‹ De la FranceChapitre 2 sur 21 · L'ÉDITION ALLEMANDE · texte numérisé non relu

L'ÉDITION ALLEMANDE

« Ceux qui savent lire remarqueront bien d'eux-mêmes dans ce livre que les plus grands défauts ne m'en peuvent être imputés, et ceux qui ne savent pas lire ne remarqueront rien du tout. » Ce simple syllogisme, dont le vieux Scarron a fait précéder son Roman comique, je pourrais aussi ie mettre en tètf- de ces pages plus sérieuses.

Je publie ici une série d'articles et de bulletins quotidiens que j'ai écrits pour la Gazette universelle cfJngsbourg , selon les exigences du moment, au milieu de circonstances orageuses de toute sorte, dans un but facile à deviner et sous le bon plaisir de restrictions qu'on devinera mieux encore. Je suis obligé de publier et de resserrer en forme de livre, et sous mon nom, ces feuilles anonymes et légères, son qu'aucun autre, comme j'en ai été menacé, ne les réunisse à sa guise, ne les mutile selon son caprice, ou n'y mêle des produits étrangers qu'on m'attribuerait à tort.

Je proute de cette occasion pour déclarer de la manière la plus positive que, depuis deux ans, je n'ai pas fait imprimer une seule ligne dans un journal politique allemand autre que

la Gazette tfJagsbourg. Celle-ci, qui mérite si bien l'autorité si réputée dont elle jouit, et qu'on pourrait nommer la Gazette universelle de l 'Europe, m'a paru, en raison de cette autorité et de son immense débit, la feuille la plus .aite pour des articles qui n'avaient en vue que la connaissance du présent. Si nous arrivons à ce point, que la grande masse comprenne le présent , les peuples ne se laisseront plus exciter à la haine et à la guerre par les écrivains servîtes de l'aristocratie; la grande confédération des peuples, la sainte-alliance des nations se formera ; nous ne serons plus forcés, par défiance mutuelle, de nourrir des armées permanentes de meurtriers au nombre de quelques centaines de mille; nous utiliserons au profit de l'agriculture leurs glaives et leurs chevaux , et nous aurons enfin paix , aisance et liberté. Ma vie restera consacrée à cette mission : c'est mon emploi à moi. La haine de mes ennemis peut servir de garant que j'ai rempli jusqu'à -ce jour cet emploi fidèlement et avec honneur. Je me montrerai toujours digne de cette haine. Mes ennemis ne prendront pas le change, lors môme que mes amis, au milieu du tumulte des passions, en viendraient à tenir pour tiédeur mon calme raisonné. Sans doute ceux-ci me méconnaîtront moins aujourd'hui que naguère , alors qu'ils croyaient toucher au but de leurs vœux et que l'espérance de la victoire enflait leurs voiles. Je ne pris aucune part à leurs folles illusions, mais j'en prendrai toujours à leur malheur. Je ne rentrerai point dans ma patrie, tant qu'un seul de ces nobles fugitifs, qu'un enthousiasme trop sublime a empêchés d'écouter la raison, languira sur la terre étrangère et dans l'affliction. Je mendierais une croûte do pain auprès du Français le plus pauvre, plutôt que fo prendre du service sous ces orgueilleux protecteurs, dans la patrie allemande, ces hommes qui tiennent la modération de la força pour lâcheté, ou même pour un prélude de transition au servilisme, et Gwsidèreuîi notre plus bello

voit u, la foi aux nobles sentiments d'un adversaire, comme une stupidité héréditaire chez la race plébéienne. Je ne rougirai jamais d'avoir été trompé par ceux qui faisaient luire à nos yeux de si belles espérances. « Comme tout devait s'arranger entre eux et nous de la manière la pins aimable ; comme nous devions gardor une aimable modération, afin que les concessions ne fussent pas forcées et partant stériles; comme ils voyaient bien eux-mêmes qu'on no pouvait sans danger nous retenir plus longtemps notre liberté!... » Oui, nous avons été dupes encore une fois, et nous devons avouer que le mensonge a de nouveau remporté une grande victoire et moissonné de nouveaux lauriers. Dans le fait, nous sommes les vaincus; et depuis que la fourberie héroïque a été officiellement publiée, depuis la promulgation des déplorables résolutions de la diète germanique en date du 28 juin, notre cœur se noie dans l'affliction et dans la colère.

Malheureuse patrie! quelle honte t'est réservée si tu supportes cet outrage! Que de douleurs, situ ne le sup* portes pas !

Jamais peuple n'a été insulté plus cruellement par les hommes du pouvoir. Ce n'est pas seulement parce que ces ordonnances de la diète présupposaient que nous trouverions tout pour le mieux; mais on voudrait absolument nous faire croire que nous n'avons éprouvé en cela ni tort ni préjudice. Mais si vous avez pu attendre avec confiance de notre part une soumission servile, vous n'aviez pas du moins le droit de nous prendre pour des imbéciles. Une poignée de gentillàtres, qui n'ont rien appris qu'un peu de maquignonnago, de coups de volte dans les jeux de cartes, de tours de gobelets, ou quelque autre misérable métier de fripons, à l'aide duquel on peut au plus ébahir les paysans dans les foires, s'imaginent pouvoir éblouir tout un peuple, bien plus le peuple qui a inventé la poudre et l'imprimerie, et la critique

PRKFAf.E.

de la raison pure. Cet affront immérité , de nous avoir supposés plus sots que vous ne l'êtes vous-mêmes, de vous être figuré que vous pouviez nous tromper, c'est là l'affront le plus offensant que vous nous ayez fait en présence des peuples qui nous contemplaient et qui attendent avec impatience ce que nous ferons. Il n'est plus seulement question de la liberté, disent-ils; il s'agit aujourd'hui de l'honneur.

Je ne veux pas inculper les princes constitutionnels allemands; je connais l'embarras de leur situation: je sais qu'ils languissent dans les chaînes de leurs petites camarillas et ne peuvent être responsables. Et puis, ils ont aussi été embauchés, à l'aide de contraintes de toute espèce, par l'Autriche et par la Prusse. Nous n'avons pas l'intention de les injurier, mais bien de les plaindre. Tôt ou tard, ils recueilleront les fruits les plus amers de la mauvaise semence. Les insensés ! ils sont encore jaloux les uns des autres, et pendant que tout œil clairvoyant entrevoit qu'ils seront à la fin médiatisés par l'Autriche et par la Prusse, toutes leurs idées, tous leurs efforts ne tendent qu'aux moyens d'arracher au voisin une parcelle de son petit territoire: semblables, en vérité, à ces voleurs qui, pendant qu'on les mène pendre, se dévalisent encore les uns les autres.

Nous ne pouvons accuser sans réserve, à raison des hauts faits de la diète germanique, que les deux puissances absolues, l'Autriche et la Prusse. Je ne saurais préciser quelle part de reconnaissance chacune d'elles peut réclamer do nous. Il me semble cependant que l'Autriche a su de nouveau reporter sur les épaules de son sage confédéré tout l'odieux de ces actes éclatants. Au fait, nous pouvons combattre contre l'Autriche, hii livrer hardiment un combat à mort, et le glaive à la main; mais nous sentons dans le fond du cœur que nous ne sommes pas fondés à insulter cette puissance avec der paroles offensantes. L'Autriche a toujours été un ennemi franc et loyal, qui n'a jamais nié ni

même suspendu un seul instant sa lutte contre le libéralisme. Metternich n'a jamais fait les doux yeux à la déesse de la liberté ; jamais, dans l'inquiétude de son cœur, joué le démagogue -, jamais chanté Tes chansons d'Anidt, en buvant la bière branche du Brandebourg; sauté a^ec Jahn des sauts gymnastico-patriotiques sur la Haasenheide; il n'a fait jamais de la bigoterie piétiste; il n'a jamais pleuré sur les détenus des forteresses , pendant qu'il les y tenait à la chaîne. On a toujours su ce qu'il pensait à cet égard, toujours su qu'il fallait se garder de lui, et l'on s'en est fort bien gardé. C'a toujours été un homme sûr, qui ne nous a jamais trompés par de gracieuses œillades, ni révolté par des malices privées. On savait qu'il n'agissait ni par amour, ni par haine mesquine, mais grandement, et dans l'esprit d'un système auquel l'Autriche est demeurée fidèle depuis trois siècles. C'est le même système pour lequel l'Autriche a combattu contre la Réforme, le même pour lequel elle a engagé la lutte avec la révolution. Pour ce système ont combattu non pas seulement les hommes, mais encore les femmes de la maison Je Habsbourg. C'est pour le maintien de ce système que Marie-Antoinette livra le combat le plus hardi dans les Tuileries ; pour ce système que Marie-Louise qui, déclarée régente, aurait dû combattre pour son mari et pour son fils, s'en abstint dans ce même palais des Tuileries, et déposa les armes; pour ce système que l'empereur François a renié les sentiments les plus chers, et supporté d'indicibles souffrances de cœur; il porte encore en ce moment le deuil de son petit-fils chéri qu'il a immolé à ce système : cette nouvelle douleur a bien courbé la tête blanchie

qui porta jadis la couronne impériale d'Allemagne Ce

pauvre empereur en deuil est encore aujourd'hui le véritable représentant de l'Allemagne malheureuse !

Pour la Prusse , nous en devons parler sur un autre ton. Nous ne sommes du moins arrêtés ici par aucune piété

iO PRÉFACE.

pour la sainteté d'une tête impériale d'^ifomagne. Que les savants valets des bords de la Sprée rêveH un grand empereur des Bcrussiens et proclament l'hégémonie et la magnifique et protectrice suzeraineté de la I* usse, à la bonne heure! Mais jusqu'à présent, la couronne de Carolus Magnus est suspendue trop haut , et les o iigts crochus des Hohenzollern pourraient bien ne pas réussir encore à la faire descendre jusqu'à eux et à l'ajouter clans leur escarcelle à leur précédent butin de tant de joyacx saxons et polonais. Oui , la couronne de Charlemagne est encore trop haut, et je doute qu'elle descende jamais sur la tète badine de ce prince engoué de moyen ôge, auquel ses barons rendent déjà, et par avance, hommage, comme au futur restaurateur de la chevalerie. Je crois plutôt que S. A. R. le prince royal de Prusse ne sera, au lieu d'un continuateur de Charles le Grand, qu'un continuateur de Charles X et de Charles de Brunswick.

Il est vrai que , naguère encore , beaucoup d'amis de la patrie ont souhaité l'agrandissement de la Prusse, et espéré voir dans ses rois les chefs d'une' Allemagne une et indivisible; qu'on a su amorcer le patriotisme, et qu'il y a eu un libéralisme de Prusse, et que les amis de la liberté tournaient déjà des regards confiants vers les tilleuls de Berlin. Pour moi, je n'ai jamais voulu consentir à partager cette confiance. J'observais bien plutôt avec inquiétude cet aigle prussien, et pendant que d'autres vantaient sa hardiesse à regarder le soleil , moi je n'étais que plus attentif à ses serres. Je ne pouvais me fier à cette Prusse, à ce bigot et îong héros en guêtres, glouton, vantard, avec son bâton de caporal qu'il trempe dans l'eau bénite avant de frapper. Elle me déplaisait, cette nature à la fois philosophe, chrétienne et soldatesque, cette mixture de bière blanche, de mensonge et de sable de Brandebourg. Elle me répugnait, irais ai plus haut degré, cette Prusse hypocrite, avec

FRÉFACE. Il

semblants de sainteté , co Tartuffe entre les Étals. : quand Varsovie tomba, tomba aussi le tendre ot v manteau dont la Prusse avait si bien su se draper, ot plus myopes aperçurent l'armure do for du despotisme était restée cachée. Cette salutaire révélation, c'est au malheur des Polonais quo l'Allemagne en a été redevable.

Les Polonais!... Le sang tremble dans mes veines quand j'écris ce mot, quand je pense à la conduite que la Prusse h tenue vis-à-vis de ces nobles enfants du malheur, combien elle s'est montrée lâche, petite, assassine! L'historien, ému d'horreur, ne trouvera pas de paroles s'il veut raconter ce qui s'est passé à Fischau ; c'est plutôt au bourreau à écrire ces déshonorants hauts faits.

— J'entends déjà le fer rouge siffler sur le maigre dos de la Prusse. —

J'ai lu naguère, dans la Gazette aVAugsbourg, que le conseiller intime Frédéric de Raumer, qui s'est acquis dernièrement la réputation d'un révolutionnaire de S. M. le roi de Prusse, en se révoltant, comme membre de la commission de censure, contre une rigueur trop oppressive, venait d'être chargé de justifier les procédés du gouvernement prussien à l'égard de la Pologne. L'écrit est achevé, et l'auteur a déjà reçu pour sa peine ses 200 thalers sonnants. Cependant, j'apprends qu'il n'a pas paru à la camarilla de Brandebourg écrit d'une manière assez servile. Quelque peu important que paraisse ce fait, il l'est pourtant assez pour caractériser l'esprit des hommes du pouvoir et la position de leurs subordonnés. Je connais pai hasard le pauvre Frédéric de Raumer; je l'ai vu quelquefois se promener sous les tilleuls avec sa petite capote gris-bieu et sa petite casquette bleugris. Je le vis une fois en chaire, traitant le sujet de la

mort de Louis XVI et versant à cette occasion quelques larmes officielles d'un fidèle fonctionnaire de S. M. le roi de Prusse; puis j'ai lu, dans un Almanach des Dames, son histoire des Uohenstaufen ; je connais aussi ses J°ttres de Paris, où \\ communique à madame Crelinger, 1* actrice, et à son mari , ses idées sur la politique et le théâtre en France. C'est un homme tout à fait paisible , qui fait queue avec tranquillité. C'est le meilleur parmi les écrivains médiocres; et puis, il ne manque pas de sel, et il a une certaine érudition extérieure, qui ne le fait pas mal ressembler à un vieux hareng sec enveloppé chez la beurrière dans le papier d'un bouquin scientifique. Je le répète, c'est la créature la plus pacifique , la plus patiente, qui s'est toujours laissé paisiblement bâter par ses supérieurs, portant avec un trot obéissant son sac jusqu'au moulin académique eî ne s'arrètant que là où l'on faisait de la musique de Sébastien Bach. Jusqu'à quel degré d'infimité a-t-il donc fallu que descendit l'esprit d'oppression d'un gouvernement, puisqu'un Frédéric de Raumer lui-même en a £erdu patience , est devenu rétif, et n'a plus voulu trotter plus loin, et même a commencé à parler en langage d'homme? Aurait-il vu peut-être l'ange avec son glaive au milieu du chemin, tandis que les Balaam de Berlin, éblouis qu'ils sont, ne le voient pas encore ? Hélas ! ils ont donné des coups de pied à la pauvre créature, ils l'ont déchirée avec leurs éperons dorés et l'ont déjà battue jusqu'à trois fois. Mais le peuple des Borussiens (et Ton peut d'après cela juger sa position) a vanté son Frédéric de Raumer comme un Ajax de la liberté. Aujourd'hui te même révolutionnaire de S. M. prussienne vient d'être emplo^ é à écrire une apologie de la conduite du gouvernement dans l'affaire de Pologne et à réhabiliter dans l'opinion publique le cabinet de Berlin.

Cette Prusse! elle sait mettre tout à profit, môme ses révolutionnaires. Klle emploie des comparses de toute cou-

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leur pour sa comédie politique; elle utilise ses z.èbres aux raies tricolores. Elle a fait servir dans les derniers temps ses démagogues les plus fougueux à prêcher par le mondo que toute l'Allemagne devait devenir prussienne. Hegel lui-même c été obligé de démontrer comme rationnel le .stafu quo de la servitude; il a fallu que Schleïermaehcr protestât contre la liberté et recommandât le dévouement^ chrétien au bon plaisir de l'autorité. C'est chose infâme et révoltante que cette profanation de philosophes et de théologiens, par l'influence desquels on veut agir sur le peuple, et qu'on force à se déshonorer publiquement , à trahir la raison et Dieu. Que de beaux noms flétris! que de charmants talents desséchés dans le but le plus indigne! Qu'il était beau le nom d'Arndt avant que, par ordre supérieur, il écrivît ce pamphlet teigneux, où il frétille comme un chien, en l'honneur de l'ancien maître, et en vrai chien vandale, aboie après le soleil de juillet! 11 rendait un son bien honole le nom de Slaegemann : combien il est tombé bas depuis qu'il a écrit des poésies russes ! Puisse lui pardonner la muse dont le saint baiser avait consacré ses lèvres pour de meilleurs chants! Schleïermacher est devenu chevalier de l'aigle rouge de troisième classe ! C'était jadis un meilleur chevalier, et par lui-même un aigle, et il appartenait à la première classe. Mais ce ne sont pas seulement les grands, ce sont aussi les petits qu'on ruine de cette façon. Nous avons le pauvre Ranke, que le gouvernement prussien a fait voyager à ses frais : il avait un joli talent pour découper et coller d'un air pittoresque les Ufies à côté des autres de petites figurines historiques ; excellente âme, tendre comme de l'agneau aux navets de Teltow; homme innocent, que jo prendrai pour ami de la maison si jamais je me marie, et certainement libéral aussi. Ce pauvre garçon a été récemment obligé de faire, dans la Gazette d'État, une apologie des résolutions de la diète. D'autres stipendiés, que je ne

veux pas nommer, ont dû faire de même, et ce sont pourtant des libéraux.

Oh ! je les connais, ces jésuites du Nord ! Quiconque, par/ besoin ou par légèreté, a une fois accepté d'eux ia moindre chose, est perdu pour toujours. De même que l'enfer . n'abandonne plus Proserpine depuis qu'elle y a mangé un pépin de grenade, ainsi ces jésuites détiennent à tout jamais l'homme qui a reçu d'eux la plus chétive bagatelle, ne serait-ce qu'un pépin de la grenade d'or, ou pour parler prosaïquement, un simple louis; à peine lui permettent-ils, comme l'enfer à Proserpine, de remonter, l'espace d'une demi-année, sous le soleil de la terre ; pendant cette période, ces gens nous apparaissent comme des hommes de lumière, et prennent place parmi nous autres olympiens, et ils parlent et ils écrivent tout d'ambroisie libérale ; cependant, au temps prescrit, on les retrouve dans les ténèbres infernales, dans l'empire de l'obscurantisme, et ils écrivent des apologies prussiennes, des déclarations contre les journaux français, des projets de lois de censure, ou mieux encore, une justification des résolutions de la diète.

Ces résolutions, je veux dire celles de la diète, je ne puis m'abstenir d'en parler : ce n'est ni pour en réfuter les défenseurs, et moins encore pour en démontrer, comme on Va fait tant de fois, l'illégalité. Comme je sais très-bien par quelles gens a été fabriqué le document sur lequel s'appuient ces résolutions, je ne doute pas que cet acte, l'acte fédéral de Vienne, ne contienne les dispositions les plus légales au gré du premier caprice despotique venu. On a fait jusqu'à présent peu d'usage de ce chef-d'œuvre de la noble gentilhommerie, et le contenu en importait fort peu au peuple. Mais aujourd'hui qu'on l'a mis en son jour, ce chef- d'oeuvre, que les beautés particulières à ce travail , les ressorts secrets, les anneaux cachés auxquels peuvent être rivées toutes les chaînes, les fers pour les pieds, les colliers garnis,

les menottes , onfin tout ce travail si ingénieusement fini est à jour, chacun peut voir aujourd'hui que le peuple allemand, lorsqu'il a sacrifié en 1813 et 1814 ses biens eî çon sang pour ses princes et qu'il devait recevoir la récompense promise de la gratitude, a été trompé de la manière la plus impie, qu'on a joué avec nous un criminel jeu d'escamotage , et qu'au lieu de rédiger la grande charte de la liberté, on ne nous a expédié qu'un contrat d'esclavage.

En vertu de ma compétence académique, comme docteur en droit, je déclare solennellement qu'un tel acte, rédigé par des mandataires infidèles, est nul et de nulle valeur; de mon devoir, comme citoyen , je proteste contre toutes les conséquences que les résolutions de la diète du 28 juin ont tirées de ce document sans valeur; de la plénitude de mes pouvoirs, comme publiciste populaire , je m'élève contre les rédacteurs de cet acte, et je les accuse d'abus de la confiance du peuple; je les accuse du crime de lèse-nation ; je lés accuse de haute trahison envers le peuple allemand ; je les accuse !

Pauvre peuple ! pauvres Allemands! pendant que vous déposiez vos armes au retour des combats livrés pour vos princes, que vous enterriez vos frères tombés dans ces combats , que vous pansiez mutuellement vos fidèles blessures et que vous voyiez en souriant couler encore le sang de votre cœur aimant, si plein de joie et de confiance: de joie, à la vue de vos princes sauvés; de confiance, dans les sentiments les plus sacrés de la reconnaissance humaine : c'est alors que là-bas, à Vienne, dans les vieux antres de l'aristocratie, on forgeait l'acte fédéral !

Chose étrange! Le prince même qui devait le plus de reconnaissance à son peuple, qui, dans ces temps de dure nécessité , avait promis pour cette raison à ce peuple une constitution représentative, une constitution populaire, comme d'autres peuples libres en possèdent, promis noir sur blanc, dans les termes les plus exprès, ce même prince

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