EXPÉRIENCES SUR DES ANIMAUX VIVANTS
Pour vérifier cette loi j'ai fait un certain nombre d'expériences sur des chiens de forte taille, auxquels j'ai coupé soit les vaisseaux cruraux, soit la carotide, soit les vaisseaux spléniques avec l'anse de platine. Toutes les fois que je me suis mis dans les conditions indiquées, j'ai opéré ces sections sans une goutte de sang. Pour faire la contre-épreuve, j'ai coupé plusieurs fois ces mêmes vaisseaux quelques centimètres plus haut sans serrer l'anse de platine, et aussitôt un jet artériel m'indiquait que la précaution était indispensable.
Voici du reste un résumé de ces expériences, que j'ai faites à l'hôpital en présence des élèves. Les chiens recevaient au préalable une injection sous -cutanée de morphine pour faciliter l'action du chloroforme.
SECTION DE l'artère CRURALE ET DE LA CAROTIDE.
i'^ Expérience sur un chien mâle haut de 50 centimètres, le 9 octobre 1872.
Après avoir anesthésié l'animal et mis à découvert l'artère crurale au milieu de la cuisse, on passe sous le vaisseau et les muscles ambiants un trocart courbe, qui sert à placer l'anse de platine. Celle-ci est chauffée, sans
avoir été serrée et elle divise rapidement les tissus par traction. Un jet de sang artériel inonde aussitôt la plaie.
On lie l'artère et l'on replace aussitôt une nouvelle anse tout près de l'arcade crurale. Cette fois -ci on la serre fortement avant de faire passer le courant, et la section s'opère par constriction dans l'espace de trois minutes sans aucune hémorrhagie.
On met alors à nu la carotide et l'on comprend dans l'anse de platine tout le paquet vasculaire et nerveux, ainsi qu'une portion du sterno- mastoïdien. La section s'opère en trois minutes sans une goutte de sang, grâce à la forte constriction.
En dernier lieu j'opère la même section à quelques centimètres plus près du cœur, sans serrer l'anse; une hémorrhagie formidable se déclare, qui fait périr l'animal.
On procède immédiatement à l'examen des sections artérielles opérées sans hémorrhagie. L'épaisseur des escarres couvrant les plaies est évaluée à un tiers de millimètre. A la crurale, aussi bien qu'à la carotide, les extrémités artérielles sont remplies par un caillot rouge, mou, s'étendant à un centimètre à peu près. En introduisant un stylet dans l'artère et en le poussant vers l'extrémité divisée, le stylet soulève le cul-de-sac vasculaire sans le perforer. Il faut une force relativement considérable pour séparer les parois artérielles agglutinées par l'escarre.