‹ De la gastronomieChapitre 25 sur 53 · PL £C · texte numérisé non relu

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Je remerCial ; et me croyant suilisamment

fondé de pouvoir dans une affaire où 1 étais

évide -mment la partie principale, j acceptai pour tous, et l'invitation resta Éxée au mites à trois heures.

La soirée se passa comme à l'ordinaire: mais au moment où je me retirais, le garçon de salle (iwaiter) me prit à part ef m apprit que les J'amaïcains avaient commandé ui bon repas ; qu'ils avaient donné des ordres pour que les liquides fussent soignés, parce qu ils Le: ardaient leur invitation comme un déf à qui boirait le mieux, et que l’homme à la grande bouche avait dit qu'il espérait bien qu'à lui seul il mettrait les Français sous la tabl

Cette nouvelle m'aurait fait rejeter le banquet offert, si je l'avais pu avec honneur, car j'ai toujours fui de pareilles orgies ; mais Ja chose était impossible. Les Anglais auraient été crier partout que nous n avions pas osé nous présenter au

combat, que leur présence seule avait suflit pour

nous faire reculer; et, quoique bien instruits du danger, nous suivimes la maxime du maréc hal de Saxe : le vin était tiré, nous nous préparâmes à le boire.

Je n étais pee Es quelques sou CIS ; mais, en vérité ces soucis ne m avaient pas PE objet.

Je regardais comme certain qu étant à la fois plus jeune, plus grand et plus vigoureux que nos amphitryons, ma constitution, vierge d'excès bachiques, triompherait facilement des deux Anglais, probablement usés par l'excès des liqueurs spiritueuses.

Sans doute, resté seul au milieu des quatre autres réservés, on m'aurait proclamé vainqueur ; mais cette victoire, qui m aurait été personnelle, aurait été singulièrement affail lie par la chute de mes deux compatriotes, qu'on aurait emportés avec les vaincus dans l’état bideux qui suit une pareille défaite. Je désirai leur épargner cet affront : en un mot, je voulais le triomphe de la nation et non celui de l'individu. En conséquence, je rassemblai chez moi Fehr et la Massue, et leur fis une allocution sévère et formelle pour leur annoncer mes craintes ; je leur recommandai de boire à petits coups autant que possible, d'en esquiver quelques-uns pendant que j'attirerais

l'attention de mes antagonistes, et surtout de manger doucement et de conserver un peu d'appétit pendant toute la séance, parce que les aliments mélés aux boissons en tempèrent l’ardeur et les empêchent de se porter au cerveau avec tant de violence ; enfin nous partageâmes une assiette d'amandes amères, dont j'avais entendu vanter la propriété pour modérer les fumées du vin.

insi armés au physique ét au moral, nous nous rendîimes chez Little, où nous trouvâmes les Jamaïcains, et bientôt après le dîner fut servi. Il consistait en une énorme pièce de rostbeef, un dindon cuit dans son jus, des racines bouillies, une salade de choux Crus, et une farte aux confitures.

On but à la française, c'est-à-dire que le vin fut servi dès le commencement : c'était du fort bon clairet qui était alors bien meilleur marché qu'en France, parce qu'il en était arrivé successivement plusieurs cargaisons, dont les dernières s'étaient très mal vendues.

M: Wilkinson faisait ses honneurs à merveille, nous invitant à manger et nous donnant l'exemple ; son ami paraissait abimé dans son assiette, ne disait mot, regardait de côté, riait du coin des

lèvres.

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Pour moi, j'étais charmé de mes deux acolytes. La Massue, quoique doué d'un assez vaste appétit ; ménageait ses morceaux comime une petite maîtresses; vet Febr escamotait de temps en temps quelques verres de vin, qu'il faisait passer avec adresse dans un pot à bière qui était au bout de la table. De mon côté, je tenais rondement tête aux deux Anglais, et plus le repas avançait, plus je me sentais plein de confiance.

Après le clairet vint le porto, après le porto le madère, auquel nous nous tînmes longtemps.

Le dessert était arrivé, composé de beurre, de fromage, de noix de coco et d'ycory. Ce fut alors le moment des toasts ; et nous bûmes amplement au pouvoir des rois, à la liberté des peuples et à la beauté des dames : nous portâmes, avec M. Wilkinson, la santé de sa fille Mariah,

u'il nous assura étre la plus belle personne de toute l'ile de la Jamaïque.

Après le vin arrivèrent les spirits, c'est-à-dire le chum et les eaux-de-vie de vin, de grains et de framboises: avec les spirits, les chansons : et je vis qu'il allait faire chaud. Je craignais les spirits ; je les éludai en demandant du punch ; et Little lui-même nous en apporta un bowl, sans

doute préparé d avance, qui aurait suffi pour

quarante personnes. Nous n avons point en France de vases de cette dimension.

Cêtte vue me rendit le courage ; je mangeai cinq à six rôties d'un beurre extrêmement frais, et je ee renaître mes forces. Alors je jetai un coup d' œil scrutateur sur tout ce qui m environnait ; car je commençais à être inquiet sur la manière dont tout cela fnirait. Mes deux amis me parurent assez =. ils buvaient en épluchant des noix d'y cory. M. Wilkinson avait la face rouge- He ses yeux étaient troubles, il paraissait aflaissé, son ami gardait le silence, mais sa tête fumait comme ue chaud lière bouillante, et sa bouche immense s'était formée en cul de poule. Je vis bien que la catastroph 1e approchait.

Effectivement, M. W'ilkinson, s'éta int réveillé comme en sursaut, se leva et entonna d une voix assez forte l'air national Rule Britannia ; ; mais il ne put jamais aller plus loin, ses forces le trahirent ; il se laissa retomber Sur sa chaise, et de LB roula sous la table. Son ami le voyant dans cet état, laissa échapper un de ses plus bruyants ricanements, et s'étant baissé pour l'aider, tomba à côté de lui.

Il est impossible d'exprimer la satisfaction que

me causa ce brusque dénoûment et le poids dont

ri

bn

il me débarrassa. Je ne hâtai de sonner. Little monta, et après lui a roit adressé Ja phrase officielle : « Voyez à ce que ces gentlemen soient (Q mt soignés, > nous bûmes avec [ui un dernier verre de punch à leur santé. Bientôt le waiter arri ra, aidé de ses sous-ordres, et ils portèrent chez eux les pieds les premiers, suivant la règle the

S Es des vaincus, qu ils trans

Û a feet foremost, 1é ami gardant une immo ité: : absolue, et M. W ilkinson essayant tou jours de chanter AS 2 .

l'air Rule Britannia.

Le lendemain, les Journaux Ge New-Y ok, qui furent ensuite successivement copiés par tous ceux 1 1f . \ ? .

de Union, racontérent avec assez d exactitude ce ° ? . D . , 1 qui s était passé, et ayant ajoute que les deux

Anglais avaient été : ba des des suites de cette

aventure, j'allai les voir. Je trouvai l'ami tout stupéfié ar les suites d’une forte indigestion, et M. WA lEoson retenu sur sa chaise par Ÿ un accès de goutte que uotre lutte ba achique avait probablement ee llée Il parut sensible à cette attention, et me dit, eutre autres choses CC Ok! dear € sir, you are very good company indeed, but € too a drinker for us. » (Mon cher monsieur, vous êtes en vérité de très bonne compagnie, mais

vous êtes trop fort buveur pour nous).

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