Fournieri Des Glossites tertiaires
centuée se traduit par un ensemble de symptômes merveilleusement faits pour égarer le diagnostic, h saVoir : langue complètement et quelquefois même considérablement modifiée comme aspect ; — inégale, bosselée, mamelonnée sur sa face dorsale ; — irrégulière et comme tuberculeuse sur ses bords, déformée surtout vers la pointe, — offrant des îlots lisses, dépapillés, grisâtres, blanchâtres ou même nacrés ; sillonnée des stries transversales, antéro-postérieures ou obliques : — indurée dans une étendue variable, spécialement vers la région antérieure, là où le contact de la pipe ou l’abord direct de la fumée exerce surtout son action irritante ; — érodée enfin ou même, dans un degré extrême, véritablement ulcérée sur divers points ; etc. »
Mai s ce qui caractérise cette affection existe également presque toujours aux commissures labiales.
Mais, ce qui rend le diagnostic beaucoup plus difficile, c’est lorsque le malade est sous la double influence du tabac et de la vérole. Les symptômes sont alors associés, et il est impossible d’isoler une glossite au bénéfice de l’autre.
Glossite exfoliatrice. — Outre les symptômes énumérés plus haut, ce qui la différencie absolument des syphilides, c’est tout un ensemble de caractères dont les principaux sont les suivants :
r Résistance au traitement général.
2° Résistance à la cautérisation et aux topiques.
S'" Durée très longue et presque indéfinie de la lésion.
4” Persistance parfois indéfinie de la lésion exactenient sons la même forme.
Plaquer muqueuses érosrves. — M. le professeur Corm\ \ avant de décrire ce type de plaques muqueuses, constate que le mot érosion n’est pas anatomiquement [>ien défini, et propose de considérer comme telles, la disparitionde toutes les couches épidermiques superlicielles ou cornées à l’état normal, les cellules ou plaques de cellules s’en allant isolément.
Ces plaques muqueuses ne sont nullement saillantes et leur dimension est le plus souvent assez restreinte. Bien que leur forme ne soit pas très régulière, le plus généralement l’érosion est lenticulaire ou légèrement ovoïde, le fond desquamé est rosé ou rouge et elles siègent sur la face dorsale ou sur les bords ({ui, après récidive, deviennent fissurés. Les alcools, les aliments chauds et les aliments un peu durs tels ([lie la croûte de pain ou les noisettes occasionnent une douleur assez vive.
Plaques lisses (Fournier) ^ fauchées en prairies (Gornil) ^
J’emprunte h M. Fournier sa remarquable desrription des plaques lisses.
(( La syphilis détermine quelquefois sur la langue, dans la période secondaire, une éruption spéciale (spéciale du moins quant à sa physionomie, quant à ses caractères apparents), et qu’on ne retrouve sur aucun autre point. Cette éruption consiste en des plaques plus ou moins étendues qui se localisent exclusivemenl sur le dos de la langue, plaques tantijl circonscrites
1. Leçons sur la syphilis faites n Vhôpiial Loiircinc, 1879, p. 127.
2. Fournier. — Lerons sur la syphilis professées îi l’hôpital Lourcine, 1® édition, n. b64.
et lenticulaires, tantôt étalées sur une assez large surface, rougeâtres et d’un rouge plus vif notamment que celui des parties saines environnantes, régulières de contour plutôt que déchiquetées et assez souvent arrondies ou ovalaires ; plaques non éroswes (notez bien cela), et différant des érosions en ce qu’eUes ne se laissent pas colorer en blanc par le nitrate d ’argent ou le nitrate acide de mercure ; — plaques enfin remarquablement lisses, comme polies ou vernies, contrastant en cela, par conséquent, avec l’apparence villeuse, des tissus voisins. On dirait, à voir ces plaques, que les papilles linguales ont disparu à leur surface, qu’elles ont été rasées. Cette dépapillation (pardonnez-moi le barbarisme), est-elle réelle ou n’estelle qu’apparente, je ne saurais le dire, n’ayant pas encore eu l’occasion d’examiner poU mortem une langue affectée de la sorte. Toujours est-il que de visu les papilles ne sont plus appréciables au niveau de ces plaques, et c’est là précisément ce qui donne à cette lésion un aspect tout à fait spécial. »
Glossite syphilitique dépapillante. — Cette forme est probablement un des modes de début de la glossite scléreuse superficielle.
L’observation suivante que j’ai prise sur un syphilitique entré le 16 avril à la salle Saint-Louis, dans le service de M. Fournier, me servira de description clinique.
Cet homme, âgé de quarante-quatre ans, porteur à la halle, est d’une constitution robuste.
Il a contracté iin chancre au mois de décembre 1880. Ce chancre se convertit peut-être in situ en syphilide à forme phagédénique qui força le malade à entrer au Midi le
:^9 mars 1881. Pansement avec pommade au calomel et cautérisations au crayon de nitrate d’argent. Quatre pilules de proto-iodure chaque jour, et deux bains de sublimé par semaine. Ne s’est plus soigné après sa sortie et peu de temps après la roséole apparut ainsi que des plaques muqueuses de la bouche.
Rentré le 3 juin chez M. Mauriac (même service). Cautérisation, deux cuillerées de sirop de Gibert chaque jour. B. suif. Sorti au bout de 17 jours.
J’indique ici une fois pour toutes que jamais ce malade ne s’est soigné en dehors de rhôpital.
Rentré le 28 juillet, salle Saint-Jean à Saint-Louis, pour des syphilides généralisées. Sirop de quinquina bi-ioduré (2 cuillerées premier mois et 4 le second, chaque jour.) — Séjour de deux mois. Sorti parce qu’on croyait que le malade ne prenait pas ses médicaments, aucune amélioration ne s’étant produite. Il affirme qu’il prenait ses médicaments.
Rentré 3 jours après chez M. Ollivier. — 2 pii. proto-, et ensuite iodure de potassium de 2 à 6 gr. Reste deux mois 1/2 et sort sans amélioration le 13 décembre.
Entré le 17 octobre chez M. Fournier. Friction depuis 4 gr. jusqu’à 16 gr. — Pas d’amélioration. Alors 2 et 3 pilules de sublimé avec 3 gr. de Kl. Quinze jours après ce traitement les syphilides régressaient. Sorti le l®** avril 1882 presque totalement guéri.
Rentré le 25 mai pour des gommes multiples qui ont laissé des cicatrices sur l’avant-bras droit, la jambe droite et le sommet de la tête. Séjour de six semaines avec 2 et 3 pii. de sublimé et 4 gr . de Kl. — Sorti le 8 juillet.
Rentré le 20 juillet pour gommes et onyxis (indicateur des deux mains et médius gauche). Même traitement, pansement Vigo Sorti au bout de trois semaines.
Du 21 septembre au 7 avril, traitement de 4 mois 1 /2 en trois fois pour des syphilides plantaires et du nez.
Etant sorti la dernière fois le 7 avril, il vient le 12 à la salle Saint-Louis et présente une langue dont je pris le schéma ^ (Voir schémas 1 et 2 de cette observation).
Dans les parties desquamées, la muqueuse était complètement lisse, la surface était fauchée en prairie, les papilles l asées au lieu du velours de la langue. Il existait une partie de la muqueuse où les papilles avaient résisté, et cela ressemblait à une écharpe placée en sautoir sur la langue. La sensibilité était très grande, le malade croyait sa langue tuméfiée; sa parole était embarrassée et presque tous les aliments étaient douloureux.
Quinze jours après, les papilles apparaissaient et se recouvraient rapidement de leur couche épithéliale, la sensibilité disparaissait et au bout d’un mois la guérison était presque complètement terminée.
Glossite scléreuse^ superficielle ou dermique. — >’ous résumons ici la description de M.le professeur Fournier. Elle est caractérisée cliniquement par des indurations superficielles , étalées, unique-
ment formées aux dépens du derme, les tissus sousjacents restant indemnes.
Elle se présente sous deux formes :
r Sous forme d’îlots ou plaques isolées, arrondies ou ovalaires, de la dimension d’une pièce de 20 centimes, quelques-unes plus petites, «grandes comme une lentille ou un grain d’orge. Leur bord est parfois irrégulier, surtout quand elles siègent sur les bords de l’organe.
Elles donnent à la pression la sensation d’une rénitence insolite comme s’il existait dans la muqueuse un disque de parchemin ou de carton.
Leur surface présente les caractères suivants : Rougeur foncée, d’un ton cerise sombre ; aspect uni, lisse, comme dépapillé sans traces d’érosion.
Ajoutons que ces lésions sont généralement planes.
sans saillie appréciable, formant cependant parfois un petit relief papuleux.
La seconde variété ne diffère de la première que par la configuration de la lésion qui se présente sous forme de plaques-continues de 2 à 5 centimètres carrés, parfois davantage.
La marche est essentiellement chronique et peut durer de longues années, quinze ans et même plus. Les plaques, à la longue, peuvent présenter un aspect blanchâtre dû à un processus scléreux qui s’établit dans l’intimité de la muqueuse, sans ulcération préalable. Dans ce cas, elles offrent un aspect parqueté dû à des sillons se croisant irrégulièrement dont les uns, les transversaux, sont plus marqués.
A la longue, comme épiphénomène, on observe habituellement des gerçures ou crevasses dues, non pas à un processus ulcératif de nature spécifique, mais à des ruptures ou déchirures mécaniques se produisant facilement sur une muqueuse désorganisée. Des excitations surajoutées, telles que le contact des aliments, de dents ébréchées, du tabac, font alors apparaître le symptôme douleur qui avait manqué jusqu’à présent. La cicatrisation est lente et les cicatrices se rouvrent d’une façon presque assidue, presque indéfinie.
Enfin, il existe une disposition normale delà langue qu’il faut bien connaître pour ne pas croire qu’elle est pathologique. La langue présente un certain nombre de sillons qui s’entrecroisent dans tous les sens. C’est ce que M. Fournier décrit sous le nom langue montagneuse et les Lyonnais sous le nom de langue scrotale ; mais les malades interrogés disent qu’ils ont toujours vu leur langue dans cet état et. qu’ils n’en ont
jamais souffert. On ne constate en effet ni changement de coloration, ni lésions inflammatoires. C’est une disposition normale de laquelle le clinicien doit être prévenu.