GÉNÉRALISÉES
Parmi les réflexions que suggère le cas précédent il en est une qui me paraît devoir, surtout actuellement, être soulignée, et qui, du reste, est confirmée également par les détails cliniques et anatomiques plus précis encore, de l’observation suivante :
C’est ce fait de la coexistence , dans des cas d'altérations vasculaires multiples , à formes anévrysmales , de plusieurs foyers hémorrhagiques dans les centres nerveux, foyers plus ou moins considérables, plus ou moins âgés, et dont le retentissement a été également plus ou moins grand sur les parties voisines.
Cette coexistence des traces dans la pulpe nerveuse d’attaques apoplectiques, correspondantes le plus souvent avec des vaisseaux dilatés , anévrysmés, et qui, eux aussi, offrent les particularités les plus variées, (comme sont les zones hémorrhagiques qui les entourent), est une preuve nouvelle que nous fournit l’anatomie pathologique que l'altération des vaisseaux a été généralisée , et cela quelquefois depuis un temps qu’on croit pouvoir même déterminer assez exactement.
Elle montre de plus que les anévrysmes ont, dans leur développement, une marche qui est loin d’être la même, et que leurs destinées sont également spéciales. Les uns, produisant de suite des désordres considérables, irrémédiables, causes des hémorrhagies mortelles; les autres n’amenant que de très-légères des-
tructions nerveuses dont la guérison même peut se faire, et qui sont compatibles avec la vie ; quelquesuns enfin ne montrant qu’une altération du seul vaisseau, et n’ayant point encore fait sentir leur présence morbide sur les parties voisines. De ceux-ci, il en est qui en restent toujours plus ou moins à ce degré, plus ou moins prêts à se rompre, et menaces constantes d’hémorrhagies possibles ; il en est d’autres, au contraire, qui se détruisent pour ainsi dire et s’annihilent, les artères s’oblitérant, l’anévrysme se remplissant de couches successives; bientôt même le travail de dégénération granulo-graisseuse terminal apparaît quelquefois dans quelques places de ce petit système localisé, où la vie s’est éteinte, pour ainsi dire. Ce n’est plus alors que le cadavre d'un vaisseau autrefois malade , que l’on a sous les yeux.
La clinique est, du reste, tout à fait d’accord avec les quelques données fort résumées de ce point d’anatomie pathologique.
Dans nos observations, en effet, on voit fréquemment noté ce fait, que des malades sont amenés à l’infirmerie offrant des phénomènes modérés d’apoplexie cérébrale, guérissent assez rapidement et peuvent regagner leurs divisions avec de légères infirmités. Puis, après quelques jours ou quelques mois, parfois quelques années, ces malades sont amenés à nouveau pour des affections analogues.
Ces affections peuvent encore n’offrir cette fois qu’une intensité moyenne, comme aussi elles peuvent être de suite plus graves et rapidement fatales.
Or, clans ces cas, si l’on trouve dans un vaste foyer récent des anévrysmes miliaires en fonction hémorrhagipare active , il n’est pas rare (et c’est même la règle, on peut le dire), de trouver soit dans les mêmes points, soit dans des régions plus éloignées, de petits foyers qui accusent leur âge et par la dimension et parla teinte et par le travail presque complètement achevé de leur cicatrisation.
Or, fait intéressant, ils l’accusent aussi par l’état de l’anévrysme ou des anévrysmes miliaires que l’on rencontre soit dans leur centre soit à la périphérie.
On voit fréquemment, en effet, se détacher des parties grises ou blanches du cerveau ou dans les centres opto-striés ou d;ms la protubérance, ou le cervelet, une tache jaunâtre, rouillée, de la grosseur d’un pois, au centre de laquelle est un corps arrondi, qui paraît plus dur, plus foncé, couleur brique ou bleu noirâtre : et des deux côtés duquel partent souvent de petites ramifications vasculaires. (Voir planches.)
Ce petit corps, de la grosseur d’un grain de mil ou d’un grain de tabac, est un anévrysme miliaire.
La zone qui l’entoure est une petite hémorrhagie qui s’est localisée là et qui n’a pas été assez intense pour écarter plus loin les fibres, ou labourer tout un département central cle l' anévrysme , soit parce que la rupture a peut être été lente , soit parce que la cause déterminante qui a occasionné la fissure du vaisseau, malade sans doute depuis quelque temps déjà, a été modérée dans son action.
L’observation suivante, tout en rentrant dans le cadre des faits importants de généralisation des lésions
du système vasculaire tout entier , va nous montrer de plus un des exemples frappants de ce que nous venons d’avancer; et l’on peut retrouver dans l’autopsie des différents points du cerveau, la manifestation morbide directe, écrite pour ainsi dire à la date de presque chacun des actes pathologiques dont nous avions été, deux fois par un hasard singulier, les témoins pendant la vie.
On avait observé ces petites atlaques successives : on retrouve plusieurs petites hémorrhagies qui semblent dater de ces époques, et plusieurs petits anévrysmes don.t le travail indique/ aussi à peu près cet âge; la dernière attaque avait été considérable et s’était rapidement faite; la mort avait suivi de près : le foyer est immense, considérable est le sang épanché, il a toutes les apparences d’un caillot récent, et les anévrysmes y sont rencontrés, pour ainsi dire, surpris en fonction hémorrhagipare.
Voici ce fait :
HÔPITAL DE LA PITIÉ
Service deM. le docteur Marrotte. —Année 1869.
(Observation recueillie par Henry Liouville, interne du service.) (1).
Jules Y.., 53 ans, charbonnier; entré le 21 mai; sorti le 31 mai 1869. Nouvelle entrée le 20 juillet 1869; mort le 23 juillet 1869.
(1) Toute la première partie de cette observation a été prise avec mon ami, M. Delasavinierre, qui suivait, à l’hôpital, le malade avec le plus grand soin.
RÉSUMÉ SPÉCIAL A LA QUESTION
1T0 entrée. — Attaques successives d’apoplexie, d’une intensité
d’abord légère.
(Phénomènes de paralysie et d’affaiblissement intellectuel susceptibles de se modifier.)
Céphalalgie.
Amélioration.
2e entrée. — Attaque apoplectique.
Mort assez rapide.
à début brusque, à intensité considérable.
Autopsie.
Vaisseaux de la base un peu scléro-athéromateux ; néo-membranes, sous la dure-mère, fortement colorées (sang).
Plaques hémorrhagiques sous-méningées. ( Cerveau
Anévrysmes miliaires méningées. ( et cervelet.
Petits foyers hémorrhagiques anciens: Anévrysmes miliaires paraissant aussi anciens.
, , ( Anévrysmes miliaires.
Vaste foyer hémorrhagique recent, j . , 7
[ Anévrysmes des gaines.
Foyer ocreux, ancien dans le cervelet (corps rhomboïdal).
Anévrysme miliaire cérébelleux.
Dilatations de formes anévrysmales (miliaires) dans les vaisseaux de la couche externe (sous-séreuse) de la vessie.
Dilatations de formes anévrysmales (miliaires et ovoïdes) dans les vaisseaux des parois de l’intestin grêle. Hémorrhagies des parois.
Mêmes dilatations vasculaires dans un rein (substance corticale).
Kystes rénaux à contenu séro-hématique.
21 Mai 1869. (Vendredi.) Cet homme, de taille assez grande porte sur tout son corps des traces de fatigue générale.
Il marchait encore mercredi. Avant-hier seulement commença, nous apprend-on, l’impossibilité de se mouvoir.
Il avait un gros rhume depuis quinze jours, mais le soignai peu.
Journalier au charbon de Paris, il travaille dans le gou-
dron et dans le coke, exposé à la chaleur des fourneaux, puis au refroidissement.
Il n’avait donc eu avant ces jours derniers, aucune paralysie, et le jour du début, il dit avoir éprouvé un grand refroidissement.
Régulièrement il boit, dit-il, une chopine de vin à chaque repas. Mais nous avons appris depuis qu’il avait été plus réservé dans ses aveux que dans ses habitudes. Des renseignements nous le représentent, au contraire, comme ayant de nombreuses tendresses alcooliques. Sa nourriture à l’ordinaire est toutefois bonne.
Il présente à son entrée des phénomènes paralytiques manifestes sur le côté gauche du corps et sur la face.
Pas de différence sensible à la main dans les températures comparées des deux côtés.
La main droite ne serre que faiblement et la main gauche (côté paralysé) beaucoup plus faiblement encore.
Le membre supérieur gauche soulevé retombe lorsqu’on l’abandonne à lui-même. Cependant le malade, invité à essayer quelques mouvements de ce membre, remue les doigts, soulève l’avant-bras et le bras lui-même, seulement peu de temps il est vrai, mais enfin le mouvement est possible. Il lève le bras pour prendre la main qu’on lui tend, et le bras, dans ce mouvement, atteint environ 45°, tandis que la main arrive presque jusqu’au-dessus de l’épaule.
Du côté gauche encore, pas de sensibilité à la piqûre ni au froid,
Du côté droit, la sensibilité est conservée.
Toutefois le malade est dans un état d’hébétude tel qu’on ne peut obtenir de lui aucune réponse précise aux questions. Il dit seulement qu’il ne sent rien du côté gauche. Tout ce que nous avons pu constater à cet égard, c’est que le chatouillement de la plante du pied gauche détermine quelques mouvements reflexes des orteils, et que cet homme, invité à porter la main à l’endroit qu’on pique, ne la porte nulle part et dit n’avoir rien senti quand on pique le côté gauche.
Pupilles égales et assez contractées. Le malade dit qu'il voit comme un brouillard.
Peau très-légèrement moite.
Bouche entr’ouverte.
Toux grasse assez fréquente.
Céphalalgie frontale.
Le pouls est à 70, plein, régulier.
La langue tirée se projette assez en avant, mais cependant plutôt inclinée à gauche.
La sensibilité de la face est très-émoussée aussi du côté gauche dans les points où elle est conservée: en effet, sauf quelques parties de la joue et la moitié gauche delà langue, le reste de la partie gauche delà face est insensible.
Il sent bien du côté droit de la face.
Surdité de l’oreille gauche.
Voit de l’œil gauche.
23 mai. — Cet homme va mieux. Il serre aujourd’hui fortement de sa main gauche, moins de la droite. Il lève le bras gauche et résiste fortement sur notre demande quand on essaye de baisser ce bras.
Le bras droit résiste avec une grande énergie.
Pupilles contractées, égales, un peu contractiles.
Il dort la nuit assez fortement, dit-il, et toutefois a encore de la somnolence le jour.
Peau sans transpiration, de bonne chaleur.
N’entend pas à gauche, et entend de l’oreille droite.
Tousse de temps en temps.
Un instant on a pu penser que la paralysie était due au refroidissement; elle s’améliore en effet rapidement.
Sensibilité à la piqûre par places au membre supérieur gauche, notamment au pli du bras, à la face dorsale de la main. Elle existe aussi à la partie antérieure du thorax (côté gauche), mais elle manque au membre inférieur gauche , sauf à la face dorsale du pied, où il faut remonter jusqu’au niveau de la tête du fémur pour qu’elle commence à reparaître.
Le malade sent le froid au membre supérieur du thorax, etc., et ne le sent pas au membre inférieur, même au pied.
25 mai. — Nous le trouvons assis sur son lit, beaucoup mieux. Figure naturelle. Il cause de lui-même avec nous et ses gestes sont posés et raisonnables. Il est rétabli à peu près. Il nous dit que la force revient bien dans le bras et dans la jambe gauche. Il étend avec satisfaction ses deux bras au-devant de lui.
Il entend un peu du côté gauche, quoique, dit-il, il ait toujours été un peu sourd de ce côté.
Pupilles moyennement contractées, sensiblement égales.
28 mai. — Pupilles très-dilatées, à peu près égales, peut-être la gauche plus dilatée que l’autre.
Céphalalgie surtout à droite et seulement en avant.
Il serre assez fortement des deux mains, et en vous serrant, il vous communique des mouvements très-étendus de va-et-vient. Ces mouvements de va-et vient se manifestaient aussi l’autre jour quand il voulait serrer.
Au moment où nous l’abordions ce matin, il était assis sur son lit, la tête penchée en avant, l’air encore un peu sombre.
Toutefois, il entend mieux du côté gauche.
Sensibilité aux deux bras. La cuisse gauche est sensible à la piqûre avec un crayon. La j ambre gauche et le pied correspondant sont seuls assez insensibles.
Il trouve bon ce qu’il mange.
Dans cet état, qui s’améliore encore un peu, il quitte l’hôpital pour entrer en convalescence et on peut espérer qu’il pourra reprendre, sans doute bientôt, ses travaux.
Toutefois il ne faut pas oublier qu’il est loin d’être tout à fait guéri, et que dans ses états de santé, il emporte ce fait sérieux de petites attaques successives (hémorrhagies cérébrales) qu’il a présentées dans un court espace de temps et qui constituent une prédisposition pathologique spéciale.
20 juillet 1869. — Vingt jours ne s’étaient pas écoulés ,
qu’on amène sans connaissance et venant d’avoir, dit-on, une attaque apoplectique, un homme que nous reconnaissons pour l’avoir déjà traité il y a peu de temps. C’est en effet le malade qui, le mois précédent, avait présenté ces phénomènes paralytiques du côté gauche du corps et de la face; qui avait eu de plus ces petites attaques apoplectiques successives, répétées, mais n’offrant chacune que des manifestations d’une très-courte durée.
Cette fois l’affection, tout en paraissant être la même, est d’une bien autre intensité et d’un pronostic bien plus grave.
Le malade, en effet, est dans le coma; nous ne pouvons l’en tirer et n’avons aucun renseignement sur ce qui s’est passé.
Yoici quel est l’état que nous enregistrons :
20 juillet, soir. — Tête inclinée fortement vers l’épaule gauche.
Globes oculaires déviés, conjugués à gauche.
Commissures labiales à égal ni\eau.
Pupilles contractées (0,001).
Respiration un peu stertoreuse.
Sommeil lourd, dont on le sort cependant un peu en le remuant.
Sensibilité existant des deux côtés, mais plus grande à gauche.
Pouls petit, à 88.
Température axillaire . . 35.8 Température rectale. . . 36.8
Respiration, 20. Elle est haute, pénible, intercostale surtout.
Refroidissement général du corps.
Pas de congestion du côté de la peau.
Ne parle pas, ne répond pas.
Côté droit plus faible.
Un peu de contracture du membre supérieur droit.
| grand abaissement.
Un peu de paralysie du mouvement à droite ; mais le malade peut encore exécuter quelques petits mouvements.
Il a beaucoup vomi.
Urine sous lui.
21 juillet. — Aggravation très-notable.
Sueur sur toute la face et le corps. Sueur assez froide ; mais la peau est toutefois notablement plus chaude qu’hier. Pulsations 80
Température rectale 39°, 8 (
Température axillaire 38 j
Respiration 38
22 juillet . — Aggravation générale.
élévation notable.
Pulsations 140
Température axillaire 39,6
Température rectale 40,6
Tendance des deux globes oculaires qui ne sont pas toujours fixes, à la déviation conjuguée à gauche et en haut. Ils offrent parfois quelques petits mouvements de latéralité.
Pupilles étroites, la gauche mesure à peine de 0,001 à
Congestion assez vive des sclérotiques et des conjonctives.
Tête inclinée vers l’épaule gauche.
Les muscles du cou l’attirent assez fortement, et l’y ramènent après que l’on a cherché à la placer de l’autre côté.
Sueur abondante sur la face qui est congestionnée dans quelques points surtout.
Respiration suspirieuse; déjà un peu trachéale.
Le malade évacue sous lui.
Toujours hémiplégie droite, sauf la sensibilité conservée, mais émoussée.
Se sert encore de sa main gauche, de son pied gauche, il le remue facilement.
Très-sensible au pincement.
Midi. — Les globes oculaires ont toujours de la tendance
à la déviation conjuguée vers le côté gauche, en haut; toutefois, il n’y a pas une fixité absolue ; de temps en temps, mouvement de roulement dans le meme sens, synergique.
Pupilles très-contracturées.
Ses yeux sont injectés (conjonctive). Vascularisation.
Respiration, 72.
Pouls très-dépressible, très-mou, irrégulier.
L’agonie a duré encore plus d’une journée sans que le malade offrit rien de plus remarquable. Le coma s’est de plus en plus prononcé, et la respiration de plus en plus gênée (râles trachéaux bruyants) a amené la mort le 23 juillet 1869.
Autopsie faite le 24 juillet 4869.
Le crâne n’est point facile à casser.
Les pupilles sont égales et dilatées (0,004).
Au-dessous de la dure-mère du côté gauche, néo-membranes disséminées, infiltrées de petites traînées sanguinolentes existant principalement dans la région sphénoïdale. Les vaisseaux de la face superficielle du cerveau sont trèstendus et gorgés de sang, les veines surtout. Les sinus de la dure-mère sont remplis de sang. La turgescence et la diminution de consistance de la masse encéphalique sont surtout prononcées du côté gauche. On note une hémorrhagie sous la pie-mère à la partie médiane et latérale du lobe gauche , ainsi qu’au niveau des parties de la base du cervelet qui touchent à la boîte crânienne.
Du côté droit, on trouve dans la partie postérieure du ventricule un ramollissement de teinte ocrée, enveloppant un ancien foyer hémorrhagique creusé, capable de contenir
(1) Dans l’intérieur du cerveau, non loin des foyers, on a trouvé quelques petits anévrysmes dont la teinte et la dureté indiquaient leur âge déjà avancé. Ils étaient très-nets à la simple vue.
une noisette. Les bords en sont irrégulièrement déchiquetés. Les vaisseaux extérieurs de ce lobe sont injectés, mais ne paraissent pas, à la première vue, très-athéromateux. Toutefois par places quelques petites plaques existent sur certains conduits; elles sont dures, jaunâtres.
Le côté gauche offre une hémorrhagie récente qui occupe la couche optique. Celle-ci est déchirée et infiltrée de sang. Le corps strié est par le même fait démoli complètement dans toute sa partie postérieure (noyau intra et extraventriculaire). De plus, l’hémorrhagie a détruit une partie de la substance blanche environnante, de telle sorte que la cavité qui en résulte peut être de la contenance d’une noix. Le tissu cérébral est déchiqueté, de teinte très-injectée (teinte hortensia, parsemé de petits points hémorrhagiques (apoplexie capillaire, anévrysmes dans les gaines lymphatiques des vaisseaux). Au milieu et sur les parois ainsi altérées, on voit adhérer des caillots , les uns appendus comme des grappes à des vaisseaux fortement injectés {anévrysmes de la grosseur d’un grain de millet et d’une petite groseille. Ils sont rougeâtres, remplis de sang extravasé, et tout à fait actifs, en fonction). Dans d’autres points, on trouve que la substance altérée qui fait partie du foyer est comme contusionnée, grenue, et présente un piqueté vasculaire des plus notables. Ici encore nous retrouvons des dilatations anévrysmales dans les gaines gorgées de sang infiltré.
Dans quelques points restés intacts de la voûte ventriculaire^ existent des zones marbrées (1), très-apparentes aux di-
(1) Ces zones marbrées , qui tranchent si nettement avec les colorations normales des parties cérébrales sont analogues à celles rencontrées par nous déjà à la coupe de quelques cerveaux de vieillards (1868).
Elles ressemblent également à celles que nous avions constatées aussi sur la substance grise soit périphérique, soit centrale dans certains cas de convulsions répétées. Nous les
verses coupes, et résultant de teintes différentes et anormales dans la couleur de ces parties.
De plus état piqueté, vasculaire : les vaisseaux de la piemère se détachent en exulcérant un peu la substance grise superficielle. Des traces d ’athérome sont vues sur une des branches de la sylvienne. Les vaisseaux de la pie-mère sont très-gorgés de sang.
Dans différents autres points, et près de petites hémorrhagies à teinte ocrée, qui existaient à différentes places intracérébrales, nous avons rencontré des anévrysmes, le plus souvent enkystés dans la petite cavité jaunâtre qui avait été le siège de Y hémorrhagie . Ce sont des anévrysmes anciens , éteints , par opposition à ceux que nous avons indiqués, si rutilants, récents, actifs , sur les bords du foyer nouveau hémorrhagique et appendus aux vaisseaux qui flottent à l’entour de l’excavation cérébrale produite par la nouvelle et plus profonde atteinte.
Un anévrysme miliaire , de la grosseur d’une tête d’épingle, se trouve entre les circonvolutions du cervelet , tout- à fait sur lasubstance grise d’une crête cérébelleuse, sur laquelle il s’est fait une petite loge excavée, teintée de rouge brun ; cet anévrysme est appendu à un vaisseau qui se distingue très-bien et qui est lui-même une branche des vaisseaux de la piemère, dont il fait tout à fait partie. Il est donc plutôt extracérébelleux.
avions vues dans Yépilepsie avec M. le Dr A. Voisin, à Bicêtre (4866); et en 4869, à la Pitié, nous les avons retrouvées dans plusieurs cas de tétanos (cerveau et moelle) , dans ceux surtout où des lésions médullaires nous parurent exister trèsnettement principalement aux renflements spinaux , correspondant aux nerfs des parties primitivement lésées.
Enfin, nous les avons observées également sur les centres nerveux d’une femme de 46 ans, qui succomba à des accidents intenses de chorée , compliquée d’une endocardite aiguë.
(Voir Bulletins de la Soc. de biologie , 4869 et 4870).
Dans la protubérance, on note deux petits foyers ocreux, un peu allongés d’avant en arrière, presque symétriques, à un millimètre environ chacun du raphê médian, celui du côté droit un peu plus prononcé que celui du côté gauche. Ils sont peu profonds, car dans une coupe faite à un demi-centimètre plus bas (coupe horizontale), on ne retrouve plus que des traces du foyer hémorrhagique ancien (couleur jaune bistre). Toutefois, à gauche existe un anévrysme miliaire , placé au confluent des pédoncules cérébelleux de ce côté.
De plus, dans un point du corps rhomboïdal du côté droit cervelet), on trouve un ancien foyer hémorrhagique avec des vaisseaux dilatés, apparents. De plus, un petit anévrysme se voit sur une des parties altérées.
Un autre anévrysme miliaire, dur, paraissant plus ancien, est encore constaté dans la substance grise du cervelet.
Cavité abdominale .
La vessie est pleine d’urine, son volume est tout à fait anormal, tant a été grande la distension. L’urine est foncée; toutefois elle ne paraît pas contenir de sang. Dans les couches de la vessie distendue, vers la partie supérieure, dans la couche sous-séreuse, les vaisseaux sont très-dilatés, et, dans plusieurs points, on trouve sur leur trajet, appendues de petites tumeurs arrondies remplies d’un sang qui paraît bien enkysté; tumeurs dures soit de la grosseur d’un grain de millet, soit un peu plus grosses (presque une groseille). On y distingue un vaisseau qui y arrive, et un autre vaisseau qui paraît en partir.
On a pu, en recherchant avec soin, en constater quatre autres pareilles dans différents points de la couche externe. Ils n’avaient point ulcéré la séreuse (1).
(1) Il pourrait s’agir aussi, dans ce cas, de dilatations vari- \ queuses de formes anévrysmales; car s’il nous fut impossible,
Sur un des point de l’intestin grêle oü les vaisseaux sont également congestionnés, on trouve une petite hémorrhagie sous la séreuse, de la grosseur d’un grain de millet : elle est formée aux dépens des artères.
La face interne de l’intestin offre l’aspect de quelques vascularisations, mais n’est point ulcérée.
Les glandes de Peyer ne sont malades dans aucun point. Pas de psorentérie.
En examinant de plus près V intestin grêle , on voit que c’est dans la partie inférieure de l’iléon que se remarquent les petites hémorrhagies qui existent dans plusieurs points, offrant des aspects un peu différents comme forme.
Dans trois points, elles se présentent comme ayant la grosseur d’un grain de millet; elles sont nettement enkystées, et ressemblent encore en cela de suite à de petits anévrysmes.
Elles sont intrapariétales, se voyant très-bien par la face interne; mais elles n’ont point perforé la muqueuse, qui n’est à leur niveau que teintée en rouge vineux, et couleur brique. Cette coloration n’est aussi que dans un petit espace arrondi.
Examinées du côté de la séreuse péritonéale, elles se voient aussi; mais de même de ce côté, sans travail consécutif, d’ulcération, ni même d’irritation vive.
Pas de trace d’adhérences.
Un examen micrographique nous montre que ce sont de véritables anévrysmes qu’on ne peut mieux comparer qu’à ceux dits miliaires rencontrés dans le cerveau.
dans ce cas, de reconnaître la composition réelle de la couche caractéristique des artères, les vaisseaux avaient subi une telle modification de structure que nous ne pûmes également affirmer aussi une véritable gaine veineuse. Comme aspect extérieur, comme volume, comme rapports, il n’eût pas été permis non plus d’assigner une différence entre une pareille altération et celle qui est bien réellement appelée anévrysme miliaire.
Dans d’autres points, il y a aussi de petites hémorrhagies pariétales, mais celles-ci ne sont point arrondies, enkystées, en forme d’anévrysmes; elles paraissent avoir lieu autour du vaisseau probablement ulcéré, rompu en un point (hémorrhagie plus diffuse et qu’on peut comparer aux anévrysmes de la gaîne également observés dans le cerveau en différents points) (1).
Dans le rein gauche qui présentait une vascularisation assez notable, se voyait aussi, au milieu de la substance corticale, mais plutôt plus près de la surface, une petite hémorrhagie, un peu plus grosse qu’une tête d’épingle, et paraissant enkyster, dans l’épanchement hématique diffus, une petite dilatation vasculaire, plus petite, centrale, et rappelant tout à fait la disposition anévrysmatique. Non loin de là se trouvaient quelques kystes de grosseur variée, presque tous à la surface, mais de contenus différents : la plupart séreux , transparents. Deux seulement offraient un liquide brunâtre sero-hématique. Ses enveloppes étaient les mêmes, mais il y avait eu mélange du sang à la sérosité ordinaire.
Cavité thoracique.
Hypostase des poumons. Dans quelques points, tendance
(1) Dans d’autres autopsies pratiquées cette même année (1868) à la Salpêtrière, nous avons eu l’occasion de rencontrer des modifications pathologiques analogues observées sur quelques vaisseaux de l’intestin , et dans plusieurs de ces cas, nous avons constaté des extravasations sanguines très-apparentes sur la face interne et des hémorrhagies dans la cavité même de l’intestin.
Dans un cas, des matières muco-sanguinolentes correspondaient exactement aux ecchymoses et aux infiltrations sanguines pariétales, qui dépendaient elles-mêmes de l’altération spéciale des petits vaisseaux avoisinants.
Dans ces cas, l’ensemble de l’appareil circulatoire nous paraissait également malade.
au passage du premier au deuxième degré de la pneumonie.
Les bronches et la trachée sont remplies d’une spurne un peu teintée de couleur hématique.
Le cœur est très-volumineux. Les parois du cœur gauche sont très-épaisses, 0,035 au maximum. L’endocarde est blanchâtre, rugueux, épais; il existe une sorte de gonflement en dos d’âne au milieu de l’anneau sous-aortique. Dans quelques points du ventricule gauche, traces d’ endocardite ancienne avec quelques petites plaques rougeâtres hémorrhagiques ne disparaissant pas sous l’eau; à ces niveaux, myocardite.
Le doigt introduit de la pointe du cœur vers l’aorte se trouve comprimé à 0,01, à peu près au-dessous de l’anneau
aortique (1).
Mensurations du ventricule gauche.
Aorte 0,075
» bord libre 0,070
Anneau aortique n n__
' bord adhèrent 0,077
Anneau sous-aortique 0,067
Valvule mitrale (face ventriculo-aortique). 0,028 Épaisseur maximum des parois du ventricule gauche 0,025
Hauteur du ventricule gauche 0,095.