CHAPITRE V
Soins consécutifs.
Les soins post-opératoires sont de la plus haute importance et le succès de l'opération dépend en grande partie de leur bonne exécution. Après l'opération, même dans les cas les plus heureux, les malades sont parfois sous le coup d’un shock profond; la température est abaissée, le pouls est petit et lent, la face est couverte de sueurs froides, les extrémités sont cyanosées. Il importe de relever les malades le plus tôt possible du traumatisme qu'ils viennent de subir. Il faudra, avant tout, les réchauffer et leur prodiguer des stimulants diffusibles, injections d’éther, de caféine, d'huile camphrée, etc. Lorsque le malade s'est relevé du shock opératoire, il faudra assurer l’immobilité complète des viscères, et bien souvent on sera obligé de combaltre par les narcotiques les vomissements dûs au chloroforme. On se servira pour cela d’injections de morphine, d’opium ou de chloral sous forme de lavements. On ne négligera pas en même temps d'alimenter le malade au moyen de lavements stimulants et nutritifs.
Quand faudra-t-il alimenter le malade par la bouche ? Pour répondre à cette question, nous ne saurions mieux faire que de rapporter la pratique des opérateurs.
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Waælfler (1), outre les lavements alimentaires qu'il donne dès le premier jour et plusieurs fois dans la journée, permet à ses malades de prendre des aliments solides dès le huitième jour. Socin (2) a donné à ses opérés une ou deux cuillérées à bouche de lait le deuxième jour; le cinquième jour il permettait ie bouillon, et le neuvième jour la viande rôtie.
Billroth (3) suit une pratique à peu près sembiable . le lendemain de l'opération, il donne des aliments liquides, et le huitième jour il permet des aliments solides.
Hahn (4) à soutenu son malade pendant les trois premiers jours au moyen de lavements nutritifs, le quatrième jour seulement il a donné des aliments liquides.
Lücke (5) nourrit ses malades dès le troisième jour avec des aliments liquides et dès le huitième jour avec des aliments soiides.
Fritzsche (6) donne des aliments liquides dès le deuxième jour.
Terrier (7) donne du champagne et de l’eau de Vichy à son malade le deuxième jour ; le quatorzième jour seulement son malade prit de la viande et encore, la température qui était à 37° monta jusqu'à ce jour à 39’ ; le malade eut des coliques et de la diarrhée et ne put prendre
) Wo@lfler, von Hacker, L. c.
) Socin, L. c.
) Billroth, loc. cit.
(4) Hahn, Berliner Klin. Wochenschrift n° 51, 1802, id., Centralb. f. Chirurgie, 1891, n° 40,
(5) Lücke, loc. cit.
(6) Fritzche, loc. cit.
(7) Terrier, loc. cit.
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des aliments solides qu'un mois seulement après l'opération sans éprouver de douleurs.
M. Reclus (1) commença à donner des aliments liquides des le troisième jour.
M. Jaboulay (2) donne à ses opérés les trois premiers Jours des lavements fortement peptonisés, quatre jours après l'opération il donne du bouillon, du vin d'Espagne, huit jours après du bouillon au tapioca, et quinze jours après seulement de la viande. |
Cependant pour son second malade il fut plus hardi et lui donna des aliments liquides le deuxième jour et des aliments solides le sixième jour.
M. Doyen (3) commença à nourrir son malade le quatrième jour.
M. Villar (4) avait donné du champagne à son opéré le jour même de l'opération.
En Angleterre et en Amérique certains chirurgiens n’ont pas craint de faire manger leurs opérés dès le premier jour.
Voici quelle pourrait être, d’après ce que nous avons pu retenir des observations que nous avons présentées la pratique que l’on peut employer.
Les trois premiers jours 1l faudra soutenir les malades au moyen de lavements nutritifs. Ces lavements devront êlre répétés 3 à 6 fois par Jour.
(1) Reclus, loc. cit.
(2) Jaboulay, loc. cit.
(3) Doyen, loc. cit.
(4) Villar, loc. cit.
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Il faudra prévenir les vomissements en administrant des petits fragments de glace, ou au besoin des injections de morphine.
Le quatrième jour on pourra essayer de donner au malade du lait, du bouillon. On aura soin d’administrer en même temps des lavements nutritifs.
Le huitième jour on pourra donner à l’opéré de la viande blanche et des aliments solides, mais faciles à digérer.
Nous avons tenu à rapporter en détail la manière dont M. Gross a nourri son opéré (obs. CCXXII). Les trois premiers jours le malade ne prit que des lavements alimentaires, le quatrième jour il prit du bouillon, le dixième jour on lui permit un œuf et ce n’est que le dix-septième jour que le malade put prendre du pain. A partir du jour où les opérés commencent à se nourrir, leur état s’améliore rapidement et au bout de trois semaines généralement ils peuvent suivre le régime de tous les malades.