‹ De la glossite exfoliatrice marginéeChapitre 4 sur 15 · Fournier, Leçon clinique · texte numérisé non relu

Fournier, Leçon clinique

ANATOMIE PATIIOLOGIQÜE

M. Balzer, ayant eu l’amabilité d’examiner à plusieurs reprises ce que pouvait donner^ comme préparation microscopique, le raclage de la muqueuse linguale tant sur le liseré que sur la partie exfoliée et la partie saine, nous a dicté les renseignements suivants pendant l’examen.

Raclage du liseré. — Les papilles sont recouvertes de filaments et de spores de leptothrix beaucoup moins nombreux qu’à l’époque du premier examen, probablement à cause du traitement. Les spores sont peu nombreuses contrairement aux filaments. Le jour où fut faite la première préparation, le raclage d’une langue saine permit de constater la présence d une quantité de leptothrix plus considérable. 11 y en avait davantage aussi sur les parties saines de la langue.

Si on examine l’épithélium de la partie de la langue qui peut être considérée comme non atteinte sur le même malade, on trouve aussi de petites spores rondes placées dans l’intérieur des cellules et beaucoup plus volumineuses que celles du leptothrix. D’ailleurs le parasitisme est beaucoup plus marqué dans les régions saines que dans les régions desquamées où on ne le rencontre presque pas.

Sur un grand nombre de points, on trouve des papilles dans lesquelles on voit, avec la plus grande netteté, des cellules ayant subi la transformation cavitaire, au point que les noyaux et la plus grande partie du protoplasma ont disparu, et que les cellules sont réduites à leur partie cornée périphérique par laquelle elles restent adhérentes les unes aux autres. C’est ce qui se produit du reste dans toute inflammation épidermique.

Cela indique une lésion inflammatoire de la langue et bien probablement le derme lui-même est enflammé superficiellement. Outre les spores du leptothrix, on trouve des spores, elliptiques et rondes, parfois en bissac : il est facile même de distinguer le double contour de quelques-unes.

Ces spores sont analogues à celles que l’on rencontre sur les noires, mais beaucoup moins nombreuses. On ne peut pas attribuer la desquamation delà langue à leur présence, pas plus qu’à celle du leptothrix.

En résumé, lésion iiiQammatoire très superficielle de la langue intéressant principalement l’épiderme et probablement aussi la partie la plus superficielle du derme, et dans laquelle le parasitisme n’entre pour rien.

Si la production de papilles filiformes était admissible, dans le court laps de temps que met l’épithelium à se reformer, à mesure que le liseré s’enfuit, je croirais presque à l’atrophie de ces petites papilles, à cause du contraste qui existe souvent entre la partie centrale des plaques et le côté sain, ce dernier ayant une apparence villeuse que n’a pas conservée la

région exfoliée. 11 est bien entendu qu’il n’est pas question des papilles nouvellement dépourvues de leur gaine épithéliale, puisque dans une largeur de 2 mm. environ le long du liseré, toutes paraissent en quelque sorte érigées. Je suppose plutôt que la dénudation et l’apparence de dépression au centre de la plaque sont le résultat d’une nouvelle couche d’épithélium, encore imparfaitement développée, limitée par des papilles tout récemment exfoliées, et par un liseré surélevé, comme je l’indiquerai à la description de la lésion.

L’étude de la langue a été faite sur des coupes seulement par M. le professeur Parrot et par M. Martin, chef de son laboratoire. Chez trois sujets, ditM. Parrot il nous a été donné de constater, à quelques nuances près, les même particularités. Sur les coupes, pratiquées perpendiculairement à la surface linguale, il est aisé de voir qu’au niveau des points malades, l’épithélium est tuméfié et plus épais. Les cellules de la ccuche cornée ontaugmenté de volume ainsi que celles du corps de Malpighi, qui est, en outre, le siège d’une prolifération cellulaire plus active. Enfin, et j’appelle tout particulièrement votre attention sur ce point : on constate dans les papilles et dans les portions sousjacentes du derme, autour des vaisseaux, un grand nombre de corpuscules, lymphoïdes, disséminés ou en groupe plus ou moins compacts. J’estime que le derme est le siège principal etprimitifde l’affection, et que les manifestations superficielles, les seules apparentes durant la vie, sont d’ordre tout à fait secondaire et consécutives .

ÉTIOLOGIE

Observée depuis peu d’années et l’anatomie pathologique n’ayant pu en être faite complètement, nous en =

verrons plus loin la raison, on reconnaîtrait presque :

autant de causes diverses de la glossite exfoliatrice jj

marginée qu’il y a eu d’auteurs à la signaler. f

Bergeron l’a vue se développer chez des sujets vali- j

des ou convalescents et suppose qu’elle ne se lie à aucune diathèse. i

Gubler prétend qu’elle se transmet aux descendants, note seulement la coïncidence avec des troubles dyspeptiques ou une certaine faiblesse de constitution, ' j et conseille de rechercher le parasite malgré ses résul- j j tats négatifs.

La faiblesse accidentelle ou constitutionnelle ainsi y

que l’hérédité, paraissent plus positives à Bridou I comme causes occasionnelles sinon originelles.

La coexistence des troubles dyspeptiques admise par Gubler et Bridou l’est aussi par Barthez, Caspary et Yanlair. Ce dernier nie Lherpétisme comme Gubler et n’ose infirmer l’hérédité, bien qu’il ne l’ait pas rencontrée. Le sexe féminin constituerait une prédisposition manifeste ; mais les sillons plus ou moins pro- |

fonds qui ont été pris pour un état physiologique spé- !

cialdela muqueuse sont peut-être le résultat d’une altération morbide antérieure. *

Une cause unique, entièrement spécifique, est alors signalée par M. Parrot dans ses cliniques de 1881, sur la syphilis héréditaire.

La Glossite exfoliatrice margïnée est-elle une syphilide desquamative ? Si oui :

1® Tous les sujets atteints auront des lésions manifestement syphilitiques et seront nés de parents contaminés ;

2° Il n'y aura pas une exception certaine ; c’est-àdire, qu’on ne rencontrera pas un malade chez lequel on pourra nier tout accident spécifique héréditaire.

I. — Tous les sujets atteints ont-ils des lésions manifestenient syphilitiques et sont-ils nés de parents contaminés ?

La statistique de tous les cas cités jusqu’à ce jour a été faite d’une façon très sérieuse par M. Gautier qui trouve sur un total de 64 cas 44 syphilitiques ou possédant des antécédents de famille suspects et 20 cas exempts de tout signe spécifique.

« Peut-être, ajoute l’auteur, pourrait-on alléguer • que tous ces cas n’ont pas une valeur égale, n’ayant pas passé sous l’œil exercé du même observateur ; mais, sur les 46 malades de M. Parrot, il y en a cinq chez lesquels lui-même n’a rien trouvé de suspect, et ce fait seul me paraît suffisant pour qu’on puisse en conclure que la des([uamation linguale n’est pas une syphilide. Du moment, en effet, où la desquamation linguale à forme festonnée peut exister sans syphilis, c’est qu’elle n’est pas elle-même une syphilide. »

Si nous ne considérons que les malades de 3L Pai-

rot (31 cas cités d’une part dans le Progrès médical du 12 mars 1881, et 15 autres dans le Progrès médical du 11 juin 1881), nous trouvons dans les 31 premiers 28 enfants qui portent des marques de syphilis héréditaire et parmi les 15 autres, 13 vérolés, 1 sur lequel les marques manquent de netteté et 1 complètement indemne. 31. Parrol ne trouve donc lui-même, sur ces 46 malades, que 41 qui portent des traces incontestables de syphilis héréditaire.

Les 31 premiers cas classés au point de vue de l’âge dénotent que l’affection est infiniment plus fréquente de six mois à trois ans que de trois ans à six ans de même que la syphilis héréditaire est plus active à cette période de la vie. Cet argument, qui n’aurait qu’une valeur très secondaire, quand bien même il serait prouvé que c’est l’âge où l’affection estsurtout commune, n’a aucune raison d’être en face du peu d’observations acquises à la science jusqu’à ce jour. Il en est de même de l’analogie avec les syphilides en plaques de la peau au point de vue de la tendance à la marche excentrique, la dermatologie nous offrant plusieurs exemples de maladies guérissant du centre à la périphérie.

En résumé, les petits malades des enfants assistés examinés par 31. Parrot ne sont pas tous pour lui manifestement syphilitiques héréditaires ; et cependant nous ne doutons pas qu’il n’ait bien recherché la diathèse.

31ais notre réfutation devient beaucoup plus facile lorsque nous envisageons les caractères qui permettent à 31. Parrot de ranger ses malades parmi les vérôlés. Combien de cliniciens admettent en effet que

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le rachitisme ou toutes les lésions dentaires, si bien décrites par Hutchinson, soient nécessairement d’origine diathésique? Nous ne nous tromperons pas en disant fort peu; et certes, le plus grand nombre, ne considérant ces affections que comme dues à' des troubles nutritifs, ne rejetteront pas d’emblée la syphilis, mais l’accepteront au plus sur le même pied que l’alimentation défectueuse, un sevrage trop précipité, etc. On oublie aussi peut-être beaucoup trop aujourd’hui les expériences de J. Guérin, citées dans Trousseau, sur les chiens qui, nourris avec delà viande crue, au bout de peu de temps devenaient rachitiques tandis que ceux de la même portée qui continuaient à téter devenaient robustes.

Non certes, il ne suffit pas qu’un enfant rachitique soit né d’un père syphilitique pour que cette vérole si incriminée soit immédiatement cause de tout le mal. Les statistiques entre certains pays humides et pauvres où cette maladie constitutionnelle est peu commune contrairement au rachitisme, nous donneraient encore raison, si on les comparait avec celles de Paris où cette diathèse est malheureusement si fréquente. La cupidité des classes riches ainsi que nos conventions sociales forcent en effet le jeune homme à reculer l’époque du mariagejusqu’au moment où une situation lui permettra de contracter une union dite de raison où il apportera alors en dot le plus souvent une santé affaiblie par la diathèse qui nous occupe. Combien sont fréquentes en effet les causes de transmission de cette maladie à cette époque de la vie où un célibat forcé jette tous les jeunes gens dans des aventures si souvent renouvelées !

En résumé, beaucoup de sujets atteints de glossite exfoliatrice marginée n’ont pas de lésions manifestement syphilitiques, et le nombre est plus considérable si l’on ne considère pas le rachitisme comme d’origine spécifique.

IL— Il n'y aura pas une exception certaine; c'est-àdire, qu'on ne rencontrera pas un malade chez lequel on pourra nier tout accident spécifique héréditaire.

M. Fournier s’exprimait ainsi devant nous, relativement à l’étiologie de cette affection linguale :

• <( En 1876 j’observai pour la première fois une lésion singulière de la langue principalement constituée par une exfoliation que limitait une sorte de bourrelet blanchâtre périphérique. Le malade sur lequel j’observai cette lésion était manifestement syphilitique, et ne présentant d’ailleurs aucun autre trouble de la santé, je crus avoir affaire à une lésion d’ordre syphilitique, et je qualifiai, non sans quelque hésitation, la lésion sus- dite du nom de glossite secondaire circinée. Je fis mouler la pièce par notre habile artiste, M. Jumelin, et vous la retrouverez au musée ^ sous le n® 290.

» Plus tard je rencontrai deux cas semblables, et un malheureux concours de circonstances voulut que dans ces deux cas les malades fussent également affectés de syphilis. Dans le premier, il s’agissait d’une malade qui vint à l’hôpital, affectée de divers accidents de syphilis secondaire et qui présentait en outre une glossite exfoliatrice de forme circinée. Dans le second cas, j’avais affaire à un enfant de quatre mois qui ne présentait, il est vrai, aucun signe de syphilis, mais

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