‹ De la foudreChapitre 150 sur 174 · MOYENS DIVERS DE PROTÉGER UNE CONTRÉE · texte numérisé non relu

MOYENS DIVERS DE PROTÉGER UNE CONTRÉE

» voisines de Garlhagène des Indes), il se formait journelle-* » ment, sur les quatre heures du soir, des orages mêlés d'é«

> clairs, et qui, suivis de tonnerre épouvantable, faisaient

> toujours quelques ravages dans la ville où ils venaient se * décharger. Le comte d'Estrées, à qui ces côtes n'étaient

> pas inconnues, et qui, dans ses diiTérents voyages d'Âmé- » rique, avait été exposé plus d'une fois à ces sortes d'oura-

> gans, avait trouvé le secret de les dissiper en tirant des B coups de canon. 11 se servit de son remède ordinaire contre I ceux-ci : de quoi les Espagnols s'élant aperçu et ayant

> remarqué que, dès la seconde ou troisième décharge, To-

> rage était entièrement dissipé, frappés de ce prodige et

> ne sachant à quoi l'attribuer, ils en témoignèrent une sur- » prise mêlée de frayeur » (1).

Le marquis de Chevriers, ancien officier de marine, établit, dans la commune de Yaurenard (Maçonnais), l'usage de combattre la grêle par des détonations d^artillerie. C'était en 1769, et depuis celte époque de nombreuses communes sont munies de canons et de mortiers destinés à prévenir les effets destructeurs des orages sur les vignes.

Il parait qu'aux environs de Blois cet usage s'est aussi établi (2).

S'il faut en croire quelques auteurs, les détonations de boites et de petits canons^ auraient elles-mêmes le pouvoir de dissiper les orages. Ainsi, l'abbé Richard rapporte qu'en 1769, de violents orages assaillirent le comté de Ghamb, en Bavière, que les campagnes furent ravagées, excepté cependant celles dont les habitants avaient introduit l'usage de faire, aux premiers coups de tonnerre qui se font entendre, des décharges multiples de boites et de petits canons (3).

Certes, aucun des faits qui précèdent ne démontre posilivement, à notre avis, que le bruit du canon ait dissipé des orages, et en voici plusieurs autres, plus faciles à observer et à apprécier, qui établissent d'une manière incontestable que de vives et continuelles décharges d'artillerie, que des

(1) Mèm. du eanUe de Forhin, 1. 1, p. 89 (1680).

(8) Ango, Notice, p. 836.

(3) Richard, Hisi. de l'air, t. VIII.

Sestibi II — 3S

546 PARATON NËKHËS. DIVERS

milliers de détonations dans des combats sur terre ou sur mer, n'ont pas empêché des orages de naître et d'éclater.

Le docteur Renauldin (1) dit que se trouvant à l'armée, dans sa jeunesse, un combat s'engagea entre les troupes fraocaises et celles de l'ennemi ; au moment où le canon grondait des deux côtés, un violent orage se forma ; le bruit du tonnerre se mêlait au bruit du canon, ce qui produisait des explosions multiples d'une effrayante intensité, surtout lorsqu'elles avaient lieu simultanément. L'orage n'en parcourut pas moins ses périodes ordinaires d'augmentation et de décroissement, sans avoir paru aucunement abrégé ou modifié par les foudres de guerre qui partaient des deux points opposés.

Rappelons le violent orage qui éclata sur Paris, pen«lant l'une des journées de juin 1348, vers une heure de l'aprèsmidi, et l'orage mémorable qui survint sur la fin de la bataiilf de Solferino. Il parait qu'il en fut de même après la bataille de Dresde (2).

Les faits suivants ont été recueillis sur la mer ou sur son littoral.

Malgré les nombreuses bordées qu'il lâchait dans un combat, le navire la Guerrière eut son grand mât en partie détruit par la foudre.

Le 17 juin 1793, le Duke, de 90, fut gravement endommagé par la foudre, pendant une attaque dirigée contre la Martinique, sous le feu d'une batterie ennemie.

a Le 25 août 1806, dit Arago, était le jour qu'on avait T> choisi pour l'attaque de Tile et la forteresse de Dannholm. » près de Slralsund ; le général Fririon, afin d'occuper e( » de fatiguer la garnison suédoise, la fit canonner toute la > journée. Malgré les vives et continuelles décharges d'ar- » tillerie, un violent orage éclata sur les neuf heures du » soir. »

En septembre 1711, l'escadre de Duguay-Trouin assiégea et prit Rio-Janeiro. Du 12 au 29, ce fut une canonnade con-

(1) But, d£ rAcad, de médecine, t. X, p. »63.

(2) La Preste du% août 18:^.

Page 1