ART. 5. — DE QUELQUES QUESTIONS IMPORTANTES
Pour compléter l'étude des nombreuses lésions extérieures occasionnées par la foudre que nous venons de passer en
SBSTIEfl. Il * 6
! 66 EFFETS DE LA FOUDfiE SUR L'HOMME
revue, il nous reste quelques questions à examiner. Nous devons chercher s'il existe un rapport entre l'étendue de ces lésions et les suites plus ou moins graves de Taccident; si l'inspection de ces blessures fournit des notions certaines pour éclairer le pronostic, et si la mort subite des foudroyés n'a pas eu lieu dans des cas où il a été impossible de constater la plus petite lésion extérieure;
I I. — Vastes et profondes blessures chez des foudroyés qui ont survécu à l'accident. — Il n^st pas rare de voir des foudroyés atteints de très-graves lésions extérieures survivre à l'accident.
Nous avons déjà consigné plusieurs exemples de ce remarquable phénomène, dans la description que nous avons donnée des lésions extérieures sous forme de vésications trèsétendues (observations de Henry et d'Ebell) ;
De raies ou de bandes (Tiiésius et Huxbam) ;
De longues et profondes incisions (Lentilius);
Do vastes et nombreuses eschares (Minonzio) ;
De plaies produites comme par une balle (Sprengel) ;
Kt de nécrose du crâne (W. Pétrie).
Et bientôt nous signalerons d'autres exemples de lésions extérieures très-graves, suivies de guérisons, lorsque nous étudierons la gastro-entérite suite de brûlure (Volpieri) ; finfluence de la fulguration sur la grossesse (Ucsleber); certains effets salutaires de la foudre sur Thomme (Rostaing) ; et l'action thérapeutique de l'iode sur les brûlures fulminiques.
A ces nombreux exemples nous en ajouterons quelques autres :
Le 7 juin 1777, dans les environs de Saint-Yrieix (Haute- Vienne), un meunier/ sa femme, sa servante et un étran^^T étaient assis sur un banc à la porte du moulin, lorsque Ki foudre éclata et les atteignit. Le meunier fut le plus gravement blessé; le bras droit était marqué dans toute sa circonférence, depuis la partie supérieure jusqu'au poignet, d'une teinte noire semblable à une eschare très-sèche ; il était tendu, brûlant, avait perdu sa motilité et exhalait une odeur i^
9T SUR LES âVlM^UX. l£SI09S «7
mAt fflSbeaDte. Une brûlure semblable s'étenctait sur tqute
b petie autérieiire droite de la poitrine et de Tabdooien jufr-
fBfl pubis. La plus grande partie du scrotum, la marge dp
lan, la fesse droite et la partie postérieure de la cuisse^
uqoe le mollet gauctie, étaient aussi violeoiment affectés.
£Éa sur chaque épaule on trouvait qne lésion seaihlahlc à
«k qu'y auraient laissée de larges ventouses. Une suppura-
tm très-abondante s'établit vers le huitième jour, et la gu^
rmn fut parfaite 28 jours après l'accident (Gondinet).
Un jeune hooinie de 19 ans travaillait le 8 juin i8Q8 pendant un violent orage dans une blanchisserie près de Sainte GâQ. Il levait les mains pour étendre une pièce d'étoffe, ionque la foudre tomba sur l'index de la main droite et jeta ie inalheureux à terre et sans connaissance. La tête avait
t^2a souffert, seulement le feu en passant rapidement avait ^Ué les cheveux, les sourcils, les paupières et la barbe du côté droit, puis le courant électrique avait immédiatement frappé le pouce et l'index de la noain droite, et parcouru msaîte en différentes directions la surface interne du braç, èxit il avait en plusieurs endroits enlevé l'épiderme. Des foqueU de fibres musculaires du deltoïde étaient mis à nu et frillA par leurs extrémités ; de là le courant électrique avait parcouru la portion droite du tronc et les extrémités inférieures. Au bout de quelques joprs la moitié du corps ne forma quune seule plaie, plu$ pofpnde dans certains endroits, surtout sur la paroi abdomjnale et vers la région des hanches. Le quatrième jour après cet accident, la paralysie du c6té droit avait disparu , et la guérison ent.ièpe fut obtenue au bout de quatre semaine;^ (1).
Ce rétablissement complet des foudroyés atteints de trèsgrav^ blessures, se remarque à tous les âges, chez des enfants et chez des vieillards. Ainsi, d'après Volger, chez un jeune garçon, la brûlure occupait tout le visage, s'était étendue sur la poitrine, sur la payme des mains, sur les genoux et les jambes ; elle était profonde sur plusieurs de ces régions, et cependant la guérison fut complète.
(i; mbUoA, brit., t. XLIT, p. 98$; - et Bibliotk. média., U pCVHf, p. 99.
Une petite fille, âgée de 8 ans, eut Tépaule droite, le bras droit, une grande partie du dos et de Tabdomen, ainsi que toute la longueur du membre inférieur gauche, depuis l'aine jusqu'au pied, sillonnés par la foudre ; le sillon avait 3 pouces de largeur et paraissait avoir été produit par un fer brûlant. Dans quelques places, on voyait de grosses phlyctènes, la plupart d'entre elles étaient rompues lorsqu'on retira les vêtements : la fièvre traumatique et la suppuration furent k'nignes, et l'enfant se rétablit complètement (Kolreif).
Madame de Beaufort, arrivée à un âge déjà très-avancé, fut atteinte sur l'épaule droite ; le fluide électrique suivit le bras jusqu'au coude, se transporta sur la hanche, de là, sur une partie du bas-ventre, sur la cuisse, la jambe et le pied jusqu'aux orteils ; les brûlures étaient très-graves au bras et au gros orteil : la malade cependant se rétablit promptement (Hemmer).
§ II. — Lésions extérieiires très légères, chez des individus tués par la foudre. — On ne trouve parfois, à la surface du corps des personnes tuées par la foudre, que des lésions si superficielles et bornées à un si petit espace, qu'elles ne peuvent être constatées que par un examen attentif et méthodique.
Citons d'abord les faits parvenus à notre connaissance, nous en présenterons ensuite le résumé.
En décembre 1698, en Yorkshire, un jeune homme fui frappé de la foudre qui le dépouilla de tous ses vêtements ; ses cheveux et sa barbe étaient roussis comme on l'eût fait avec une chandelle, on voyait un petit trou au-dessus de l\rîl gauche (1).
L'abbé Richard (2) a vu un soldat jeune et vigoureux,
atteint en pleine campagne par la foudre qui le tua sur le
coup, sans qu'on aperçût d'autre vestige de son action, qu*un
point noir presque imperceptible au-dessm de Vœil gauche.
Un jeune garçon fut tué raide par le fluide électrique ; on
(i) Thoresby. PhiU tram.
(S) Hùt. de Voir, t. VIIT,
ne Riirqua que quelques petites plaies superficielles sur le fr9it, elles ne paraissaient avoir atteint que Tépiderme ou toif « plus la couche superTicielie du derme, les sourcils et i!^éeTeux. qui circonscrivent le front étaient brûlés; on ne ^^sorrit d'ailleurs aucune lésion sur la surface du corps ni mme altération dans les vêtements, à l'exception du cha- («m d> paille qui était percé, sur le devant de la forme, d un tm de trois pouces de diamètre (W. GofSn). En juillet 1829, la foudre atteignit un homme occupé à ;<dgiper dans un champ inondé, il fut tué raide, ses habits H^eùl déchirés en atomes, et cependant le corps ne présentait aucune trace du fluide électrique, à Texception d'une '-f^ marqtie sur le front (Howard).
Une jeune dame fut frappée à mort dans une salle de bal; <'0 vit à la tempe droite, une petite sugillation ffun demi-pouce iftiron de diamètre^ ayant au milieu utie petite ouverture qui i^ paraissait pas avoir atteint Tos temporal, autant du moins ?u'on put le constater dans la section des tissus ; une partie Se sa chevelure était brûlée, et sa poitrine présentait des îigures de Lichtenberg (Boeckmann)^
En 1763, dans la paroisse d'Hasfofen, un enfant de 5 ans fat tué par le tonnerre ; on ne remarqua que des cheveux brai(^ sur la région gauche de la tète et quelques taches livides dispersées çà et là sur le dos (1).
Une religieuse de Saint-Etienne fut tuée par la foudre ; sa coiffe et le crâne étaient percés d'un trou d'une ligne de diamkre ; on ne découvrit aucune autre lésion extérieure De la Prade).
Le 28 juin 1758, à Nimes, une femme était debout, la tête *mrbée, lorsqu'elle fut tuée par le tonnerre. Le docteur Kazout, médecin de l'HôteNDieu, constata pour toute lésion çie les i lieveux de la nuque étaient brûlés dans Tespace de deux travers de doigts et que la peau correspondante était ridée (2). Le jeune homme que Duverney examina avec attention, ne présenta d'autre lésion extérieure que deux li'-gères contusions sur la partie postérieure de la tète.
(l"; B^Tçman. De arertendo fulmine^ p. 149. (2) Mém. de VAead. roy, des se,, p. S3 (1761).
Dans les observations suivantes, une très-légère lésion a été également observée à la surlbce de la tôle, mais de graves désordres afTectaient les tissus sous-jacents et le cerveau lui-même.
Le 2i mai 1778, une Rlle de 22 ans fut foudroyée près de Nantes; à l'examen du cadavre, toute la surface du corps paraissait saine, et Ton ne trouva à l'extérieur d'autre lésion qu'une petite plaie à la tète, mais sous le cuir chevelu existait un grand épanchement de sang noir et coagulé : les méninges et le cerveau étaient intacts (Ragneau).
Sur un homme frappé mortellement par l'étincelte, on ne trouva à l'extérieur qu'une petite plaie sur le sommet de la tête, les cheveux étaient brûlés au pourtour, mais le crâne était perforé et le cerveau très-gravement lésr (Devaux).
En 1768, une vigneronne fut tuée par le tonnerre près d'Orléans; pour toute lésion extérieure, on ne remarqua qu'une plaie contuse superficielle, de la grandeur d'un liard tout au plus, sur la partie supérieure et latérale droite de la tête : il en était sorti un peu de sang ; pas un cheveu n'était brûlé et la coifltare ne portait aucune trace de la foudre, mais au-dessous du cuir chevelu et dans l'intérieur môme du cMne, on trouva des épanchements de sang (Ballay).
Jusqu'ici, dans les observations qui précèdent, les tK'slégères lésions extérieures ont eu pour sfége quelque point de la tète ; dans les cas suivants, elles ont affecté le cou, le dos, îa poitrine et les aisselles .
Un sonneur fut frappé par la foudre à Besançon; le cadavre, inspecté dans toute son étendue, ne présenta ni plaie ni brûlure, le cou seulement était noirci et le col de la chemise était coupé (J. Gilbert).
Une dame, qui avait le dos tourné vers le foyer d'une cheminée, fut instantanément tuée par la décharge électrique ; on ne trouva que quelques taches livides sur le cou et sur fes épaules. Cet événement se passa aux environs de Londres, dans la maison de M. Ilill (Beyer).
La foudre qui tomba sur la Mignonne y tua plusieurs hommes, dont l'un était, en ce moment, près de l'établi de
Imorier ; tm ne vît sur hii qu'une tache noire au côté (i). [il matelot frappé mortellement présentait seulement
I» (aehe noire au côté et une petite blessure faite ^x>mrae
juron fer à cautériser (Itridgman).
Le corps d'un autre matelot tué à bord de la SybiUe, ne
pr^eota poar toute lésion extérieure qu'une petite tache
aàre sur le dos (1).
On ne trouva sur le corps d'un homme qu'une petite ligne noire sur le sternum ; les cheveux des tempes étaient crêpés (J.-M. Hoffmann).
Un autre ne présenta qu'une faible marque sur la poitrmc (P. Clare).
Brassavola ne découvrit à la surface du corps d'une jeune tille que deux grandes taches noires situées sur le dos, et qui paraissaient avoir été occasionnées par la combustion de la poudre à canon.
Dans les deux observations suivantes, ce sont l'aisselle et Faioe qui ont été atteintes.
M. John Leconte rapporte qu'une négresse de 40 ans , tuée au pied d'un arbre, ne présenta pour toute lésion exté* rieure qu'une tache de brûlure de f> étendue d'un dollar sur rais- ^lle droite.
Et le docteur Régnier, ayant examiné toute la surface du corps d*une jeune fille de 18 à âO ans, ne vit d'autre lésion que les poils de Taisseile et de Taine droite qui étaient roussis de la même manière qu'aurait pu le faire une bougie ; la peau avait conservé dans ces régions sa couleur naturelle : 00 voyait dans l'oreille du même côté quelques gouttes de sang.
Les animaux tués par la foudre ne présentent parfois non pins que de très-légères lésions extérieures.
Enfin dans les nombreuses expériences faites sur de petits animaux, l'étincelle électrique qui les a tués n'a laissé sur la peau de la tête que des lésions légères et de très- minime étendue.
Sur une musaraigne, Priestley trouva les poils en partie
W kminl Ha>*kor. Philot. mag. 3« série, t. XVI, p. 4i!, [t] AoHiù. Ma§,, X, Xin, p. 31.
brûlés, en partie arrachés; Garmoy ne constata également sur la tète d'un chapon qu'un point enflée meurtri et noirâtre, et sur la tète de pigeons et d'hirondelles qu'une très- petite ecchymose. Verrati ayant tué des tourterelles, des chardon* nerets.et des moineaux, par le même procédé, c'est-à— dire en frappant la tète d'une étincelle, ne put découvrir sur \s^ peau qu'un trou excessivement rouge et d*une exiguité telle qu'il aurait facilement échappé à l'œil nu.
Il est donc parfaitement démontré que la foudre tue quelquefois, en ne laissant à la surface du corps que de trèslégères traces de son action. Nous connaissons i6 cas de ce genre, nous les avons cités pour la plupart. La lésion a eu son siège à la tète 15 fois, c'est-à-dire dans les3/o des cas, savoir :
An front 4 fois.
Sur les tempes on les nagions latérales tt —
Sur la région postérieure 2 —
Au sommet 2 —
Dans le i5' cas, la lésion à la tête n'a pas été autrement indiquée.
Dans les i 1 autres cas, la lésion a affecté :
Le cou 2 fois.
L'aisselle 2 —
La poitrine 5 —
Le dos 2 —
il est à remarquer que pas une seule fois la lésion n*a eu son siège sur l'abdomen et sur les membres. Dans un cas cependant, où les poils de l'aisselle droite avaient été brûlés, la même altération fut constatée au pubis du même côté.
La natnre et les apparences de la lésion ont varié.
A la tète, la lésion s'est présentée 4 fois sous la forme d'un trou fort, exigu, d'une ligne de diamètre par exemple, ou d'un petit point noir presque imperceptible, ou bien encore sous la forme d'une petite sugillalion avec un pertuis au milieu, comme chez plusieurs animaux tués par l'étincelle de la machine.
Trois fois, c'était une |)laie conluse superiicielle, fort peu étendue, de la grandeur d'un liard par exemple.
I« bis une contusion n'occupait également qu'une petite
te on cas, la peau était légèrement ridée à la nuque et
bckraix étaient brûlés dans la partie correspondante ; et
BÛK, chez un autre individu, on ne trouva pour toute lésion
de des ebeveux brûlés sur la région gauche de la tète.
iàs il importe de remarquer que parfois, tandis que la
sAce de la tète ne présentait que de légères lésions» le
'^I^Mi était largement altéré et des épanchements de sang
^ustaient sous le cuir chevelu et dans Tintérieur même du
.Va cou, au dos et à la poitrine, les légères traces de la ^i^^jdre consistaient le plus ordinairement (8 fois sur 12) en w^ tache noire de peu d'étendue, en une petite ligne égale*aeot noire, ou bien encore en des taches livides bornées à we peiiie surface.
Cb^ 3 personnes on ne trouva qu'une petite e^chare.
Chez une autre, une tache de brûlure de retendue d un i^Uar;
El même, dans un dernier cas, la lésion se bornait à TustM») du poil de Taine et de l'aisselle.
I III. — Absence de lésions extérieures sur des mdividus et sur des animaux tués par la foudre. — Les hommes et les animaux tués par la foudre qui les a ittetnis directement, ne présentent pas toujours des lésions ■Prieures.
Avant de citer les faits de ce genre parvenus à notre con* âissanee, nous devons dire que sur les 16 individus dont il u être question, 11 ont bien certainement reçu l'action di- ^te de la foudre ; plusieurs circonstances nous portent en ntreà penser qu'il en est de même des 5 autres; il ne s'agit >Ài)c point ici d'individus qui auraient succombé sous l'action 'k la foudre à distance, ou par choc en retour, mais bien de eoups mortels et directs.
Les anciens avaient déjà remarqué l'absence des lésions exlmeures chez quelques foudroyés ; la foudre les ayant frappés de mort sans laisser « sur eux aukune marque ^ng de
n EFFETS DE LA FOUDRE SUU L'MOMHE
coup, ny de btesseare, ny de bnisleure, leur dnie s'en estant fmjf de peur hors de leur corps, comme l'oiseau qui s'envole de m cage (1). »
Scalîger s'exprime ainsi : Solo afiatu aliquot extinctos tui'h inus, in qnibtês nulla usquam ictus vestiffia apparebant.
Le chevalier de Villars affirme que plusieurs personnes tuées près de lui, par la foudre, n'avaient aucune marque aj)parente de brûlures ou de mutilations.
Fabrice de Hilden rapporte qu'un maître et son domestique cheminaient à cheval, l'un à côté de l'autre et enveloppés du même manteau, lorsque la foudre éclata et tua Tun des Cavaliers et les deux chevaux : < In equis nulla extem deptehensa fuit Imsio^ ut nec in famnlo prœterquam in jrilo in fjm foramen satis magnufn repertum fuit, •
Lé docteur Pauthot a vu un homme qui fut tué par le tonnerre sans qu'il parut sur son corps aucun vestige de brûlure ou de violence du coup qui lui avait donné la mort.
Le comte de Forbin ayant fait examiner le corps d'un matelot tué par la foudre, au pied d'un màt, dit qu'on ne trouva pas la moindre contusion sur la surface du corps.
Scheuchzer affirme qu'on ne put voir le moindre signe do blessure sur un jeune homme tué par le météore près de Zurich.
Ant. Louis ayant eu l'occasion d'examiner avec la plus grande attention le cadavre d'un soldat tué par la rouihv à Metz, affirme également n'avoir trouvé à l'extérieur ni brûlure ni contusion.
L'abbé Richard rapporte qu'un laboureur ayant été tué |)ar la foudre près d'AiguepersCi en Bourbonnais, on ne trouva sur son corps ni contusion, ni blessure, et on n'aurait pas pu découvrir la cause de sa mort si plusieurs personnes, qui étaient à quelque distance, n'avaient vu la foudre tomber sur lui.
Deux jeunes gens furent tués simultanément sous un hêtre; ils ne présentèrent aucune lésion (Palasson).
La foudre pénétra dans une maison de campagne du Dau-
(t) Plalarqae. Sympoiiaquei, liv. iv, quest. 1. Trad. d'Amyol, Paris (1o7j).
phioé, jr renversa plusieurs personnes et tua tin jeune homme sans ia^r sur lui de trace extérieure (De la Prade).
1/9 août 1791, près de Ginepreto, village situé sur Tune dfsdfioes d*Oltrepo, un homme fut tué par la foudre. Le indear Dagna s'assura que son corps et ses vêtements ne jrâcDtaient pas le moindre indice de lésion ou de roussis- .m, ou quoi qae ce fût des effets de la fbudre. Le flmde électrique qui tua un homme, ne produisit sur
ta'aucanc lésion extérieure ou intérieure visible : le cerveau
ffpaodait une odeur sulfureuse (Tilloch) . In Lascar fut tué à bord d'un navire; aucune marque n'ap-
panrt sar son corps (Docteur Maccauiay). Ifle femme et sa fille, figée de 12 ans^ furent atteintes
N)Qs uo peuplier. Là mèi*e survécut , elle eut tes cheveux
Mlés et une contusion au visage; Tenfant fut frappée
k mort et ne présentait aucune blessure (Héricart de
Ihary).
Un chasseur à cheval du 7^ fut tué par la foudre à Tarbes. Son cadavre examiné avec le plus grand soin ne présenté à l'extérieur aucune lésion. On ne trouva non plus aucune lésion notable dans les organes intérieurs (6uyon).
Une jeune négresse de 13 ans et une petite fille de 6 ans oe présentèrent pas la moindre trace extérieure de la fbudre loi les avait tuées (John Leconte).
Lne jeune fille succomba quelques heures après avoir été î'^udpoyée ; on ne trouva sur elle aucune lésion (P. Clare).
L'absence de lésions extérieures a été égafement signalée >hez des animaux tués par la foudre.
Fabrice de Hilden, Diemerbrueck font mention, le premier <i^ i chevaux, et le second d'un cheval tués par la foudre, qui M laissa sur eux aucune trace extérieure de ^oh action.
Le 7 juillet 1778, près de Hambourg, la foudre tua 2 che- ^ux dans leur écurie; ils ne présentèrent extérieurement aucune trace de brûlure et cependant on trouva chez l'un et loutre une rupture des oreillettes. Reimarus dit que ce fait loi a été rapporté par un observateur qui lui inspirait la plus grande confiance.
Le 12 mai 1781, d'Aussac, deGautran et de Lavallongue
cheminaient à cheval sur une route près de Castres, lorsqu'ils furent atteints par la foudre. D'Aussac et les 3 chevaux furent tués ; de graves blessures furent constatées sur le premier, tandis qu'on ne vit aucune trace de lésion sur les animaux.
Quatre chevaux furent foudroyés, le 14 août 1795^ non loin de Douvres; John Lyon dit qu'on n'aperçut aucun indice extérieur du coup qui les avait tués ; seulement quelques longs crins sur la poitrine de Tun d'eux étaient brûlés , et cependant le cœur était le siège de graves désordres.
Le 9 septembre 1843, à Fougères» la foudre tua plusieurs chevaux dans une écurie; ils ne présentèrent aucune lésion extérieure d'après le rapport de MM. Marcus et Glaudon, vétérinaires, anciens élèves de Técole d'Alfort (Blondeau).
Le 24 septembre 1787, à Ogenne, 2 vaches et 1 génisso furent frappées de mort dans une étable : aucune blessure extérieure ne paraissait sur leurs corps (Palasson).
M. Liais dit qu'on n'a trouve sur une vache aucune lésion extérieure, aucune trace de la foudre qui l'avait tuée, et sur une autre vache, dont la tète touchait presque la tète de la précédente, on n'a tmuvc pour toute lésion externe quu net brûlure peu étendue du poil du cou.
J. Wasse rapporte qu'un berger et cinq moutons ayant été tués par la foudre, quatre d'entre eux n'offrirent aucune lésion extérieure, le cinquième présenta seul une blessure à la tète.
Le 13 mai 1803, près de Fehrbellin, 40 brebis furent tuées, on ne voyait sur elles aucune trace de brûlure ; le berger qui les surveillait, et qui avait également succombé, était au contraire atteint de nombreuses blessures.
Le 24 juin 182.., dans le Wurtemberg, un berger et 210 moutons furent tués en plein champ ; les habits du berger étaient déchirés en petits morceaux... On ne trouva sur les animaux aucune trace de blessure.
Le docteur Masiieurat-Lagémard, qui avait plusieurs lois observé des sillons de brûlure sur des animaux tués par la foudre, n'en remarqua aucune sur un cochon tué par le même agent.
e;t sur les animaux, lésions 11
L'abbé Chapsal, dans sa Irès-remarquable description des effets de la foudre, parle d'un pourceau tué par un coup de loDOCTe, et chez lequel on ne découvrit aucun indice extériftifà passage du météore.
fie ces faits et de beaucoup d'autres que nous ne pouvons pin^gistrer, il est facile de conclure que la mort sans lésion '•Uenie est bieo réelle. Il est bon de remarquer que la plupart <^ceux qui nous ont rapporté ces faits sont des médecins, et jue leurs observations sont dignes de toute confiance.
\ IV. — De l'incinération du corps humain par la foudre. De la prétendue disparition des foudroyés. Du rOle de l'électricité et plus particulièrement de la foudre dans la combustion humaine dite spontanée. — La foudre a-t-elle parfois réhit en cendres, en totalité ou en partie, le corps de Thomme xîdcs animaux (I)? Plusieurs auteurs raflîrment.
L'incinération aurait été partielle dans le cas suivant :
Le 3 février 1824, àWaterford, la fondre descendit par une cheminée et tua une fille âgée de 21 ans; ses vêtements, ses cheveux et un hras furent brûlés et réduits en cendres (burnt t^ ashes) ; le cou et la poitrine avaient la couleur du charbon Howard) .
La combustion , sans doute jusqu'à 1 incinération , aurait 3'leint plus spécialement les viscèresy au rapport de deux au- ^Hirs. € Ainsi, dit Toaldô, toute la masse intérieure d'un bœuf fut consumée, le corps lui-même de l'animal étant resté in- 'Mi, et Thistoriographe Le Laboureur dans sa traduction de 'Histoire de Charles VI, rapporte que la foudre ayant péné- -> par une lucarne dans Tappartement du Dauphin, depuis Oiarles VII, tua dans son antichambre, un jeune écuyer » dont ! brûla et consuma tout le dedans du corps, et ne lui laissa ^-^n d'entier que la peau qui demeura noire comme du «charbon. »
')) • Uhomme qui a ainsi perd a la vie (par la foudre) ne peut ôtre brAIë : ' <i religion veut qu'on l'enterre. « La foudre ne met le feu à etucun animal, * < 1^ n'ett poi déjà mort. > Nnllum animal, nisi exanimatum, fulmine accen- ^HQr. Pline, Bist, nat., liv. n, chap. lt.
Enfin le corps entier de l'homme aurait été réduit en cendres, f On a vu, dit Ant. Louis (1), le tonnerre écraser un arbre sans y laisser la moindre trace de combustion et réduire en cendres un berger qui était au-dessous. »
Au rapport de Richard (2), un homme aurait été presque réduit en poussière, au milieu de plusieurs autres qui étaient sous le même arbre. Et , suivant le même auteur, le 27 juilk t 1769, la foudre tomba dans la salle de spectacle de Feltri (Marche Trévisane), lorsque plusde 600 spectateurs y étaient réunis. Un grand nombre d'entre eux furent blessés ou tués; ^t six personnes furent entièrement réduites en cendres.
On 9 pnême avancé que des animaux frappés par la foudre avaient , au premier abord, paru intacts, mais qu'en les touchant, ils étaient tombés en poussière i (Toaldo).
Et c'est à l'aide de cette incinération subite et de la dis-
persion des cendres dans l'atmosphère, que certains auteurs ont cherché à expliquer la disparition subite de l'homme foudroyé !
Ainsi W. Meurerus rapporte qu'un ministre frappé par la foudre sur la route qui conduit de Leipzig à Torgau, disparut subitement et qu'on n'en trouva plus de trace (3).
Fromondus, Schottus admettent que le corps de cet homnio fut réduit en cendres et que l'explosion fulminante ou le vont jd'orage les dissipa dans l'atmosphère. Us attribuent la mCMm^ cause à la prétendue disparition de Romulus.
L'illustre fondateur de Rome passait la revue de son arméo dans une plaine près du marais de Capra : tout à coup, dil Tite-Live (4), un orage accompagné de violents coups de tonnerre enveloppe le roi d'un nuage si épais qu*il le dérobe à tous les regards. Dès ce moment, Romulus avait quitté la terre.
Il est vrai, ajoute Tite-Live, que quelques-uns des assistant s soupçonnèrent les sénateurs de l'avoir mis en pièces ; et \o bruit en courut , quoique sourdement.
(i) Ob$erv, tur têlutrieité, p. 74.
(2) Hist. de Vair et des météore$, t. VJII.
(3) Comment, méièoroi,, p. 140.
(4) Lib. I. { XVl.
UMeur a sans doute déjà fait justice des faits que nous Tefioes k citer et qui n'offrent aucune ga^rantie ; Louis, Ho^ Toaldo, Richard, etc. , ne nous disent pas en avoir été kîâiajfls. Quand on considère le pouvoir conducteur du «^«èrbomme, on ne peut admettre qu'il subisse de la jsîè fluide électrique desi prodigieux effets. De plus, nous jTjyfioaissoas pas un seul exemple avéré d'arbre ou de ;iiie d'arbre, réduit instantanément en cendres par la
Ooaal à révéaement du ministre* cité par W. Meur/erus, .^jp de causes peuvent faire disparaître un individu voya-r .^aotsur la grande route, pour qu'il soit utile d'insist.er sur le ^i" qaaurait pu jouer la décharge fulgurante.
Sais s U n'est pas démontré que la foudre ait, par sa seigle Miuo comburante, réduit en cendres le corps de l'homme, •^mléùte ne pourrait-il pas devenir la cause déterminante ^ k combustion spontanée, chez des individus disposés à ce :H)re d'accidents ? C'est ce qu'ont pensé plusieurs auteurs. i{!fès avoir admis, contrairement à toutes les lois physiques ^chimiques, le fait de la combustion spontanée, ils ont cher- '"^é à l'expliquer en disant que l'étincelle électrique avait dé- ^oé la combustiou chez des individus qui se trouvaient '^^ua état morbide particulier ; ou bien encore en admetiiritquerélectricité, décomposant certaines parties du corps, pouvait donner naissance à des éléments combustibles et captes par conséquent de produire les phénomènes annoncés. >(njbel.)
Nous ne discuterons pas ici l'explication donnée par ces au- '^i d'un phénoniène que nous n'admettons pas, et sur lef^eloous partageons entièrement l'opinion de MM. T^rd^^ ^Rola(l).
i V. — Phénomènes observés ohez Vbomfùf^ et €hes les animaux, avant et pendant les orages. —
liofluence des temps orageux sur l'homme est fort çp^^plexe ^sa cause. Lia température, l'humidité, la pression de Vof,'
1) Aïïn é^kiffpène, t. XUV et XLV (1850).
mosphère jouent chacune son rôle, auquel s'ajoutent les fluenccs électriques.
Nous n'avons pas l'intention de traiter ici cet inteross et diflicile sujet, nous nous bornerons à étudier plus parti lièrement l'action de réiectricité atmosphérique.
1^ Sur riiomme, qui n'a pas été précédemment Toudro
2® Sur celui qui a déjà subi les atteintes de ce redouta météore.
Nous pourrions citer beaucoup d'individus qui à.I'approc ou pendant les orages ressentent des douleurs vagues d^ les cicatrices des plaies anciennes, aux moignons des memb amputés.
Nous n'en rapporterons qu'une observation, tirée Dictionnaire des merveilles de la nature, tom. III, page 50.*?.
Un batelier sur le Rhône, près de Sain t-Vallier (Daupliin< reçut, dans une dispute, un coup de couteau dans le ventr l'es intestins et Tépiploon sortaient par la plaie ; il fut port< l'hôpital de Saint- Vallier où il guérit. La plaie était cicatrisa quand un jour survint un violent orage. Le malade se plaigr de sa blessure récente : les douleurs revenaient et se dissipait' avec les éclairs qui étaient très-vifs et très- fréquents. Le docte Garnière ayant fait mettre la partie blessée à découvert poi examiner avec attention les changements qui pourraient survenir, n'en aperçut aucun, quoique le malade poussât iU cris et des gémissements, en portant instinctivement lanini sur la cicatrice, toutes les fois qu'il éclairait ; les éclairs fini sant, la douleur cessait ; plus les éclairs se succédaient i étaient brillants, plus la douleur se ré|)élait et était nv^uv ce singulier phénomène se répéta pendant plus d'une heun enfin Forage, la pluie et les éclairs ayant cessé, le balolic ne sentit plus de douleurs; trois jours après, il quitta l'hôpitnl reprit la rame, et depuis cette époque il n éprouva plus d ii commodités de ce genre.
Ces douleurs ressemblent parfaitement à des douleurs ik' vralgiques. Afin de voir quelle pouvait être l'influence du ïn<> rai sur leur production, le docteur Garnière aurait bien tli placer un bandeau sur les yeux du malade ; si les douloun avaient continué à se produire, il oAt été bien démontn'
qu'elles étaient réellement produites par l'inflaence da fluide
électrique.
0 est des individus qui pendant les orages éprouvent un nttbise considérable : on eo a vu éprouver des indigestions, 'ifi fomissenients, des diarrhées, comme par une forte purga- .stjoo; d'autres sont affectés de violente céphalalgie, de mi- .Taine, de vertige, d'éblouissement ; d'autres éprouvent une ^Taodegéne dans la respiration, une oppression cardialgique, Je violentes palpitations.
Dans tous ces accidents, il est très-difficile de démêler les phénomènes si variés et si graves que peut produire la peur. 2. Les personnes qui ont été foudroyées éprouvent souvent à rapproche ou pendant la d^rée des orages , des troubles d ailleurs très-variés dans leur siège et leur nature. Il n'est pas rare par exemple que les régions qui ont été blessées par 1 étincelle, soient alors affectées de démangeaisons^ de douleurs i'ius ou moins vives, de seeousses comme électriques , de mour*menU convuUifs^ ou d'engourdissement , ainsi :
On a vu à Âumale, dit le docteur Marteau de Grandvilliers, on homme qui, ayant été frappé par la foudre le long de l'épine tlorsale, pendant qu'il se baissait, pronostiquait le tonnerre dès la veille; il éprouvait un malaise et une démangeaison douloureuse, le long de la trace que la foudre lui avait jadis imprimée sur le dos. Il cite un autre exemple, à peu près semblable sur uoe fille de 12 ans.
Un homme de 46 ans, blessé par Tétincelle et dont les membres inférieurs avaient été momentanément paralysés, ^ntit dans ses membres des secomses électriques pendant tout :été, à l'approche de chaque orage (Diener).
Une jeune fille de 17 ans, fut frappée par la foudre au pied ^uchc ; dans la suite, ce même pied devenait le siège de kxdeurs très-rites et de mouvements convulsifs quand le tonnerre se Taisait entendre. (Cummenus).
Le docteur Brillouet a toujours éprouvé, depuis le foudroiement qui faillit lui devenir funeste, des violents maux de tête, des *tonrdissements et de l'engourdissement dans le côté gauche, •|ui avait été plus particuhèrement blessé , toutes les fois que le ciel était orageux.
Skstibr. h -» 6
Quelques anciens foudroyés éprouvent des étouffemenb sont saisis de convulsions, tombent en syncope, dans les mêoM circonstances.
On a vu même quelquefois se reproduire au moment d'u orage des accidents qui ont caractérisé le foudroiement ainsi Brûck cite un enfant atteint d'urticaire, imroédiatemei après la fulguration, qui fut ensuite jusqu'à sa mort, qui sur vint dans Tàge adulte, affecté d'urticaire toutes les fois qu survenait un orage.
Wallis rapporte qu'une femme foudroyée dans la catas trophe d'Everdon, éprouva pendant plusieurs années, à Té poque où elle avait été atteinte, des tintements d'oreille e plusieurs symptdmes qui réclamaient une saignée , elle vi aussi plusieurs fois apparaître sur son corps une éruptioj semblable à celle des piqûres d'orties.
I VI. — L'homme frappé par la foudre voit-U Té clair, entend-il le tonnerre? — c Jamais la foudn
> n'atteint celui qui voit Téclair et entend le coup avant d'è » tre frappé. Quand elle gronde à gauche , on la regarde i comme d'heureux présage , parce que TOrient est a k » gauche du monde.
» Il est certain qu'on voit l'éclair avant d'entendre le ton-
> nerre, quoiqu'ils aient lieu en même temps; cela n'est pas i étonnant, puisque la lumière est plus rapide que le son. ■ {Luxsonitu velocior) (1).
Cette importante question a été traitée par Arago dans sa remarquable notice. Avant cette époque , le doute pouvait être permis car rien ne paraissait plus rapide que la lumière, une vitesse bien constatée de 80,000 lieues par seconde paraissait assez étonnante pour que l'imagination ne cherchât pas à aller au-delà ; on pouvait supposer que le foudroyé apercevait l'éclair avant de ressentir le choc de la foudre, mais les expériences faites sur la vitesse de l'électricité, ont constaté que cet agent se propageait encore plus vite que la lumière, il importait donc de rechercher si les foudroyés
(1) Pline. Hiiî, nat., ii, chap. Lv, édition Panckovoke.
ET StIR LES ANIMAUX. LÉSIONS 63
apercevaient l'éclair qui accompagne le météore. Ce point, important pour la météorologie, touche aussi à la physiologie; il esl bien évident que beaucoup de personnes timides seraient arrachées aux cruelles préoccupations dont elles sont assaillies pendant les orages» si elles savaient qu*on n'a rien à craindre de la foudre quand on a vu l'éclair.
Il est bien démontré aujourd'hui , par un très-grand nombre d'observations que l'homme atteint de la foudre ordinaire, de manière à perdre à l'instant même connaissance , tombe sans avoir rien vu, rien entendu.
Arago cite sept observations de cas de foudre à l'appui de cette opinion ; notre collection nous en présente une douzaine que nous ne citerons pas, parce qu'elles sont toutes à peu près identiques.
Dans toutes ces observations, les foudroyés revenus à eux, s*accordent à dire qu'ils n'ont rien vu , rien entendu , et le plus souvent qu'ils n'ont rien senti ; de sorte qu'ils ne savent absolument rien de ce qui s'est passé, et qu'ils ne comprennent pas pourquoi, par exemple , il «e trouvent étendus sur le sol ou dans leur lit.
Ce phénomène s'explique facilement si l'on fait attention que l'électricité se meut plus rapidement que la lumière et surtout que le son, en sorte que les appareils de la vision et de l'audition sont ordinairement paralysés avant que la Inmière ou les ondes sonores aient pu faire impression sur eux.
Au reste, le même phénomène a été plusieurs fois observé sur des savants, qui dans le cours de leurs expériences ont reçu par mégarde la décharge d'une forte baUerie électrique, ainsi:
Wilkins tomba sur le sol c ignorans ipse quid secum factum atet > (Bergman).
Ingenbousz ne sentit rien, ne vit rien , n'entendit point Vexplosion qui eut cependant sur lui une si puissante action. (Voyez: perte de la mémoire).
Dans une de ses expériences, Franklin reçut accidenlellement sur la tète, la décharge de deux grandes jarres ; à l'instant même il tomba ; ayant bientôt repris ses sens, il s'étonna
de se trouver par terre, il ne put d'abord concevoir comment cela lui Qtait arrivé. Ne sachant pas que la décharge des deux jarres s'était faite , il tenta de l'opérer mais en vain ; les assistants lui dirent alors qu'il les avait déjà déchargées, qu'il en avait lui-même reçu l'explosion et qu'il en avait été renversé. Franklin n'avait ni vu^ ni entendu Vexplomn. Il ne résulta de cet accident qu'une petite tumeur à l'endroit de la tête, où le coup avait porté, et qui se dissipa en peu de jours. Ce fait se trouve consigné dans une lettre de Franklin à Ingenhousz (1).
Dans une autre expérience, le même savant reçut la décharge de fortes jarres sur la main ; il fut quelques minutes avant de reprendre ses esprits; il ne vit point le trait de feu, quoique son œil fût tout près du conducteur d*où ce trait était parti ; il n'entendit pas davantage le bruit du coup, bien que les assistants eussent affirmé qu'il avait été considérable. Un autre fait est rapporté par Franklin (2).
Ainsi il y a souvent absence complète de sensation chez les individus foudroyés, mais il en est cependant qui quoique n'ayant rien vu ni rien entendu, assurent avoir éprouvé quelque sensation particulière , comme une secousse, une violente commotion, de vives douleurs dans tout le corps, ainsi :
Un homme cité par Borlasc n'avait rien vu, rien entendu, mais il avait éprouvé la sensation d'un choc, car en revenant à lui, il demanda qui lavait frappé.
Un charretier blesse par la foudre et que nous avons examiné à rUôtel-Dieu, nous affirma n'avoir pas vu l'éclair, ni entendu le bruit du tonnerre, mais avoir éprouvé une violente secousse à Tintant même où il avait perdu connaissance.
Il semble donc que dans certains cas les organes de la vision et de l'audition sont paralysés avant l'appareil qui préside à la sensibilité générale.
Si le foudroyé ne perd pas connaissance au moment même où il est frappé, mais seulement quelques instants après, on
(I) Souvellft exper. et obterv, iur divert objets éU pkff$,, t. H, p. 355. (S) Ultreau Doeiewr Unning, 18 man 1755.
ET SUR LES ANIMAtX. LÉSIONS 85
cflijaf facilement qu*il paisse voir réclalr et éprouver di-
îns autres sensations, sans entendre le tonnerre dont le
M n'arrive à lui que lorsqu'il est déjà hors d'état de
rffiaidre; c'est ce qui est arrivé dans le cas suivant :
If. Varie, alors sur un navire, était assis sur le bord d'une
s^aotour de laquelle plusieurs personnes jouaient la bouil-
is^te, lorsqu'il fut atteint de la foudre; revenu à lui, il se
appela la vive lumière qui l'avait douloureusement ébloui,
^pelillement et la sensation de brûlure qu'il avait éprouvés
s^bce; le cliquetis des jetons renversés avait également
frappé sfô oreilles, mais il n'en avait pas été de même du
irruit do tonnerre, dont il n'avait aucun souvenir, pas plus
que de toute commotion violente (Bermond).
Si quelques foudroyés ont perdu immédiatement connaissance, et déclarent n'avoir pas vu l'éclair mais entendu le ''Xinerre, comme Rice et Marteau de Grandvilliers en ont Aacon cité un exemple ; c'est qu'évidemment le bruit du toonerre dépendait d'une explosion précédente et non de !^le qui les avait atteints.
Ces considérations se rapportent toutes à la foudre ordinaire ou foudre en zigzag, et ne concernent aucunement la feadre en fusée ou la foudre en globe ; ces derniers météo- % ayant une marche beaucoup moins rapide, l'homme, avant d'en être frappé, peut les voir et même entendre le bmit de la décharge électrique qui les a produits.
L'histoire que nous avons faite de la foudre en globe nous &pense de nouveaux détails.
I Vn. — cahute et transport des individus foudroyé». — En général, l'homme directement frappé par la fcodre ou qui se trouve seulement dans la sphère d'activité k ce météore, tombe à l'endroit même où il a reçu la dérfiarge foudroyante ; mais souvent*aussi, avant de tomber, il éprouve un déplacement plus ou moins considérable.
Franklin (1) avait remarqué qu'une personne frappée pnr l'élincelle des machines « s'abat, pour ainsi dire, pliée en
;i) Uitrê au Docteur Litmifi^, 18 mars 1755.
85 EFFBT8 DB LA FOUDRE SUR L'HOMNB
> double, les articulations perdant tout à la fois lear force » et leur raideur ; de sorte qu'elle coule dans l'instant sur
> place, sans chanceler le moins du monde auparavant el » sans jamais tomber de son long. »
Nous trouvons ce même phénomène spécifié dans une relation du D^ Girault, où il est dit qu'un homme et une femme atteints et blessés par la foudre dans une chambre, c ne fu- » rent pas lancés, mais tombèrent tous deux doucement à » terre, en se pliant sur les jambes d'abord, puis en se ren- » versant en arrière. »
Cette manière de tomber en s'affaissant est sans doute trèsfréquente chez les foudroyés et explique la rareté des plaies et des fractures, ou d'autres lésions occasionnées par la chute elle-même.
Une remarque à faire, et sur laquelle nous aurons à revenir en nous occupant de la situation des cadavres des foudroyés, c'est qu'ils tombent en général instantanément et sans se débattre.
Il n'est pas rare de voir un grand nombre de personnes renversées par un même coup de foudre ; parmi les exemples nombreux que nous possédons, nous ne citerons que les suivants :
En 1780, le tonnerre tomba sur une église, à 3 lieues de Gènes, un jour de fête, au moment où l'assistance était nombreuse. Les dalles du pavé de Téglise furent soulevées en plusieurs endroits ; personne ne fut tué, ni même dangereusement blessé , mais tous ceux qui étaient dans le portique furent renversés ; d'autres assistants n'éprouvèrent qu'une violente secousse ou de l'engourdissement dans les jambes el les pieds (De Saussure).
Le 19 septembre 1776, la décharge électrique ayant atteint la frégate la Modeste, presque tout l'équipage fut renversé, personne cependant ne fut tué ; 2 chevaux seulement succombèrent (Gayet).
Bergman en cite un autre exemple arrivé à bord d'un navire aux Indes, en 1759.
Le 8 juin 1859, à 1 heure lOminutes de l'après-midi, un violent orage éclatait sur Argenteuil, près de Paris, et le petit
KT SU.a LES ANIMAUX. LÉSIONS S7
MfiB régtiise était foudroyé. II y avait environ 900 per-
sflBsdans l'église en ce moment. Le second vicaire, ébloui
H mardi par la violence du coup de tonnerre, affirme
nriQ une boule ou une colonne de feu d'un assez grand
fa^ descendre de la voûte du chœur, éclater après
«louché le pavé, lancer des étincelles dans toute l'église
<f àkser après elle une vapeur épaisse d'odeur sulfureuse.
h même teaips, un gros fragment de voûte ou de corniche,
dâaché par la masse foudroyante, était tombé à l'entrée du
d^eiir, sans blesser personne, et de là avait rebondi dans la
aef. Plusieurs des assistants ont vu en différents points de
^'^lise des lueurs électriques. Le suisse, homme très-robuste,
^ Tiolemment abattu et relevé subitement comme par un
i^csort qui se détend après avoir été comprimé ; deux ou
Vautres hommes ont éprouvé la même commotion. Une
'aame a eu son bonnet de paysanne brûlé sur une petite
^^eadue circulaire , son chàle percé de petits trous, ses bras
aomentanément paralysés, son dos légèrement contusionné;
m elle s'est complètement remise après une heure d'in-
1«iétude extrême. La terreur s'était emparée des assis-
tote (I).
Le 2 août 1862, la foudre tomba sur le paratonnerre du f^xillon d'entrée de la caserne du Prince-Eugène, et les cSte en furent vivement ressentis dans le corps- de-garde ^^ du conducteur. Tous les soldats couchés se trouvèrent <isboQt, tandis que ceux qui étaient debout furent renversés Ucrre (2).
La foudre, qui transmet au loin les corps inertes qu'elle v^ioontre , exerce aussi sur les hommes et sur les animaux fe effets de translation.
Aa moment où le navire la Félicité fut foudroyé près de tooe, le second vit passer devant lui le mousse emporté ïvec la rapidité de l'édair de l'arrière à l'avant du navire, où il Umiba.
Au mois d'août i856, un ouvrier maçon qui travaillait au baot de la cheminée d'une houillère située sur la commune
(1) Comof d« l'abbë Moigno, t. XIV, p. 67S (1850) . Voir foudre en globe. ^) Monit. umv., 4 août i86S.
88 KFFETS D£ LA FOUDRE SUR L'HOIIIIE
de Pâturages (Nord), fut emporté par le courant électrique. La foudre avait pénétré par la partie inférieure de la cheminée ; elle rencontra le maçon dans l'intérieur de la cheminée, et le lança dans l'espace d'où il retomba sur le sol sans donner signe de vie. Un aulre ouvrier qui travaillait à côté du premier, mais probablement à Textérieur delà cheminée, n'a subi aucune atteinte de la foudre (1).
Le 8 juillet 1830, a 3 heures du matin, la foudre atteignit un chêne, près de Boisement, aux environs de Triel (Seine-et-Oisc), et frappa deux ouvriers carriers réfugiés sous cet arbre. Le plus jeune, Athanase Pion, figé de 22 ans, fut tué sur place ; il portait des traces de brûlure depuis Tépaulo droite jusqu'au pied du même côté. Ses vêtements de coton tombaient en charpie. Son père, frappé du même coup, portait aussi des traces de la foudre, du front et de l'épaule gauche au pied gauche, dont le soulier fut percé d'un trou. Au même instant, il fut soulevé et transporté à 23 mètres de distance dans une touffe de châtaigniers, d'où on le relira à demi-mort : ce malheureux ouvrier resta estropié.
Quelquefois les foudroyés sont soulevés perpendiculairement à une certaine hauteur et retombent ensuite à la même place, les docteurs Raymont et Tallibart en citent plusieurs exemples.
A cette ascension, se joint quelquefois un mouvement giratoire , le docteur Bus était dans sa chambre à 3 pas d'un poêle qui fut frappé par la décharge électrique ; le docteur Bus fut soulevé et fit plusieurs tours sur lui-même.
Le docteur Girault en rapporte un autre exemple.
Un cas plus ordinaire est celui où des personnes sont soulevées, lancées ou transportées à des distances variables.
Fort. Liceti rapporte que la foudre étant tombée pendant le service sur une église à Garpentras, un enfant fut enlevé des bras de sa mère et projeté à trois pas de distance.
Un fait semblable a été relaté par le docteur Trencalye, un autre a été observé dans l'église Saint-Martin, à Dijon.
Un ouvrier, étendu à trois pas de sa place, fut étonné en
(1) PaMe, iS août 1866.
reTeoaol de son état léthargique de se trouver derrière
VétaNi (Ton tour, sans pouvoir dire s'il était passé par-dessus
oupl^dessous le banc (Ghapsal) . .
Tu employé d'un poste de télégraphie électrique aurait
m Doe si violente commotion, qu'il aurait été enlevé de sa
J^iie et lancé avec force à travers un vasistas dans un
.L'Jio voisin.
Trois hommes se trouvaient dans un cellier où pénétra la
•jdre : Fun fut poussé en avant et jeté par terre où il resta
' •mme mort ; les deux autres furent lancés dans des direc- ' cos opposées, l'un contre la muraille, l'autre contre une loisoQ en planches (Lathrop).
La distance à laquelle est transporté le foudroyé est quel- IJefois assez grande : cette circonstance est importante au :mi de vue médico-légal.
Uo bûcheron, frappé par la foudre, fut lancé à une distance ie iO pieds (Goester).
Howard, Lathrop, Buissart, Hubert, Lozeran et Beyeri uteot des cas analogues.
Le suivant, rapporté par Sage, est assez intéressant :
Le 23 juin 1773, près de Chantilly, le chirurgien Brillouet, fut surpris par un orage accompagné de grêle et de vents injpétueux, il descendit de cheval et chercha un abri sous iiQarl)re où s'était déjà réfugié un cultivateur; afm d'opposer {»lus de résistance au vent, ils se serrèrent l'un contre l'autre eo embrassant l'arbre. Mais la foudre en tombant sur eux «^^ sépara : le cultivateur fut jeté à 6 pieds de l'arbre vers Virieot, et le cheval à l'occident dans un fossé qui était à la c.me distance. Brillouet fut enlevé et transporté à 25 pas -ims la direction du fossé en décrivant une parabole : des ateliers l'aperçurent de loin dans l'air, comme une masse ûoire.
Somma rRE. — Art. I — Douleur» ei névralgie», — § I, Doalenrs etosès par la foudro - §41. Névralgies. —§ III. Troubles de l'intcUlgence. — § IV. Démence chronique. Changement «liaiiMiir, — Art II, ConvulOon», —Art. UL — Pvalynê det/ouiro^i».