‹ De la FranceChapitre 19 sur 21 · SCHNETZ · texte numérisé non relu

SCHNETZ

est un nom moins obscur. Pourtant je n'en parie pas avec autant de plaisir que du précédent. Les amateurs, qui avaient peut-être vu déjà de meilleurs ouvrages de Schnetz, lui assignaient un rang fort distingué, et je nt puis en conséquence lui refuser ici sa stalle réservée. Il peint bien; mais ce n'est pas, à mon avis, un grand peintre. Son grand tableau du salon de cette année , représentant des paysans italiens qui demandent à la Madone une guérison miraculeuse, a d'excellentes parties isolées; un jeune garçon pris de convulsions est surtout parfaitement dessiné; la partie technique révèle partout un homme habile , mais le tout est plus rédigé que peint; les figures sont mises en scène avec un air déclamatoire, et l'on y cherche en vain la contemplation intérieure , la pensée originelle et l'unité. Schnetz a besoin de beaucoup de moyens pour dire quelque chose, et ce qu'il dit est en grande partie superflu. Un grand artiste peut, à l'occasion, faire du

mauvais, tout comme un homme médiocre, mais ja-

mais rien de trop. Des efforts tendus, une volonté visiblement grande peuvent nous intéresser chez un artiste médiocre ; mais les résultats ne peuvent nous faire grand plaisir. C'est la sûreté avec laquelle plane 1^ génie qui nous plaît le plus dans son élévation; nous prenons plaisir à son vol hardi ; plus nous sommes convaincus de la force puissante de son aile, et plus notre âme confiante se laisse emporter avec lui dans les régions de la lumière la plus éclatante de l'art. Nous éprouvons tout le contraire avec ces génies d'opéra qui nous laissent voir les fils qui les guindent, de telle sorte qu'appréhendant à tout instant leur chute, nous ne regardons leur élévation qu'avec un sentiment de malaise et le cœur serré. Je ne dis pas que les fils à l'aide desquels Schnetz s'enlève sont trop menus, ou que son génie est trop lourd; je puis seulement assurer qu'au lieu d'élever mon âme , il la rabaisse au niveau de la terre.

Schnetz a, par la direction de ses études et par le choix de ses sujets, beaucoup d'analogie avec un peintre qu'on nomme souvent pour cette raison en même temps que lui, mais qui, dans l'exposition de cette année, a dépassé, non-seulement lui, Schnetz, mais tous ses confrères, à peu d'exceptions près.

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