‹ De la fréquence des altérations des annexes de l'utérus dans les affections dites utérinesChapitre 17 sur 24 · OBSERVATION IX · texte numérisé non relu

OBSERVATION IX

Périmétrite ancienne, ovarile double suppurée, infection purulente ; mort, autopsie.

J (Lydie), couturière, âgée de 25 ans, est entrée, le 26 juillet, à l’hôpital

Saint-Antoine, salle Sainte-Thérèse, n° 13 (service de M. Aran), et est décédée le 18 août suivant.

Cette malade est d’une taille élevée, d’une forte et robuste constitution et d’un tempérament lymphatique ; elle a été réglée à 16 ans, sans accidents. Depuis cette époque, les règles sont revenues régulièrement et en même quantité, mais habituellement peu abondautes ; pas de flueurs blanches depuis l’époque de la menstruation, si ce n’est depuis un an. Rapports sexuels à 21 ans; pas d’enfants ni de fausses couches ; la malade avait toujours joui d’une bonne sauté, lorsqu’il y a un au, les fonctions générales se sont dérangées; gène considérable de la respiration, pâleur, amaigrissement, palpitations de cœur. C’est à cette époque que remonte l’apparition des flueurs blanches, et que les menstrues, quoique périodiques, sont devenues plus pâles ; à la suite de fatigues, la malade éprouva quelques douleurs dans la fosse iliaque droite ; il y a quinze jours, ces douleurs sont devenues plus vives ; et, il y a une semaine, trois jours après une époque menstruelle, elle a été prise d’une douleur siégeant à l’hypogastre et s’irradiant surtout en avant et en dedans dans le côté droit; la faiblesse générale a augmenté; la malade ne pouvait se tenir sur ses jambes; elle a gardé le lit depuis cette époque. Constipation avec ténesme pendant trois jours.

État, actuel. 28 juillet. La langue est blanche, les lèvres sont pâles, l’appétit est conservé, pas de vomissements, pas d’envies de vomir ; le ventre est souple, indolent à la pression dans les fosses iliaques et à l’hypogastre; selles normales ; pâleur générale; faiblesse, éblouissements, étourdissements, quand la malade se met sur son séant. Bruit de souffle doux au premier temps au cœur, bruit de souffle continu avec redoublement dans la carotide; la respiration est auxieuse, la peau fraîche, le pouls faible, 88 pulsations. — 2 pilules de cynoglosse, cataplasme laudanisé, une portion, vin de quinquina; bains.

3 août. En touchant la malade debout, on trouve le col abaissé, porté en arrière vers la symphyse sacro-iliaque gauche; en outre, le col est consistant, sans dureté très-marquée ; œdème de la partie antéro-supérieure du vagin. La portion latérale droite du bassin est occupée par une tumeur qui repousse l’utérus à gauche, et se prolonge derrière cet organe abaissé et immobile; un peu d’écoulement catarrhal par l’orifice entr’ouvert. La sonde pénètre à une profondeur de 0m,05 à 0m,06, où elle est arrêtée d’une manière invincible.

Le 7. La malade se trouve mieux sous l’influence du repos et des bains. L’utérus est toujours repoussé à gauche par une tumeur placée à la droite de cet organe; cette tumeur, qui immobilise l’utérus dans une certaine étendue, peut être saisie entre une main placée sur l’abdomen et un doigt introduit dans le vagin ou le rectum; par le toucher rectal, on constate qu’elle se prolonge derrière le corps de l’utérus, auquel elle adhère.

Le 16. La malade est prise, dans la journée du 13, d'un frisson prolongé, d’une fièvre intense, regardée comme l’indice d’une fièvre éruptive ; pas de point

de côté, ni d’expectoration. La maladie a fait des progrès dans la journée du î 5 ; la gêne de la respiration appelle l’attention sur la poitrine, où l’on découvre une pneumonie à la base gauche; on a appliqué un vésicatoire. Ce matin les traits sont altérés, le pouls faible, fréquent, misérable; pâleur extrême; 120 à 130 pulsations; respiration suspirieuse (30 par minute); mélange de râles sibilants et sous-crépitants dans les deux côtés en avant, surtout à droite ; matité considérable à la base gauche, mais à timbre tympanique particulier.; faiblesse du murmure respiratoire en avant; au niveau delà matité, à gauche, égophonie. — Ipéca slibié ; vésicatoire.

Le 17. L’accablement est toujours considérable; 124 pulsations, 48 respirarations; peu de vomissements; diarrhée abondante, face un peu plus calme. — Poudre d’ipéca, 1 gr. ; sirop d’ipéca, 100 gr.

Le 18. Beaucoup de vomissements et de diarrhée ; affaissement considérable, altération des traits; 136 pulsations, pouis vibrant , langue et lèvres sèches, soif vive, un peu de râle trachéal. La malade meurt le 18 août.

Autopsie.

La rate, volumineuse, mesure 0ra, 14 verticalement; elle offre à sa surface de nombreuses taches blanches avec fausses membranes, qui correspondent à des foyers purulents, situés les uns le long du bord supérieur et tranchant, les autres à la face externe. Il existe environ quatre ou cinq foyers, de 0m,0i5 à 0,n,02 de diamètre, renfermant une matière blanche, concrète dans quelques-uns, ramollie daus d’autres, et tapissés, à leur face externe, par une membrane organisée, qui est certainement la membrane interne des veines spléniques; le reste de l’organe forme une espèce de bouillie brunâtre.

Le foie, pâle, ne présente aucune autre altération que sa décoloration et quelques ecchymoses.

Ou trouve 300 grammes ou 400 grammes de sérosité purulente dans la plèvre gauche ; le poumon gauche, un peu refoulé, est œdémateux, infiltré d’une sérosité rougeâtre, surtout dans son lobe inférieur, avec quelques petits noyaux rougeâtres, un peu durs; le cœur est mou; on trouve quelques cuillerées de sérosité eitrine dans le péricarde.

Tout le petit bassin est rempli d’adhérences qui soudent l’»î iliaque à la face antérieure du rectum, et les annexes de l’utérus des deux côtés, par des espèces de brides très-courtes, molles, filamenteuses, se déchirant facilement et circonscrivant de petits espaces remplis de sérosité. Utérus en antéflexicn marquée; trompes et ovaires des deux côtés, appliqués l’un sur l’autre et étroitement adhérents, surtout le pavillon de la trompe droite, à l’ovaire correspondant. La trompe droite mesure 0m, 1 4 en longueur; elle est flexueuse, distendue par une quantité

considérable de pus phlegmoneux jaunâtre; pas de rougeur bien évidente de la membrane interne; cette rougeur estau contraire très-marquée à la membrane externe.

Ovaire aplati, doublé de volume; une cuillerée de pus est renfermée dans un follicule situé au centre de l’organe, et qui mesure environ 0ni,015 de diamètre; les parois de ce kyste purulent sont très-épaisses.

En détachant les adhérences à gauche, on déchire l’ovaire, qui a acquis un volume considérable, et qui mesure 0m, 055 transversalement sur 0m,050 verticalement, et esttransformé en un vaste foyer, contenant deux cuillerées de pus pldegmoneux bien lié. L’ovaire est transformé en une poche doublée d’une séreuse épaissie, et revêtue çà et là de fausses membranes, rappelant par leur aspect les fausses membranes de la pleurésie.

La trompe gauche n’a pas contracté d’adhérences par son pavillon avec l’ovaire; elle est très-flexueuse dans sa moitié libre; son pavillon est oblitéré et contient du pus phlegmoneux ; ses surfaces sont le siège d’une injection très-vive.

Adhérences nombreuses en avant et en arrière de l’utérus; elles sont filamenteuses et faciles à déchirer ; le col est tronqué obliquement de haut en bas et de droite à gauche; il mesure 0™, 026 verticalement et 0in,030 transversalement.

La iougueur totale de l’utérus est de O'*1, 07 ou de 0m,075, selon qu’on compte de l’une ou de l’autre extrémité du col; la largeur, au niveau de l’insertion des trompes, est de 0'“, 035. Le tissu utérin est pâle, atrophié dans la partie antérieure, au niveau de la courbure ; à ce niveau, la paroi antérieure mesure 0m,0î0, tandis que la paroi postérieure eu mesure 0m,012.

Réflexions. Cette observation ne démontre-t-e!le pas de la manière la plus évidente comment une ovarite arrivée à la suppuration peut devenir le point de départ d’une infection purulente? Il nous semble, en effet, difficile d’expliquer autrement les abcès de la rate, les ecchymoses du foie, et les petits noyaux rougeâtres trouvés dans le poumon.

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