‹ De la germinationChapitre 7 sur 15 · APPLICATIONS PRATIQUES. -*- CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

APPLICATIONS PRATIQUES. -*- CONCLUSIONS

Notre sujet nous fournit peu de points de contact avec la médecine, il est cependant fécond en résultats pratiques applicables aux premiers besoins de la vie de l'homme ; l'hygiène, l'économie domestique, l'agriculture et l'industrie empruntent

(1) Citer une liste d'ouvrages relatifs à «ce chapitre nous éloignerait souvent de" notre sujet, et nous en restreindrons beaucoup le résumé. D'une manière générale, on peut dire qu'en agriculture, depuis Thaër et Mathieu de Dombasle, on est rentré dans la voie ouverte par Duhamel ; les données théoriques de la science ont été beaucoup plus consultées. Les questions de semailles, la conservation des graines alimentaires et leur récolte ont participé à cette impulsion comme les autres branches de l'agronomie, mais il faudrait nous disperser sur un trop grand nombre d'ouvrages ou d'articles reproduisant souvent les mêmes aperçus scientifiques, pour que nous ne nous croyions pas en droit de nous limiter beaucoup dans cette dernière bibliographie.

1844. Dumas. Essai de statique chimique des êtres organisés.

1846-1860. de Gàspàrin. Cours d'agriculture.

1847. Ch. Robin. Des végétaux qui croissent sur les animaux vivants (Thèse)

p. 12. Germination de YAchorion.

1851. Boussingàclt. Économie rurale. — Édition postérieure. 1856. Doyére. Mémoire sur l'ensilage rationnel. 1856. Lacambre. Traité complet de la fabrication des bières et de la distillation

des grains. — Bruxelles.

1859. Payer. Précis de chimie industrielle.

1859. Clos. Considérations sur la graine envisagée au point de vue agricole

(Journ. d'agr. prat. du Midi).

1861. Mulder. De la bière (trad. par Delondre. Paris).

1861. Girardin. Leçons de chimie élémentaire appliquée aux arts industriels, 4 e édition.

aux connaissances scientifiques qui ont la germination pour objet, des données et des solutions précises qui dirigent et éclairent leurs procédés.

Il y aurait dans cette étude matière à plusieurs volumes; la seule fabrication de la bière a fourni les matériaux d'ouvrages importants, parmi lesquels je citerai celui de Mulder, traduit en français par M, Delondre. Je renvoie à cet ouvrage l'examen de toutes les données rationnelles pour sa fabrication, dues à la connaissance des phénomènes chimiques de la germination des graines et de celles de Forge en particulier. La bière est, comme on le sait, une boisson que Ton obtient avec l'eau tenant en dissolution les produits de réactions opérées pendant la germination de l'orge, et soumise à un certain degré de fermentation alcoolique. Les effets qu'elle produit sur l'économie se rapportent a la présence de l'alcool et à celle de l'acide carbonique, elle leur doit ses propriétés digestives, stimulantes et diurétiques. Son usage économique est considérable, mais son emploi en médecine est fort restreint : c'est surtout comme véhicule des principes actifs du Quinquina, de la Rhubarbe ou des bourgeons de Sapin, qu'elle a été employée; ces préparations, d'origine anglaise, sont du reste peu usitées. Boisson nutritive et chargée d'un principe amer, elle peut être salutaire chez les convalescents ou entrer dans l'ordonnance de certains régimes; mais ce sont là des emplois si variés et si peu définis, qu'ils dépendent des appréciations intelligentes du médecin plutôt que d'un formulaire de prescriptions rationnelles.

La germination possible de substances végétales, soit à la surface, soit dans les cavités du corps, est trop intimement liée chez les Cryptogames parasites à leur végétation tout entière , pour qu'il ne soit pas hors de propos d'en parler ici ; quant & celles que, d'après différents auteurs , de Candolle a rapportées de Phanérogames ayant germé dans le tube digestif, dans le conduit auditif ou dans le nez, leur authenticité et leur intérêt sont assez contestables.

L'histoire des produits de la germination, diastase, dextrine, glycose, considérés dans leurs applications à l'industrie ou dans

les utiles enseignements que la panification peut tirer de leur réaction, a été développée par M. Payen. Je dois aussi rappeler l'emploi chirurgical de la dextrine dans la confection de bandages inamovibles appliqués aux fractures (1). La science, à son tour, emprunte à l'explication rationnelle des procédés empiriques de nouvelles confirmations : l'importance d'un battage prolongé de la pâte destinée à devenir du pain, nous montre la nécessité de la présence de l'oxygène pour la production de la diastase et la transformation d'une partie de l'amidon en dextrine, nous reconnaissons là un des usages de ce gaz dans la germination. Les précautions hygiéniques de ventilation nécessaires dans les locaux des brasseries destinés à la germination de l'orge, nons montrent en grand le dégagement de l'acide carbonique qui accompagne cet acte végétatif.

Je ne ferai qu'énumérer très-rapidement les déductions applicables à l'agriculture, en renvoyant pour les détails à deux ouvrages chez lesquels abondent les déductions scientifiques rigoureuses appliquées avec ce discernement qui, s'il venait à manquer, les rendrait inutiles et quelquefois même nuisibles; je veux parler de V Economie rurale de M. Boussingault et du Cours d'agriculture de M. de Gasparin. Un simple énoncé des principales questions nous suffira, et je me contenterai d'en présenter succinctement une sorte de tableau.

Nécessité de l'action de l'oxygène de l'air pour la germination : division du sol et labours, profondeur des semis. — Influences de l'eau, de l'air et de la chaleur : procédés de conservation, ensilage. — Durée des facultés germinatives, possibilité de germination avant la maturité de la graine : choix des époques de récoltes et de semailles. — Germination des champignons parasites pendant la germination du grain de blé : chaulage, etc., etc.

En présentant en regard ces faits, je ne prétends pas dire,

(1) Velpeau, Substitution de la dextrine à l'amidon comme substance contondante dans le bandage inamovible employé pour le traitement des fractures (Comptes rendus de VAcad. des sciences, t. VI, p. 500).

bien entendu, que toutes ces pratiques agricoles aient été primitivement la conséquence des connaissances scientifiques, mais régularisées et rendues plus méthodiques, elles se sont étendues et perfectionnées, à mesure que, grâce aux expériences et aux observations scientifiques, on a mieux compris ce qu'elles avaient de rationnel.

Arrivé aux limites que m'impose mon plan dans ce résumé de nos connaissances actuelles sur la germination, jetons un coup d'oeil en arrière, et, reprenant les faits exposés et les résultats qui en dérivent, tâchons de fixer en quelques mots les idées générales et les conclusions précises qui doivent être la suite de tout travail d'ensemble.

Nous avons vu que sous l'influence de l'eau, de l'oxygène et de la chaleur, une semence germe ; que, simple et souvent réduite à une seule cellule, la spore des végétaux inférieurs était susceptible de s'accroître en une plante type. La simplicité du phénomène initial est alors largement compensée par la complication, j'allais presque dire la confusion des germes de toute espèce fécondés ou non fécondés, capables d'une évolution initiale identique.

Passant à des Cryptogames d'une organisation plus complexe, nous avons vu la cellule embryonnaire, restée simple, ne pouvoir donner naissance au végétal type que par une métamorphose de celui qu'elle produit d'abord : de l'œuf est née une larve qui est devenue l'être parfait (Marchantia, Mousses, etc.). Bientôt cette larve s'individualise en portant les organes sexuels ; de sorte qu'ici, contrairement à ce qui se passe dans le règne animal, c'est la phase asexuée qui est celle où le végétal atteint sa plus grande perfection (Fougères). Dans les types plus rapprochés des Phanérogames un embryon se dessine pendant la germination, enfin chez ceux-ci il est déjà tout formé à ce moment, et reproduit les caractères de la plante mère ; sa germination consiste dans le simple accroissement de toutes ses parties ; des réactions chimiques variées sont la condition de ce phénomène complexe, et nous avons vu, suivant l'expression de M. Dumas, la plante se faire animal, brûler du carbone et

de l'hydrogène, et produire de la chaleur ; mais nous savons que, dans la suite de sa vie, si elle développe un bourgeon, si elle féconde une fleur, si elle mûrit un fruit, les mêmes phénomènes se reproduiront. Nous sommes donc en droit de dire que la période germinative d'une plante n'est pas un fait isolé et sans connexion, d'une part, avec les développements anatomiques de toute gemmation simple, de l'autre, avec les lois générales de la nutrition végétale.

Deux idées antérieures dominent celle de germination : l'une très-générale la reproduction ; l'autre, plus définie, la fécondation. Chez les végétaux inférieurs, par suite de l'état encore incertain de la science et des transitions nombreuses que leur étude nous présente , la germination nous apparaît comme un simple acte reproducteur , quelle que soit la provenance du corps qui en est l'agent; chez les végétaux supérieurs, la germination se définit d'une manière tout à la fois simple et vraie en partant du seul point de vue de l'embryon fécondé : la série des phénomènes qui amènent cet embryon à s'accroître, à développer ses parties pour donner naissance à une plante capable de vivre et de se suffire à elle-même.

Maintenant, si je voulais caractériser les nuances qui m'ont obligé à élargir cette dernière définition, je distinguerais trois classes de germination, groupement auquel je n'attache aucune autre importance que de résumer lesfaits quej'ai passés en revue, faciliter l'étudede ces faits et la lecture d'un grand nombre d'ouvrages, dans lesquels l'idée de germination s'est généralisée et étendue bien au delà de la définition précédente. Je distinguerai donc: Une germination prœterembryonnaire ou extraembryonnaire, celle qui est propre aux corps reproducteurs des végétaux inférieurs, qui ne peuvent être considérés comme des embryons : c'est une véritable gemmation (1 ) ; une germination proem-

(1) Je ne lui conserve le nom de germination qu'en vue des rapports physiologiques et anatomiques très-intimes qu'offre ce mode de multiplication avec la germination des spores fécondées, et aussi parce que l'usage a oonuacré cette analogie dans lei outrages de cryptogamie.

bryormaire, celle qui comprend deux phases séparées par la formation d'un proembryon -: dans eertains cas, l'une des deux phases a pour origine une germination extraembryonnaire; enfin une germination embryonnaire, la seule à laquelle Rapplique ce nom d'une manière incontestable, c'est celle des Phanérogame» et d'un grand nombre de Cryptogames. Pour embrasser dans une vue d'ensemble tous les faits groupés dans ces trois divisions, sans rien préjuger sur la nature des corps reproducteurs qu'il faut savoir laisser encore indécise, nous sommes amené à dire que ta germination prise dans son sens le plus large est la dernière phase des fonctions de reproduction chez les végétaux.

Enfin nous avons vu, en terminant, de combien de connaissances scientifiques directement applicables cette étude était la source, et nous pourrions à cet égard la présenter en réponse à ceux qui, niant la valeur des études théoriques, n'y voient que l'expression d'une tendance spéculative, sans valeur réelle et sans résultat utile.

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