‹ De la FranceChapitre 1 sur 21 · RUE AUBER · texte numérisé non relu

RUE AUBER

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Il y a quoique chose de plus remarquable peut-être «nje l'étendue de l'intelligence, la richesse et la hauteur de l'esprit, c'est la force de l'àme, cette puissance qui élève parfois l'être humain au-dessus des douleurs et des épreuves de la vie, et qui , lui donnant à la fois un calme et un courage d'une rare grandeur, le met à même dans ce cas de tenir en échec, non-seulement toute souffrance, mais la mort elle-rnème. C'est le spectacle qu'ont donné les dernières années du poëte éminent qui a écrit ce livre.

Jusqu'au dernier moment, je pourrais presque dire jusqu'à la dernière heure, il a lutté contre le mal capricieux et terrible qui lui avait déjà infligé une agonie de huit années. 11 revoyait les livres anciens, il créait les nouveaux; puis, pour se délasser de tant de fatigues, il laissait tomber de sa plume, ou pour parler plus exactement, de son crayon, quelques-uns de ces chants qu'on dirait inspirés par un effet de l'émulation de l& muse tudesque et de l'esprit gaulois.

Aussi quand, par ie fait d'un sentiment de confiance dont

je me sens très-hondré , je fus chargé de recueillir toutes ces richesses littéraires, de les classer, de les compulser avec soin et d'en faire part au public, je n'éprouvai aucune surprise en- trouvant, à côté de poésies inédites, un exemplaire de la Fiance corrigé de la main de l'illustre mourant. Le poète qui sentait sa fin approcher avait eu assez de sang-froid, d'empire sur soi-même et de laborieuse intrépidité pour parcourir d'un bout à l'autre cette œuvre, qui date des premières années de son séjour en France. Il y avait introduit quelques changements, fait quelques suppressions, ajouté de nouveaux passages. En un mot, il avait préparé une édition nouvelle, et il semble que la mort ait attendu qu'il eût fini son travail pour réclamer sa haute proie.

Mon premier soin, on le conçoit, est de poursuivre pieusement l'idée d'Henri Heine et de présenter au public un livre qu'il lui avait destiné lui-même. J'y ai joint quelques lettres écrites en 1838 à M. Auguste Lewald, directeur de la Revue théâtrale à Stuttgart. Ces lettres , rédigées primitivement en allemand, furent traduites en français et publiées par le poète dans la Revue du dix-neuvième siècle, recueil qui s'imprimait alors à Paris. Henri Heine voulait les joindre au livre de la France, et je ne fais à cet égard que suivre sa pensée en les faisant imprimer de nouveau corrigées comme elles l'ont été par l'auteur. Quant à la place qu'elles occupent, j'ai cru devoir la leur donner et les mettre à Id suite des lettres adressées en 4832 à la Gazette universelle d'Augsbourg, d'abord parce qu'elles leur sont postérieures,

suite parce qu'elles forment, à mon avis, comme une sorte de post-script uni de ce que l'illustre auteur de Lutèce avait déjà écrit sur la France.

Je n'ajoute plus rien. Ce n'esi pas à moi, c'est au public qu'il appartient d'apprécier un livre du genre do celui que je mets sous ses yeux. C'est à lui sur tout qu'il convient do confirmer le jugement, si éclairé et si flatteur, qu'il en a déjà porté plusieurs fois. Puisse seulement mon intervention, si faible qu'elle soit, avoir pour résultat de lui procurer un nouveau plaisir et d'attirer une fois de plus sur une mémoire si chère et si honorée l'attention bienveillante , la sympathie respectueuse de tous ceux dont le cœur et l'esprit sont sensibles aux œuvres du génie 1

HENRI JULUr

Fttts, le 18 juillet 1Ô56.

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