‹ De la foudreChapitre 114 sur 174 · TRAITEMENT DES ACCIDENTS PRODUITS PAR LA FOUDRE · texte numérisé non relu

TRAITEMENT DES ACCIDENTS PRODUITS PAR LA FOUDRE

SUR l'homme.

SomiAiRE. — Art. I. — État de mort apparente. — 1 1. Électricilè. — | H. Usoffialion pulmonaire. — > | III. Chaleur. — | IV. Irritation de l'entrée des voies aériemes et 4o condott auditif externe. ~ | V. Frictions; chalovillement; flacellatloa; articatioa. - I VI. Bains froids. Affusions et aspersions froides. » | VII. Saignée. ~ f VIII. IV quelques autres moyens. —Art. U. Congestions diterses. — |I. Délire. — |1I. Eui apoplectique. — | III. Congestion cérébrale et pulmonaire. — I IV. Accidents épilepiiformes. Engourdissement. — Art. 111. — Paralysies consécutives. — Art. IV. — Moifffii internes. — Art. V. — Traitement des lésions externes. — hri. VI. — Résuine du traitement, ^ Moyens de se garantir des effets de la frayeur pendant les orages.

Nous n'avons rien trouvé dans les auteurs anciens qui concernât le traitement des individus frappés par la foudre. On n'osait pas toucher aux corps des foudroyés,

Ausus et igné Jovis pereussum tangere earput.

écrit Ovide (1) en exil à un ami dévoué.

Les cadavres des foudroyés n'étaient point brûlés : on les enterrait. C'est Pline (2) qui nous a transmis cette coutume toute religieuse, sans nous dire quels soins étaient prodigués à ceux que la foudre n'avait pas frappés de mort subite.

La foudre agit sur l'homme d'une manière bien différente suivant les cas et donne lieu à des états morbides fort variables : elle peut engendrer directement ou indirectement une grande partie des affections qui constituent le cadre nosologique. On ne doit donc pas s'attendre à ce que nous donnions ni un traitement spécifique des accidents qu'elle détermine, ni l'ensemble des méthodes employées pour arriver à leur guérison. Nous ne pouvons exposer ici que des notions générales sur lés moyens mis le plus fréquemment en usage et sur la valeur qu'il convient d'y attacher. C'est au médecin qu'il appartient d'appliquer à chaque cas le traitement qui lui

(1) Ovide, Les Tritiet, Mr. III, élégie 8, vers 7. («) Pline, Hiit, nat„ Ut. U, ehap. lt.

convient; son appréciation personnelle, son expérience, ses coooaissances spéoiaJes, et surtout de bonnes idées générales, lui fourniront alors plus de ressources que nous n'en pouvons faire entrer dans ce chapitre.

Pourtant» parmi les accidents que produit la foudre, il en est d'une telle gravité, qui demandent une telle promptitude de secc»urs que nous avons cru devoir entrer à leur égard dans ijuelques développements, afm de déterminer d'une manière aussi sûre que possible les moyens les plus eflicaces en pareil cas et d'éviter par là des tâtonnements dont le résultat pourrait être désastreux.

De tous ces accidents, le plus grave, celui qui exige la l»lus prompte décision, et pour lequel on doit toujours être prêt, c'est l'état de mort apparente. C'est donc de cet état que nous nous occuperons plus spécialement, et c'est par lui que nous allons commencer.

Un grand nombre de moyens ont été employés pour ramener à la vie les foudroyés en état de mort apparente. Nous allons successivement passer en revue ceux qui ont eu ou ont paru avoir une efficacité réelle.

§ I. — Éleotiiolté. — Cet agent s'emploie de plusieurs manières.

A. Tantdt on se propose de produire une excitation générale. Alors, après avoir isolé le malade, on tire des étinrtUes de différentes parties de son corps (c'est ainsi que Pont pratiqué Fûller, Bernouilli, Nicolas de Nancy, Hoist), ou bien on fait passer un courant d'induction de la bouche à l'anus, en plaçant l'un des paies dans la bouche ou dans le pharynx et l'autre dans le rectum.

B. Tantôt on veut agir localemetU, sur un appareil ou sur un organe en particulier. Ainsi :

l"" On dirige le courant sur les parois de Poreilte externe, sur la ckMsoit des fosses nasales, dans le larynx, ehercbant à

déterminer de celte manière une stimulation qui réagisse sur le système nerveux général et plus particulièrement sur l'appareil respiratoire.

2<* On agit directement sur le cœur. — A l'aide d'une bouteille de Leyde, on tire des élincelles du côté gauche de la poitrine, sous le mamelon. — On fait passer des secousses électriques du côté droit au côté gauche du thorax, ou bien de la clavicule droite aux fausses côtes du côté gauche. — On enfonce dans le cœur une épingle sur laquelle on place un des excitateurs de l'appareil à induction, tandis que lautre pôle est mis en rapport avec les parois thoraciques.

3^ On s'est surtout appliqué à produire les mouvemenls respiratoires en agissant sur le diaphragme, soit directement, soit indirectement, par l'intermédiaire des nerfs phréniques.

Dans le premier cas, on place l'un des conducteurs galvaniques au creux de Testomac et l'autre à la partie supérieure de la moelle épinière (Rossi).— D'autres fois, on met Tun des pôles sur la langue et l'autre sur une épingle enfoncée dans les parois de la poitrine à la hauteur des insertions du diaphragme. -^ Enfin, on détermine des contractions du diaphragme en enfonçant une aiguille à acupuncture dans chacune des parois latérales de la poitrine, entre la 7* et la 8* côte, de manière à atteindre les fibres de ce muscle, qui, du reste, ne se trouvent qu'à quelques lignes de la surface cutanée, puis faisant passer un courant de l'une à l'autre.

Dans le second cas, c'est par les nerfs phréniques qu'on excite le diaphragme. Pour atteindre ce but, Andrew Ire avait mis à découvert, chez un animal, le nerf phréoique, au cou, et l'une des attaches du diaphragme sous le cartilage de la 7* côte; puis il avait fait communiquer ces deux points avec les pôles d'une pile. — Maintenant on sait que, pour faradiser les nerfs phréniques, il n'est pas besoin de les découvrir. Une aiguille qui répond au pôle positif est enfoncée dans la région du nerf phrénique, au cou, tandis qu'une autre aiguille, correspondant au pôle négatif, est plantée vers la partie tendineuse du diaphragme : en mettant ces deux aiguilles en communication avec les réophores d'un appareil d'induction, on excite les contractions du muscle. — Enfin aiqourd'hui la

Faradisation des nerfs phréniques sV>btient plus simplement encore en appliquant les excitateurs garnis d'épongés humides sur le trajet de ces nerfs, au-devant du cou; on fait passer on courant d'induction à intermittences très-rapides et on a soin de l'interrompre de temps en temps, à intervalles égaux et assez rapprochés.

Voici ce qui se passe alors : quand le courant agit, le diaphragme se contracte et produit Técartement des côtes inférieures ; en même temps les parois abdominales se soulèvent, refoulées par les viscères que comprime le diaphragme. La cavité de la poitrine s'agrandit donc ainsi par l'augmentation de tous ses diamètres et forcément l'air pénètre dans les poumons, ordinairement avec le bruit d'une inspiration sanglotante. — Quand le courant cesse, toute contraction musculaire cesse également; l'abdomen et la poitrine s'affaissent comme par le fait de l'expiration et l'air est chassé des poumons. Tels sont les phénomènes qu'entraînent l'excitation et la contraction du diaphragme.

Hais il y a plus : comme les nerfs phréniques communiquent avec le cœur, au moyen de la huitième paire, la faradisation de ces nerfs agit non-seulement sur le diaphragme, mais encore sur l'organe central de la circulation. Ajoutons enfin que les mouvements et les secousses du diaphragme sont bien propres à exciter les contractions du cœur.

Avant dé chercher à apprécier la valeur de ces diverses applications de l'électricité au traitement de l'asphyxie des foudroyés, nous devons nous demander si cet agent a été jusqu'à présent employé dans ce cas particulier. — Eh bien f nous ne connaissons pas une seule observation qui mentionne l'électricité parmi les moyens employés pour rappeler à la vie un homme frappé de la foudre. Tout ce que nous savons à cet égHvd, c'est, d'abord, que certains auteurs ont conseillé d'y recourir. — Ainsi le docteur Curry en recommande fortement l'essai. Gharies Kite regarde l'application modérée de Télectricité comme le stimulant le plus puissant chez les personnes plongées par la fulguration dans un état de mort apparente. « Cet agent, dit-il, pénètre aussi bien dans les « parties profondes que dans les parties superficielles et.

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» par-dessus tout» il possède la propriété d'exciter rirrilabii lité de la fibre musculaire (1) >•

Suivant Van Mons, un moyen qu'on ne peut assez tôt employer et dans Tusage duquel on doit mettre la plus grande confiance, ce sont les commotions électriques et galvaniques. « Mais, ajoute-t-il, Tadminislration de ce moyen demande » de grandes précautions; car, comme chez les foudroyés » l'irritabilité est en grande partie éleintc, il suffirait d'une » commotion tant soit peu forte pour la détruire entièremenl » au lieu de la réveiller. On doit donc commencer par l'étin- » celle d'un conducteur et passer ensuite à une bouteille peu » chargée ou de quelques pouces seulement d'armure. Si ces » explosions, qu'on doit tirer au travers du cœur et dans la » direction des muscles respirateurs, ne produisent aucun » effet, on doit peu à peu en augmenter fiatensité et les » pousser jusqu'à la commotion infmiment plus forte d*une » pile et même d'une batterie. — Avant de commencer ces » opérations, dit-il encore, il est nécessaire de remplir de 1 bon air la cavité de la poitrine. »

En second lieu, dans des expériences faites sur ce sujet, quelques animaux foudroyés par 1 étincelle des machines oni été soumis à des chocs électriques et sont revenus à la vie.

Abylgard rapporte que des oiseaux, qui avaient revu de violentes décharges électriques sur la lète et que l'on regardait comme morts, ont été rendus à la vie par de légères commotions sur le cœur et sur les poumons, même après qu'on avait tenté vainement les stimulants d'ordinaire les plus puissants.

Le docteur Curry (2) conseille fortement l'usage de l'électricité, c On sait, dit-il» que des poulets et d'autres petits » animaux, après avoir été privés de tout sentiment et de » tout mouvement par de violents chocs électriques donnés » au travers de la tète ou de la poitrine, peuvent être res- » suscités immédiatement après par d'autres chocs plus » faibles donnés de la même manière, et qu'on peut ainsi

(1) An utoff on Ihe Bicovery of the appar. dead in mêâie, dnnwteni. t. XI V. p. ISI.

(t) Ohiên. ffur ici morte apparentai, trad. d'Odin, p. 100.

B suspendre et rétablir alternativement leur titalité plu- > sieurs fois de suite. »

Charles (1) a remarqué dans ses expériences que de faibles étiocelies accéléraient le retour complet des fonctions chez les animaux soumis aux décharges de la machilie. tJn chat reçut une violente commotion ; il tomba immédiatement et entra en convulsions ; alors on dirigea sur lui quelques faibles étincelles. A la troisième ou à la quatrième, l'animal se mit à miauler ; on continua et il ne tarda pas à se relever.

Ces expériences sont en trop petit nombre pour nous éclairer suffisamment sur la valeur du moyen que nous étudions. Nous sommes donc obligés de recourir à d'autres sources de renseignements et à tirer parti des résultats obtenus, au moyen de Télectricité, dans des cas de mort apparente ayant une certaine analogie avec ceux produits par la foudre. Telle est la mort apparente que déterminent la submersion et surtout le chloroforme. Nous appuyant sur les expériences qui ont été faites à ce sujet, nous dirons :

i^ La stimulation générale qui n'a pas pour but et pour premier résultat d'exciter particulièrerlfient les mouvements respiratoires ne peut guère être employée utilement Nous ajouterons même qu'elle est dangereuse; car elle peut épuiser rapidement l'excitabilité du système nerveux.

i^ Nous ne recourrons pas non plus à la stimulation géné-^ raie par action réflexe que Ton obtient en faisant passer un courant d'induction de la bouche à l'anus. Car, d'une part, si le courant est continu , il occasionne une contraction générale et permanente des muscles qui rend impossible les mouvements respiratoires. D'autre part^ s'il est interrompu à intervalles égaux de quelques secondes, les muscles des membres se contractent violemment ; la poitrine, à la vérité, se dilate comme dans une inspiration profonde; puis, au moment de l'interruption du courant, les contractions musculaires cessent .et les parois thoraciques retombent comme dans l'expiration. Mais on n'obtient ainsi que des excitations et des contractions stériles qui s'épuisent bientôt.

De plus» et malgré le fait de Lestrohon qui a ainsi ramené

il) Aécil d$ qt^elques expèr, éUetriques. Joum, de Phy$., t. XXX, p. 435.

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à la vie un chat asphyxié par submersion, nous devons dire que ce procédé de déterminer les mouvements respiratoires par action réflexe peut amener rapidement l'épaisemeot nerveux. D'aiiieurs, l'excitabilité réflexe, si Ton peut parler ainsi, s'éteint beaucoup plus tôt que l'excitabilité directe.

3® C'est à la faradisation des nerfs phréniques que nous aurons recours, d'abord parceque, comme nous venons deledire» l'excitabilité directe persiste plus longtemps que l'excitabilité réflexe, ensuite parce que c'est uu moyen puissant pour déterminer lea mouvements d'inspiration et d'expiration : nous avons déjà vu par quel mécanisme les effelsse produisent.

La faradisation, localisée aux nerfs phréniques dans le but de produire la respiration artificielle, a été proposée par M. Ducheune, de Boulogne (1), pour remédier aux premiers accidents de l'asphyxie dans les empoisonnements par la vapeur de charbon, par l'opium, par le chloroforme. — M. Lallemand dit même l'avoir employée avec succès dans le cas de mort apparente par le chloroforme.

En tout cas, ce procédé nous parait préférable, sous tous les rapports, à celui qui consiste à plonger des aiguilles aux points d'insertion du diaphragme ; seulement il faudra éviter que le courant soit trop fort, car alors on produirait un effet contraire à celui qu'on clierche. M. Duchenne, de Boulogne, a fait voir en effet, que la contraction violente prolongée du diaphragme, sous l'influence du courant» détermine promptement l'asphyxie.

Quant à exciter le cœur en particuUer par des étincelles tirées de la région précordiale ou par un courant d'induclion dirigé à travers le cœur au moyeu d'aiguilles, aucun fait oe nous prouve que cette méthode soit utile ; cependant nous nous garderons bien de la proscrire» mais nous croyons que le meilleur moyen d'exciter les contractions du cœur, c'esl de réveiller les mouvements de l'appareil respiratoire.

Malheureusement, quelle que soit la puissance de la faradisation des nerfs phréniques, on ne pourra que bien rarement

(1) Union médUaU (18S3), p. 101. lOS, 109. 149, 155, iùt IM et 173. Ibid (1865). p. 180 et 154, et les indications, p. VIH» âe rEUetriêotitm Iomf, Paris, f édit. (iS61).

y avoir recours» parce que les accidents causés par la foudre arrivent le plus ordinairement dans des lieux où il est impossible ou au moins fort difficile de se procurer une pile voltaïque. Puis les appareils sont compliqués ; il faut toujours un temps cnssez long pour les mettre en action, et pour que les secours soient efficaces» il faut qu'ils soient très-prompts. Nous verrons plus tard que Télectricité peut trouver son utilité dans le traitement de la paralysie consécutive à la Tulguration.

§ IL — Insufflation pulmonaire. — L'insufflation pulmonaire a été conseillée par plusieurs auteurs, Reimarus, StolU etc.

Brodîe» en voyant, chez un animal frappé de l'étincelle de la machine, la respiration s'arrêter, le cœur continuer à battre et à lancer du sang noir, fait remarquer combien il serait important, dans ce cas, d'insuffler les poumons, et formule en ces termes le traitement à suivre : soumettre le corps à une chaleur modérée pour empêcher la perte de la chaleur animale et insuffler les poumons de manière à imiter la respiration naturelle;

Elle a été employée par Priestley et par Marat dans des expériences sur les animaux ; mais elle n'a été que très-rarement utilisée chez l'homme foudroyé.

Pour nous» l'insufflation pulmonaire est le moyen par excellence de ranimer les foudroyés en état de mort apparente. En effet, le courant gazeux va stimuler d'abord la vaste surface de la muqueuse pulmonaire ; ensuite celte stimulation» par une action réflexe» retentit dans les centres nerveux et y éveille rexcilabilité ; enfin l'oxygène agit sur le sang lui-même.

On a recouru à Tinsufflation bouche à bouche eo fermant les narines du malade. Le mieux serait d'introduire une sonde dans le laiynx et dans la trachée et de l'adapter au moyen d'un bouchon à la tuyère d'un soufflet ordinaire.

On aurait tort de craindre d'occasionner de cette façon une rupture des vésicules pulmonaires ; il a été parfaitement établi par des expériences sur le cadavre que cette rupture n a jamais lieu en pareille circonstance.

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Il est absolument indispensable de fliire alterner les poussées d'air avec des pressions sur les parois thoraciques et de continuer les însufflalions jusqu'au rétablissement complet de la respiration.

§ m. — Chaleur. — La chaleur, sous toutes ses formes, a été conseillée pour le cas qui nous occupe et toujours dans le but de déterminer une sensation douloureuse qui retentisse sur le système nerveux et par action réflexe sur les appareils de la circulation et de la respiration. Ainsi, on pourrait imbiber un linge ou une éponge d'eau bouillante et l'appliquer brusquement, et pendant quelques instants seulement, particulièrement sur la région du cœur, sur les reins, sur l'épigastre, sur le bas de la poitrine. — On a conseillé de laisser tomber, sur l'une ou l'autre de ces régions, quelques gouttes de cire ordinaire ou de cire d'Espagne brûlante, ou d'y faire brûler un morceau de papier, d'amadou, ou bien encore d'appliquer sur le creux de l'estomac un linge de la grandeur de la paume de la main, plié en plusieurs doubles et bien imbibé d'esprit-de-vin, d'eau-dc-vie, d'eau de Cologne, et d'y mettre le feu. — Enfin, en dernier ressort, quelques gouttes de chloroforme recouvertes de taffetas amènent promptement une rubéfaction intense et d'un excellent effet. On pourrait avoir recours au fer rouge, malgré les inconvénients que cet agent laisse à sa suite. Toutefois, nous croyons que l'on ne doit pas l'appliquer sur la plante du pied, à cause de la fréquence du tétanos après les brûlures de cette région. La cautérisation ponctuée, qui n'offre aucun danger, donnerait probablement d'excellents résultats.

Les bains chauds ont été proposés par Wolf pour ramener le sang à la peau et dégorger les vaisseaux intérieurs. Les manuluves et les pédiluves ont été conseillés par Wollmar, pour rappeler la circulation et les fonctions sensitives.

§ IV. — Irritation de l'entrée des voles aériennes et du conduit auditif externe. — A. Irritation portée dans les fosses nasales, ^^Un des appareils dont le pouvoir réflexe sur l'appareil respiratoire est le mieux constaté et

le plos actif est certainement l'appareil de l'olfaction. Outre ses nerfs spéciaux, qui portent le nom d'olfactifs^ et viennent s'épanouir dans la membrane pituitaire, il reçoit un grand nombre d'autres filets nerveux qui lui sont fournis par le oerf nasal interne et le rameau frontal de la branche opbthalmique de Willis, par le ganglion de Meckel ou sphénopalatin, par le nerf vidien et par lé rameau dentaire inténeur du nerf maxillaire supérieur.

Grâce à ces nombreux rameaux nerveux, les fosses nasales jouissent d'une sensibilité extrêmement vive, qui, par suite des anostomoses de quelques-uns de ces rameaux avec les ni^rfs de la vie organique, peut réagir énergiquemeiit sur les muscles respirateurs. Aussi l'irritation de la surface interne de ces cavités détermine-t*elle l'éternument et la toux, qui, pour s'effectuer, exigent une inspiration plus ou moins profonde. Or, ce qui importe dans le cas qui nous occupe, c'est précisément de produire une inspiration.

a. Les moyens propres à irriter les fosses nasales sont très-nombreux. Mentionnons en premier lieu la titillation, le picotement, le frottement, à l'aide d'un brin de paille ou 4'herbe, d'un ramuscule d'arbrisseau, des barbes d'une plume : ces petits corps sont introduits un peu profondément dans la cavité et on leur imprime des mouvements brusques, en divers sens. On pourrait encore tirer, comme pour les arracher, les poils qui garnissent l'orifice des narines.

h. Une seconde méthode consiste à insuffler dans les fosseç nasales quelque poudre .irritante ou sternutatoire. telle que la poudre de tabac, de poivre, de moutarde, à l'aide d'un tuyau de plume, d'une tige de graminée, d'un roseau, d'un tube étroit formé de papier roulé.

c. Au lieu de poudre, on peut aussi insuffler ou diriger dans les narines quelque vapeur irritante, telle que la fumée de tabac que l'on aspire soi-même d'une pipe ou d'un cigare, ou qu'on obtient en projetant du tabac en poudre Mir une |)elle rougie au feu. — Ou bien encore on fait brûler sous le nez des allumettes ou une mèche soufrée, des plumes, quelque morceau de corne, un chiffon de laine;

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ces dernières substances dégagent, comme on sait, par la combustion, une certaine quantité d'ammoniaque. — Tous ces produits gazeux pourront être dirigés dans les fosses nasales à l'aide d'une sorte d'entonnoir fait avec une feuille de papier, avec une carte ou même avec une feuille d'arbre.

d. D'autres fois, on fait pénétrer dans ces cavités la vapeur de quelque liquide irritant ; signalons plus particulièrement l'ammoniaque ou alcali volatil, substance sur laquelle nous reviendrons bientôt, puis le vinaigre de table, le vinaigre radical, et même le suc d'oignon, d'ail ou de raifort fraîchement écrasé. — On pourrait aussi jeter quelques gouttes de vinaigre sur une pelle de fer chaude : on produit ainsi instantanément une grande quantité de vapeur irritante. — Il faudra encore, à ^cause de l'absence d'inspiration, diriger ces substances gazéiformes au moyen d'un entonnoir de papier. On pourrait aussi porter dans les narines une mèche de papier imbibée de l'un des liquides indiqués. Ce dernier moyen peut même être plus efficace en ce qu il réunît la titillation et le frottement mécanique à l'action propre du liquide employé.

i. Parmi les liquides dont nous venons de parler, Tammoniaque se signale par une énergie tout à fait remarquable qui depuis longtemps a dû fixer l'attention. Aussi plusieurs auteurs l'ont soumise à l'expérimentation et en ont constaté l'efficacité chez des animaux frappés par rétincelle des machines.

c Je as essuyer à un oiseau, clit Lacépède (i), une coin- » motion assez forte par le moyen d'une batterie éleciri-

» que ; il fut terrassé et demeura pendant près d une

» minute sans mouvement et sans aucune apparence de » vie. J'introduisis alors dans son bec une goutte d alcali

> volatil; je le vis s'agiter un peu. Je mouillai le tour de ses » narines avec le même alcali, je lui en remis dans le bec: » l'oiseau reprit peu à peu ses forces, secoua ses ailes et >^

> serait envolé s'il n'avait été retenu. Je pris alors un second

(I) £iioi fiM- VéUeMeiU naiur. et artif./t. Il, p. 143.

> oiseau de la même espèce et à peu près de la même gros- » seur; je lui fis éprouver une commotion semblable : il » perdit tout mouvement. Je le laissai sans secours; il ne ) revint pas et mourut. Je donnai alors à loiseau de la I première expérience une commotion semblable à celle I qu'il avait d'abord éprouvée, et n'ayant cherché cette

> fois à lui porter aucun secours, je né le vis plus donner » de signe de vie et sa mort suivit bientôt. — Je répétai » ces expériences; elles me réussirent presque toujours de I même. »

En 1777, Sage, Lacépède et Mayer tentèrent ensemble de nouvelles expériences. Ils virent, dit le premier de ces suleurs (1), des oiseaux, sur la tête desquels le coup foudroyant avait été dirigé, privés instantanément de tout mouvoment et aussi roides que s'ils avaient été gelés, être rappelés n la vie aussitôt qu'on plaçait sous leur bec quelques gouttes (Talcali volalil.

Brongniart a obtenu les mêmes résultats sur des oiseaux el sur des lapins. Dans une des séances de son cours public, un lapin avait été terrassé par fétincelle électrique et paraissait mort, lorsqu'un des auditeurs, le marquis de Bullion, lui mit sous le nez de l'alcali volatil, lui prodigua des soins pendant plus d'un quart d'heure et réussite le ranimer et à le rétablir entièrement.

Disons toutefois que le prince de Gallitzin dit n'avoir obtenu aucun succès de ce moyen.

L'alcali volatil, ne se trouvant que rarement sous la main, surtout dans les campagnes, n'a été que fort rarement employé chez les personnes foudroyées. Tout ce que nous trouvons à cet égard dans notre collection se réduit à l'observation suivante.

Une jeune fille, frappée de la foudre, fut regardée comme morte pendant près de deux heures. Le docteur Behrens, étant enfin arrivé auprès d'elle, la rappela à la vie en lui tenant quelques moments du sel ammoniac sous les narines. Plus tard, il employa les excitants, les antispasmodiques

U) Joum. de Phyt. (1778); et Lacépède, Euai tur Véleclricité, t. Il, p. 145.

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et la saignée. Ce sel ammoniac n'était-il pas du souscarbonate d'ammoniaque, sel qui dégage des quantités considérables d'ammoniaque? C'est ce que nous pensons, sans cependant pouvoir Taflirmer.

B, Irritation de la gorge et de V orifice supérieur du larynx. — L'irritation portée sur l'isthme du gosier, dans le pharynx, sur Torifice supérieur du larynx, tend à produire la toux et, par conséquent, à exciter tout particulièrement Taction du diaphragme, dont les mouvements, comme on sait, ont une très-grande influence sur les poumons, sur le cœur et sur les gros vaisseaux. Aussi nous recommandons très-fortement de toucher, de titiller, de chatouiller, à plusieurs reprises, le fond de la gorge, le sommet du larynx, la base de la langue avec le bout des doigts ou avec les barbes d'une plume trempée ou non dans Thuile. Ce procédé nous parait préférable à l'introduction dans ces parties de barbes de plume mouillées de vinaigre seul ou mêlé de poivre, d'eau-de-vie camphrée, d alcali volatil, d'eau de Cologne.

C. Irritation du conduit auditif externe. — On ne négligera pas non plus, dans le but d'exciter la toux, de titiller, de chatouiller le conduit externe de roreille à l'aide des barbes d'une plume, de quelque brin de graïuinée, etc.

§ V. — Frictions ; chatouillement ; flagellation ; urtication. — A. Les frictions sont un des moyens les plus eflicaces pour le cas qui nous occupe ; tout le mor.de connaît leur influence sur la circulation de la peau et sur la grande circulation. Puis, de nombreux foudroyés, qui étaient en état de mort apparente et sur lesquels on les a mises en usage, ont pu être ainsi rappelés à la vie. Enfln, tous les auteurs les conseillent.

Il est utile que ces frictions soient générales ; maison devr.i revenir plus souvent sur certaines parties, telles que la ré^'ion du cœur, les lombes, l'épigastre, les flancs et la zone i|ui répond aux insertions du diaphragme, dont il est si important

de réveiller les mouvements. On ne négligera pas non plus fa région de l'épine dorsale, les régions génitales, les aisselles, et on aura soin d'irriter fortement les mamelons et surtout le gauche.

Ces frictions seront pratiquées avec des linges rudes, des brosses de crin, de la toile de crin, etc. Pour les rendre plus actives, on pourra y joindre l'emploi de l'une ou de l'autre des substances suivantes : le sel en poudre et bien sec; l'eaude- vie salée ou poivrée; la farine de moutarde; le vinaigre et surtout le vinaigre chaud, une très-forte saumure. On Ht dans les Éphémérides des curieux de la nature qu'un médecin, ayant soupçonné un reste de vie chez un homme qui était sans pouls et sans respiration, fit frotter, pendant trois quarts d'heure, la plante des pieds de cet homme avec une toile de crin mouillée d'une saumure très-forte et parvint ainsi à le rappeler à la vie.

On a parfois employé, pour ces frictions, l'alcool, l'eau-devie camphrée ou aiguisée avec l'alcali, l'alcali volatil luimême, l'esprit de corne de cerf. Nous ferons remarquer que les linges imbibés de ces liquides, dont le principe actif se Volatilise rapidement, ne sont plus, au bout de peu d'instants, que des linges humides et froids et qu'on ne peut pas compter beaucoup sur l'action de ces liquides*

B. Le chatouiUenient, même sur les parties qui y sont le plus sensibles, telles que la plante des pieds et les hypochondres, nous parait devoir ôtro peu efficace.

C. Mais il en est tout autrement de la flagellation et des actes qui s'en rapprochent. Ainsi, on pourrait frapper la paume des mains et surtout la plante des pieds avec des baguettes. On pourrait encore appliquer la flagellation au dos, à la partie interne des membres, aux fesses. Cette manœuvre, répétée plusieurs fois et coup sur coup, serait souvent d'une grande utilité, surtout si Ion avait le soin de la faire alterner avec des frictions rudes et sèches.

D. Dans certains cas, on pourrait aussi piquer avcjC de^ aiguilles la plante des pieds, enfoncer peu à peu sous l'ongle une pointe très-acérée.

£. VurticatUm est encore un moyen qu'il ne faudrait pas

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négliger. Le docteur Hubbard cite une personne foudroyée qui fut rappelée à la vie à Taide de ce procédé (i).

F. Il peut être utile de secouer le corps du foudroyé, surtout en le tenant sur les bras; ces secousses seront brus(|ues, mais non trop violentes. Kipling a recommandé ce moyen, Ajoutons que l'un des cavaliers, cités par le docteur Garipuy, ayant été renversé par la foudre et ne donnant aucun signe de vie, revint à lui après qu'on Tout fortement secoué. — Si le foudroyé est placé sur son lit, on pourra le soulever pour le laisser retomber ou le tourner et le retourner.

§ VI. — Bains froids; affusions et aspersions froides. — A. Le fteitn /rofrf, recommandé par certains auteurs, a été rarement employé chez les foudroyés. Nous ne connaissons qu'un seul fait où il Tait été ; encore ne savonsnous pas si ce bain n'a pas été plutôt une simple immersion qu'un bain réel et d'une certaine durée. Puis, loin d'être en état de mort apparente, le foudroyé était en proie à des convulsions générales. Enfin ce bain fut suivi d'une saignée. D est donc à peu près impossible, en l'absence de renseignements suffisants, d'apprécier quelle a été au juste l'action du bain froid.

Au reste, c'est un moyen dont nous ne croyons pas devoir conseiller l'usage. En effet, d'une part, si le foudroyé était en état de mort apparente, le bain s'opposerait plus ou moins complètement à l'emploi des insufflations avec pressions alternatives sur les parois thoraciqucs. D'autre part, si le foudroyé respirait, si le pouls se faisait sentir, nous redouterions les congestions cérébrales et pulmonaires auxquelles les malades sont si sujets au sortir de l'état de mort apparente ; nous préférerions les affusions froides

fl. En effet, les affusions froides, dont Tefficacité est reconnue dans plusieurs espèces d'asphj'xie et notamment dans l'asphyxie par la vapeur du charbon, sont un des meilleurs moyens que Ton puisse employer pour ranimer les foudroyés. C'est du moins ce que paraissent démontrer des faits assez nombreux.

(i) Mm. ùfihê mêdk, toc. o( Umàtm, t. IV (1755).

Dans certains cas» les foudroyés sont revenus à eux après

avoir été exposés à une forte pluie.

Un bûcheron, frappé de la foudre dans une forêt et lancé sans connaissance à une distance de vingt pieds, ne revint à la vie qu'au bout de six heures, pendant lesquelles il était resté exposé à une pluie tombant à verse. 11 était brûlé sur plusieurs parties du corps et paralysé des membres intérieurs. Plus tard il recouvra entièrement la santé iCoester).

Une dame» qui jouait avec un enfant de quatre ans, fut tuée par la foudre. L'enfant fut renversé sans connaissance ; on Texposa aussitôt à la pluie^qui tombait par torrents et il revint à lui (D^'Bruck).

Un cultivateur, frappé de la foudre dans sa chambre, paraissait nnort; sa femme, qui se trouvait près de lui, au moment de Taccident, l'ayant promptement déshabillé et transporté dehors, Fy luissa exposé à une pluie battante et lui pratiqua des frictions répétées. Il reprit promptement connaissance et plus tard il se rétablit entièrement ■ (EK Fr. Schirner).

Un marin, âgé de 35 ans, atteint et gravement brûlé par la foudre, paraissait complètement mort. En désespoir de cause et après lui avoir prodigué en vain divers secours, on ne trouva rien de mieux que de Texposer à une pluie battante mêlée de grêle; au bout d*une heure et quart, quelques mouvements révélèrent que Texistence n'était pas perdue... Bientôt il reprit connaissance (D'Eug. Bermond).

Dans d'autres cas, les averses de pluie ont été remplacées par des aspersions, par des affusions artificielles.

M. Samuel Seaton, frappé et sillonné par la foudre, tomba sur le sol, en apparence privé de la vie. Le docteur James Reid le ranima en 30 ou 40 minutes au moyen d'abondantes affusions d'eau froide sur la poitrine et sur la face, et d'une saignée (1).

L'observation suivante offre le plus vif intérêt; nous y voyons, en effet, un accident fortuit révéler à une femme la puissance du moyen que nous étudions.

(1) QazeUe dêt hàpUaux, p. 188 (1891).

Dans la nuit du 25 juin 1803, la foudre pénétra dans une chambre à coucher où dormaient M. et M"** Martin (d'Augusta). Cette dernière fut atteinte aux reins et plus spécialement au bras droit ; le gauche avait aussi été affecté, mais à un moindre degré. Quant à M. M...., il était frappé à la tête et aux épaules. M"'* M.... fut éveillée par les cris de son enfant couché dans la môme chambre. D'abord incapable de se mouvoir, elle réussit cependant, après bien des efforts, à se traîner hors de son lit, dont elle voyait les rideaux en feu. Dans un des mouvemeuls qu'elle fit dans ce but, ses mains vinrent rencontrer une nnppe d'eau entrée par la porte : aussitôt la main droite, qui était la plus affectée, perdit l'insensibilité et l'engourdissement dont elle le était siège, pour ne garder que de la faiblesse. — Par un effort extraordinaire, M"*" M.... réussit à tirer son mari hors du lit et à l'étendre sur le plancher; appelant alors à son aide ses deux jeunes fils, couchés dans la chambre voisine, et frappée du soulagement qu'elle venait d'éprouver au contact de Tenu froide, elle ordonna à Tainé d aller chercher un seau dVau et de le verser sur son père. Cette manœuvre fut répétée quatre fois jusqu'au moment où le malade commença à se mouvoir et à se soulever sur ses mains et sur ses genoux. Uu cinquième seau d'eau lui fut versé sur la tète: alors il se leva sur ses pieds et s'écria, d'un air égaré : ^ Que faitesvous? » — Bientôt il se remit ; mais il lui resta pendant quelques jours une vive douleur dans la tète, dans le cou et dans les épaules ; elle disparut peu à peu (1).

Les affusions froides ont été parfois employées avec succès sur des animaux. C'est ainsi que, d'après Von Hdrdt, un cheval foudroyé fut rappelé à la vie par des affusions d'eau froide continuées* pendant une demi-heure. Enfin des expériences ont été faites sur des animaux frappés par l'étincelle des machines. Toujours l'immersion dahs l'eau froide a eu les plus heureux résultats.

C. Au lieu d'affusions sur tout le corps, on s'est quelquefois borné à des lotions, à des aspersions d'eau froide, sur la

(I) PkUo9. Mogag., I. XYU, p. 300.

(été seulement, comme chez une jeune malade traitée par le docteur Young. Dans ce cas, la respiration était stertoreuse, lenleet saccadée; la résolution des membres était complète^ et la sensibilité générale totalement suspendue. M. Young œromença par Taire des lotions froides sur la tète et fut surpris de voir, en moins d'une demi-minute, la malade s'agiter et pousser des gémissements. Au bout de cinq minutes de tette manœuvre, elle s'éveilla au point de crier, cherchant» mais inutilement, à éviter Teau qu'on lui jetait sur la tête. liOrsqu'elie fut tout à fait revenue, comme elle se plaignait d'une vive douleur à la tête, M. Young pratiqua une saignée de 12 onces et une seconde toute semblable environ six heures après. Le rétablissement était complet au bout d'une semaine.

Nous pensons donc qu'on pourra employer ces lotions sur la tète. Mais on devrait préférer la projection brusque et répétée d'eau froide sur la face : on sait combien elle est efficace dans la syncope ordinaire. — L'eau peut encore être projetée brusquement et avec violence sur le creux de l'estomac ; ou bien on la laissera tomber sur cette région goutte à goutte et d une certaine hauteur, en ayant soin de bien essuyer le corps après cette manœuvre.

Comment expliquer l'action des affusions froides dont l'efficacité est si bien démontrée par les faits que nous venons de citer et par tant d'autres que nous aurions pu y ajouter? Nous pensons qu'elles agissent comme un stimulant énergique >ur les dernières divisions des nerfs, qui transmettent cette impression jusqu'aux centres nerveux. Ceux-ci, à leur tour, se réveillent et réagissent sur l'organisme en général et plus particulièrement sur les contractions du cœur et des muscles respiratoires. Cette manière d'agir est d'ailleurs la même dans toutes les espèces d'asphyxie et dans tous les cas où l'on emploie les affusions froides.

§ VU. — Saignée. — L Opinions des auteurs à ce sujet. Avant de passer aux faits qui doivent nous servir à étudier la question de l'emploi de la saignée dans l'état de mort appareote produit par la foudre, nous croyons qu'il ne sera pas

inutile de jeter ur rapide coup d'œil sur les opinions que les auteurs. ont professées sur ce point de thérapeutique.

Behrens la regarde comme indispensable pour prévenir la suffocation et rétablir le n^ouvement du sang et des esprits. — Kirling la conseille purement et simplement, ainsi que Vollmar, Kohnius et Borelli. Beimarus recommande, pour faciliter la circulation et combattre la congestion dangereuse du cerveau et des poumons, d'ouvrir une veine le plus promptement possible et plus particulièrement une veine du cou. mais cependant sans en tirer trop de sang. Il conseille aussi la saignée pendant. le premier état de stupeur; mais il ajoute que la saignée tardive ou répétée est nuisible. Stoll et HoiTmann donnent un conseil analogue.

Mais eh regard de ces imposantes autorités, la saignée compte des ennemis non moins nombreux et peut-être mieux fondés. Fabrice de Hilden, Bezi recommandent de s abstenir des purgatifs et de la saignée. Gondinet pense que. malgré quelques succès obtenus par ce moyen, les stimulants lui sont préférables et qu'il faut surtout se défier de remploi prématuré de la saignée.

Le docteur Young fait observer avec raison, à propos duo cas particulier, que la saignée, pratiquée avant rétablisst'ment de la réaction, aurait pu avoir des conséquences lâcheuses, et il se demande si les allusions froides sur la tète ne pourraient pas être employées dans tous les cas oii, par suite de coups, de chutes ou d'autres causes, les malades restent des heures et même des journées entières sans connaissanav 11 est hors de doute que la saignée, faite après un violenl ébranlement de l'économie, peut éteindre subitement le pe^ de vie qui reste encore. En pareil cas, il faut évidemment st garder de recourir aux évacuations sanguines ; c'est surtout par les excitants extérieurs qu'il faut chercher à ranimer l'nc tion du cœur et du cerveau. Lorsque la circulation s'est réta blie et que le sang, lancé avec force par le cœur, distend lo artères, c'est alors qu'une large ouverture de la veine apai>< ou prévient les accidents graves qui peuvent suivre cetli réaction. Mais, à part ce cas, les affusions froides doive*» être mises en première ligae; car depuis loogteoipB l'expt^

ÉTAT DE MORT APPARENTE 41i

neoce a démontré qu'aucun moyen n'est préférable pour ranimer la circulation et l'innervation.

Oq a invoqué, en faveur do la saignée, les expériences de T. fieid, qui a observé sur des animaux que l'ouverture de la veine jugulaire externe ou de l'oreillette droite avait pour eflet, en dégorgeant le cœur, de ranimer un peu les contractions de cet organe, tandis qu'aucune excitation mécanique œ donnait ce résultat. Mais il resterait à démontrer que, <iâns l'état de mort apparente par le fait de la foudre, le cœur '^l vraiment engorgé; ce qui d'ailleurs ne pourrait détruire ce grand principe physiologique, que le premier excitant du cœur, c'est le sang vivifié par la respiration.

On voit par cet aperçu que les auteurs sont loin d'être d'accord sur la question que nous examinons et le doute oii nous laissent leurs assertions contradictoires constitue déjà une présomption contre un moyen qui, comme la saignée, peut avoir de graves inconvénients. Voyons si les faits détruisent cette présomption.

II. Examen des faits. — La saignée a été plusieurs fois employée dans le but de ramener à la vie des foudroyés en état iemort apparente, mais ces faits ne sont pas de nature à recommander beaucoup l'usage de ce moyen. En effet, tantôt elle n'amena aucun résultat ; tantôt elle ne fit que précéder d'autres moyens que l'on sait positivement être très-efDcaces, comme dans l'observation du docteur Guyon, où nous voyons, apr^ la saignée, pratiquer l'insufflation de Tair dans les poumons avec de légères pressions sur la poitrine. — Dans les eds mêmes où elle a paru avoir réussi, on peut presque toujours constater que les foudroyés n'étaient pas réellement «lans l'état de mort apparente. Or, la question n'est plus du tout la même; nous verrons plus tard que certains accidents consécutifs à la fulguration sont fort avantageusement combattus par la saignée.

Nous ne trouvons pas une seule observation où la saignée ait été vraiment utile dans le cas qui nous occupe. C'est qu'en effet, dans la mort appareule produite par la foudre, la suspension des mouvements du cœur est due bien plutôt aux troubles du système nerveux qu'à une congestion quelconque.

C'est ici le cas de dire avec J.-P. Frank : t Comme Tanain

• mie pathologique a fait voir que chez les asphyxiés, le srto:

> stagne dans les veines caves et dans le cœur droit, que

> ques personnes ont pensé qu'il fallait saigner pour rélat)i:r

> la circulation. Mais les poumons sont en même tem:^ » affaissés ; et, pour ouvrir une voie au sang, pour que la m-

> culation soit possible, il faut rétablir la respiration et Fv* » tion du cœur ; ce qui sera plus difficile si on débiHte Tor^ -

> nisme par des émissions sanguines >.

Quant à cet état si voisin de la mort apparente et quebcn:coup de gens confondent avec elle, quoiqu'on puisse sentir : cœur battre, au moins faiblement, et constater quel jH'^ mouvements respiratoires, nous devons dire qu'il a été (]ii i quefois combattu par la saignée. — Au rapport de Beecnii' un enfant foudroyé et atteint à la tète fut regardé romn mort pendant plusieurs heures. Sa mère, ayant heureuseni»' placé sa main sur la région précordiale, y sentit cnr"? quelques battements. Alors on saigna le malade et il v rétablit entièrement. — On trouve un petit nombre d'obs» rvalions analogues.

Cependant John Lathrop cite un fait où, après avoir in^ plusieurs moyens en usage pour exciter l'énergie vitale cli . un foudroyé, et après avoir pu, pendant quelque temps, esji rer un succès, cette lueur d*espoir disparut tout à cou(» apir lin vomitif et une saignée et le malade mourut le lendeiii.) matin. — Quelle que soit l'explication qu'on donne de ce o.il doit inspirer une sage réserve dans l'emploi d'un mov dont Tutilité est loin d être démontrée.

Nous croyons même, et ce sera notre conclusion, que, h' i> le cas où l'on aurait lieu de soupçonner une congestion en< > phalique, on fera bien de s'abstenir de tirer du sang et d ni! * blir ainsi le foudroyé.

Nous verrons plus loin le rôle que la saignée peut jou ' dans les autres affections consécutives à fa ful^ration.

S vin. — De quelques autres moyens. — A. fi'if'

de terre. — Un édit daté de Berlin, du 19 août 1790, prescrivni de déshabiller à la hâte le foudroyé, de le recouvrir d unt

ÉTAT DB MORT APPARENTE il3

eouche de terre de cinq à six pouces d'épaisseur et, dans c^lte position, de lui jeter souvent de Teau froide sur la face restée libre. • L'expérience a prouvé, disait i'ordon- I oance, que, pour peu qu'il y ait encore un reste de vie, I lasphyxié se ranime au bout d'une à trois heures au plus. > Si, après ce lemps écoulé, il ne se manifeste aucun signe ) de vie, on peut en conclure que l'action de la foudre a été ' assez violente pour déterminer, dès le principe, une mort • absolue.... »

Des observations détaillées nombreuses nous manquent pour apprécier la valeur réelle de ce moyen bizarre; les assertions contenues dans l'édit de Berlin ne suffisent pas pour entraîner la conviction. Tout ce que Ton connaît sur ce sujet se réduit à deux faits; encore ne sont-ils pas bien concluants.

Eo effet, chez les deux foudroyés qui en sont l'objet, la respiration et la circulation n'étaient pas suspendues au moment de l'immersion dans le bain de terre et, par conséquent, il n'y avait pas mort apparente. Loin de là, le premier ^ujet était en proie à une agitation extrême; six infirmiers fie pouvaient le contenir et il n'était pas encore recouvert de terre que l'agitation commença à se calmer. — Cette cira)nstance nous porte à croire que ce bain, qui était incomplet et qui probablement n'avait pas encore eu le temps d'agir, a été étranger à une amélioration aussi rapide, observée.d'ailleurs chez d'autres foudroyés qui n'ont pas été jioumis à ce traitement. — Quant au second (1), il avait déjà repris ses sens lorsqu'il fut recouvert de terre et, auparavant, on avait employé le bain froid.

Selon nous, si le foudroyé est dans un état de mort apparente, si la respiration est nulle, si le pouls a disparu, on doit se garder de recourir au bain de terre; car il s'opposerait à ce qu'on employât sur le tronc divers excitants extérieurs et surtout Tinsufflation pulmonaire avec pressions alternatives sur le thorax et l'abdomen. De plus, le poids dont on surchargerait la poitrine rendrait plus difficile le

(t) Bnidie, Leelures on Pathology and Surgery, p. 163 (1846).

retour des mouvements respiratoires. — Ce ne serait donc que dans le cas où la respiration et la circulation n'auraient pas été suspendues par la fulguration, ou bien dans celui où, après avoir été suspendues, elles auraient repris un certain degré d'activité, que le bain de terre pourrait être mis en usage. Peut-être même alors devrait-on préférer d'autres moyens dont l'emploi moins difficile a été si fréquemment suivi d'un prompt retour à la santé.

B. Lavements. — L'intestin conserve son irritabilité beaucoup plus longtemps que les autres organes. Il est donc important de ne pas négliger la ressource que nous offre cette propriété et d'exciter la sensibilité et la contractilité de la partie inférieure du gros intestin à l'aide de lavements.

On pourra employer, dans ce but, Teau chaude simple ou plutôt aiguisée d'un peu de sel, de vinaigre, de vin, d'eaude-vie, d'eau-de-vie camphrée, d'eau de (Pologne. Une faible dissolution de sel marin (15 grammes pour 500 grammes d'eau), à laquelle on ajouterait un peu d'eau-de-vie, constituerait une bonne préparation.

Ces lavements seront peu abondants (125 grammes), mais renouvelés souvent. Comme il est utile que l'action s'étende aussi loin que possible, on fera bien de se servir de vin chaud ou d'une légère infusion de plantes aromatiques aiguisée d'alcali volatil, substances dont les vapeurs sont ellesmêmes excitantes.

Les lavements de tabac ont été conseillés, comme excitants, dans le cas qui nous occupe, par plusieurs auteurs : Stoll, Vollmar, Reimarus, etc. — Mais nous ne voyon.*^ pas qu'ils aient été mis en usage dans cette circonstance. Nous ne trouvons dans une immense collection de faits qu'une seule observation qui fasse mention de l'action du tabac sur le rectum. Un soldat, cité par le docteur Guyon, ayant été frappé de la foudre, était dans un état de mort apparente, lorsqu'on réussit à le rappeler à la vie à l'aide de l' insufflation d'air dans les poumons, de la projection de fumée de tabac dans le rectum et de la saignée (voy. Saign*r\ Ces mêmes moyens échouèrent sur son camarade. loi. l'insufflation d'air dans les voies respiratoires a sans doute

CONGESTIONS DIVEtiSËS «15

agi plus efficacement que la vapeur de tabac clans Tinte^tin.

C. ligature des extrémités et insufflation d'air dam le minm, — Nous ne citons que pour les proscrire ces moyens plus dangereux qu'utiles, quoique mentionnés cependant par des hommes distingués et par Fabrice de Hilden, entre autres. On comprend de suite que ces manœuvres ne ser- T'nt qu*à entraver et la circulation et la respiration, lorsque, su contraire, tout doit tendre à les ranimer.

D Position, — Quelle position doit-on donner aux foudroyés? A cette question nous répondrons d'abord que la position horizontale est celle qui convient le mieux pour appliquer les divers modes de traitement dont nous avons parlé ; ensuite, qu'en aucun cas on ne doit espérer ranimer ip foudroyé par Tinfluence seule de la position. Nous dirons <ie plus qu'il serait dangereux que la tète fût plus basse que le reste du corps, à cause de la facilité avec laquelle se produisent les congestions cérébrales après l'action de la foudre.

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