INDICATIONS
Si la galvanocaustie ne nécessitait pas des appareils compliqués et coûteux, elle serait certainement beaucoup plus répandue, en raison des avantages évidents qu'elle présente sur les autres méthodes de diérèse.
En effet, pour peu qu'elle soit bien maniée, elle ne fait pas perdre une goutte de sang, elle laisse des surfaces sèches, insensibles à l'action de l'air et des corps étrangers et qui n'absorbent pas les liquides toxiques, comme M. Sédillot l'a si bien démontré. De là, absence de réaction générale et locale à la suite des opérations galvanocaustiques. De plus, cette méthode se prête tout particuhèrement aux ablations des tumeurs situées dans les cavités profondes.
Sans doute, quand il s'agit de procéder à une dissection délicate ou de rechercher les limites mal définies d'un néoplasme, le bistouri ne perd passes droits; mais toutes les fois qu'une tumeur peut être pédiculisée par l'un ou l'autre des procédés que nous connaissons, la galvanocaustie est praticable.
L'anse de platine, qui est l'instrument galvanocaustique par excellence, constitue une ligature caustique, divisant instantanément les tissus. Par là elle participe de tous les avantages de la ligature et des caustiques, sans en avoir les inconvénients. Elle agit rapidement et dans les régions les plus profondes, ne crée pas un foyer de putréfaction dangereux comme la ligature ordinaire et ne cause pas les douleurs des caustiques.
La seule méthode qui s'en rapproche, c'est l'écrasement linéaire.
Mais, si cette dernière a l'avantage de n'exiger qu'une instrumentation assez simple, quelle n'est pas son infériorité sous le rapport de la rapidité et de la sécurité de l'opération! Pour amputer la langue, Chassaignac est obligé de mettre une heure à une heure et demie, afin d'être à l'abri de l'hémorrhagie; la galvanocaustie atteint le même résultat en quelques minutes. D'ailleurs, on sait que l'écraseur ne parvient pas toujours à diviser le derme ou le col utérin; l'anse de platine rougie coupe avec la plus grande facilité toutes les parties molles et même des os spongieux.
On a quelquefois revendiqué, pour la galvanocaustie comme pour le cautère ordinaire, la propriété de mettre les opérés à l'abri de l'érysipèle et de la pyohémie.
Cette prétention ne peut être soutenue d'une façon absolue ni pour l'une, ni pour l'autre de ces méthodes. Il n'en est pas moins vrai que les plaies cautérisées sont beaucoup moins sujettes à ces complications que celles faites par instrument tranchant, et dans des cas 011 l'on est obhgé d'opérer dans un milieu infectieux cette propriété peut devenir une indication à la galvanocaustie.
Les opérations qui réclament l'emploi de la galvanocaustie avec plus ou moins d'urgence, peuvent se diviser en six catégories.
1° Opérations sur le tissu érectile normal ou ^a^/iologique : aim^nidiiions de la verge, du clitoris, des grandes lèvres, extirpation de tumeurs érectiles.
Pour l'amputation de la verge la méthode gaivanocaustique est d'autant plus utile que l'opération est pratiquée plus près de la racine de l'organe. Car dans ces cas il est impossible d'établir une compression préventive et le malade est exposé à perdre beaucoup de sang avant qu'on n'ait eu le temps de lier toutes les artères.
Mais même au niveau du gland la galvanocaustie est préférable : puisque l'escarre qu'elle produit met le tissu érectile à l'abri du contact de l'urine et du pus et prévient ainsi dans de certaines limites l'infection purulente.
L'amputation galvanocaustique de la verge constitue d'ailleurs une opération des plus simples, qui s'achève sans une goutte de sang en une ou deux minutes et ne nécessite aucun pansement consécutif, si ce n'est Fin-
__ 48 — troductioh d'une sonde dans l'urèthre pendant les premières heures.
Zielewicz, qui a publié la dernière statistique sur ce sujet, en a réuni 50 cas, avec 8 morts par infection purulente (?7e5er die Amputation des Pénis, etc., in Archiv fur Jdinische Chirurgie von Langenbeck, vol. XII, 1870, p. 580), auxquels il faut ajouter 3 cas de Fischer (ibid.), avec une mort, et mes 4 cas, tous suivis de guérison. Total, 57 cas, avec 9 morts.
Des considérations analogues s'appliquent à l'amputation du clitoris et des grandes lèvres , car en enlevant ces dernières on touche presque nécessairement à la masse érectile si considérable du bulbe du vagin.
Quant aux tumeurs érectiles, ou angiomes, ils ont été opérés un grand nombre de fois par la galvanocaustie. Maas (Galvanocaustische Behandlung von Angiomen in Archiv fiir klinische Chirurgie von Langenbeck, vol. XII, 1870, p. 518) en a réuni 130 cas, la plupart de la clinique de Breslau.
Mais sur ce nombre il n'y en a que 39 qui aient été traités par l'anse de platine, généralement avec un succès complet; tandis que les autres, cautérisés avec le séton incandescent ou le cautère en bec d'oiseau, ont donné une assez forte proportion de récidive ou de résultats incomplets.
J'ai montré ailleurs (voy. Art. Érectile du Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratique) que les angiomes en voie de développement ne sont pas guéris d'une façon définitive par la méthode des cautérisations partielles; aussi je les rejette entièrement dans ces cas.
Il faut détruire la production morbide d'une façon plus radicale. La ligature galvanocaustique doit mériter la préférence toutes les fois que la peau qui recouvre la tumeur est altérée et ne peut être conservée, ou si l'angiome occupe une partie du corps recouverte par les vêtements; par contre s'il est sous-cutané et siège au visage, ou s'il occupe un organe qu'il importe de ménager, comme les paupières, l'aile du nez, un doigt, etc., il faut recourir à l'extirpation par le bistouri.
2° Opérations sur des organes vasculaires, situés profondément, où Vhémostasie par les procédés ordinaires serait difficile : amputation totale ou partielle de la langue, du col de la matrice; extirpation de polypes naso-pharyngiens , de polypes utérins, de tumeurs du rectum ou du vagin, du corps thyroïde, etc., ablation de polypes du larynx.
Toutes les opérations mentionnées ici ont été pratiquées souvent avec les instruments tranchants; mais au prix d'une hémorrhagie toujours préjudiciable et quelquefois immédiatement mortelle. L'écrasement linéaire permet d'ordinaire d'éviter cet accident, mais en procédant avec une grande lenteur qui exclut souvent l'a-nesthésie. Elle n'est guère applicable ni aux polypes naso-pharyngiens ni à ceux du larynx. La ligature galvanocaustique, au contraire, termine l'opération en quelques minutes avec une grande sécurité et le fil de platine s'applique plus facilement à toutes les profondeurs que la chaîne de l'écraseur.
Pour les amputations de la langue et les polypes pharyngiens, l'emploi du fil galvanocaustique dispense de
toutes ces opérations préliminaires sur le squelette de la face, qui sont toujours graves et n'ont que le seul but de rendre la tumeur accessible au bistouri.
Les résections du maxillaire supérieur en particulier devront être réservées uniquement pour les tumeurs malignes du pharynx. Pour les autres la ligature galvanocaustique suffit, puisqu'elle est sans danger et qu'on peut y revenir en cas de récidive, d'autant plus qu'on sait actuellement que les polypes fibreux cessent généralement de se reproduire vers l'âge de 20 ou de 25 ans.
Pour les extirpations de tumeurs du rectum ou du vagin, les amputations du col de la matrice, l'emploi de la ligature galvanocaustique simplifie considérablement l'opération.
Quant aux polypes du larynx, je ferai une réserve. A première vue la méthode galvanocaustique paraît trèsindiquée pour ces productions et en effet Middeldorpf , Bruns, Voltolini et d'autres l'ont appliquée avec succès. Mais si l'on considère d'une part que l'ablation de ces polypes est rarement accompagnée d'une hémorrhagie notable et d'autre part que le poids des réophores gêne considérablement l'opérateur dans une opération déjà très-délicate par elle-même, on réservera l'anse galvanocaustique pour les tumeurs très-volumineuses de l'espace susglottique. Leiter, le fabricant de Vienne, a d'ailleurs fourni un serre-nœud galvanocaustique pour le larynx, d'une construction fort ingénieuse.
3° Ablation de tumeurs superficielles très-volumineuses et pédiculées. — Certains lipomes ou fibromes,