieurs endroits, l'apparence d'un pas de vis. Mais une circonstance à noter, et qui caractérise la lésion que nous venons de décrire, c'est le nombre de contours de la raie, de ses retours sur elle-même, de ses intersections et des espèces d'iiots qu'elle formait.

Le docteur Pleischl dit qu'un homme atteint par la foudre, à Prague, le 28 mai 1820, présenta les mêmes lésions que le jeune Tècle, mais il ne les décrit pas.

Une femme fut tuée à Trentham, dans la Grande-Bretasfne : I

î fluide la frappa à la tête et laissa son empreinte jusqu'aux ieds (1).

De nombreuses circonstances influent, comme on le pense ien, sur la situation, la direction, l'interruption et la termiaison des raies.

Citons quelques faits : 1. Dans le grave accident si savamlent décrit par le docteur Garipuy , M. de Gontran était à heval et se tenait fort courbé sur l'encolure de l'animal, lorsu'il fut atteint par la foudre; son manteau de laine et son abit furent percés entre les deux épaules d'un trou semlable à celui d'une balle de fusil. Le dos et les lombes pré- ! entèrent une traînée étroite de brûlure.

• 2. Les pièces du vêtement exercent souvent ici une remar- ' uable influence. Dans un cas cité par Ebell, les raies mul- ' [pies qui avaient parcouru les cuisses et les genoux, ces- ' aient brusquement au niveau des jairetières endrsip bleu, pour

ecommencer au-dessous.

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