‹ De la Gastro-entérostomieChapitre 6 sur 68 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Historique.

La gastro-entérostomie est une opération qui à pour but la suppression des accidents provoqués par la sténose cicatricielle ou néoplasique, soit du pylore, soit du duodénum.

Elle consiste à rechercher une anse de l'intestin grèle, à l'ouvrir sur le côté opposé au mésentère, à pratiquer une section semblable sur l'estomac, soit sur la face antérieure, soit sur la face postérieure de cet organe, à suturer les deux plaies deux à deux. C’est la création d’une bouche artificielle qui permet le passage facile des aliments de l'estomac dans l'intestin, et ce nouveau canal de dérivation est destiné à assurer l'alimentation gravement compromise par Ja sténose du pylore ou du duodénum. Suivant que l’on établit cette bouche sur le duodénum ou le jéjuaum, on a donné à cette opération le nom de gastro-duodénostomie où de gastro-jéjunostomie. Nous ne garderons que le nom générique de gastro-entérostomie.

Concue par Nicoladoni et exécutée pour la première fois par Wéœælfler à la clinique de Billroth, le 28 décembre 1881, cette opération est d'origine autrichienne et elle resta

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pendant quelque temps l’apanage exclusif de la clinique de Billroth où elle fut pratiquée par ce maître éminent, par Wœælfler, von Hacker, Eiselsberg et Salzer, ses élèves. D'abord opération de nécessité, qui n'avait ses indications que lorsque la pylorectomie était impraticable, elle fut bientôt exécutée de propos délibéré et à l'heure actuelle elle tend à devenir une opération de choix.

Les résultats merveilleux que donnaient les vivisections pratiquées sur les chiens, demontrèrent que la chirurgie de l'estomac et de l'intestin était presque inoffensive chez les animaux et encourageaient les auteurs à l'appliquer à l’homme. De tous côtés, on se mit à l’œuvre, et bientôt les statistiques vinrent confirmer les espérances conçues, et justifier une opération de premier abord si téméraire.

- C’est Wælfler (1)et v. Hacker (2) qui publient les résultats obtenus à la clinique de Biliroth. C'est v. Eiselsberg (3) qui rapporte les différentes gastro-entérostomies pratiquées par son maître, par Salzer, par v. Hacker et par lui-même. C'est Rockwitz (4) qui, dans son intéressant mémoire, consigne toutes les gastro-entérostomies pratiquées jusqu’en 1887. C'est Charvât (5), Page (6) qui réunissent l’un

(1) Wa@lfler, Ueber die von, Prof. Dr. Billroth ausge fuhrten Resectionen der carcino matosen Pylorus — Wien. 1881.

(2) V. Hacker, Die Magenopcrationen an. Prof. Billroth's Klinik 1880 bis

Marz 1885. — Wicn. 1886.

(3) V. Eiseslberg, Langenbeck's Archiv.t. XXXIX. 1889 Heft. 4, p. 785.

(4) Ro ckwitz, Deutsche Zeitschrift. f. Chirur gie Bd. XXV,p. 250 (1888).

(5) Charvàt, Op. leccni pylori Sbirka prednasek Tho meyerem C. 22 et 23 rapporté par K. Maydl. Wien. Médicin. Wochensch. N°° 18 et 19 (1892).

(6) H. Page, Bristish. Med. Journal. May, 1889, vol. I, p. 1114-1119 et Lancet, 1889, vol. I, p. 986.

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58 cas, l’autre 31 cas. À côté de ces statistiques générales, prirent bientôt place des statistiques particulières. Rockwitz (4) consigne dans son mémoire Ja série heureuse de huit opérés de Lücke. Lauenstein (2) fait connaître les résultats qu'il à obtenus dans les 17 opérations de gastroentérostomie qu'il a pratiquées. Czerny et Rindfleisch(3) publient les résultats qu’ils ont obtenus à la clinique de Heidelberg. En Suisse, c’est Kocher (4), Courvoisier (3), Socin (6), Fritzsche (7) qui publient leurs cas isolés. En Allemagne, la liste des opérateurs est trop chargée pour que nous puissions la consigner ici. Chaque chirurgien allemand à pu présenter une petite statistique portant sur 2, 4, 6,8, 10 et 20 cas. Les partisans de la gastro-entérostomie furent nombreux en Angleterre et en Amérique, et elle fut bientôt de pratique courante. En France, nous ne pouvions rester indifférents au mouvement qui se faisait autour de nous. D'abord, essais timides en 1889, par Pozzi (8) et Péan (9), puis tentés à nouveau par M. Hey-

(1) Rockwitz, L. c. et Centlralb. f. Chirurgie. (1888) N° 1, P. 15. v

(2) Lauenstein, Zur Indikation Antegung, und Funktion der Magendünn darmfistel. Sp. Abdruck aus der Festchrift zu Ehren L' Meyers in Gœætlingen (1892). | SURCSER (3) Czerny et Rindfleisch, Beitræge f. Chirurgie. Festschrift à Billroth 1892, p. 438.

(4) Kocher, Correspb. f. Schweitzer Aerzle, 1° décembre 1883, n° 23.

(5) Courvoisier, Central f. Chirurgie, 1883, n° 49.

(6) Socin, Correspondb. f. Schweitzer Aerzte 1884, n° 21, p. 513.

(7) Fritzsche, Correspondb. f. Schweitzer Aerzle 1888, 1°" août, n° 15, p. 451.

(8) Pozzi, Bullet. et Mém. de la Société de Chirurgie (7 juillet 1885), t. XV,

(9) Péan, rapporté par A. Guinard : Traitement CrnyrateaE du cancer de l'estomac. Paris, Asselin et Houzeau 1892), p. 61.

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denreich (1) en 1891, les débuts de la gastro-entérostomie furent modestes, et peu encourageants, et firent que cette opération eut beaucoup de peine à s’accréditer chez nous ; cependant, un nouvel élan paraît donné, MM. Michaux (2), Reclus (3), Terrier (4), Schwartz (5), Jaboulay (6), Doyen (9), Villar (8), Dubourg (9), etc., publient, coup sur coup, de nouveaux cas. Malgré cela, en face des centaines d'opéra tions pratiquées à l'étranger, la statistique française ne figure que pour une vingtaine de cas au plus. Nous n'avons pas à examiner les causes de cette infériorité apparente, et nous croyons même qu’il faut en féliciter la prudence de nos chirurgiens qui généralement se résolvent difficilement à pratiquer une opération qui n’est que palliative et dont la mortalité est trop élevée.

Mais alors que la chirurgie française ne fait que d'entrer dans la lice, la gastro-entérostomie fut simplifiée en Angleterre et en Amérique. Senn (10), en 1889, préconise

(1) Heyderreich, Revue médicale de l'Est, 1891, séance du 27 mai.

(2) Michaux, Gazette des hôpitaux, 1892, p. 707, no 75.

(3) Reclus, Bullet. et Mém. de la Société de Chirurgie, t. XVIII novembre, 1892, p. 609.

(4) Terrier, Bullet. et Mém. de la Société de Chirurgie, t. XVIII, p. 636, 1892.

(5) Schwartz, Bullet. et Mém. de la Société de Chirurgie, 1892, n°° 8 et 9; séance du 27 juillet.

(6) Jaboulay, Archives prov. de Chirurgie, juillet 1892.

(7) Doyen, Archives prov. de Chirurgie, juillet 1892.

(8) Villar, Thèse de Matignon (Bordeaux, 1892), p. 154.

(9) Dubourg, Thèse de Matignon (Bordeaux, 1892), p. 150

(10) SENN. — An expérimental contribution to intestinal Surgery with special reference to the treatment of intestinal obstruction.

a) Transactions IX, International Med. Congress Washington, vol. I, p.460.

b) Annals of. Surgery, vol. II, 1888, p. 430.

c) Experimental Surgery Chicago, 1889, p. 399. — Greig Smith abdominal, Surgery III édition London, p. 400.

The surgical treatment of. pylorie slénosis, Médical Record, Nov. p. 11, et 14, 1891.

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l'emploi de plaques d'os décalcifié, pour rendre cette opération moins longue, moins difficileet partant moins dangereuse, et à l'heure actuelle, les procédés qui découlent de l'invention de Senn ne se comptent plus. Nous avons essayé d'en donner là description au chapitre des sutures. = Nous u'insisterons pas davantage sur ce court historique, nous pouvons, dès à présent, constater que, après les essais timides faits en France, cette opération tend à conquérir du terrain, et le jour n’est pas éloigné où elle aura obtenu chez nous son droit de cité, puisqu'elle apporte avec elle des statistiques destinées à devenir toujours meilleures. Du reste, ne peut-on pas justifier cette opération ? Quelle est l'intervention thérapeutique ou chirurgicale qui a eu là prétention de juguler le cancer dans sa marclie fatale et le rétrécissement fibreux dans son évolution progressive ? Quel est l’onguent, la solution, ou l'injection qui ait pu faire fondre le néoplasme ? En face du douloureux spectacle d’an malade condamné à une inanition progressive, et à une terminaison prochaine, n’était-il pas légitime de tenter une intervention, même ‘sanglante ? Du reste, l'étude que nous avons essayé de faire, les nombreuses observations que nous avons colligées, nous permettent de retenir cette pensée: aucune médication n’a pu donner une période de bien-être et un retour à la vie, aussi sensible que la gastro-entérostomie, et si la survie des opérés est de courte durée, le chirurgien a du moins la consolation d’avoir délivré son opéré de souffrances atroces dont il était la proie et surtout des tortures de la faim qui l'amenaient au tombeau. Sans doute, un jour viendra où la science sera heureuse de

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nous fournir une panacée contre le cancer et le rétrécissement, mais en attendant, nous croyons qu'il n’est pas bon d'assister impassibles aux maux dont souffrent ceux ui sont atteints de sténose du pylore.

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