DELAROCHE
Il esl le coryphée de l'école vouée à cette tâche. Cet artiste n'a pas de prédilection pour le passé en luimême, mais pour la représentation de ces temps, pour la reproduction de leur esprit, pour leur histoire écrite avec des couleurs. C'est le goût actuel de la plupart des peintres fiançais; le salon était rempli de scènes empruntées à l'histoire, et les noms de Devéria, Steuben et Johannot méritent une mention des plus distinguées.
Delaroche, grand peintre d'histoire, a mis à l'exposition de cette année quatre morceaux. Deux se rapportent à l'histoire de France, les deux autres à celle d'Angleterre. Les premiers sont de petite dimension , ce qu'on appelle des tableaux de chevalet, riches en figures pourtant et très-pittoresques. L'un représente le cardinal de Richelieu mourant, qui remonte le Rhône, de Tarascon à Lyon, dans une barque à laquelle est attaché un autre bateau, où sont Cinq-Mars et de Thiiu, que le cardinal conduit à Lyon pour les y faire décapiter. Deux bateaux qui se suivent ainsi , sont une conception peu favorable ; cependant elle a été
traitée ici avec beaucoup d'adresse. La couleur est brillante, presque éblouissante, et les figures semblent nager dans la pourpre dorée du soleil couchant. Cet éclat contraste d'autant plus avec le sort au-devant duquel vont les trois principauxpersonnages. Quelque variée, quelque riante que soit la décoration de ces deux barques, elles ne voguent pas moins vers le sombre royaume de la mort. Les rayons étincelants du soleil ne sont qu'un fanal d'adieu : c'est le soir ; il faut que lui-même disparaisse bientôt aussi : il n'a plus qu'à répandre sur la terre des teintes d'un rouge sanglant, puis tout rentrera dans la nuit.
Non moins brillant et d'un sens non moins tragique, nous apparaît Je pendant historique qui re/- ftjsente aussi les derniers jours d'un cardinal-ministre, de Mazarin. Il est étendu sur un superbe lit de parade, au milieu d'un entourage bariolé de joyeux courtisans et d'une somptueuse domesticité , lesquels babillent entre eux, jouent aux cartes, se promènent dans l'appartement; tous personnages aux couleurs chatoyantes, êtres superflus, très-superflus, surtout pour un homme qui va mourir. De charmants costumes, restes de ceux de la Fronde, non surchargés encore de rosettes d'or , de broderies , de rubans et
d'aiguillettes comme cela arriva plus tard avec le luxa de Louis XIV, quand les derniers chevaliers se changèrent en cavaliers ayant les entrées à la cour, tout h, fait à la façon de leur ancien glaive de bataille dont la lame s'amincissait chaque jour jusqu'à ce qu'elle fût devenue une absurde épée de parade. Les costumes du tableau dont je parle sont encore simples , le justaucorps et la gorgerette rappellent la guerre, premier métier de la noblesse ; les plumes mêmes des chapeaux semblent se dresser fièrement, et ne pas s'incliner à tous les vents de cour. La chevelure des hommes tombe encore en boucles naturelles sur leurs épaules ; les dames portent la spirituelle frisure h la Sévigné. Les habillements de celles-ci annoncent cependant déjà la transition au mauvais goût, à longue queue, à larges hanches de la période suivante* Mais les corsets ont encore une grâce naïve, et les attraits éblouissants en ressortent comme d'une corne d'abondance. Il n'y a dans cette composition que de jolies femmes, de véritables masques de cour; le sourire de l'amour sur les lèvres, peut-être un amer déplaisir au fond du cœur; des lèvres innocentes comme des fleurs, et derrière, une méchante petite langue comme le serpent caché. Trois de ces dames caquetant, chucno-
tant, sont assises h gauche du lit du cardinal, et près d'elles un prêtre a l'oreille fine, au regard exercé, au nez subtil. A droite du lit, une table à laquelle sont assis trois cavaliers et une dame qui jouent aux cartes, au lansquenet peut-être, excellent jeu qui m'a fait ga* gner une fois six thalers à Gœttingue. Un noble courtisan, en manteau violet foncé chamarré d'une croix rouge, s'avance dans le milieu de la chambre , et fait la révérence la plus belle et la plus pliée. Dans le coin du tableau à droite viennent deux dames de cour et un abbé. Celui-ci donne à l'une d'elles un papier à lire, peut-être un sonnet de sa fabrique, pendant qu'il lorgne l'autre, laquelle joue rapidement de l'éventail/ léger télégraphe de l'amour. Les deux dames sont de ravissantes créatures, l'une, rose dans tout son éclat matinal, l'autre plus vaporeusement pâle, comme une étoile amoureuse. Au fond du tableau sont assis des valets de cour qui bavardent, se communiquent peutêtre de grands secrets d'état et de cotillon, ou parient que Mazarin sera mort dans une heure. Au fait, celuici parait bien près de sa fin : son visage a la pâleur d'un cadavre , ses yeux sont affaissés et son nez s'alloue d'une façon bien inquiétante. Il doit sentir s'étp:#dre peu à peu en lui cette flamme douloureuse
qu'on appelle la vie. Tout lui devient sombre et froid, et l'aile de l'ange des ténèbres touche déjà son front; au même instant la dame qui joue se tourne vers lui pour lui montrer ses cartes, et semble lui demander si elle doit couper le valet avec son cœur.
J'ai dit que les deux autres tableaux de Delaroche représentent des sujets de l'histoire d'Angleterre. Les personnages sont de grandeur naturelle et peints plus simplement. L'un nous montre les deux jeunes princes anglais que leur oncle Richard III fit assassiner dans la Tour. Le jeune roi et son frère sont assis Suruu lit antique au moment où leur petit chien court en aboyant avec inquiétude vers la porîe comme pour annoncer rapproche des meurtriers. Le roi, encore enfant et presque adolescent, est une touchante figure. En dépit de sa jeunesse, il paraît déjà &voir bien souffert : une grandeur tragique est répandue sur son visage pâle et maladif, et ses jambes, qui pendent mollement, donnent à son corps un aspect brisé comme une fleur froissée. Tout cela, ai-je dit, est de la plus grande simplicité, et l'impression en est d'autant plus puissante.
Cependant l'autre tableau excite des sentiments bien plus douloureux encore. C'est une scène de cette effrayante tragédie qui a été traduite aussi en français
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et qui a fait couler bien des larmes des deux côlés du canal, sans compter qu'elle a profondément ému aussi les spectateurs allemands. Nous voyons sur-la toile les deux héros de la pièce, le premier, cadavre dans le cercueil, le second , plein de vie, levant le couvercle du cercueil pour considérer son ennemi mort. Après tout, ne sont-ce pas, au lieu des héros eux-mêmes, de simples acteurs, auxquels le directeur du monde a assigné leurs rôles et qui , peut-être sans le savoir, ont représenté le tragique combat de deux principes? Je ne les nommerai point ces deux principes ennemis, ces deux grandes pensées qui se combattaient peut-être déjà dans l'âme de Dieu au moment de la création et que nous voyons dans ce tableau en présence l'un de l'autre , le premier outrageusement blessé et sanglant dans la personne de Charles Stuart, le second arrogani et victorieux dans la personne d'Olivier Gromwell.
Dans l'une des salles sombres de Whitehall, est placé sur des sièges de velours rouge le cercueil du roi décapité, et devant se tient un homme qui, d'une main calme, lève le couvercle pour contempler le cadavre. Cet homme est tout seul. Tout son être est large et ramassé, sa tenue négligée, son visage celui d'un honnête et rustique campagnard; son costume,
d'un soldat dépouillé de tout ornement par la sévérité* puritaine : une longue veste de velours brun sur une jaquette de cuir jaune, des bottes de cavalier qui montent si haut qu'on aperçoit à peine^un haut-dechausses noir, un ceinturon d'un jaune sale d'où pend une épée à garde en coquille ; sur ses cheveux courts, un chapeau noir retroussé avec une plume rouge; un petit col blanc croisé sous lequel on aperçoit un bout d'armure, des gants de cuir jaune sales et décousus, la main gauche appuyée sur une canne ; l'autre, comme je l'ai dit, tient ouvert le cercueil
Les morts ont sur la figure une expression distinguée qui fait paraître bien inférieur tout homme vivant qu'on aperçoit près d'eux; car ils le surpassent toujours de toute la hauteur d'une indépendance, d'une absence de passion et d'une froideur de grand seigneur. Les hommes le sentent bien, et par respect pour le rang supérieur des morts , la garde prend les armes, et les présente quand passe devant le poste un convoi funéraire, ne fût-ce que le corps d'un pauvre savetier. On comprend donc facilement combien la position d'Olivier Cromwell lui est défavorable dans toute comparaison avec le roi mort. Celui-ci , glorifié par son récent martyre, sanctifié par la majesté du malheur, le coa
cntcwr£ (Tune pourpre de sang, le baiser de Melpomène sur les lèvres, forma le contraste le plus écrasant avec ceMe figure puritaine animée d'une vie grossièrement robuste. Le contraste est encore tranché d'une manière bien remarquable entre les vêtements de celui-ci et les dernières marques de splendeur de la majesté tombée , le riche coussin de soie dans le cercueil et l'élégance d'une éblouissante chemise garnie de point de Brabant, dont on a revêtu îe cadavre.
Quelle grande, quelle universelle douleur le peintre a exprimée ici en peu de traits ! Elle est étendue là, misérablement sanglante, cette splendeur de la royauté, autrefois la consolation et l'ornement du genre humaine La vie de l'Angleterre est depuis ce temps devenue terne «t décolorée, et la poésie a fui avec effroi cette terre qu'elle avait parée des plus riantes couleurs. Que je l'ai senti profondément quand je suis passé à minuit devant la fenêtre fatale de Whitehall, et que la prose froidement humide de l'Angleterre d'aujourd'hui glaçait tous mes sans ! Mais pourquoi mon âme n'a-t-elle pas été émue des mêmes sentiments lorsque je traversai naguère pour la première fois la terrible place où Louis XVI fut mis à mort ? Je crois que c'est parce ^ue celui-ci, lorsqu'il mourut, n'était plus roi et qu'il
avait déjà perdu sa couronne quand sa tête tomba. Le roi Charles ne perdit sa couronne qu'avec sa tête. Il croyait à celte couronne, à son droit absolu pour lequel il combattit, svelte et audacieux chevalier. Il mourut noblement orgueilleux, protestant contre l'illégalité de son jugement, véritable martyr de la royauté par la grâce de Dieu. Le pauvre Bourbon n'a pas eu cette gloire : sa tête, avant sa mort, était déjà découronnée, profanée, avilie par un bonnet de jacobin; il ne croyait plus à soi, mais bien à la compétence de ses juges : il ne protesta que de son innocence. Il n'était, en vérité, que bourgeoisement vertueux, bon gros père de famille. Sa mort a un caractère plus sentimental que tragique. Il sent trop les romans de famille allemands d'Auguste Lafontaine... Une larme pour Louis Gapet, un laurier pour Charles Stuart î
On ne peut guère nier que Delaroche, en exposant son tableau, ne semble avoir eu l'intention d'appeler les parallèles historiques, et qu'après en avoir fait entre Charles Ier et Louis XVI, on en a fait entre Cromwell et Napoléon. Pour moi, je dois dire qu'en comparant ces deux derniers, on a fait tort à tous les deux ; car Napoléon est resté pur de la responsabilité du sang versé. Quant à Cromwell, il n'est jamais des-
Ccndu au point de se faire sacrer par un prêtre dans la nef de Notre-Dame et de cajoler ainsi le sacerdoce, lui le fils de la révolution victorieuse! Il y a dans la vie de l'un une tache de sang; dans celle de l'autre, une tache d'huile. Tous deux, au reste, sentaient bien leur faute. La révolution de Paris poursuivait Napoléon comme l'esprit d'une mère assassinée; il entendait partout sa voix, même la nuit. Elle l'arrachait, plein d'effroi, des bras de la légitimité qui était venue partager sa couche, et on le voyait alors errer rapidement dans les vastes salles des Tuileries, la tempête dans le sein, la fureur à la bouche; puis quand, le matin venu, il prenait, pâle et fatigué, place au con- N seil d'État, il se plaignait de l'idéologie, toujours l'idéologie, celte pernicieuse idéologie, et Corvisart secouait la tête.
Si Cromwell ne pouvait non plus dormir tranquille et se promenait la nuit avec inquiétude dans Whitehall, ce n'est pas, comme le croyaient quelques dévots cavaliers, parce qu'il était poursuivi par une ombre de roi toute sanglante; il redoutait tout simplement des vengeurs en chair et en os et les poignards matériels de ses ennemis. Aussi portait-il toujours une armure sous son pourpoint, et il devint de plus en plus défiant,
et enfin depuis l'instant où parut le pamphlet Tuer riest pas assassiner Olivier Cromwell ne laissa plus échapper un sourire-.
Mais si la comparaison entre le protecteur et l'empereur offre peu de ressemblances, la moisson est en revanche beaucoup plus riche dans le parallèle entre les fautes des Stuarts et celles des Bourbons, entre les périodes de restauration dans les deux pays. On dirait d'une seule et même histoire de fatalité. Nous avons aussi aujourd'hui la quasi -légitimité de la nouvelle dynastie, comme jadis en Angleterre. C'est encore au foyer du jésuitisme qu'on forge, comme autrefois, les armes sacrées; l'Église hors de laquelle il n'est point de salut soupire et intrigue tout à fait de même en faveur de l'enfant du miracle. Il ne manque plus maintenant au prétendant français que de reparaître, comme autrefois le prétendant anglais, dans sa patrie! Eh ! mon Dieu, qu'il vienne ! je lui prédis le sort inverse de celui de Saùl; qui cherchait les ânes de son père et qui trouva une couronne : le jeune Henri viendra en France pour y chercher une couronne et il n'y trouvera que les ânes de son père.
Les gens qui voyaient ce tableau de Cromwell étaient surtout fort occupés à rechercher quelles pouvaienl
être les pensées de ce personnage devant le cadavre do Charles. L'histoire rapporte deux versions sur cette scène. D'après l'une, Cromwell se serait fait ouvrir le cercueil la nuit, à la lueur des flambeaux, et serait demeuré longtemps en présence de ce spectacle, le corps immobile et le visage défait comme une statue muette. Selon l'autre tradition, il ouvrit le cercueil en plein jour, considéra avec calme le mort, et dit : « C'est un homme fortement constitué, et il aurait pu vivre encore longtemps.» Je pense, moi, que Dela- :-oche avait en vue cette légende plus démocratique.
La figure de son Cromwell n'exprime ni étonnement, ni stupéfaction, ni agitation quelconque dé l'âme; tout au contraire, le spectateur est remué par l'aspect du calme effrayant et horrible du visage de cet homme. Elle nous apparaît, cette figure, ferme et assurée, brutale comme un fait, puissante sans pathos, à la fois démoniaque et naturelle, merveilleusement ordinaire, et elle considère son ouvrage comme un bûcheron qui vient d'abattre un chêne. Il Ta abattu avec calme le grand chêne qui étendait autrefois si fièrement ses branches sur l'Angleterre et sur l'Ecosse, le chêne royal sous l'ombrage duquel avaient fleuri tant de belles générations d'hommes ,
où les sylphes de la poésie avaient dansé leurs rondes tes pîO gracieuses $ il Ta abattu tranquillement avec sa hacïib fatale , et l'arbre majestueux est étendu à terre avec oon feuillage protecteur et sa couronne tout entière Hache fatale!
Do you not tliink, sir , thut the guillotine is a great improvement ? (Ne pensez-vous pas, monsieur, que la guillotine est un grand perfectionnement?) Telles furent un jour les paroles croassantes par lesquelles un Anglais, qui se trouvait derrière moi, interrompit les sensations que je viens de décrire et qui remplissaient si douloureusement mon âme, pendant que je considérais la blessure du coude Charles Stuart dans le tableau de Delaroche. Au fait, il l'a peinte avec un ton sanguin trop cru. Le couvercle du cercueil est aussi mal dessiné et lui donne Pair d'une boîte à violon. Dans tout le reste, le tableau est peint avec une incomparable supériorité. C'est tout ensemble la finesse de Vandyck et la hardiesse d'ombres de Rembrandt : je me suis rappelé surtout les figures républicaines que celui-ci a mises dans son grand tableau historique du corps de garde que j'ai vu dans le Tiîppenhuis à Amsterdam. v
Le caractère du talent de Delaroche , ainsi que de
la puis grande partie des peintres ses confrères , se rapproche surtout de l'école des Pays-Bas; si ce n'est que la grâce française traite les sujets avec une légèreté de meilleur goût et que l'élégance nationale se joue agréablement à la surface. Ainsi j'appellerais volontiers Delaroche un Néerlandais élégant. Je rapporterai peut-être ailleurs les conversations que j'ai entendues si souvent devant son Cromwell. Aucun endroit n'était plus favorable à l'observation des sentiments populaires et des opinions du jour. Le tableau était placé dans le grand salon , et tout à côté Ton avait appendu l'autre admirable chef-d'œuvre de Robert, qui venait là comme soulagement et comme consola- N tion. En effet quand la ligure rudement soldatesque de ce puritain , de ce terrible moissonneur, qui se détachait sur un fond sombre devant cette tête royale fauchée, ébranlait le spectateur et remuait en lui les passions politiques, l'âme se sentait tout aussitôt calmée à l'aspect de ces moissonneurs plus pacifiques qui , revenant avec leurs gerbes bien plus belles à la fête des moissons de l'amour et de la paix , s'épanouissaient sous la lumière du ciel le plus éclatant. Si nous sentons devant l'un de ces tableaux que la grande lutte des siècles modernes n'est pas finie, que le sol
tremble encore sous nos pas; si nous entendons encore le rugissement de la tempête qui menace d'arracher le monde de ses fondements; si nous y apercevons l'abîme toujours béant qui engloutit sans se \asser des torrens de sang, en sorte que la peur affreuse d'une ruine totale nous saisit, nous voyons sur l'autre avec quelle solidité calme reste toujours assise la terre , avec quel amour elle continue à livrer ses fruits dorés, môme après avoir été foulée et trépignée aux pieds par la grande tragédie universelle de Rome avec toute sa troupe de gladiateurs, d'empereurs, de vices et d'éléphants. Quand nous avons contemplé sur le premier tableau cette histoire qui se roule si follement dans le sang et dans la boue , puis se tient timidement coi, souvent pendant des siècles, pour bondir de nouveau tout à coup et promener à droite et à gauche sa fureur, ce que nous nommons l'histoire du monde , nous voyons sur le second cette autre histoire bien plus grande, à qui pourtant suffit le théâtre d'un char attelé de buffles , histoire sans commencement ni fin, qui se reprend sans cesse, simple comme la mer , comme le ciel , comme les saisons , une histoirfl sainte que le poëte raconte et dont on trouve les archives dans le cœur de tous les hommes, l'histoire
de l'humanité ! Vraiment c'était chose bienfaisante e1 salutaire que ce voisinage des tableaux de Robert et de Delaroche. Que de fois, après avoir longtemps considéré le Gromwell et sympathisé avec le personnage au point de croire entendre ses réflexions, durs monosyllabes grommelés et siffles à regret dans le caractère de cette prononciation anglaise qui tient du grondement lointain de la mer et des cris aigus des mouettes, je me sentis rappelé par une magie secrète au charme paisible du tableau voisin. Il me semblait alors entendre cette riante harmonie, la douce langue de Toscane résonnant sur des lèvres romaines, et mon âme était calmée et réjouie.
J'entends dire que Delaroche peint maintenant un pendant à son Gromwell , un Napoléon à Sainte- Hélène, e',. qu'il a choisi le moment où sir Hudson Lowe, le bourreau tory, lève le linceul qui recouvre le cadavre de ce grand représentant de la démocratie.