Collection particulière de M. Fournier, n
qui était le fils d’un malade que j’avais traité quelques années auparavant pour des sypliilides tertiaires de la gorge. Ce concours de circonstances me fît penser que ceslésions devaient, dans l’un comme dans l’autre cas, être rapportées à la syphilis.
» Ce fut plus tard seulement, qu’ayant eu l’occasion d’observer d’autres exemples absolument identiques sur des sujets non suspects de syphilis, que je fus forcément conduit à mettre en doute l’influence de la diathèse sur cette lésion. Depuis lors, soit dans cet hôpital, soit en ville, j’ai rencontré plusieurs autres cas du même genre sur des sujets absolument indemnes de diathèse syphilitique; et j’ai pu de la sorte acquérir la conviction formelle que cette lésion, bien que se produisant occasionnellement sur des sujets syphilitiques, ne relève cependant pas de la syphilis. »
Malgré l’autorité d’un maître aussi compétent, et bien que les faits rapportés plus haut ne laissent subsister aucun doute relativement à l’hérédité, je tiens à signaler quatre cas .dont trois sont empruntés à des observateurs autorisés et dont un fait l’objet de ma quatrième observation. Il s’agit d’un enfant de O ans 1 /2 atteint de glossite exfoliatrice marginée depuis le début de la vie. Le père et la mère interrogés séparément m’ont répondu négativement lorsque j’ai recherché sur eux la syphilis ; et, ils l’ont fait, je puis le dire, avec une entière bonne foi, car ils sont entrés dans des confidences qui doivent coûter certes autant que l’aveu de cette maladie. L’enfant cependant, et je tiens à le noter, présentait quelques traces de rachitisme comme l’indique l’observation. C’est en vue de
cette indication que j’ai insisté un peu précédemment sur les manières de voir actuelles relativement au rachitisme.
Le second cas concerne une communication orale que je dois à l’obligèance de M. Vidal. Le fils d’un do ses clients, âgé aujourd’hui de dix-huit ans, présente depuis sa naissance FalFection linguale qui nous occupe. Le père et la mère n’ont jamais présenté de lésions syphilitiques, mais sont arthritiques, ainsi que le fils qui a eu quelques poussées d’eczéma sous les bras. Le grand-père paternel était goutteux.
Unua, qui combat aussi les idées de M. Parrot, cite en terminant, comme preuve que cette lésion n’est pas de nature diathésique, le cas de son enfant atteint à lage de onze mois, lui n’étant pas syphilitique.
Enfin, M. Spillmann, agrégé à la faculté de médecine de Nancy, nous disait dernièrement dans le service de M. Fournier que son enfant avait été affecté de cette lésion peu de temps après sa naissance, bien que lui ne fût pas syphilitique. M. Spillmann ayant eu l’amabilité de m’envoyer depuis l’observation, je la publie la cinquième.
Eh quoi ! vous êtes en présence d’une lésion dont tous les petits malades même observés par M. Parrot ne sont pas syphilitiques, et vous voudriez la rattacher à la syphilis ! Vous avez de plus les observations si autorisées de médecins des hôpitaux et de professeurs qui viennent vous dire qu’ils ne sont pas syphilitiques et que leur enfant présente cette desquamation delà langue et vous persisteriez dans votre manière de voir ! Alors, il nous sera permis de croire à une idée préconçue, et cela sera d’autant plus grave que ceux qui
partageront vos opinions, ou les accepterontlégèrement pourront soumettre, avec plus ou moins de sagacité, leurs malades à un traitement peut-être dangereux.
C’est grâce aux observations qui m’ont été communiquées, que je suis arrivé à ne pas admettre l’opinion d’un des professeurs les plus éminents de la faculté, et ma conviction faite, à combattre sa doctrine, malgré tout le respect que j’ai pour lui.
Ce qui est admissible, jusqu’à présent, c’est que les syphilitiques, atteints comme les autres et occasionnellement, le sont peut-être en raison de l’irritation produite sur la langue par la diathèse ou même par le traitement.
Une coïncidence admise par Barthez, Gubler, Bridou, Caspary et Yanlair, c’est la coïncidence avec les troubles dyspeptiques. Nous ne nions pas le fait bien que ce mauvais état des voies digestives ne soit pas général.
Quant à ce que M. Gautier appelle la forme accidentelle ou aiguë de la desquamation à découpures , nettes, et observée par Bergeron dans une fièvre typhoïde, par Barthez, Caspary et Vanlair chez des sujets atteints de troubles des voies digestives, je me demande si quelquefois la desquamation n’aurait pas été une glossite cachecûque absolument différente de la maladie qui nous occupe et dont il sera fait mention au diagnostic.
Les personnes débilitées soit par une prédisposition naturelle, soit par une maladie chronique, soit en convalescence, sont-elles plus prédisposées que les autres à la glossite exfoliatrice ? Pour Gubler, Bridou, Caspary et Gautier, ce dernier pour une forme de l’af-
fectioii, üii peut dire oui. Je rencontre moi-même, sur mes sept observations, trois malades dont l’état général n’est pas très satisfaisant ; mais, ce n’est pas un fait général et il n’y a là encore probablement qu’une coïncidence ou au plus une prédisposition.
Deux observations de Bridou lui font admettre l’hérédité ainsi qu’à Gubler. La femme qui fait le sujet de ma seconde observation me parle de sa mère qui a une affection de la langue qui n’est autre que la langue montagneuse de M. Fournier ou langue scrotale des Lyonnais.
M. Gautier parle d’une communication orale qui lui a été faite relativement à la coïncidence d’oxyures et de lombrics avec la desquamation linguale. Mœller note la même coïncidence avec le tœnia et M. Damascliino ^ prétend qu’elle prédispose au muguet ; mais je ne fais que signaler ces faits, n’ayant dans aucun de ces cas la description de la glossite ellemême.
Enfin, avant d’en arriver à l’opinion d’Unna, je dois rappeler l’hypothèse émise par Gubler, hypothèse d’un parasite que personne n’a pu découvrir malgré des recherches minutieuses.
Unna émet fhypothèse d’une trophonévrose. Il suit la nomenclature d’Auspitzet prétend que cette affection doit trouver sa place parmi les dermatoses névritiques avec évolution acy clique (Auspitz, Si/stêm.Ul, 2). On devrait la mettre à côté de l’érythème névritique à forme vésiculeuse et bulleuse comme une forme kératoly tique.