CONCLUSIONS
Il résulte de ces expériences, confirmées sur une large échelle par l'expérience clinique, que l'anse galvanocaustique est susceptible de diviser sans hémorrhagie des artères même volumineuses, à condition qu'elles soient aplaties préalablement par une ligature quelconque et qu'on ne se serve pas de courants trop intenses.
Le plus souvent l'anse de platine enchâssée dans un serre-nœud convenable peut suffire à la constriction. Les conditions les plus favorables à la section hémostatique se présentent quand le pédicule a 1 à 2 centimètres de diamètre et qu'il est composé de tissus fermes.
Si le pédicule a moins d'un centimètre de diamètre et surtout s'il est composé presque exclusivement de vaisseaux entourés seulement d'un tissu cellulaire fm, comme c'est, par exemple, le cas pourl'épiploon, il faut avoir recours à quelque artifice pour obtenir une constriction exacte. Il suffit, en effet, de regarder l'extrémité du serre-nœud pour se convaincre qu'un pédicule de cette nature ne saurait y être comprimé exactement; d'ailleurs, nous savons que l'anse de platine arrivée à 1 centimètre de l'embout ne se chauffe plus guère, mais que ce sont alors les conducteurs qui absorbent la chaleur.
Pour obvier à ces inconvénients, on appliquera une ligature de soie sur le pédicule mince, de façon à y interrompre toute circulation; puis on fera agir l'anse de platine au niveau mêm.e du fil de soie sans trop se préoccuper si elle comprime exactement les tissus. La section s'achève alors sans hémorrhagie, même si l'on divise la ligature organique, ainsi que le prouvent nos expériences.
Un autre artifice très-simple et très-efficace, que j'ai apphqué avec succès dans le cas de pédicule mince, consiste à comprendre dans l'anse de platine une languette de chair ou une baguette de bois. Ces additions donnent à l'anse les dimensions favorables à la section hémostatique.
Si, au contraire, le pédicule à diviser est très-volumineux, il est prudent d'interrompre le courant vers la moitié de la section, pour se donner le temps de bien étreindre le centre. Dans le cas où il renfermerait des
artères très-fortes, comme l'artère fémorale par exemple, je le comprimerais avec un serre-nœud ordinaire et un fîl de fer. Je suis persuadé qu'on pourrait alors placer l'anse galvano caustique à quelques millimètres au devant du fil métallique et enlever ce dernier après la section sans risque d'hémorrhagie. Si, dans une ovariotomie récente, je n'ai pas réussi par ces moyens à pratiquer une section hémostatique du pédicule, cela tient à d'autres causes que j'énumère à la fin de l'observation (voy. Obs. 26). J'y indique d'ailleurs les moyens de les combattre à l'avenir.
Quant au degré d'incandescence qu'il convient de communiquer au fîl pour opérer une section hémostatique, on ne peut absolument pas le caractériser.
En effet, quand un fil de platine, placé librement à l'air, est traversé par un courant, il est facile de distinguer s'il est chauffé à blanc, au rouge vif ou seulement au rouge cerise. Par contre, une anse qui étreint exactement un pédicule ne rougira jamais à aucun degré, quelle que soit la force du courant qui la traverse, par la simple raison que tout le calorique qui s'y produit s'écoule immédiatement dans les tissus. Il est facile de s'en assurer de visu, quand la rainure dans laquelle est implanté le fil, n'est pas trop profonde pour le soustraire à la vue. Il en résulte qu'une anse parfaitement sombre, sans aucune nuance de rouge, peut encore couper trop vite; elle est en quelque sorte virtuellement au rouge, mais la couleur ne paraît pas, parce que le calorique se communique instantanément au pédicule.
On ne doit donc pas juger de la chaleur de l'anse par sa couleur (celle-ci ne prouve rien), mais seulement par la quantité de fumée qui se dégage et par la rapidité de la section. Toutes les fois qu'une portion du fil rougit, c'est un signe qu'il n'est pas en contact intime avec les tissus, et il faut se hâter de rétablir ce contact en augmentant la constriction. De cette façon l'anse ne s'entourera jamais d'une couche de liquide à l'état sphéroïdal, et cela constitue l'une de ses supériorités sur le couteau galvanocaustique.