‹ De la foudre (volume 2)Chapitre 88 sur 198 · ART. 1. — ORGANE DE LA VISION · texte numérisé non relu

ART. 1. — ORGANE DE LA VISION

Les anciens avaient déjà remarqué sur les cadavres des foudroyés que les yeux restaient tantôt ouverts et tantôt fermés; ils avaient même avancé à ce sujet une singulière assertion, savoir : que l'homme qui a été foudroyé pendant qu'il veillait a les yeux fermés, et que s'il dormait on lui trouve les yeux ouverts, « vigilans, ictus conniventibus oculis, » dormiens, patentibus reperitiw » (1).

Le seul fait qui soit aujourd'hui constaté , c'est que parfois les yeux restent ouverts après la mort par la foudre : cette circonstance a été signalée chez un des moissonneurs d'Everdon, tué pendant qu'il prenait son repas ; chez un enfant qui s'amusait au corn d'une table au moment où il fut atteint par l'étincelle, et sur ufi marin, qui sans doute ne dormait pas pendant la tempête qui assaillit son navire (comte de Forbin) .

Il est à remarquer que le moissonneur et le marin furent trouvés assis dans une position parfaitement naturelle, et ce dernier dans un état très-grand deroideur; chez lui, la contraction instantanée et en quelque sorte tétanique aurait-elle saisi jusqu'aux releveurs des paupières? Chez l'enfant cité parChapsal, les membres étaient souples.

D'après quelques auteurs , Schulter en particulier, les globes oculaires seraient parfois plus vifs et plus brillants qu'ils ne le sont ordinairement chez ceux qui sont morts de maladie.

D'autres fois au contraire, peu de temps après l'accident, la cornée est terne, opaque, semblable à ce que l'on observe

(1) Pline. Hist. nat., liv. II, | lv.

longtemps après la mort ; cette altération de la cornée a été signalée par Brydonesur deux chevaux, et dans un autre cas, cité par Lyon, les yeux de plusieurs chevaux étaient opaques quelques heures après le foudroiement.

La conjonctive oculaire est parfois sans coloration, sans injection; d'autres fois elle est rouge, injectée dans toute son étendue, comme Tobias a eu l'occasion de le constater sur les cadavres de plusieurs bêtes à cornes.

Parfois enfin les yeux du même cadavre présentent, réunis, les divers phénomènes que nous venons de signaler: ainsi le physicien ingénieur Buchwalder rapporte qu'étant enfermé sous sa tente, avec son aide, au sommet des montagnes, celui-ci fut tué roide par la foudre. Or, son œil droit était ouvert et brillant, tandis que l'œil gauche restait fermé, et en soulevant la paupière, on vit qu'il était terne ; si Ton essayait de fermer l'œil droit, essai qui fut répété trois fois, il se rouvrait et semblait animé. Il est utile de remarquer que le côté gauche de la figure était sillonné de taches brunes ou rougeâtres; que les cheveux, les cils et les sourcils étaient crispés.

La saillie du globe oculaire, le demi-écartement des paupières, et les taches rouges de la conjonctive oculaire, ne sont certainement pas, comme on le dit, un ensemble de phénomènes constant chez les foudroyés. En effet, sur un homme tué par la foudre pendant qu'il marchait, nous avons trouvé les paupières closes, sans proéminence des globes des yeux, sans injection, sans taches rouges de la conjonctive palpébrale ou oculaire: les pupilles étaient dilatées, noires et par conséquent sans opacité du cristallin.

Quant aux lésions des globes oculaires, nous avons à signaler l'opacité du cristallin (1).

Cette dernière lésion a été observée par Mayer sur une chienne ; l'œil gauche était un peu rouge, l'œil droit fortement injecté. Du dehors de l'organe, on pouvait reconnaître l'épanchement sanguin qui affectait l'intérieur. En effet, quelques gouttes de sang étaient extravasées à l'entrée du nerf optique ; la même extravasation existait entre la rétine

.(1) Voir : 4" partie, chap. i, sect. III, § 5, p, 128.

et la choroïde, sur le corps ciliaire et dans les chambres antérieure et postérieure. L'œil gauche ne présentait qu'un léger épanchement sanguin dans le corps ciliaire.

ART. 2. — LÉSIONS DES ORGANES DE l'oUÏE ET DE l'olfaction.

On a vu le pavillon de l'oreille arraché, coupé ou percé par Tétincelle foudroyante. (Voir : Lésions extérieures,)

Le sang s'est fréquemment échappé sur le cadavre par le méat externe.

Quant à l'intérieur de l'oreille, nous signalerons la rupture, l'ablation même de la membrane du tympan. Gharleton a trouvé autour du méat auditif une blessure remplie de petits os, et la membrane du tympan arrachée de son cadre. A l'ouverture du cadavre, on ne trouva pas la membrane tympanique du côté droit, et l'on arriva directement sur les osselets.

Enfin, cette rupture de la membrane a sans doute eu lieu chez deux individus déjà mentionnés et qui ont présenté pendant la vie les signes ordinaires de cette lésion.

Quant à l'organe de l'olfaction, rarement examiné chez les foudroyés, nous ne pouvons signaler que la rougeur et la tuméfaction de la membrane pituitaire, brûlure qui affectait également la muqueuse du larynx chez plusieurs chevaux (1).

(i) Voir plus loin : 4*^ partie, cliâp. ir, sect. V", art. I, | III, p, 269.

Sestier. ïi — 47

Sommaire. — Respiration. — § î. Lésions des poumons. — § II. Epanclieraenls dans les plèvres. — § lïl. Lésions du larynx et de la trachée-artère. — Art. IL Circulation. — § I. Lésions du cœur. — § II. Lésions de tissus. — § III. Lésions des vaisseaux artériels et veineux. — Ecoulements de sang par diverses voies sur les cadavres des foudroyés. — § V. Du sang trouvé dans le cadavre des foudroyés. — Art. III. Digestion.

1 1. — Lésions des poumons. ■— En général les poumons de l'homme et des animaux foudroyés n'offrent pas de lésions de tissus, mais de fort remarquables différences dans leur volume, leur couleur et l'injection de leurs vaisseaux.

Tantôt les poumons sont parfaitement sains, Wallis, Ballay, Schulter en ont cité des exemples que nous avons déjà signalés.

Ant. Louis dit que les poumons d'un soldat examiné par lui étaient fort dilatés.

Les poumons d'un jeune garçon étaient sains; seulement le lobe inférieur du poumon droit paraissait à sa partie interne plus gorgé de sang que dans l'état naturel (Ebell et Mayer) .

Mayer trouva le tissu du poumon d'une chienne parfaitement sain, et les bronches remplies d'écume blanche, bien que le coup eût porté sur le poitrail.

Blondeau dit que les poumons des chevaux foudroyés qu'il examina ne s'affaissaient point à l'ouverture des cadavres, ils avaient leur couleur et leur consistance naturelles. Les bronches, la trachée-artère contenaient un liquide spumeux, blanchâtre, en petite quantité ; nous parlerons pius loin des lésions du larynx.

Krebs a, au contraire, constaté chez une jeune femme des poumons plus volumineux, gorgés d'un sang qui leur donnait une couleur brun noirâtre.

RESPIRATION 2o9

Les vaches examinées par Tobias avaient les poumons gorgés de sang.

Chez un sujet examiné au mois de juin, 24 heures après la mort, les poumons étaient volumineux, gorgés de sang, crépitants seulement à leur partie supérieure. Les cavités gauches du cœur contenaient une petite quantité de sang (Guyon).

Plusieurs auteurs ont signalé presque comme caractéristiques un affaissement des poumons, et un certain état exsangue.

Chez un jeune homme examiné par Duverney et qui, nous l'avons déjà dit, présenta une infiltration séreuse de la piemère, de la cavité cérébrale, « les poumons étaient remarqua- » blement flétris et plus affaissés qu'on ne les trouve dans » aucun autre genre de mort. Le lobe gauche était adhérent » à la plèvre et leurs vaisseaux paraissaient comme si on en » eût exprimé le sang ; le feu n'avait fait aucune impression » aux bronches ni à la trachée-artère; le péricarde conte- » nait une cuillerée environ de sérosité limpide ; le ventri- )) cule et l'oreillette du côté droit étaient fortement distendus » par du sang liquide. »

Jusqu'ici, le parenchyme pulmonaire lui-même est resté sain, mais il n'en est pas toujours ainsi: F apoplexie ptilmonaire et la perforation du poumon ont été constatées chez les foudroyés.

Nous connaissons trois exemples d'apoplexie pulmonaire.

Chez un vieillard, dont Phayrenousa rapporté l'histoire et dont l'hémisphère gauche du cerveau était entièrement désorganisé, le poumon droit parut sain, mais le lobe supérieur du poumon gauche présentait à son i)ord àniérieur et dans une étendue de trois travers de doigt, une couleur noire foncée. Une incision pratiquée dans cet endroit donna issue à une grande quantité de sang noir liquide ; le tissu ne crépitait pas, ses cellules ne contenaient point d'air. C'était, dit Phayre, un exemple pur et parfait d'apoplexie pulmonaire au second degré.

Ici l'apoplexie est restée bornée à une petite portion d'un seul poumon, ^mais dans les deux cas suivants, cette grave lésion a occupé une grande partie des deux poumons.

260 LÉSIOiNS DES ÛRGANE'S DE LA VIE ORGANIQUE

Sur le cadavre du professeur Richman, ce premier martyr de l'électricité, la portion antérieure des poumons était intacte , mais leur région postérieure , particulièrement à droite, était noirâtre et toute couverte de sang extra vase; la cavité pleurale contenait une demi-livre de sang pur; le cœur était sain, mais vide de sang ; le pancréas était lésé et rempli de sang; l'intestin grêle, le foie, la rate et le cerveau étaient sains.

Dans le cas suivant, observé par le docteur Gabrielli, l'apoplexie a occupé le poumon gauche tout entier et les deux tiers du poumon droit.

Il s'agit d'un jeune homme de 23 ans foudroyé à Sienne, et dont le cadavre, ouvert 48 heures après l'accident, était encore rigide et sans aucun signe de putréfaction.

Les poumons étaient soudés aux côtés par des adhérences anciennes; la plèvre gauche offrait plusieurs taches noirâtres que l'on vérifia être des ecchymoses, s'étendant jusqu'aux muscles sous-jacents; à droite, mêmes taches mais en plus petit nombre.

Le poumon gauche tout entier était noir, peu crépitant, friable comme un caillot sanguin d'un homme pléthorique; le doigt ou tout autre objet y pénétrait avec facilité comme il aurait pénétré dans un caillot ; à en voir un fragment, on eût eu de la peine à reconnaître du tissu pulmonaire. En incisant la plèvre, il s'écoula en abondance du sang noir et Mquide qui était évidemment extravasé dans le parenchyme : celui-ci était déchiré et réduit en bouillie, il nageait dans l'eau, mais en faisant peu saillie au-dessus.

*Le poumon droit était dans le même état que le gauche dans ses deux tiers postérieurs; en avant, il était à peu près dans son état normal.

La bouche et la gorge contenaient du mucus sanglant que l'on retrouvait aussi dans la trachée-artère et dans les bronches jusque dans leurs plus petites ramifications. La muqueuse bronchique était elle-même d'un rouge foncé sans être ramollie ; le cœur flasque ne contenait ni sang ni caillots ; le sang était partout noir et hquide.

Le jeune homme dont nous venons de parler était, le

12 octobre, dans un cellier pour y fouler la vendange, quand la foudre le frappa : on le trouva au fond d'une cuve de bois, la tête et le tronc droits appuyés contre la paroi de la cuve. Quand, bientôt après, M. Gabrielli arriva, il put s'assurer que la cuve était à peine en fermentation et qu'il n'y avait à attribuer la mort qu'à la fulguration.

Ouvrard nous a laissé l'exemple unique de perforation du poumon que nous rapportons ci-dessous.

Une dame fut foudroyée ; on remarqua deux légères excoriations à la partie antérieure de la poitrine et une ecchymose fort étendue sur tout le côté gauche de cette région, dans toute sa hauteur ; après avoir ouvert le thorax :

ï P^us avons vu, dit l'auteur, le lobe inférieur gorgé de » sang et percé de haut en bas dans quatre points, offrant )) chacun une petite plaie que Je ne puis mieux comparer )^ qu'à celle que ferait un grain de plomb. Une seule de ces » lésions m'a paru traverser la base des poumons de part en » part ; il y avait une livre de sang environ épanché dans le » côté de la poitrine. Du reste, les deux lobes supérieurs » étaient très-sains, ainsi que le poumon gauche; le cœur » n'offrait rien de remarquable, il était vide de sang.

» A l'endroit correspondant à la lésion principale du pou- » mon, on remarquait que cette blessure se continuait sur le « diaphragme en le traversant par une ouverture oblique; le » foie présentait à la partie moyenne de sa face convexe une )) déchirure peu profonde, d'un pouce et demi environ de » longueur et se dirigeant vers son bord antérieur. L'épi- » ploon gastro-hépatique était ecchymose dans toute son » étendue, et l'estomac, sans aucune contusion, présentait à » sa région spîénique, une petite ouverture circulaire à » bords contus. Nous n'y trouvâmes aucun liquide, il conte- » nait encore des végétaux non altérés par la digestion; sa » membrane muqueuse était saine. L'épiploon gastro-splé- » nique était ecchymose ; la rate sans déformation était dé- » pouillée de ses enveloppes sans qu'on ait pu les retrou- » ver (sic); la capsule surrénale et l'extrémité supérieure du » rein gauche étaient ecchymosées : le reste des viscères » abdominaux était sain. ».

I IL — Epanchements dans les plèvres. — Nous avons plusieurs fois déjà signalé des epanchements dans les plèvres des foudroyés. Nous avons cité trois epanchements sanguins; dans un cas il fut manifestement en rapport avec une perforation multiple du poumon (Ouvrard) ; sur le cadavre de Richman il y avait une apoplexie pulmonaire et peut-être une perforation de la plèvre; enfin sur le sujet de Schulter, il n'y avait, avec l'épanchement d'une livre de sang noir, aucune lésion des poumons ; car ces organes étaient sains, grands, bien développés, d'un bleu foncé et remplis d'air et de sang.

II nous reste à citer un cas où l'épanchement pleural était formé, non pas par du sang en nature, mais par de la sérosité sanguinolente.

Chez un soldat tué par la foudre, Ant. Louis trouva dans la poitrine un épanchement peu considérable de lymphe sanguinolente : les poumons d'ailleurs étaient fort dilatés.

Un tel épanchement n'aurait-il pas été antérieur au foudroiement?

I IIL — Lésions du larynx et de la trachée»

artère. — îl est assez rarement fait mention du larynx et de la trachée-artère dans les observations que nous avons analysées : on a trouvé parfois dans ces organes un mucus spumeux blanc, du mucus sanguinolent, et même du sang, comme nous l'avons indiqué en parlant de l'état des poumons.

. Mais il est deux lésions observées chez des animaux seulement et sur lesquelles nous devons fixer notre attention: la première consiste en une brûlure du larynx; la seconde en une section longitudinale de la trachée-artère.

Le 9 septembre 1843, vers 9 heures du soir, la foudre atteignit une écurie de la caserne de Fougères (îîle-et-Yilaine), et y tua huit chevaux; plusieurs de ces cadavres furent examinés immédiatement; les autres quatorze heures après. Yoici les résultats de ces nécropsies, tels qu'ils ont été communiqués au docteur Blondeau, par MM. Marcus et Glaudon, anciens élèves de l'école d'Alfort.

Chez les premiers, les veines sous-cutanées étaient trèsapparentes, les muqueuses pâles, les tissus flasques; le tissu cellulaire était rouge et injecté; le tissu musculaire plus ferme qu'à l'élat normal; les veines étaient gorgées de sang noir et poisseux, tandis que les artères étaient vides.

Cavité crânienne. Sinus de la dure-mère et vaisseaux de la pie-mère engorgés ; plexus choroïdes noirâtres ; liquide des ventricules en petite quantité; aspect et consistance de la substance cérébrale comme dans l'état normal. Enveloppes de la moelle épinière gorgées de sang.

Cavité thoracique. Les poumons ne se sont point affaissés au moment de l'ouverture du thorax; ils présentaient leur couleur, leur consistance et leur densité naturelles. Les bronches et la trachée-artère contenaient une petite quantité d'un liquide spumeux et blanchâtre; la muqueuse de la trachée était rouge; quant au larynx, ses altérations étaient profondes et singuhères : ainsi la muqueuse de l'épiglotte, de l'orifice supérieur du larynx et des cordes vocales était livide, granuleuse et épaissie par une accumulation considérable de sang dans ses vaisseaux. Une ligiiC de dérqarcation bien tranchée existait entre la muqueuse du larynx et celle de la trachée, cette dernière étant beaucoup moins rouge, à partir du premier cerceau trachéal; les cartilages du larynx qui sont peu vasculaires, présentaient cependant une injection remarquable.

Les veines de la membrane pituitaire étaient remplies de sang, et cette membrane était d'un rouge foncé.

Les cavités droites du cœur renfermaient une grande quantité de sang noir non coagulé, tandis que les cavités gauches étaient vides.

Organes digestifs. La membrane muqueuse buccale était d'une pâleur extrême ; le pharynx offrait les mêmes lésions que le larynx : une ligne de démarcation existait également à l'entrée de l'œsophage; dans cet endroit, la muqueuse redevenait pâle comme la muqueuse buccale et présentait la même pâleur dans toute la longueur du tube digestif; les glandes salivaires étaient tuméfiées et de la couleur du tissu pulmonaire (il est à remarquer que chez un autre cheval qui

a survécu, il y a eu une salivation fort abondante); les viscères abdominaux étaient intacts.

Plusieurs chevaux, avons-nous dit, ne furent examinés que quatorze heures après la mort ; or cet examen fournit le même résultat que le précédent, à cette différence près que les cadavres étaient considérablement ballonnés.

Une grande quantité de sang avait été extraite des veines de ces animaux, et ne s'était point coagulée par un séjour prolongé au contact de l'air.

Cette lésion de la membrane pituitaire et de la membrane muqueuse du larynx, du pharynx, identique chez plusieurs chevaux tués par le même coup de foudre, reconnaît évidemment pour cause l'action directe du feu électrique ; c'est une brûlure de la membrane muqueuse de ces organes. L'agent délétère a passé par les fosses nasales et non point par la bouche, à en juger par la rougeur de la membrane pituitaire et par la pâleur extrême de la muqueuse de la bouche.

Sur treize chevaux réunis au même râtelier, huit ont été frappés à mort, ce sont ceux dont nous venons de parler ; il est probable qu'ils avaient en ce moment la tête baissée sur la mangeoire, or cette mangeoire était garnie d'un bande de fer que la foudre a sans doute suivie.

L'observation suivante nous offre le plus haut intérêt; aussi croyons-nous utile de la rapporter dans presque tous ses détails.

Un vacher du cercle de Trêves, au rapport de Tobias, s'était réfugié avec son troupeau sous un arbre, lorsqu'il se vit tout-à-coup entouré comme d'une pluie de feu et tomba sans connaissance. Revenu à lui après une demi-heure, il se trouva au milieu de 27 bêtes à cornes tuées par la foudre : ellesfurent examinées 21 heures après l'accident.

Sur 21 de ces cadavres, on trouva sur le côté gauche des stries larges de deux lignes, dues à la combustion des poils et qui s'étendaient en zigzags vers le creux du jarret, les tétines, les lombes et le trumeau ; plusieurs d'entre elles se terminaient à des espèces de fossettes, de la grandeur d'une pièce de cinq francs, également dues à la combustion .

Six de ces animaux ne présentaient aucune lésion extérieure. La putréfaction de tous ces cadavres était déjà fort avancée, sans doute favorisée par une température de 22*^35 au mois de juillet. L'abdomen était énormément tuméfié, par la distension gazeuse de l'estomac et des intestins; du sang liquide très-noir, ou une sérosité jaune rougeâfcre, s'écoula des diverses ouvertures naturelles du corps, de la gueule, des narines, de l'anus et môme chez quelques-unes des tétines. La muqueuse de ces orifices, d'un rouge bleuâtre ou noir, faisait une saillie plus ou moins prononcée ; les yeux étaient fortement injectés ; les endroits privés de poils, au ventre et au poitrail, étaient d'une couleur rouge bleuâtre. La peau ayant été enlevée, on trouva de larges ecchymoses, correspondantes aux stries précédemment signalées. Les veines étaient généralement gorgées d'un sang noir et liquide, que l'on retrouvait en abondance dans l'estomac, les intestins, l'épiploon, le mésentère et le foie. La rate était flasque; son parenchyme,réduit en une sorte de bouilUe,contenait du sang gluant comme du goudron. Le sang des veines caves et de la veine porte offrait les mêmes caractères.

Chez l'un de ces animaux on trouva la langue dépouillée d'épithélium sur le côté droit, le voile du palais fendu et répiglotte détruite. La trachée-artère elle-même était fendue sur le milieu de sa paroi postérieure et dans toute sa longueur, depuis le larynx jusqu'à la bifurcation, comme si elle avait été divisée avec un couteau : sa cavité et celle des bronches étaient remplies de caillots de sang noir.

Les poumons et les cavités droites du cœur étaient remplis de sang.

Chez d'autres animaux, la trachée, le larynx, les poumons offraient de la rougeur sans aucune déchirure des tissus.

Chez tous les cavités droites du cœur étaient remplies de sang poisseux.

Il n'y avait aucune altération du cerveau ni des autres appareils nerveux.

Si nous considérons plus particulièrement la lésion de la bouche et des conduits respiratoires, nous voyons la langue dépouillée d'épithéhum sur le côté droit, le voile du palais

fendu, l'épiglotte détruite, la trachée-artère elle-même fendue dans toute sa longueur comme avec un couteau. Ces lésions sont des plus remarquables et ne sauraient être attribuées à une recherche maladroite ; d'ailleurs la présence du sang dans les voies respiratoires indique bien encore que ce n'est pas l'instrument tranchant, mais la foudre, qui a produit ces lésions.

IL — Lésions du cœur. — Les cavités du cœur chez l'homme et chez les animaux foudroyés, offrent toutes les variétés possibles de vacuité ou de distension, et en particulier celles que l'on observe dans la syncope et dans l'asphyxie.

1. Chez trois foudroyés cités par Ouvrard, Michelot et Gabrielli, le cœur était vide de sang. Il faut remarquer que dans ces trois cas les poumons présentaient une perforation multiple ou une apoplexie avec épanckement sanguin dans la cavité pleurale, ou un simple épanchement sanguin dans la plèvre sans lésion bien notable des poumons.

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