‹ De la foudre (volume 2)Chapitre 79 sur 198 · ATTITUDE DU CADAVRE · texte numérisé non relu

ATTITUDE DU CADAVRE

qu'au moment où, le croyant endormi, on essaya de le réveiller; ce jeune homme avait gardé sa position assise (Duverney).

Lyon cite un voiturier foudroyé qu'on trouva assis sous un buisson.

A l'approche d'un orage, un vigneron s'était assis sous un noyer planté au bord d'une haie ; après l'orage deux de ses sœurs, qui s'étaient mises à Fabri sous la haie, l'aperçurent assis et l'appelèrent pour retourner au travail; mais comme il ne répondait pas, elles s'approchèrent et le trouvèrent mort (Defay).

c( En 1698, comme j'étais à peu près sur le travers de » l'isle de Saint-Pierre, dit le comte de Forbin, le tonnerre » donna dans mon vaisseau, environ sur les quatre heures

» du matin Quand le jour fut venu, nous trouvâmes sur

» l'avant un matelot, qui s'appelait Marin, assis roide mort, )) ayant les yeux ouverts et tout le corps dans une attitude si » naturelle qu'il paraissait être en vie; après l'avoir fait » visiter, sans qu'on lui trouvât la moindre contusion sur le » corps, je le fis ouvrir; ses entrailles ne parurent aucune- » ment altérées ; sans doute que le feu du tonnerre l'avait » étouffé sur-le-champ. »

Nous ajouterons qu'un jeune homme cité par Gabrielli fut trouvé au fond d'une cuve de bois, la tête et le corps droits et appuyés contre les parois de la cuve; et qu'en 1853, la foudre ayant tué un prêtre aux environs d'Asti pendant qu'il dînait, le mort resta en place.

S'il faut en croire les deux relations suivantes, un cavalier tué par la foudre serait resté en selle, dans une attitude toute naturelle.

Vers la fin du siècle dernier, dit l'abbé Richard, le procureur du séminaire de Troyes en Champagne revenait à cheval, de la campagne à la ville, lorsqu'il fut frappé par la foudre; un frère qui le suivait, ne s'en étant point aperçu, crut qu'il s'était endormi, parce qu'il le voyait vaciller sur son cheval; ayant essayé de le réveiller, il le trouva mort.

Mais un des faits les plus curieux de ce genre est peut-être celui d'un prêtre qui fut tué par la foudre, pendant qu'il était

à cheval. L'animal continua sa route et ramena son maître à la maison, dans l'attitude ordinaire d'un homme à cheval, après avoir fait deux lieues à partir de l'endroit où la foudre l'avait frappé (1).

Un fait non moins curieux est celui de l'homme restant debout après la fulguration.

Un manouvrier, cité par Palasson, ayant été tué sans proférer une parole, fut trouvé debout contre le mur sur lequel il était appuyé.

Dans le courant de juillet 1845, quatre habitants d'Heiltzle-Maurupt, près Vitry-le-Français, se réfugièrent, trois d'entre eux sous un peuplier et le quatrième sous un saule contre lequel il était sans doute appuyé. Bientôt après, ce malheureux fut frappé de la foudre; une flamme claire jaillissait de ses vêtements, et toujours debout sous le saule, il ne paraissait s'apercevoir de rien. Tu brûles, mais tu ne vois donc pas que tu brûles! lui criaient ses camarades. N'obtenant pas de réponse, ils s'approchèrent de lui et restèrent muets de terreur en s'apercevant qu'il n'était plus qu'un cadavre.

Dans ces deux cas, la présence d'un mur ou d'un arbre servant d'appui nous explique la position gardée par le cadavre. Mais nous ne pouvons admettre le fait suivant consigné par le docteur Boudin. La femme du vigneron de M. Bonfils, de Nancy, ayant été foudroyée, il y a environ quarante ans, au moment même où elle cueillait un coquelicot, on trouva son cadavre debout, seulement un peu penché et tenant encore la fleur dans la main. Évidemment, les lois de l'équilibre s'opposent à ce qu'un cadavre humain reste debout, un peu penché, sans un appui pour empêcher sa chute.

Les observations suivantes offrent de l'intérêt en raison des attitudes spéciales qu'auraient conservées les cadavres.

Un navîre de 74, qui se trouvait à Port-Mahon, fut frappé au moment où l'équipage, ferlant les voiles, était dispersé sur toutes les vergues. « J'ai vu, dit lord William Napier, quinze » matelots, épars sur le beaupré, tués ou brûlés en un clin » d'œil; quelques-uns furent précipités dans l'eau; d'autres,

(1) Boudin, Traité de géog. et de statut, médic, t. I, p. 519.

Page 1