‹ De la foudreChapitre 12 sur 174 · ART. ^*^ — DOULEURS ET NEVRALGIES · texte numérisé non relu

ART. ^*^ — DOULEURS ET NEVRALGIES

§ I. — Douleurs causées par la foudre. — Les

sensations douloureuses causées par le foudroiement varient dans leur nature et se présentent à des phases différentes de l'accident; tantôt elles apparaissent à l'instant de la fulgu^ ration, tantôt elles ne se montrent que plus tard.

Le plus ordinairement, comme nous l'avons dit, le foudroyé tombe privé de connaissance, sans avoir rien vu, rien entendu, ni rien senti ; mais il n'en est pas toujours ainsi et nous avons eu l'occasion de signaler des cas dans lesquels le foudroyé avait ressenti des sensations douloureuses.

A. Cette sensation a été parfois comparée à celle que produirait un feu ardent ouïe contact de l'eau bouillante. King, Williams, Feltstrôm en citent des exemples; celte sensation est parfois bornée à une région, aux pieds par exemple.

Lorsque le 19 juillet 1712, la foudre pénétra dans Téglise d'Afwa, plusieurs personnes des deux sexes, assises sur les bancs ou placées près des piliers et des murs de l'égliso, éprouvèrent sans être blessées de fortes douleurs aux pieds qui durèrent 7 à 8 jours chez cinq d'entre elles, et 6 semaines! chez une autre. Plusieurs sentirent une forte chaleur aux pieds. Quant au ministre, qui éprouva les mômes douleurs pendant 4 semaines, elles ne purent pas être suffisamment expliquées par les brûlures dont il fut atteint.

B. Quelquefois la sensation est celle de picotements ou de piqûres d'aiguille ou d'épingle. Elle fut éprouvée, dit Serno.

KFFSTS DE LA FOUDRB SUR LB 5TSTËNE NERVEUX 91

par phiseors personnes qui se trouvaient dans une chambre où pénétra la foudre.

C. La sensation de commotion est un des effets les plus orduaûes de la fulguration.

TiDldt cette commotion , qu'il faut distinguer de celle

d'oo cioe, comme celui d'un coup de bàlon, est tout à fait

Uaie, et n'affecle que quelque région du corps, les pieds,

W ^eooux, les poignets, les coudes, en un mot les grandes

articulations, tout à fait semblable en cela à celle que produit

. :iocelle des machines.

D autres fois, au contraire, la commotion est générale, et sîKirent assez forte pour renverser l'homme qui se trouve à one assez grande distance du trajet de la décharge. Lorsque la foudre tomba rue Plumet, un individu qui était 'h(>ut éprouva sans être blessé une commotion si violente iii urina involontairement et demeura ensuite plus d'une /"ni-heure privé de sentiment (Rigaud).

Le lieutenant de vaisseau Papilleau était de quart, à veiller la sûreté du navire, et à 6 pieds du conducteur du paraxaoerre, lorsque la foudre éclata et suivit ce conducteur : m ce moment, il éprouva une commotion si forte qu'il faillit ^tre renversé du banc de quart.

Une jeune fille, citée par Krapf, tournait le dos à une fenêtre ;^T laquelle entra un globe de feu qui descendit sur son dos sans brûler ses vêtements, mais en lui imprimant une forte >êoousse dans tout le corps et qu'elle ressentit plusieurs

Cette commotion de tout le corps atteint souvent plusieurs xdividus réunis.

Le 14 septembre 1853, la foudre étant tombée sur le Direau central des mines de la Grand'Gombe, tous les em* ;iuyés ressentirent une très- violente commotion; personne >' fut blessé.

Une circonstance curieuse à noter, c'est que la commotion, parfois analogue à celle qui détermine un tremblement de terre, semble suivre une direction déterminée, ainsi au rap- I^rtde Reuchenius, lorsque le 21 août 1768, la foudre tomba sur l'église d'Âlem, 3 personnes furent légèrement blessées.

n EFFETS DE LA FOUDRE SUR LE SYSTÈME NERVEUX

et la plupart des assistants furent secoués Irès-vîvemenl comme par un coup dirige du nord au sud, en sorte que plusieurs tombèrent de leurs sièges.

D. L'une des sensations le plus fréquemment signalées danN nos observations est celle de choc ou dépression sur certaines régions du corps.

Plusieurs foudroyés accusent la sensation d'un molent coup sur la tête ou celle d'une énorme pression, qui s'exerçant de haut en bas tend à fléchir brusquement la tète, sur la poitrine,

ainsi :

Gastillier cite un homme qui dit avoir senti à la tempo droite une douleur analogue à celle d'un coup de bâton.

Huit personnes étaient réunies dans une chambre où h foudre pénétra, deux furent blessées ; les six autres ne le furent pas, mais éprouvèrent une violente pression sur la tête. (Serno).

Bladh, Lathrop , Howard, Brerelon ont cité des faits de c^ genre.

D'autres fois, ce n'est plus à la tête que le choc se fait sentir, mais au dos, dans la poitrine» au bas-ventre ou aux membres.

De la Prade parle d'une femme qui fut frappée à la poitrine comme d'un coup de massue; la foudre venait de la brûler sur une grande étendue.

Plusieurs individus réunis dans une chambre à Stockholm. la virent pleine de feu et sentirent comme un coup qui lenr traversait la poitrine et le dos. Cette sensation disparut prom|)tement et tous se trouvèrent bientôt dans leur état normal. (Wilke).

M. Decker, qui était sur un char au moment de l'accident, en fut précipité par un violent choc qu'il reçut dans le basventre; la peau de cette région présenta ensuite une vive rougeur sans aucune solution de continuité. (Tilésius).

Plusieurs cavaliers couraient dans une plaine, à la suite les uns des autres, lorsqu'ils furent atteints par la décharge éleetrique ; chacun d'eux éprouva une violente commotion qui se porta sur la région du thorax et de l'abdomen. Le duc de Bourbon» qui ouvrait la marche, fut enveloppé par la lumière

irrSTS DE LA FOUDRE SCH LE SYSTÈME NERVEUX 03

éleclrique et se sentit frappé comme d'ua coup violent iurlafoitrine; il éprouva en même temps sur la face un effet pareil au bruissement de la matière électrique ; il ne commeofaà respirer librement qu'au bout de trois lieures. (Yalm<^(-Bomare).

l'uaiKl aux foudroyés qui ont accusé un choc violent dans

•o r<u et surtout dans les jambes et les pieds ^ leur nombre est

^'.f' considérable pour que nous jugions utile d*en citer des

'-i^îûples; disons seulement que les membres qui ont reçu le

vi^jcoQtété à l'instant même paralysés.

E. La fulguration occasionne parfois des sensations tout à

it insolites et fort singulières par le^r nature et par leur va-

ndc; en ?oici quelques exemples :

loe femme qui se trouvait dans une cuisine où la foudre

roétra, fut renversée sans connaissance » lorsque peu de

'^ps après elle reprit ses sens, elle dit qu'il lui avait paru

-elle était enveloppée d'une forte chaleur et jetée par terre

<■ une grande quantité de pierres. (Fellstrôm et Tilus).

Le 10 juin 1835» M. Roaldès était assis près d'une table,

^ ant à la main une longue-vue garnie en cuivre , lorsqu'il

'a irappé par la foudre. Sans avoir rien \\i, rien entendu dis-

- !i:lement; il se croit percé d'avant en arrière à la hauteur

li ganglion semi-lunaire, par l'explosion d'un fusil qui ayant

'à balle aurait largement ouvert le ventre ; immobile sur sa

"--'■iist, le bras droit étendu sur la table et la tête renversée

^a arrière, il s'écrie : « je me meurs 1 un confesseur ! il n'est

,ts temps.... allongez-moi sur le plancher, que j'expire plus

aotjuilleraent!.... j'aHe ventre ouvert!.... — Non, lui dit-

^ la foudre vient devons frapper. » J'ai le ventre ouvert,

>f-Hait-il toujours, l'esprit préoccupé de l'idée d'un coup de

'-'1 ; ce ne fut que sur l'assurance réitérée qu'il n'était pas

-Vie, qu'il ramena les yeux vers l'abdomen , le vit avec la

?'^s grande surprise sans lésions apparentes, et connut la

iilure de l'agent qui venait de le frapper, et qui avait sil-

<>Qné plusieurs régions du corps, (de Quatrefages).

L'observation suivante, rapportée par l'abbé Chapsal, est

itéressante, surtout sous le rapport médico-légal ; il s'agit

•un ouvrier frappé par un rayon de foudre distinct de la fou-

cire en globe qui pénétra dans une autre partie de la mai « Au moment, dit-il, où je tenais la main à l'espagno • de la fenêtre pour la fermer, j'ai vu dans Tatelier, du » de la porte, un globe de feu semblable à la lune qi ^ elle est rouge, et j'ai entendu une détonation. Au m

> instant, je me suis senti frappé d'un coup violent au 1

> et à la poitrine, et à peine ai-je conçu l'idée d'un coup » feu tiré sur moi, que j'ai été privé de tout sentiment. Tui » ces choses se sont passées instantanément et { » ainsi dire à la fois, et la pensée du tonnerre ne s'est p » présentée à mon esprit. i> Cet ouvrier revenu à lui , n lout troublé, s'étant réfugié dans une maison voisine , é persuadé qu'on lui avait tiré un coup de fusil , mais on apprit qu'il avait été foudroyé. Or, l'idée d'un coup feu, fut commune aux autres personnes qui se trouvaient d la maison , au point que le père d'un enfant tué par a même explosion, crut un moment voir Vassassin de son fih

§ II. — Névralgies. — Les douleurs que détermine fulguration affectent quelquefois le trajet de certains ne du tronc et des membres, et prennent les caractères des d leurs névralgiqties. En voici quelques exemples :

Un individu grièvement blessé par la foudre, dit le D^ ( bard, accusa, eritre autres symptômes, un sentiment doul< reux iam le testicule et le cordon spermatique du côté gauche, { seul avait été brûlé par le courant électrique.

Un de nos confrères, dit M. le D*" Moutard-Martin, et n une heure du matin, assis devant sa fenêtre, contea>plant orage, sa droite tournée vers la fenêtre. Tout à coup brille éclair, presque immédiatement suivi d'une explosion des pi violentes, d'un timbre clair et éclatant, et notre confrù perçut sur le bras gauche qui était à découvert la sensaiK d'un souffle léger et chaud ; il éprouva aussi une secous électrique dans tout le côté gauche du corps, mais surta dans le trajet du nerf cubital, et un certain degré de suffocalio Le membre se trouva complètement engourdi; la doulei qu'il ressentit fut assez vive pour l'empêcher de dormir poi dant plusieurs heures. Le lendemain, la douleur, loin d'avo

iniTS DR LA FOUDRE SUR LE SYSTÈIIB NERVEUX OS

dimaiiTait pris un peu plus d'intensité; elle s'étendait

ix^latrémité du petit doigt, jusqu'à la partie postérieure

\tknth coude; elle était peu intense à la partie interne du

b% sais devenait très-vive à la partie externe de la poi-

^probablement sur le trajet de quelque filet nerveux,

ff^ occupait un espace linéaire dirigé de haut en bas et

^.«éteodait pas en largeur. Depuis lors la douleur diminua ;

tt le sixième jour après Taccident, Tavant-bras éprouvait

'j^màt la gène dans les mouvements.

Sitr une femme citée par Gremer, les violentes douleurs

(S oflt tourmenté la malade ont eu leur siège précisément

^ les régions qui ne présentaient aucune lésion exté-

lo cultivateur, atteint par la foudre, resta quelques mi- ^^ dans un état de mort apparente. On l'exposa au grand srà QDC pluie battante. A peine la respiration s'était-ellc •Ublie, qu'il se plaignit de douleurs atroces dans les bras, <^ «wjw, et à la partie antérieure de la poitrine . Cioq heures après l'accident, les douleurs persistaient. ^& ce moment arriva le D' Tzschirner, qui trouva le malade ^ sur son lit, les yeux brillants, le corps glacé, sur- '^1 aux extrémités, le pouls radial à peine perceptible, ^ pouls carotidien régulier et très-lent. Au niveau des Ç^iyse» épineuses des quatre dernières vertèbres cervicales, '«îoyaituae tache de couleur .rouge foncé, d'où par- ^t plusieurs stries rouges, dirigées le long de l'épine '^jusqu'à la cuisse droite, et le long du bras droit jusliao coude. En touchant ces régions et les stries, on ne dé- '^S^ppait pas de douleurs. Dans le but d'activer la circula- ^Ai^ calmer la douleur, on frictionna le corps avec de ^iHie-vie et on donna au malade 2 grammes de poudre de W; un quart d'heure après, les douleurs étaient plus toiles et le pouls s'était plus sensiblement relevé ; une '^ttième dose de poudre de Dower, administrée 8 heures 1^ lard, produisit encore plus de soulagement ; plusieurs ^d'opium furent données dans les 24 heures suivantes, ^slors les douleurs disparurent complètement, et la chaleur ^m[ naturelle ; 4 jours après raccident» le malade com-

mença à marcher, et 12 jours après, il reprit ses occupations habituelles.

En remarquant, d'une part, que les facultés intellectuelles et les mouvements étaient intacts, et, d'autre part, que des douleurs intolérables affectaient le trajet des nerfs du plexus brachial, dans les deux bras et à la partie antérieure de lai poitrine, nous sommes disposés à croire que l'action de l'i foudre s'est plus spécialement fait sentir sur les racines pos tcrieures de la moelle épinière, à l'origine du plexus brachial.

On peut sans doute rapprocher de l'observation précédente celle de M. Poggiale. Le savant professeur du VaWe-Gràco cite un clairon qui, sans avoir été blessé, éprouva une violente commotion à la colonne vertébrale ; pendant près d'ui. mois, les membres inférieurs et l'abdomen furent doulou reux ; le premier jour, les douleurs des jambes étaient insupportables.

Assez souvent on voit des douleurs remarquables par lem violence et par leur persistance envahir les membres qin d'abord étaient engourdis; elles sont quelquefois accompagnées de l'impossibilité des mouvements.

Williams cite en particulier un jeune homme qui, lors^ qu'il commença à remuer ses jambes précédemment engour^ dies, y éprouva de si vives dpuleurs qu'elles lui semblaien: fracturées. j

M. Borlasc mentionne un fermier qui, en revenant à lui, demanda qui l'avait frappé et éprouva bientôt dans les bras. dont il ne pouvait encore se servir, de très-vives douleurs qui lui paraissaient avoir leur siège dans les os.

I III. — Troubles de rintelligence. — Il estpre>^ que constant que les individus frappés par la foudre éprou vent des troubles plus ou moins profonds, plus ou moins du râbles dans leurs facultés intellectuelles, tels sont : rétonr^^ dissement^ la stupeur y la perte de connaissance , le délire..., etr.

Mais ces perturbations ne sont pas constantes. Scheuchzor cite une femme que la foudre atteignit dans sa cuisine ; ei, bien qu'enveloppée de feu et brûlée superficiellement, cell» femme resta debout avec toute sa connaissance.

irfirs DE LA FOUDRE SUR LE SYSTÈME NERVEUX 07

Ufi kmme , observé par le D' Gabard, fut très-grièveififi^iiessé par la foudre; il se sentit fortement saisi ; il de- \k siaobile, ses yeux devinrent fixes, et il s'aperçut que Njoii^ brûlait ; mais il ne perdit pas connaissance, et son i%flee resta intacte pendant les diverses périodes de

Ta piatelot, à bord de la semaque le Londres, était occupé

2Ï manœuvre sur le mât de hune, quand la foudre le blessa; i \m qu'il sentit ses jambes raides et hors d'état de lui ^ service, il eut la présence d'esprit de se tenir aux cor- ^ avec une main et d'éteindre avec l'autre la flamme qui ^mmil son pantalon (I).

Les foudroyés sont parfois seulement étourdis par la dé- ^ électrique ; cet état ne dure ordinairement que quel- ^ secondes ou quelques minutes. Ainsi :

tn jeune homme, cité par M. Biot, fut atteint par l'étin- ^ qui, sans le blesser, fondit cependant plusieurs objets ^Biques qu'il portait sur lui; il n'éprouva au moment du '^ qu'un étourdissement, un éblouissement qui ne dura î» 7 ou 8 secondes, grâce peut-être â l'eau qui tombait sur saléte.

l^'élourdissement ne se produit pas toujours instantané-

I et ne se manifeste que lorsque le foudroyé, d'abord Pt de connaissance, revient enfin à lui. Ce phénomène ^ alors persister pendant plusieurs heures et même pen- 'laol plusieurs jours.

^ stupeur, ou t hébétude, est un des phénomènes le plus ^*Tenl observés. Tantôt le foudroyé, sans perdre entière- ^flt connaissance sur le coup, reste immobile et hébété; '^astres fois, il est d'abord plongé dans un état de mort appa- ^}^f perd connaissance, et c'est en sortant de cet état qu'il f^te la stupeur et l'hébétement dont nous parlons.

^3 durée de cette stupeur est d'ailleurs très-variable ; elle ^^t souvent que de quelques minutes, mais elle peut se l^'ouger une ou plusieurs heures, et même plusieurs jours.

lorsque le foudroyé a perdu connaissance, le pouls et le

SlSTIBII. II » 7

M BFPETSjDE LA FOUDRE SUR LE SYSTÈME NERVEUX

mouvement respiratoire sont affaiblis, mais persistent encore. Voici le relevé du temps pendant lequel a duré la perte de connaissance dans 35 de nos observations :

5 miniitC8 i

Quelques minutes ...... 2

10 minutes 1

Une heure 1

Une lieure et demie.... 2

2 heures 1 «

Quelques heures 4

44 heures 4

4 jours 4

Cette dernière observation très-extraordinaire est ainsi rapportée par Benivenius : un homme et son fils restèrent jusqu'au septième jour, muets et privés de sentiment; alors on les saigna, on employa des laxatifs, des frictions réitérées et plus tard des aliments très-légers; ils revinrent à eux et recouvrèrent la santé.

fjQ perte de la mémoire a été signalée chez plusieurs foudroyés; elle a été également observée chez un célèbre expérimentateur qui reçut la décharge d'une forte batterie électrique. < Je fus frappé au front, dit Ingenhousz (1), et sur le B point de tomber, mais étant dans ce moment appuyé coDtn' » une table ma chute fut arrêtée et mes forces^ que je recou- » vrai aussitôt après, firent que je me redressai; jo » n'avais ni vu, ni ouï, ni senti Texplosion; > elle avait été cependant, au dire des assistants, aussi forte que celle d'un pistolet.

Ingenhousz se retira immédiatement chez lui, éprouvant un léger étourdissement. c Ayant pris la plume pour écrire

(I) Ingenhousz. Nouv, expér, et obterv. dephytique, 1. 1, p. 35S, Paris (47Kr>V Ingenhoosz rapporte deux accidents du même genre arrivés & Franklin, p. 3o5. Voir ce yolome, p. 83 et 84.

lîfETS DE LA FOODRE SUtt LE SYSTÈME NERVEUX 99

t hRbtiofl de cet accident, je fus extrêmement étonné de

» ïaroir pas en faire plus d'usage qu'un sauvage qui n'au-

> fi jamais ouï dire que Tart d'écrire existât. • i^ un sommeil assez tranquille, il s'empresse en s'éveil-

** s'assurer s'il avait recouvré l'art d'écrire. Sa joie fût

wplète en voyant qu'il écrivait comme auparavant ; il lui

j^bla même que ses facultés intellectuelles et son jugement fëmA infiniment améliorés.

Uoe petite tumeu ^^ui s'était développée à Tendroit frappé par la décharge se aissipa en quelques jours.

Ab moment même de l'action directe ou indirecte de la bodre sur l'homme, on le voit parfois se livrer subitement à ^fn actes instinctifs destinés plus ou moins manifestement à fwk danger^ à chercher nn abri; puis il tombe en syncope radans un état comme apoplectique.

Un ouvrier blessé pcr l'étincelle dans son atelier, en sort brusquement, se sauve dans une maison voisine où il s'éva- Bouît ; revenu à lui, il ne conserve aucun souvenir de ce qui hi est arrivé (l'abbé Chapsal).

Une jeune femme blessée au bras sort frénétiquement de sa chambre et parcourt la maison en jetant des cris (Marc Stella).

Uoe servante se trouve dans sa cuisine, au rez-de-chaussée, lorsque la foudre y pénètre ; dans son effroi, elle saute par la fenêtre et ne peut se rappeler ensuite comment elle se tmove hors de sa maison (Feltstrôm).

La foudre tombe sur deux arbres voisins de l'endroit où se iroave une jeune domestique : on voit celle-ci, pendant îO minutes^ monter et descendre les marches d'un escalier sans avoir connaissance de ses allées et venues, puis elle s'af- Wsse et tombe dans un état apoplectique avec perte de conoaissance, de la parole et du mouvement : une saignée, des sioapismes et des lavements la rétablirent promptement (Uidwig).

Délire. —Dans le trouble de leur esprit, les JRoudroyés se Knenk souvent à des actes bizarres, constituant tiii véritable dâire.

Quatre hommes s'étaient réfugiés sous un appentis; auttic^

ment où la foudre tombe à 25 ou 30 pieds, on voit Ti d'eux se baisser comme pour ramasser quelque chose avec s deux mains, se redresser, élever ses bras, puis se baisser i nouveau et répéter cette manœuvre à plusieurs reprise Ensuite, s'adressant aux personnes présentes : c La foudr leur dit-il, est si épaisse sur la terre qu'on en peut rempl une corbeille à blé > (Linsley).

Schottus cite un exemple plus surprenant encore : un c! ses élèves, terrifié par la foudre qui venait de tuer deux en fants près de lui, s'élança dans un temple voisin, le parcourt comme un fou et, tenant sa tète à deux mains, demandai d'une voix lamentable sa tète qu'il croyait perdue i

Le délire des foudroyés est quelquefois furieux.

Un homme l^t atteint par la foudre lorsqu'il était ivre, ui moment après, quelques personnes le voyant sans connais sance, se roulant comme un furieux sur le chemin, le porté rent à la maison la plus voisine, où le docteur Henry le trouvi dans un délire si violent qu'il fallut cinq hommes pour le maintenir ; après une saignée abondante, le délire se calma, Il saignée fut réitérée le lendemain, et la raison revint au boul de 36 heures.

Lorsque le docteur Brillouët eut repris en partie ses sens, il éprouva un tel accès de fureur qu*il frappait la terre avec son couteau de chasse, dont il voulait percer les bateliers du bac qui étaient venus le secourir.

Ce délire furieux nous rappelle celui dont les noyés ou les opérés de la trachéotomie sont parfois saisis en sortant de l'état d'asphyxie qui menaçait leur vie.

Ce délire furieux s'empare quelquefois des animaux frappés par la foudre, ainsi :

Le 4 septembre 1840, un orage éclata sur Bruxelles et sur ses environs. A Boendale, un boucher accompagné d'un chien dogue se réfugia sous un hêtre qui bordait la route : la foudre tombe sur le hêtre et atteint le chien qui, furieux, se rue sur son maître, le mord à la cuisse et ne Iftche prise que lorsque celui-ci, entraînant l'animal avec lui dans la maisoa la plus voisine, lui coupe la queue. Le chien mourut dans la nuit (Blorren).

IPinS DE LA FOUDRE SUR LE SYSTÈME NERVEUX KM

UiSre des foudroyés prend souvent une autre forme et

poBÉ alors recevoir le nom de délire de terreur, d'épouvante;

if traduit de diverses manières.

tje femme cpii venait d'être l>lessée par la foudre dans sa

Mbre, jetait des cris aigus. Bientôt et après une saignée.

ae parut stupéfaite, hébétée et en même temps sousTintece de la terreur. Elle s'imaginait, à chaque personne |B atrait, entendre le tonnerre et voir la foudre tomber de aotean sur elle. Le surlendemain elle était presque revenue îeBe (Valmont-Bomare).

Uœ chose assez singulière et qui n'est peut-être qu'un effet du hasard, c'est que le plus grand nombre de nos observitions qui signalent le délire de terreur, se rapportent à des soldats oo à des marins, forts, courageux et habitués à braver le danger.

Un soldat d'infanterie, à bord de la Bellone, fut relevé ]kssé et à demi-mort; porté à l'infirmerie, il resta plus (une heure dans un état d'agitation extrême et de terreur

(¥iDOQno).

Cette même agitation, cette épouvante extraordinaire saisiieot également plusieurs marins blessés à bord de la frégate autrichienne la Médée, lorsqu'ils sortirent de la stupeur 00 la décharge électrique les avait plongés.

Un marin grièvement blessé par la foudre resta plus d'un qaart d'heure dans un état de mort apparente. A peine rappelé à la vie, par les moyens ordinaires, il jeta des regards tfarés autour de lui, puis tout à coup il voulut s'échapper de soQ Ut, on l'y retint de force ; alors commencèrent des plaintes, des gémissements, des pleurs, accompagnés d'un tfefflblement de tout le corps. Dans ses invocations fréquentes et ferventes il appelait la sainte Vierge à son secours. Son aaiété, sa terreur étaient extrêmes, comme s'il avait encore sous les yeux le tableau du péril auquel il venait d'échapper, oa qu'il eût redouté d'en être atteint une seconde fois. De ce dâire, qui dura plus d'une heure, le blessé passa à un état de léf^resomnolence, interrompue par des soupirs et par deslalaentations (Minonzio).

Pétrie cite un matelot atteint d'une agitation extraordinaire,

m EFFETS DE lék POUDRE SUR LE SYSTÈME NERVEUX

El) général, ces troubles intellectuelsi ce délire, durer quelques moments, quelques heures seulement, il n'est pa rare cependant de les voir se prolonger pendant un ou plu sieurs jours.

Duhamel cite trois personnes, et Beyer une autre, qui perdi rent Tesprit pendant plusieurs jours, à la suite d'uu couj de foudre.

Un des marins cités par Mioonzio, au moment où il sorti de son état de mort apparente, fut saisi du même délire dV pouvante observé chez ses camarades. Ce délire dura un< demi-heure, pour fair^ place à des gémissements, entrecou pés 4e cris déchirants qu'expliquaient suffisamment de nombreuses plaies. Pendant les cinq premiers jours, le aialade privé de sommeil, était excessivement agité, parfois atteini de mouvements convulsifs ou de contractions tétaniques ; di délire alternait avec de la stupeur ; la peau était sèche et brù< iante. De nombreux moyens furent mis en usage ; ainsi de^ potions calmantes, Témulsion nitrée, quatre saignées et une potion stibiée. Enfin, le sixième jour seulement, la fièvre tomba en grande partie, et pour la première fois depuis le foudroiement le malade reprit ses sens et reconnut les per« sonnes qui Tentouraient.

Les deux observations suivantes, dans lesquelles nous voyons le délire constituer le phénomène dominant, sont du plus haut intérêt et prouvent combien est grave dans certains cas, l'atteinte portée par la foudre aux centres nerveux.

Le 4 juin 1838, à Heerliberg, une femme de 4G ans fut frappée par la foudre. On crut d'abord qu'elle était morte ; \v docteur Diener, qui arriva une heure après Taccident, la trouva dans son lit et dans la plus grande anxiété ; elle délirait, ne faisait qu'appeler ses enfants, changeait à chaque instant de position, sans doute à cause des douleura atroces que lui faisaient éprouver les brûlures de la peau. Le pouU était très-fréquent, on apercevait môme de loin les pulsations carotidiennes. Quoique cette femme fût d'une constituliaa faible et que l'époque de la menstruation ne fût passée qu^ depuis quelques jours, on lui pratiqua une saigna ^^

ETHTS OS LA FOUDRE SUR LE SYST&MB VBRVEUK 10»

ëuma; le sang présenta une couleur noire, beaucoup de ttaeat peu de sérum ; des compresses froides furent entreiannv la tête» la nuit fut agitée, sans sommeil; la malade iimi et éprouvait fréquemment comme des secousses oslnques.

lies ee sujet» le délire persista pendant deux jours, puis se cÉBs pour reparaître le 10* jour. Le 44% il se changea en ttsie qui persista plusieurs jours ; le 21^ jour, la malade dé* faJsûQoait eneore, les troubles intellectuels ne cessèrent que pics tard et la mémoire resta faible ; plus de quatre semainas ^près Taccident, elle se plaignait encore de la faiblesse de sa Béfuaîre* de lassitude et d'inappétence. Notons l'aggravation »urve8iie dans l'état de la malade sous l'influence d'une émot^ pénible ou de la frayeur, et l'embarras gastrique que MM& aurons encore plus d'une fois à signaler chez les fouiirofés.

Le mercredi 26 juillet 1839, dans la paroisse de Tervin, à dnq milles d'Hertford, William Ancient, laboureur, fut foudroyé aoos un arbre : il resta pendant quelque temps privé de aouvement et de sensibilité. Le 28, le malade fut transporté à rinûrmerie générale d'Hertford et soumis à l'examen du docteur Davies.

La foudre avait atteint la tête, le tronc et les membres ; on Toyait sur le cuir chevelu trois ou quatre tonsures, où les cheveux avaient été enlevés comme avec un rasoir ; la face, le cou, les épaules, les membres inférieurs présentaient de légères écorchures. Une brûlure profonde, large de 8 pouces s étendait de la première vertèbre dorsale jusqu'au coccyx. D autres brùlpres profondes aiïectaient la région antérieui^edu tronc, du sternum au pubis, et le côté interne d'une cuisse; enfin, le talon gauche était percé comme par une balle. Pankeaieot avec la teinture d*iode; le malade délirait, ses paroles étaient incohérentes : 5 grains de calomel.

Le 29, le délire persiste ; le malade parle constamment ; ses yeux hagards, hébétés, semblent ne point distinguer les objets; la face est un peu injectée, chaude, tandis que les extrémités flont £poides. Le poujs est à 80 seulement, mais tremblotant ; on a beaucoup de peine a foire tirer la langue ai) wa«

lade ; elle est brune et sèche ; des matières alvines noires et Turine sont rendues involontairement. — On prescrit de nouveau au malade 2 grains de calomel toutes les 4 heures et i drachme de vin antimonial. — Même pansement avec la teinture d'iode.

Le soir, les extrémités étaient encore plus froides et les forces plus déprimées; on remplace le vin antimonial par 10 grains de sesquicarbonate d'ammoniaque dans 2 onces de mixture camphrée à prendre toutes les deux heures; on donne aussi de l'eau vineuse.

Le 30, à la visite du matin, on apprend que le malade a passé une nuit agitée et loquace ; que vers cinq heures du matin cependant il y a eu du calme et un peu de sommeil. Il y a évidemment de Tamélioration dans Tétat du malade ; la langue est humide, presque sans enduit , le malade la tire quand on le lui demande ; quoique délirant encore sur certains points , il répond cependant aux questions qu'on lui adresse; les selles s'échappent moins involontairement; le pouls donne 60 pulsations assez fortes mai^ tremblotantes. Le calomel commençant à agir sur les gencives, on en cesse Tusage ; on permet un potage à l'arrow-root.

Le l®*" juillet, tous les symptômes généraux se sont amendés, mais n'ont pas complètement disparu. On reprend le cafomel , 2 grains le matin et autant le soir. Le 2 juillet , nouvelle amélioration ; cependant le délire n'a pas complètement disparu ; le malade semble malheureux d'aller sous lui. La langue est nette et humide : infusion de colombe, augmentation des aliments. Une ulcération s'étant développée au sacrum, exige le transport du malade sur un lit hydrostatique. Cette ulcération guérit en peu de temps.

Le jour suivant, les facultés intellectuelles font du progrès, mais le 23 juillet, le malade ne se rappelle pas encore le nom de son maître , ni celui de sa paroisse ; il oublie le lieu où il est, bien qu'à chaque instant on lui répète que c'est Tinfirmerie d'Hertford,

§ IV. — Démence chronique , changement d'humeur. — La fulguration exerce parfois sur l'homme une in-

unis DE LA FOUDRE SUR LE SYSTÈME NERVEUX lOK

floew pins durable sur ses facultés intellectuelles et affeo- \m

L Zaechias rapporte que son oncle, resté trois jours roide» ssKMivement ni sentiment, fut comme hébété {velut sto- ^) pendant plusieurs semaines : plus tard , il recouvra iiste ses facultés.

i Sehottus cite un de ses disciples, qui , foudroyé, resta adéoQeoce pendant quelques années, puis recouvra la

3. Un bouvier, dont parle Scaliger, perdit pour toujours la ^ité de raisonner juste, et d'exprimer ses idées avec pré*

i. Le docteur Brillouët devint et resta triste après son fouèisement. L'abbé Richard (1) cite un exemple remarquable è œt affaiblissement considérable de l'intelligence et de la mmre chez un foudroyé.

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