‹ De la gangrèneChapitre 2 sur 2 · IG · texte numérisé non relu

IG

dans une parotide , sur la surface d’un vésicatoire appliqué depuis quelques jours , ou sur un ancien cautère, La gangrène devient alors , pour le médecin , un moyen de diagnostic ; elle l’est aussi de pronostic par rapport à la place qu’elle occupe. Il y a d’autant plus de danger, que le mal se manifeste vers le haut du corps. Je ne parle pas ici de la gangrène qui attaque d’abord le gros orteil et contre laquelle tous les remèdes échouent. Il m’a semblé que cette maladie pouvait , jusqu’à un certain point , être confondue avec le cancer occulte d’Hippocrate , comme leur nom qui autrefois était le même ( cancrène ).

Tous les observateurs ont vu que , dans le cours des fièvres muqueuses et vers la fin , il se formait des ulcérations sur les lèvres et dans l'intérieur de la bouche ; que les plaies des vésicatoires se recouvraient parfois d’une gaze lardacée qui en interceptait la suppuration ; enfin , que de véritables escarres qui ne différaient entre elles que par leur épaisseur et leur étendue , persistaient malgré tous les remèdes et se résolvaient en détritus aux approches de la crise. Ces accidents sont , pour nous , de véritables gangrènes superficielles qui entrent dans le traitement naturel. Si, par une interversion ataxique, ces éruptions se portent au-dedans et frappent la tête , la poitrine ou le bas-ventre , elles produisent des désordres qui , observés seulement après la mort , ont fourni peut - être l’idée des méningites , des cacoëthes , des péritonites et des dothinentérites.

La gangrène étant un épiphénomène que l’on ne rencontre guère que dans les fièvres muqueuses malignes ,

doit participer du caractère contagieux et surajoute que l'on voit si souvent apparaître dons ces lièvres. Aussi les chirurgiens se plaignent-ils de la voir attaquer la surface des plaies et des vésicatoires sous le nom de pourriture d hôpital. Avant de prendre les précautions d'hygiène

dont j’ai parlé, cet accident était fréquent dans les hôpitaux que je dirigeais ; il a disparu depuis complètement. Dans une circonstance remarquable, je constatai évidemment les bons effets de mes mesures sanitaires.

La guerre malheureuse que Napoléon alluma en Espagne , en 1813 , accumula à Montpellier une quantité inouïe de militaires malades. L'hôpital Saint-Eloi ne pouvant plus les loger, nous nous vîmes forcés d'établir une succursale aux casernes , sous le nom de Dépôt de convalescents. J'y envoyais ceux qui avaient besoin de se rétablir de leur maladie, ou qui n’avaient plus que des plaies incomplètement cicatrisées. A cette époque, les blessés de Saint-Eloi furent attaqués de la pourriture d'hôpital. Le professeur Delpiîch, alors de tour de service , put étudier à sa manière , c'est-à-dire parfaitement, cette maladie sur laquelle il a publié un excellent mémoire sous le point de vue thérapeutique. On ne vit rien de pareil aux casernes où le soin des blessés était confié à M. F âges, l’as un seul de mes nombreux malades , quoique presque tous porteurs de plaies de vésicatoires ,

I ne fut atteint de ce mal. J attribuai ce contraste à la manière dont les chambres de la caserne , privées en j grande partie de leur fermeture , étaient forcément [ aérées. 11 en était de même pour mes salles toujours l grandement ouvertes et où je ne souffrais ni chaleur ni

humidité , ce qui n’avait pas toujours lieu dans celles des blessés.

La gangrène, suivant nous, étant le résultat d’un travail morbifique général , le traitement de cette maladie locale doit être subordonné à la méthode thérapeutique principale. Ainsi , j’ai vu la gangrène réclamer la saignée , les évacuants , les anti-spasmodiques ou les toniques , suivant les indications générales. Il en existe cependant aussi de locales déduites de la qualité de la partie gangrenée. Plus le mal occupe le haut et le dedans du corps , plus il est à craindre. C’est sur cette vérité pratique qu’est fondée l’indication des vésicatoires ou des épispastiques , dont les effets doivent être considérés sous divers points de vue thérapeutiques. Ils appellent au-dehors une fluxion qui se fait au-dedans et qui deviendrait mortelle; d’autres fois -, agissant localement , ils changent le mode d’être de la partie malade, et en complétant la mortification des escarres , ils empêchent des absorptions et des inoculations funestes ; car, comme l’a observé le professeur Delpech , la contagion peut avoir lieu par des solutions de continuité des téguments , tout aussi bien que par la voie de la respiration et de la déglutition.

Si les épispastiques sont utiles dans les gangrènes externes superficielles pour modifier la partie malade ou pour compléter les escarres , ils ne suffisent pas dans certains cas où le mal , marchant rapidement , menace la vie. Alors il faut employer le cautère actuel , qui est le remède par excellence. C’est surtout quand la mortification s’empare des foyers rapprochés de la tête, tels, par exemple , que les parotides , qu’on doit se hâter de

les attaquer avec le feu. Je me suis souvent servi avec succès de la méthode proposée par mon condisciple M.-A. Petit (de Lyon), et qui consiste à ouvrir l’abcès avec un trocar dont le poinçon a été rougi au feu , promenant ensuite le cautère actuel dans l’intérieur, comme le conseille Lancisi. En se rappelant que le travail gangréneux est d’autant plus redoutable qu’il se fait aux environs de la tète et du cou , on apprécie mieux l’utilité de son étude , et la bonté des moyens qui retiennent au-dchors ce même travail et l’y complètent. On évite la formation de certaines méningites ou d’angines nécessairement mortelles.

Enfin, il est hors de doute qu’une portion du corps profondément et largement gangrenée doit en être retranchée à l’aide d’un instrument , afin d’enlever un foyer d'infection qui agit, non - seulement par la résorption des fluides corrompus , ce qui peut être contesté , mais surtout par la sympathie de proximité , ce qui est bien prouvé.

Page 1