‹ De la foudreChapitre 162 sur 174 · PARATONNERRE ACTUEL A TIGE POINTUE · texte numérisé non relu

PARATONNERRE ACTUEL A TIGE POINTUE

Emplaeemêni du eonduet&ur. — Le Conducteur restera libre dans son trajet et ne sera jamais placé ni surtout serré ott comprimé entre des corps mauvais conducteurs, la pierre, par exemple. Rappelons qu'à Sainte-Bride, les dégftts ocoasionués par la foudre furent surtout observés dans les pointa où le conducteur offrait cette disposition vicieuse. Rappelons aussi l'expérience suivante de Franklin : les filets de feuille d'or sur la couverture d'un livre conduisirent la charge de cinq grandes bouteilles, tandis qu'une masse d'or beaucoup plus considérable» mais enfermée et fortement pressée entre deux plaques de verre épais, ne put conduire la cinquième partie de la même charge sans être fondue et sans que le verre fût réduit en mille fl^agments.

Nombre des tiges^ des conducteurs. — En général, chaque paire de tiges exige un conducteur particulier ; trois tiges exigent deux conducteurs. Ordinairement une seule tige n'est munie que d'un seul conducteur ; cependant M. Imhoff conseille, pour les clochers surtout, de lui donner deux con« docteurs, pour diviser la foudre immédiatement après le premier choc. Nous pouvons citer à l'appui de ce conseil le cloclier très-élevé de Saint-Martin, à Landshut, qui fut ainsi armé d'une tige et de deux conducteurs et reçut 22 coups sans éprouver le moindre dégât ; et cependant la corde métallique qui formait les conducteurs était de petit diamètre.

Pour garantir une grande étendue de bâtiments il est né-cessaire de multiplier les conducteurs (Harris).

Lorsque les localités le permettent, on place les conducteurs sur les murs des bâtiments qui font face au côté d'où viennent le plus fréquemment les orages.

Direction des conducteurs. — Il est important d'éviter de donner aux conducteurs de trop fortes courbures, soit aux corniches, soit dans le voisinage du sol. Cette recommandation est d'autant plus importante à observer que le conducteur est plus long et son diamètre moins considérable. D'ailleurs il faut toujours tendre à faire arriver la foudre dans le sol par le plus court chemin possible.

Le conducteur doit-il être horizontalement prolongé hors de terre ? — La résistance à ia transmission de la matière fulmi-

nique étant d'autant plus considérable que le conducteur est plus long, il importe de diriger celui-ci vers le sol par le plus court chemin possible. Il serait nuisible de le prolonger horizontalement et de le soutenir hors de terre avant d'enfoncer son pied dans le sol ou dans Teau. Si cependant, imr suite de quelque circonstance particulière et exceptionnelle» on croit utile de donner au conducteur cette disposition, il faudra, suivant le conseil de Gay-Lussac, employer pour supports des barres de fer qui descendront jusqu'à l"', 5 à 2 mètres de profondeur, et faciliteront la diffusion de l'électricité à travers le soK Ces barres deviendront des conducteurs accessoires.

Nature du métal à employer pour les conducteurs. — Le cuivre rouge, le laiton et le fer sont les métaux généralement employés pour les conducteurs en barres ou en câbles.

Le cuivre rouge est meilleur conducteur que le laiton, il dure aussi plus à l'air et dans l'eau, et il lui serait toujours préférable s'il n'était pas beaucoup plus cher. Le laiton a l'inconvénient de se briser facilement sous la décharge électrique. Les conducteurs en corde du Louvre sont en laiton.

Le cuivre rouge se recouvre, il est vrai, d'une petite couche d'oxyde, mais cette couche est très-mince et préserve les parties sous-jacentes, comme le prouvent divers ustensiles trouvés dans des monuments anciens. En cela, le cuivre et le laiton ont de la supériorité sur le fer, qui peut être entièrement transformé par la rouille et perdre toute sa valeur intrinsèque. Le cuivre et le laiton, le premier surtout, sont meilleurs conducteurs que le fer ; aussi, quoique plus fusibles que lui, ils peuvent être employés en dimensions plus réduites, avec une section trois fois plus petite ; le conducteur charge alors beaucoup moins les toits et les murs.

B. Cook (1) recommande l'emploi d'un alliage de cukre ou de laiton avec du fer.

Quant au plomb, il est, suivant M. Pouillet, le plus mauvais métal que l'on puisse employer comme conducteur de paratonnerre, parce qu'il est trop fusible et trop mauvais conduc-

. (1) NUhoUan, Journ., t. XXIX, p. 308 (1811).

PARATOiNNERRfi ACTUEL A TIGE POINTUE 589

leur de réleclricité. Reimarus cependant dit en avoir utilement usé pour les conducteurs en plaques, et M. Porro le vante pour les conducteurs sous forme de tubes.

Conducteur en corde métallique, — De Saussure, qui l'un des premiers conseilla de renoplacer les barres ou les tringles par des fils de cuivre^ prenait trois de ces fils, chacun de la grosseur d'une plume à écrire, qu'il tordait en corde. S'ils n'étaient pas assez longs, il les soudait à leurs extrémités.

En 1777, Epp publia une instruction sur cette espèce de conducteur qui fut plus particulièrement adoptée en Bavière, mais plusieurs cas de rupture démontrèrent que la corde en Imton, telle qu'on l'employait alors, n'était pas assez puissante. Telin reconnut que 10 pieds de celte corde devaient peser au minimum une livre de Bavière. Il préférait d'ailleurs, à poids égal, plusieurs fils à deux ou trois gros fils, parce qu'il est presque impossible qu'un gros fils ne présente pas quelque défaut à l'intérieur, tandis qu'avec plusieurs fils plus petits, le défaut de l'un est généralement annulé par l'état sain de Tautre. Le même auteur remarqueque ces fils sont généralement trop fortement tordus, cette disposition diminue la résistance de la corde ; aussi oonseille-t-il de ne les tordre que jusqu'au point d'en former un tout.

Le professeur Meunier a proposé, pour la flèche de la cathédrale de Strasbourg, une corde formée de fih de laiton de deux à trois millimètres d'épaisseur, réunis en nombre suffisant pour former une corde de t centimètres d'épaisseur.

Le professeur Giorgi préfère les conducteurs en cuivre : son faisceau conducteur est formé de quatre petites cordes constituées elles-mêmes par quatre ficelles formées de quatre fils de cuivre d'un millimètre de diamètre.

L'instruction de l'Académie des sciences conseille cinq fils de fer pour un toron, et quatre de ces torons pour former la corde : celle-ci doit avoir 16 à 18 millimètres. Elle est soutenue à l'aide d'anneaux, goudronnée sur toute sa longueur, et quand elle est parvenue à deux mètres du sol, on la réunit à une barre en fer à laquelle on la soude, car dans le sol la corde serait promptement détruite.

La même instruction porte que l'on peut former la corde au

moyen de fil de cuivre rouge ou de laiton, et ne donner alors que 16 millimètres de diamètre.

L'installation des cordes est plus facile que celle des barres, elles se prêtent mieux à la forme des édifices» ne donnent pas d'angles brusques, elles offrent enfin une plus granâe surface au fluide fulminique.

Mais nous avons signalé déjà ^juelques exemples où, soH par vice de construction* sloit par un défaut provenant d'une trop forte torsion, on a vu la foudre ne suivre que quelques fils de la corde, et trouver un écoulement difDcile dans le sol. Aussi la commission de l'Institut a-t-elle préféré les barres aux cordes dans la généralité des cas. Un fait récent vieot de démontrer la supériorité des barres sur les cordes : b corde de laiton qui servait de conducteur au paratonnerre de la cathédrale de Fribourg fut fondue par ta foudre eo mai 1862(1).

De l'isolement du conducteur. — Plusieurs auteurs ont recommandé d'isoler le conducteur : des pièces de bois dur saturées d'huile et desséchées au four (Vassalli), des crampons de bois (Oimsted), des goulots de bouteilles (Willox)» des tenotf en forme de main garnis intérieurement de cristal (Meunier), ont été proposés pour isoler le conducteur des murailles et des objets métalliques dans le voisinage desquels il passait*

Yarney a proposé de renfermer le conducteur depuis le toit jusqu'au soi dans un tuyau de bois.

Mais des observations nombreuses, faites par des pe^ sonnes bien compétentes, ont démontré que la foudre ne quittait jamais un conducteur bien installé pour ae jeter sur les corps voisins, et qu'on pouvait en toute sécurité employer des crampons de fer pour fixer ou soutenir le conducteur.

Bien plus, il faut faire communiquer avec le oonductear toutes les pièces métalliques de la tmture, de manière à les mettre en communication avec le sol. Des bandes de fer, de cuivre, peuvent servir à établir cette solidarité daos leosemble des pièces métalliques de l'édifice.

(1) Comfrfijrreitdiu, t. LV, p. 444 (4862).

PARATONNERRE ACTCEL A tiGB POINTUE 891

Mais il est bon cependant d'éviter de faire passer le condacteur trop près des horloges, des orgues, ou des pièces métalliques que le fluide électrique pourrait altérer sans profit pour la protection de Tédifice.

§ lY. — Pied du paratonnerre. — Le pied du oon* ducteur doit communiquer largement avec le réservoir commun.

Reimarus , et plusieurs autres physiciens » considérant qu'un nuage orageux attire, à la surface du sol, une électrî'^ citéide nom contraire à la sienne, conseillent de mettre le pied du conducteur au contact seulement de la surface du soi.

L'Académie des sciences, au lieu de le faire pénétrer de plusieurs mètres dans la profondeur du sol, a proposé, en 185S^ de le terminer en deux branches, l'une verticale, l'autre horizontale. En effet, quand un sol est sablonneux, sa surface înouillée parla pluie dès le commencement de l'orage devient on excellent conducteur, et peut aider beaucoup à l'écoulé^ meDt du fluide électrique. M. Olmsted (1) avait déjà proposé d'adapter à Torigine de la branche perpendiculaire des pointes de décharge, ou une corde en fil de fer qui s'étendait sur la surface du sol.

Une vaste nappe d'eau, courante ou dormante, est le meilleur aboutissant d'un conducteur. Pans la plupart des localités, il est d'usage de creuser un puits profond dans lequel on fait plonger le conducteur, ou de profiter du voisinage de quelque puits pour y faire arriver le pied du oon* ducteur. Il faut veiller à ce que le puits ne tarisse jamais.

On peut avoir recours à un puits perdu ou puisard destiné aux eaux des maisons et des ruisseaux, mais il faut se défier des citernes dallées, étanches, qui ne permettent pas une communication libre avec la masse du soi. Il faut pareille-* ment éviter les fosses d'aisance, les canaux souterrains en pierres ou en briques.

Si le terrain est solide, ou tellement sec qu'on ne puisse

(\) Proeeedingt of the Americ. Attoe., p. 3 (1850).

pas compter sur un écoulement facile , on a recours à d'autres procédés. Guden place le pied du conducteur dans un tuyau de bois qui commence en haut par un entonooir dans lequel la pluie peut pénétrer, et par lequel on peut verser de l'eau à l'approche d'un orage; on peut y faire arriver l'eau des toits voisins.

En 1790, Robert Patterson proposa d'entourer le pied du paratonnerre de braise de boulanger qui empêche le fer de rouiller et conduit parfaitement l'électricité. Le coke pulvérisé peut remplacer la braise de boulanger.

Il faut éviter un sol pyriteux qui altère rapidement les conducteurs, et lui substituer de la terre glaise et de la braise de boulanger.

II faut multiplier les points d'écoulement dans le sol en donnant une grande longueur au pied du conducteur, en le ramifiant ou en le mettant en contact de grandes masses noétalliques souterraines.

Enfln, il est prudent d'éloigner l'extrémité du conducteur des fondations des édifices, car si la conductibilité du sol est insuffisante, Texpiosion pourrait les ébranler.

MM. Quételet et Duprez, de l'Académie de Belgique, rega^ dent comme dangereuse la proposition de M. Jaspar de Liège, de terminer les conducteurs des paratonnerres aux conduites de gaz et d'eau.

Pour préserver 1q conducteur dans son passage sous terre, c'est-à-dire du pied de l'édifice au puits, au lieu d'un puits en maçonnerie, M. Sacré fait usage d'un tuyau de (bote intimement relié au conducteur qu'il enveloppe au moyen d'un collet qui se visse sur lui et qui ferme hermétiquemeot le tuyau rempli préalablement de charbon bien calciné. Il termine son conducteur par une plaque métallique dans lequel il est vissé; si le conducteur peut ôtre plongé dans un puitSi c'est une plaque de fonte de 60 à 80 décimètres carrés qu'il enfonce dans la terre au fond du puits; et si le codductcur doit simplement se terminer dans la terre humide, il le termine par un cylindre en cuivre rouge, présentant unt* surface de contact de 1 à 2 mètres, suivant la nature à terrain.

Page 1