MOYENS DIVERS DR FHOTKOKH UNE CONTRÉE
Aujourd'hui il est recommandé (1) de ne pas sonner léS cloches pendant les orages; le clergé lui-même a contribué à éteindre cette pratique à la fois dangereuse et superstitieuse. Un Allemand a calculé que, pendant 33 ans, le tonnerre a frappé 386 clochers et tué 103 sonneurs. Mais des clochers où i on ne sonne point pendant l'orage sont aussi Tréquemment frappés, tels sont ceux d'Angleterre, de Suède, de Danemafck où cette coutume ne semble point s'être pro^ pagée; mais du moins, dans ces cas, la vie des sonneurs n'est point exposée.
Durant la nuit du 14 au* 15 avril 1718» dans l'espace de côte compris entre Landernau et Sl-Paui de Léon« en Bre^ Ugne, le tonnerre tomba sur 24 églises, précisément, dit Fontenelle, sur les églises où l'on sonnait.
Mais, fait observer Deslandes à l'Académie des sciences, des églises où Ton ne sonnait pas furent épargnées. Pour donner une plus grande valeur à l'observation précédente, il aurait fallu déterminer la route exacte suivie par Torage, tenir compte de la distance des édifices, de leur hauteur. Puis toutes les églises où Ton sonnait ne furent pas atteintes par la foudre ; il n'est donc pas rigoureusement démontré par ce qui précède que les cloches en branle attirent la foudre.
D'ailleurs des expériences de Hartsoeker (2) montrent que Ton peut faire sonner de grosses cloches par un temps calme, sans ébranler une feuille de papier suspendue a un fil délié à Sou 10 pieds delà.
L'abbé Needham, en 1781, fit de nombreuses expériences pour montrer que la mise en branle des cloches ne faisait pas jaillir l'étincelle d'une batterie électrique à une distance plus murte que celle à laquelle elle aurait jailli si la cloche avait été au repos. Mais il faut reconnaître aussi que la boule qui, mise en rapport avec la batterie, représentait une nuée.
(l)Un arrdtdu parlement de Paris, da 21 mai i7S4, couflrme une ordonnance dece^nre rendue par le bailliage de Langres. Un autre arfdt da parlement de Paiit, du §9 jailteC 1784, est rendu dans l« filêniie sens (i^mof dé Chimie miâkaU, 9^ lërte, p. 086 (1846).
(2) Jowmal de$ iovanti, p. 478 (1740).
644 PARATONNRRRRS DIVERS
ne saurait vraiment en remplir exactement le rôle (1;. Quoi qu'il en soit, on comprendra qu'il est toujours dang^ reux de sonner pendant les orages, au moins pour les sonneurs, à cause des chances plus nombreuses d'être atteiols par la foudre que courent les clochers et les autres édiCces élevés. Afin de protéger les sonneurs, on pourrait remplacer la partie de la corde qui est voisine de la cloche, ou celle que tiennent les sonneurs, par une corde de soie, ainsi que le proposait Needham.
§ IL — Canonnade. — On a affirmé que les décharges de l'artillerie, en communiquant à l'air un ébranlement considérable pouvaient dissiper les nuées orageuses et prévenir la chute de la foudre.
M. de Jaucourt mentionne cette opinion comme très-répandue parmi les militaires (2).
M. J.-Â. Clos (3) dit que pendant une période de 43 années pour le pays de plaine de Revel et la partie adjacente de la Montagne noire, l'année la moins orageuse a été celle de 1814. < Or, ajoute-t-il, en considérant que c'est la seule » année où notre province ait été le théâtre de la guerre et p de ces grands événements qui se terminèrent par la mémo- » rable bataille de Toulouse, je me suis demandé si cette cir- » constance n'aurait point influé sur les qualités atmosphé- » riques de l'air et diminué l'aptitude que les corps qui y » sont suspendus ont .à contracter un état électrique d'une » grande intensité... t Cet auteur fait ensuite remarquer qu'il y eut un grand nombre de combats livrés coup sur coup, et que probablement il y a une influence préventive réelle des décharges d'artillerie fréquemment répétées sur la formation des orages (4).
Le comte de Forbin rapporte, à la date de 1680 :
< Pendant le séjour que nous fîmes sur ces côtes (celles
(I) Voir Arago, Notice, p. 647.
(i) Article Orage, l'* Eneifelopédie (1700); et Arago, iVoftct, p. 834.
(3) M. J.-A. Clos, ÉiMdêi tur la méiêorologi» du paift Tonloumm.
(4) ilfin. météor. de Fr., p. 159-160 (1889).