‹ De la glossite exfoliatrice marginéeChapitre 8 sur 15 · SYMPTOMES · texte numérisé non relu

SYMPTOMES

Les quelques descriptions faites jusqu’à ce jour ne concordent pas d’une façon absolue ; et certes, nous ne croyons pas devoir recommencer ni même accepter la division en plusieurs formes proposée surtout par Gautier et un peu par Vanlair.

Cette classification, loin d’apporter au sujet une certaine netteté, expose le lecteur à confondre les affections desquamatives de la langue qui sont si variées et qu’à peine on commence à distinguer les unes des autres.

La marche la plus rationnelle à suivre, c’est de décrire d’abord un type clinique de la lésion et d y ajouter les symptômes secondaires ou les diverses variétés de forme, d’autant plus que, chez tous nos malades, nous les verrons tantôt unies, tantôt se remplaçant plus ou moins les unes par les autres.

M. Fournier s’exprimait de la façon suivante dans sa leçon clinique :

<( Les caractères objectifs essentiels de la maladie sont les deux suivants :

» 1° Exfoliation linguale ;

» 2*" Liseré blanc périphérique.

» Pour l’exfoliation c’est un phénomène commun à uoml)re d’états morbides de la langue et par lui-même cosigne serait insuffisant à accuser la spécificité de la maladie.

)) Mais il n’en est pas de même du bourrelet circonférentiel qui, lui, est presque absolument caractéristique, ^fcwson des particularités suivantes : 1® élevure notabl^HIdessus des parties périphériques saines ou malades ; 2° coloration blanche ou grisâtre de ce bourrelet (je n’ai pas encore observé cette teinte jaunâtre dont il a été fait mention par quelques auteurs) ; 3® si-' nuosités de ce bourrelet décrivant parfois des arcades multiples analogues au contour des syphilides circinées en groupe, ou même plus capricieuses en quelques cas et véritablement géographiques.

» Mais ce qui, plus encore que ces deux attributs objectifs, contribue à attester la spécificité de la lésion, c’est un caractère d’évolution. Ce caractère bizarre, étrange, surprenant, c’éstla mobilité du bourrelet périphérique. Si ce n’est d’un jour à l’autre, tout au moins d’une semaine à l’autre, la lésion semble se déplacer, si bien que les arcades situées aujourd’hui sur un point occuperont dans quelques jours un point opposé. La lésion très positivement semble comme

ambulante. Du moins, elle est sujette à des variations

de forme et d’aspect qui sont, je le répète, absolument surprenantes. »

Afin de compléter cette symptomatologie où se trouvent énoncés les trois caractères principaux,' je vais citer maintenant ma première observation qui se rapproche le plus de ce que j’appellerai le type clinique de la maladie, tout au moins chez l’adulte, certains

caractères étant un peu moins accusés chez l’enfant, comme cela sera indiqué plus tard.

Observation I ( Personnelle). Voir Schémas et PL II, fig. 1 et 2.

Le nommé B..., Louis, âgé de 25 ans, est entré le 26 février dans le service de M. Fournier.

Antécédents indirects. — Le père et la mère ex^A^t encore ainsi que sept frères ou sœurs qui sont tous ‘^n portants. Aux questions posées en ce qui concerne le rhumatisme, les névroses, la syphilis, la scrofule, les dermatoses relativement aux membres de sa famille, les réponses sont toutes négatives. Un de ses frères a eu mal aux yeux dansPenfance.

Antécédents directs. — Aucune maladie aiguë jusqu’à ce jour : pas plus de migraines, de rhumatismes, de névroses. Ne tousse pas et n’a éprouvé ni traumatisme de la langue ni émotions vives. Pas de syphilis ; une blennorrhagie seulement.

Quelques croûtes dans les cheveux pendant son enfance e^ poussées d’eczéma derrière les oreilles jusqu’à l’âge de neuf ans.

Le malade accuse en outre des furoncles énormes dans son jeune âge et un il y a deux ans dont il porte les cicatrices.

Il a remarqué lalésion actuelle il y a dix-huit mois environ, lésion qui débuta par le bord latéral droit. A ce moment le malade fumait un peu, mais très peu, une ou deux cigarettes par jour ; mais en revanche il buvait beaucoup ; au minimum trois chopines de vin et quatre ou cinq verres d’alcool. Il ne fume plus maintenant.

Pendant ces deux années, il y a eu des périodes pendant les- (pielles la langue paraissait presque saine ; mais on voyait bientôt la lésion débuter à nouveau sous forme d’un petit point blanc qui s’étendait progressivement. De plus, à certains intervalles, le bord de la langue était à vif.

État actuel. — Bien que de taille moyenne, cet homme est bien musclé et paraît doué d’une constitution assez robuste.

Ses dents, dont pas une nest cariée, présentent du coté droit une coloration noire à la suite de nombreuses cautérisations au nitrate d’argent que le malade a faites sur ses gencives et sur sa langue. Les dents sont bien rangées, ne présentent aucune altération ; mais les molaires inférieures et supérieures droites sont un peu usées comme des dents de ruminants.

Sur la partie moyenne et un peu postérieure du bordlatéral droit de-la langue existe une lésion superficielle constituée paruneÇlaque ovalaire, à grand axe longitudinal, à petit axe vertical, sur laquelle la couche supérieure de l’épithélium lingual semble manquer totalement ; de telle sorte qu’on voit les papilles de la langue comme exfoliées. Deux papilles fongiformes sont bien visibles sur cette lésion. Cette plaque est limitée par un bord assez net, sinueux, mais décrivant, d’une façon générale, presque les 3/4 d’une circonférence. Ce liseré est constitué par une petite bordure blanche dont la limite externe est très-nette et dont la limite interne (vers le centre de la plaque) est moins régulière. Il paraît constitué par une série de petites papilles recouvertes de cette matière blanche et agglutinées en quelque sorte de manière à constituer la bordure. La largeur de cette bordure, un peu variable, est en moyenne de 1 mm. environ. Cette première circination a sa concavité dirigée en bas, et vers la partie inférieure du bord externe on voit un tout petit point blanchâtre formant déjà une petite sinuosité à concavité dirigée en haut.

A un centimètre environ, en avant de la partie antérieure de la circonférence décrite, se trouve un second liseré commençant, vers la partie inférieure du bord latéral droit, par une ligne blanchâtre excessivement fine qui se dirige d’abord en avant et légèrement en haut dans l’espace de 6 à 8 mm. ; puis elle s’élargit, se dirige directement en haut le long du bord latéral de la langue et de là en arrière sur la face supérieure tout près du bord latéral. Ce liseré s’interrompt un peu en avant delà partie postérieure du premier auquel il est réuni par un tout petit feston. Le plus grand liseré reparaît alors à 8 mm. environ plus loin et décrit en ce point une petite sinuosité à concavité dirigée en avant. Les papilles du

bourrelet semblent revêtue's à leur sommet d’une sorte de gaine blanchâtre et même un peu grisâtre. Quand on passe le doigt sur la langue on sent en effet une sorte de relief qui est beaucoup plus appréciable à la vue.

Entre la seconde circination et le bord latéral de la langue, il en existe une troisième, concentrique aux deux premières, et qui, commençant et finissant au bord latéral, décrit une courbe à concavité dirigée vers ce bord. Tous les espaces compris entre ces liserés, à partir du plus grand, présentent un aspect desquamé, l’épiderme est luisant, brillant quand on tend les parties. Les papilles qui limitent le grand liseré, du côté malade, paraissent comme érigées et sont complètement privées de leur gaine. A mesure qu’on s’éloigne des rebords, les papilles sont moins rouges et on passe par une série de nuances sans transition brusque, à cause de la rapidité avec laquelle l’épithélium se reforme. Les parties comprises entre le troisième liséré et le bord delà langue ayant été atteintes successivement par les trois liserés et dans un court laps de temps, paraissent privées beaucoup plus que les autres des papilles filiformes.

Les papilles fongiformes en quinconce font une saillie notable sur ce fond et tout contre la bordure blanchâtre circinée, le derme lingual est rouge, comme excorié, bien qu’il n’y ait pas d’ulcération.

L’État du malade que nous décrivons aujourd’hui est le même que celui qu’il présentait à une évolution suivante lorsque M. Jumelin moula sa langue. La figure 1 de la planche II est un dessin de ce moulage.

Il n’existe pas de ganglions sous-maxillaires et le malade ne présente aucune autre affection dermatologique ou autre.

Sur le bord latéral gauche de la langue, c’est-à-dire du côté sain, l’empreinte des dents existe et sur le bord latéral droit on aperçoit une série de^ petites scissures.

Les sécrétions des glandes salivaires et de l’urine ne sont pas modifiées,

La salive est toujours légèrement alcaline et ne rougit pas

le papier bleu de tournesol, tandis que l’urine est acide et ne contient ni albumine ni sucre.

La transpiration n’est pas exagérée.

Si l’on examine la sensibilité tactile et gustative de la langue, on trouve :

1® Pour la sensibilité tactile recherchée mécaniquement avec une épingle: — Sensation un peu plus forte du côté dépapillé.

L’ammoniaque coupé avec 3/4 d’eau distillée. — Perception plus rapide, mais d’égale intensité.

Le froid et le chaud ne gênent ni d’un côté ni de l’autre.

2® Pour la sensibilité gustative:

Poudre de sucre donne le même résultat à droite et à gauche.

Solution légère de sulfate de quinine. — Le malade reconnaît la saveur amère d’une façon égale.

Acide acétique étendu. — Suppose que l’intensité est la meme, mais le côté exfolié est beaucoup plus rapidement impressionné.

Chloroforme. — - Sensation plus forte du côté exfolié.

Sel et poivre. — Perception peu nette des deux côtés.

Comme traitement, le malade est soumis à la tisane de houblon avec sirop de gentiane et chaque jour 5 gouttes de liqueur de Fowler.

Le 23 mars. — M. Fournier conseille le gargarisme suivant : Fleur de soufre.' 4 gr.

Sirop de mûres. 60 gr.

Eau. 200 gr.

Le 4 aeril. — Il est très facile de suivre sur les schémas de ces quatre derniers jours la tendance de la grandecircination à gagner la ligne médiane et la partie postérieure de la langue où il est très diftîcile de la suivre complètement. J’ai indiqué ce liseré, à partir d’aujourd’hui, par un double trait, qui n’est pas ombré pour le motif suivant. L’exfoliation voisine a presque totalement disparu ; l’épithélium commence à se développer, et le bourrelet a repris la teinte du côté sain. Il est caractérise seulement par une sorte de pullulation épi-

théliale que l’on supposerait due à une légère hypertrophie des papilles filiformes.

Ze 9 avril. — Le grand li eré n’exisle plus et s’est arrêté à la ligne médiane, mais une petite circination nouvelle à bord jaune est visible sur le bord latéral droit et c’est bien probablement le début d’une nouvelle évolution.

Le 12 avril. — Le 10 la lésion suivait une marche analogue aux phases précédentes; mais, hier et aujourd’hui, il paraît y avoir en quelque sorte un arrêt de développement Le rebord est moins saillant, presque au niveau de l’épithélium du côté sain et ne tranche avec la partie qui vient d’être desquamée que par une élévation due surtout à ce que l’épithélium de nouvelle formation n’a pas encore acquis tout son développement. L’exfoliation qui accompagne toujours le bourrelet n’existe aussi que sur peu de points.

Le 23 avril. — Enfin le malade est soumis depuis le 15 à de légères cautérisations avec une solution phéniquée au vingtième qui ne paraît pas agir plus que les topiques employés précédemment.

Description clinique. — La glossite exfoliatrice marginée présente trois symptômes essentiels, le liseré périphérique, l’exfoliation et le caractère nomade. De ces trois symptômes principaux, celui qui frappe tout d’abord l’œil de l’observateur, c’est le liseré.

Cette dénomination ainsi que celle de bourrelet que je lui ai donnée dans cet ouvrage ne sont pas complètement exactes, l’expression de liseré étant au-dessous de la vérité et celle de bourrelet ne caractérisant pas d’une façon absolue ce feston ou contour géographique qui limite d’un côté la muqueuse à l’état normal et de l’autre la partie où les papilles sont dépourvues d’épithélium et comme érigées plutôt qu’hypertrophiées. Je conserverai cependant ce mot de liseré que je préfère aux expressions de festons.

contours géographiques, arcs de cercle, circinations, etc., puisqu’il existe une sorte de pullulation épithéliale et d’élevure notable même par rapport au côté sain. Cela ressemble en quelque sorte aux rebords saillants qui se trouvent situés de chaque côté d’un sillon, tracé légèrement sur un sable fin avec l’extrémité d’une canne ou aux petites ondulations qui se forment à la surface d’une nappe d’eau, sur laquelle on aurait jeté un petit corps pesant.

Mais, où et comment se développe ce liseré ? Chez notre malade le point de départ avait toujours lieu sur le bord latéral droit de la langue, à trois ou quatre centimètres de la pointe. D’une façon générale, la lésion débute soit vers la pointe, soit vers un des bords.

Au point de départ, ce que l’on aperçoit d’une façon nette, c’est tantôt un petit cercle régulier dont le liseré, c’est-à dire la circonférence du cercle est déjà visible par son élevure et sa coloration, tantôt un arc de cercle très petit avec exfoliation le long du rebord concave, le point de départ ayant échappé à l’œil du clinicien. Cette petite circonférence, le plus communément, n’a que 4 ou 5 millimètres de diamètre au plus et 1 à 1 millimètre et demi au moins avant que les papilles ne soient privées de leur gaine épithéliale; et jamais ou presque jamais la régularité circonférentielle ne se voit deux jours de suite. Le cercle se convertit en arc de cercle assurément pour les deux motifs qui suivent :

1® Tendance de la convexité des circinations à fuir vers la ligne médiane et vers la partie postérieure de la langue ;

2® Deux ou plusieurs petites circonférences voisines se coupent et forment alors ce que Bridou comparait aux festons d’uae broderie ; à moins que cependant, la muqueuse venant à manquer, puisque la lésion ne se prolonge pas au delà des bords et n’envahit pas la face inférieure, le liseré ne s’ouvre de ce côté et se convertisse en arc de cercle qui va s’étendre vers les deux points indiqués.

La concavité de ces liserés est tournée vers les bords ou vers la pointe et on les voit fuir sinon d’heure en heure tout au moins d’un jour à l’autre.

La partie de la muqueuse, située du côté malade, est desquamée et les cellules ont perdu leur gaine épithéliale. Le bord a un aspect granuleux, mais, comme l’épithélium se forme avec une très grande rapidité, la couleur rouge n’est bien prononcée que sur une largeur relativement minime et c’est sans transition bien brusque qu’on passe d’une nuance à une autre, depuis le rouge vif jusqu’à la teinte plus ou moins blanchâtre qu’on retrouve du côté sain. Je dis plus ou moins blanchâtre, parce que chaque phase durant peu de jours, et souvent de nouveaux liserés se produisant avant que le plus grand ait complètement évolué, il est facile d’admettre que l’aspect de la muqueuse est plus lisse vers la concavité. Les papil'es filiformes qui bordent le liseré paraissent allongées en forme de villosités.

L’intérieur d’une petite circonférence doit se desquamer de la même façon que l’épiderme cutané après une irritation, c’est-à-dire par parcelle, et chaque évolution a lieu dans une période de huit à quinze jours environ.

Arrivé au raphé médian, le plus souvent le liseré s’arrête et, une fois là, Félevure s’affaisse peu à peu, jusqu’à ce qu’il soit au même niveau que l’épithélium du côté sain. En même temps la couleur rouge disparaît prés des bords de ce bourrelet affaissé.

On peut constater sur la planche II jusqu’à trois circinations concentriques les unes aux autres, et j’ai observé deux fois cet état.

Rarement la langue devient tout à fait normale et chez mon malade je ne l’ai jamais vue.

11 n’existe pas de sécrétion morbide.

Enfin, la couleur du liseré varie du blanc argenté que présente quelquefois la muqueuse linguale au jaune plus ou moins foncé en passant parles nuances blanchâtres, jaune diaphane, etc. Chez le sujet qui fait l’objet de l’observation I, elle était ordinairement jaune au début et vers la fin elle reprenait la couleur de l’épithélium.

Les sensibilités tactiles et gustatives ne sont pas modifiées et tout ce que je puis signaler, c’est une perception plus rapide, surtout pour les acides, du côté exfolié que du côté sain. L’affection est indolore et il n’existe pas de mauvaise odeur de la bouche.

Les ganglions sous-maxillaires ne sont pas augmentés de volume.

Variétés diverses. — La division naîtra tout naturellement des modifications qui se présentent dans les principaux symptômes.

I . — Dans une première variété le liseré est quelquefois peu appréciable et cela pour quelpes heures seulement^ soit qu’il n’existe nulle part et on a la

desquamation linguale à découpures nettes et géographiques de M. Gautier, soü qu’il existe en même temps sur un point tout en faisant défaut sur un autre.

II. — Dans une seconde variété, les deux côtés de la langue peuvent être envahis et cela de deux façons différentes :

1o Début d’un côté et marche envahissante vers l’autre ;

2° Début sur les deux côtés en même temps.

J’ai pu observer sur l’enfant qui fait l’objet de ma 4e observation ce caractère spécial d’une lésion commençant à droite et évoluant vers le côté gauche pour ne s’arrêter qu’à ce bord. Chez ce jeune sujet j’ai aussi remarqué une fois, le liséré sans élevure bien notable, les autres symptômes objectifs étant les mêmes.

Dans mes deux observations, II et III, prises sur des sujets cachectiques, on remarquera au contraire à chaque évolution que les deux côtés de la langue sont pris en même temps. Les schémas permettent à diverses reprises de suivre plus ou moins longtemps plusieurs liserés ayant débuté un peu partout et quelquefois subissant comme un arrêt de développement, c’est-à-dire s’affaissant et disparaissant sur place.

Enfin, j’ai rencontré sur un enfant une odeur fade de la bouche lorsque la langue est le plus malade et chez la femme des poussées subaiguës au moment des règles.

La face inférieure de la langue est presque con-

stamment prise aussi chez la malade dont je parle dans mon observation IL

Observation II (personnelle). Voir schémas et pl. I, fig. 1 et 2.

Je place en tête de cette observation une note, prise en 1876, que M. Fournier a l’obligeance de me communi |uer.

La nommée T..., âgée de 33 ans, est entrée à l’hôpital Saint-Louis, salle Saint-Thomas, 24, le 10 juin 1876.

Cette femme a un aspect éminemment scrofuleux. Dans son enfance elle a eu pendant longtemps un écoulement par les oreilles.

Le début de la syphilis semble remonter à un an. A cette époque elle eut une roséole, des adénopathies et des maux de gorge, et fut soignée à l’hôpital Beaujon, dans le service de M, Gérin lloze, qui lui prescrivit la liqueur de VanSwieten.

Actuellement, elle présente sur tout le corps et surtout au niveau des hanches et sur les cuisses une éruption constituée par de larges macules arrondies, d’une coloration rose gris, mesurant environ l’étendue d’une pièce de 2 francs. Quelquesunes sont plus pâles, en partie effacées.

Adénopathie inguinale très marquée; région génitale saine.

Rien dans la gorge ni sur la langue.

En outre, la malade présente à la partie externe du bras gauche une éruption consistant en cinq ou six boutons disposés en cercle.

Algidité des extrémités. Syphilide pigmentaire caractéristique. Pouls petit et faible filant sous le doigt.

TraUement . — 1 pilule protoiodure de 0,05 centigr.

Les traces de l’éruption maculeuse ont complètement disparu vers la fin du mois de juin ; mais, à la même époque, de nouveaux accidents sont apparus du côté de la langue. Une partie de la face dorsale de cet organe s’est desquamée et il s’est formé des plaques à contours arrondis, surélevés, et formés de segments de cercles.

On prescrivit un collutoire et un gargarisme au chlorate de potasse.

Au commencement du mois d’aout, la langue est presque complètement guérie et la malade sort de l’hôpital.

Le diagnostic porté à cette époque était: Roséole ancienne^ glosskesecon laire, sxjphüide pigmentaire. Sa langue fut moulée.

Cette malade rentre le 24 février 1883, saJle Henri IV, lit n° 1, service de M. le professeur Fournier.

Antécédents indirects. — Le père et la mère existent encore. Le père, âgé de 70 ans, jouit d’une bonne santé et aurait, seulement à une jambe des varices qui quelquefois formeraient ulcère. La mere, comme beaucoup de membres de sa famille, a un embonpoint exagéré et est atteinte de douleurs articulaires, particulièrement aux genoux, de migraines et de maux d’yeux. Cette dame a eu cinq grossesses à terme : un enfant était mort-né, deux autres morts vers l’âge de un an et le quatrième, qui était un fj*ère de notre malade, est mort fou, à 38 ans, il y a deux ans. Un frère du père s’est suicidé et un frère de la mère est mort fou. Une sœur de la mère, morte à -40 ans, était idiote.

La mèrea une langue dite languemontagneuse par M. Fournier et langue scrotale des Lyonnais. Elle m’a dit l’avoir toujours vue dans cet état et prétend qne son père avait une langue pareille.

Antécédents directs. — Jusqu'à l’âge de 14 ans, la malade a eu la rougeole, des diarrhées continuelles, des abcès derrière les oreilles sui’tout à gauche et dont on voit les cicatrices, du scorbut (?), et presque chaque année, de sept à quatorze, une fluxion de poitrine.

N’a jamais craché le sang et ne tousse plus.

A 14 ans, fréquentes crises nerveuses (jusqu’à 5 ou 6 chaque jour), ce qui obligea les pai-ents à ne pas laisser leur fille apprendre la couture. La crise était précédée de sensation de fatigue dans les membres, de dyspnée, de sensation de boule hystérique. Il n’y avait pas de perte de connaissance, la fatigue persistait après la crise et la malade conservait le souvenir de ce qui s’était passé, sans toutefois parler pendmt, l^s muscles de la face étant contracturés. Soignée avec de la valériane et de l’éther.

Ces attaques disparurent à 16 ans, lorsque les règles s’établirent. Après la première apparition, il y eut une interruption d’un an avant qu'il y eût régularité. Elles n’ont jamais duré plus d’un jour et sont indolores et très-peu abondantes.

Mariée à 19 ans avec un bon état de santé apparent. Sept grossesses dont six à terme et une à sept mois dans une période de dix ans. Les trois premiers enfants sont venus à terme et vivent encore. Lorsque la malade était enceinte de sept mois, à sa première grossesse, elle paraît avoir eu une vaginite contractée avec son mari. Les grandes lèvres étaient œdématiées, le linge était taché, et des injections lui furent conseillées. Ni boutons ni taches sur la peau à cette époque. Ce qu’elle nous dit de son mari nous fait penser plutôt à la blennorrhagie qu’à la syphilis, celui-ci étant soumis aux injections et n’ayant aucune éruption. L’enlant a été atteint d’une affection des yeux (ophtalmie probablement) qui a duré trois mois. Les yeux étaient très-tumétiés et les paupières étaient collées par du pus qui s’écoulait lorsqu’on les ouvrait. Le second enfant est idiot et était atteint, d’un pied bot des deux côtés. Ces trois enfants ont eu, à des époques diverses, une chucedes cheveux causée, dit la malade, par la pelade ou la teigne. Les cheveux, du reste, ont poussé à nouveau. Le quatrième, à sept mois, s’est présenté par le siège, et les trois derniers, à terme, n’ont vécu que quelques jours.

Entre le 5® et le 6® enfant cette femme a eu une extinction de voix qui a duré trois mois.

Pendant la guerre péritonite non puerpérale et érysipèle. La malade pendant ces dix années à vécu à Rouen où elle n’exerçait ni la profession de cigarière ni celle de blanchisseuse.

• En 1873, entrée àBeaujon pour plusieurs abcès au cou, précédés d’une surdité complète qui a duré environ 1 mois 1/2 ou 2 mois. L’affection de l’oreille débuta par de très fortsbourdonnements et il n’y eut pas d’écoulement. On lui fit des frictions à l’onguent napolitain à cause d’une petite tumeur qui donnait la sensation d’une boule et siégeait dans la région du tibia.

Névralgies très fortes depuis 1873 par intervalle. Depuis le mois d'août dernier, ces névralgies se font sentir presque chaque jour de 2 heures à 4 heures de l’après-midi et principalement la nuit dans la région frontale. Insomnies très accusées de 11 heures du soir à 4 heures du matin.

Je crois devoir noter ici que la malade a toujours fait un abus considérable de café souvent additionné d’eau-de-vie (^60 centimes au moins chaque matin) ; etde plus elle fume depuis son mariage, autrefois la pipe et actuellement le cigare.

En dehors des névralgies, ni chorée ni coliques hépatiques ou néphrétiques ni rhumatisme ; en revanche beaucoup d’émotions morales.

Actuellement, cette femme prétend qu’elle n’a jamais beaucoup observé sa langue même depuis sa sortie de chez M. Fournier en 1876. Cependant, elle croit pouvoir affirmer que depuis le mois d'août, moment où une légère sensation de gêne et de gonflement s’esi fait sentir, ce qu’elle appelle les dessins sont plus apparents pendant les quelques jours qui précèdent les règles.

La partie antérieure de la langue est sillonnée de nom breuses fissures peu profondes. Loin d’avoirune salivation exa" gérée, il y a plutôt un peu de sécheresse qui donne la sensation d’une langue empesée à la base, comme nous le dit la malade.

Tremblement fibrillaire de la langue, pas d’hypertrophie des papilles ; pas d’empreintes des dents.

Aux maxillaires supérieures il n’y a plus de petites molaires, mais seulement deux grosses de chaque côté.

Au maxillaire inférieur, absence complète de molaires, petites ou grosses, sauf les racines de la première petite molaire à droite et à gauche.

Depuis huit jours poux de tète et lentes nombreuses dans les cheveux.

Blépharite des deux yeux.

Lésions eczémateuses au pli du coude.

Lésions de grattage sur tout le corps.

Érosion superficielle sur la petite lèvre gauche — col gros, érosion autour de forifice.

Rien sur les tibias. N’a jamais craché de sang, ne tousse pas.

Respiration très rude, soufflante avec quelques petits râles secs de temps à autre au sommet droit en arrière. Submatité à droite et en arrière.

Glossite exfoliatrice marginée.

Traitement. — KI-4 gr. Yin de gentiane. — B. sulfureux.

25 mars. — On remarque pour la seconde fois, sur la face . inférieure de la langue, une plaque assez développée abords festonnés, dont la partie comprise entre les bords est rouge, et qui, si l’on fait abstraction de l’irrégularité et des contours géographiques, présenterait une longueur de 2 cent. 1/2 environ sur une largeur variant de 4 à 6 mm. Cette configuration occupe la face inférieure du côté gauche et se dirige très légèrement de dedans en dehors et surtout d'arrière en avant. Elle est plus rapprochée du bord que de la ligne médiane.

Les urines n’ont pas augmenté comme quantité et ne contiennent ni sucre ni albumine.

Gargarisme au chlorate de potasse depuis 8 jours.

Depuis 5 jours Kl-1 gr. et RBr-1 gr. — sirop d’iodure de fer.

Depuis 12 jours, sulfate de quinine de 0,50 cent, à 1 gr.

31 mars. — Depuis deux jours tous les symptômes objectifs iliseré, exfoliation et fugacité) sont plus accusés. Les règles apparaissent et ne durent que la journée, toujours aussi peu abondantes.

2 avril. — Sensation de picotement à l’extrémité antérieure de la langue. Nous voyons pour la 3“ ou 4'" fois seulement, chez cette malade, le liseré perdre sa couleur blanchâtre et devenir légèrement jaune, en un point, sur le côté gauche de la langue, là où un nouveau cercle de 4 ou 5 mm. de diamètre se trouve formé d’une façon presque régulière. Ce reflef jaunâtre, comme les autres symptômes delà maladie, a toujours été moins accusé que chez le malade qui fait l’objet de l’observation 1. Un caractère différentiel très marqué,

comme Tindiquent les schémas de ces deux observations, c’est que chez l’un les plaques n’ont envahi qu’une seule fois le côté gauche, en avant du Y lingual et sont toujours restées localisées à droite du raphé médian, tandis que chez la femme non seulement le point de départ des différentes circinations a lieu des deux côtés à la fois ; mais encore le même liseré passe très bien sur le raphé pour se continuer de l'autre côté.

3 avril. — Peu de modifications. La fugacilé est moins prononcée et le liseré est légèrement jaunâtre en certains points.

5 av7'il. — Le foie et la rate ne sont pas augmentés de volume.

Il existe un bruit de souffle anémiqueau l^'^temps et àla base du cœur ainsi que dans les vaisseaux du cou.

L’appétit est un peu capricieux et en général peu développé. Il existe un dégoût prononcé pour la viande. Quelques vomissements se produisirent le lendemain d’un traitement à la liqueur de Yan Swieten auquel elle fut soumise au mois de janvier, c’est à- dire, un mois avant son entrée à 1 hôpital. Quelques diarrhées co'incidèrent aussi avec un traitement à KI-2 gr. qui suivit.

Il n’existe pas de fétidité de l’haleine.

A l’examen des sensibilités tactile et gustative on trouve :

1° Pour la sensibilité tactile recherchée :

Avec le compas — sensation un peu plus vive aux endroits exfoliés, l’ammoniaque étendu — même sensibilité, le froid et le chaud n’apportent aucune gêne.

Les fromages un peu durs ainsi que les noisettes donnent la sensation d’ampoule à la langue ;

2° Pour la sensibilité gustative recherchée avecl’eau sucrée, une solution légère de sulfate de quinine, de l’acide acétique étendu, il n’y a pas de différences sensibles et la malade reconnaît très bien toutes ces substances.

9 avril. — En dehors des points malades, l’épithélium a sa couleur normale et est complètement reformé. Il existe toujours une exfoliation à la partie inférieure de la langue du côté gauche, exfoliation qui a débuté il y a trois jours.

12 avril. — Depuis le 91e développement n’a pas continué. J.oindelà, l’amélioration s’est faite surplace et en ce qui concerne la grande circination du 9, le liseré s’est affaissé, la couleur est moins jaune et il n’y a plus d’exfoliation des papilles qui le bordent ; mais sur un ou deux points, vers le tiers inférieur, apparaissent quelques nouvelles plaques encore très petites. Nous observons aussi, et aujourd’hui seulement pour la P® fois, à l’aide de la loupe, tout à fait à la pointe de la langue, une grande quantité de petits points gros comme la pointe d’une épingle. Ces petits points sont rouges, non vésiculeux, et certainement deux ou trois doubles au moins des premiers sont entourés d’un anneau d’une couleur un peu citrine. Le lendemain il existait une plaque à cet endroit.

Jusqu’à l’époque des nouvelles règles, il ne se fit pas de poussées.

Observation ÏII (Personnelle). Voir les schémas.

Le nommé D... L..., commissionnaire, est entré le 25 janvier à l’hôpital Saint-Louis, dans les Baraques, lit 32, service de M. Balzer.

Dans les antécédents directs de ce malade, on ne trouve aucune maladie aiguë, ni rhumatisme, ni affection du système nerveux. Gourme seulement dans l’enfance.

Il y a huit ans environ, chancre induré soigné à Lariboisière avec de l’iodure de potassium que le malade a dû prendre pendant peu de temps et d’une façon irrégulière. Je ne puis relever aucun accident secondaire (roséole, maux de gorge, alopécie, etc.), bien que cet homme réponde d’une façon assez intelligente.

Ni sillons, ni empreintes des dents sur la langue.

Le malade fumait bien 100 grammes de tabac chaque jour et buvait beaucoup, souvent même jusqu’à l’ivresse. Il chique maintenant.

L’appétit est presque totalement perdu depuis plusieurs années.

Ce malade a cinq enfants très bien portants et n’en a perdu qu’un âgé de vingt-huit mois.

Rien à noter dans les antécédents indirects. Il n’a connu qu’une maladie chez les membres de sa famille ; c’était une fièvre typhoïde, dont sa plus jeune fille a été atteinte.

Les sensibilités tactile et gustative ne sont modifiées ni , avec le compas, l’ammoniaque étendu, la solution de sulfate de quinine, l’acide acétique étendu. Les boissons froides ou chaudes ne le gênent en rien.

L’haleine n’est pas fétide. La salive aune réaction alcaline.

L’urine ne contient ni sucre ni albumine.

Est entré dans un état complet d’ivresse et probablement au moment d’une crise de delirium tremens.

Rien aux viscères. Artères très athéromateuses.

Pas de ganglions sous-maxillaires.

Le diagnostic de la maladie pour laquelle cet homme entra à l’hôpital est très difficile.

Avait-il des engelures ou de la gangrène sénile, c’est ce ([u’il était presque impossible de dire. Aujourd’hui il conserve une ulcération au talon gauche et une près de la tête du premier métatarsien droit. Ces deux ulcérations tendent à la cicatrisation. Il existe en outre un léger degré de sclérodermie.

Observation IV (personnelle). — Je dois à l’amabilité de M. Vidal d’avoir connu ce petit malade de la ville.

Le jeune A... est atteint de glossite exfolialrice marginée.

Je me suis rendu chez les parents de ce petit enfant âgé de 5 ans 1/2, et j’ai pu constater que sa langue préspntait, le 10 avril, sur le côlé gauche de la face dorsale, une légère exfoliation. Celte desquamation est limitée par un liseré légèrement surélevé. Elle a une longueur de 2 cent, environ sur une largeur de 5 à 6mm., à contours un peu circinés, et se dirige obliquement d’avant en arrière et de deh(^rs en dedans.

L’enfant allaité incomplètementpar lamère pendant 16mois, sous prétexte que le lait n’était pas assez riche, a eu de nombreuses diarrhées pendant la première année de sa vie et était sujet aux convulsions. Il a été atleint d’impétigo du cuir chevelu et des paupières du côté droit. Pas de maux d’oreille. A marché à 14 mois.

Tl y a deux ans, il éprouva une légère éruption localisée aux ailes du nez, un peu à la lèvre supérieure et aussi au front. C’était probablement de l’herpès, cette éruption étant caractérisée par de petites vésicules et ayant duré huit ou dix jours avec un léger mouvement fébrile au début. Aujourd’hui, il existe encore au niveau de la commissure labiale droite une trace d’herpès presque totalement guéri. La mère, pendant l’allaitement, a eu une légère éruption autour d’un sein, qui occasionna des démangeaisons et disparut au bout de peu de jours.

L’enfant a au moins la taille moyenne à son âge, les cheveux très blonds, les yeux bleus, une peau fine et présente au cou plusieurs ganglions sous-maxillaires variant de la grosseur d’une lentille à celle d’une belle noisette. La voix est un peu voilée, et cela depuis très longtemps. Pour caractériser la gêne apportée par cet enrouement, je répéterai la comparaison faite par le petit malade qui croit avoir une toile dans le larynx.

Sur la paupière supérieure droite existe une veine variqueuse volumineuse qui se distend beaucoup lorsque l’enfant se met en colère 11 est très impressionnable et d'après la mère, surtout lorsque la langue va s'e'xfolier à nouveau .

11 n'existe pas do courbures sensibles des jambes et des cuisses, pas d'aplatissement des côtes ; mais en revanche, la tête est volumineuse, les bosses frontales sont saillantes ainsi que l'occiput, et le diamètre bi-pariétal au niveau des bosses est très développé avec aplatissement du sommet du crâne. Pas de cicatrices aux fesses.

L’exfoliaiion n entraîne aucune douleur et la mère l’a observée dès les premiers mois. La sensibilité tactile et la sensibilité gustative sont conservées (sucre, acide, amer) ; tout au plus existerait-il un certain agacement plutôt qu’une douleur pour certains aliments et pour les boissons chaudes lorsque la desquamation est bien marquée. Mais ce dont la mère nous a parlé sans que j’attire son attention de ce côté, c’est de la fétidité de l’haleine au début de chaque évolution. Le père interrogé, en dehors de sa

femme, m’a répondu avec beaucoup de franchise, j’ensuis convaincu, et m’a affirmé n’avoir jamais eu la syphilis. La mère est un peu chlorotique, mais n’a eu ni rhumatisme ni syphilis, ni maladies aiguës et ne tousse pas. Elle n’a pas eu de fausse couche ni d’autre grossesse à terme. Le père de cette dame est très bien portant, mais sa mère est morte à trenteneuf ans d’un cancerdu rectum Ses grands parents sont morts très vieux et n'étaient pas malades. Mais elle a une sœur, tanle de notre petit malade, qui, atteinte d’une incurvation de la colonne vertébrale due à un mal de Pott, a les déformations osseuses du rachitisme et n’a pas d’incisive latérale du côté gauche au maxillaire supérieur, ce qui est commun dans cette famille. Le jeune malade manque lui-même d’une incisive latérale au maxillaire supérieur droit.

Chaque évolution de la maladie dure, chez ce petit enfant, une dizaine de jours environ et il existe des rémissions.

Observation V (inédite, due à l'obligeance de M. Spillmann, agrégé près la Faculté de Nancy).

Édouard S... est âgé de six ans. Les parents de cet enfant n’ont jamais été atleints d’accidents spécifiques. D’autres enfants nés avant et après lui se portent très bien et n’ont ’amais été atteints d’aucune lésion cutanée. Le père est arthritique. Lejeune S... a été allaité par sa mère. L’enfant avait trois moisenviron quand on s’est aperçu pour la première foisd’une lésion linguale. A cette époque, la mère, à la suite d’une vive émotion morale, a été atteinte d’une affection cutanée ipemphigus'' qui a persisté pendant plusieurs années, et pour laquelle M. le professeur Fournier a été consulté.

La lésion siégeait, au début, sur le bord droit de la langue. Elle était constituée par des plaques festonnées, très rouges, au niveau desquelles l’épiderme semblait avoir complètement disparu ; les papilles étaient à nu. Ces plaques étaient bordées d’une collerette blanche,, de 1 à 2 mm. de large, semblant faire une légère saillie, et formée de plaques épidermiques.

Ces plaques ne semblaient nullement douloureuses.

Les amis de la famille, qui voyaient par hasard la langue de l’enfant, s’écriaient : Uh, mais quelle drôle de langue a votre enfant !

L’enfant se portant très bien, je ne m’inquiétai nullement de cette lésion qui subissait du reste des modifications variées. Tantôt les plaques semblaient pâlir et disparaître, puis une nouvelle plaque apparaissait en avant des premières ou plus sur la ligne médiane.

Le jeune S... se porte fort bien. C’est un enfant fort et robuste. Je ne lui ai fait suivre aucun traitement. La lésion est presque effacée aujourd’hui. Il n’existe plus qu’une petite plaque insignifiante dont l’enfant ne soupçonne même pas l’existence et qui est du reste beaucoup plus pâle qu’autrefois,

Observation VI (inédite, due à l’obligeance de M. Besnier).

La nommée K..., âgée de vingt et un ans, est entrée le 8 janvier 1883, salle Gibert, n° 27-6, service deM. Besnier.

Antécédents directs. — Bonne santé habituelle. A eu deux enfants dont le plus jeune a seize mois et tous deux se portent bien.

N’a pas eu ses règles depuis cinq mois.

Il y a trois mois, boutons aux organes génitaux. Il y a un mois, taches rouges sur tout le corps accompagnées de nouveaux boutons aux organes génitaux, de maux de gorge, de céphalée vespérale, de courbature, d’insomnie, de douleur dans les membres inférieurs, d’adénites cervicales, sousmaxillaires et inguinales. Pas d’alopécie.

Grossesse de cinq mois environ. La malade commence à sentir remuer l’enfant.

État actuel. — A l’angle interne de l’œil gauche on constate la présence d’une plaque rouge sombre empiétant sur la paupière supérieure qu’elle recouvre dans l’étendue de 1 cent. Cette plaque est arrondie et recouverte de petites squames. A l’angle externe du même œil existent de plus petites plaques rouges recouvertes de squames.

Sur tout le corps, surtout sur le tronc, se voient des taches

irrégulières, sans saillies et d'un rouge rosé laissant entre elles des intervalles de peau saine et ne donnant lieu à aucun prurit. Cette éruption est très légèrement desquamative.

Des croûtes noirâtres du volume d’une pièce de 0, 20 cent, ont apparu, il y a huit jours, sur l’avant-bras droit.

Syphilides papulo- hypertrophiques multiples des grandes et petites lèvres, dont quelques-unes sont érosives à leur sommet. Elles sont surtoutcoiiQuentes au pourtour de l’anus où elles forment une nappe assez étendue.

Teinte violacée de la vulve et du vagin.

Nombreuses érosions sur la langue et particulièrement sur son bord libre, ainsi que sur la partie postérieure du pharynx.

Traitement. — Deux puis trois pilules de protoiodure avec sirop de fer.

11 janvier. — Cautérisation des plaques vulvaires. Leucorrhée abondante de grossesse. L’enfant remue beaucoup, dit la mère.

{^janvier. — Affaissement des syphilides de la vulve. Stomatite intense. Gencives rouges saignantes. Dents déchaussées.

On suspend les pilules de protoiodure.

janvier. — La stomatite ayant diminué, on reprend les pilules syphilides pigmentaires très manifestes de la nuque.

25 janvier. — Les syphilides de la vulve ont complètement disparu.

14 février. — Les affections cutanées ayant disparu complètement, il reste de la stomatite surtout gingivale et delà glossite tout à fait différente de la forme commune de la glossite secondaire syphilitique. Ce ne sont pas des plaques opalines laiteuses, lisses ou élevées, mais de grands cercles ovales, allongés, incomplets, bordes à la périphérie par une zône d’épithélium macéré de 1 à 2 mm. de largeur, blanchâtres et faisant une saillie légère même du côté sain.

Quelques-uns de ces cercles commencent sur la face supérieure de la langue, se continuent sur les bords, gagnent la face inférieure où ils se perdent sans ligne de démarcation bien nette. Cette disposition et ces caractères de liseré appar-

tiennent bien plus au lichénoïde lingal qu’à la glossite syphilitique.

Il faut ajouter que la malade n’a pas, à l’état normal, la langue lisse, et que peut-être la lésion actuelle a déjà existé chez elle antérieurement.

Exeat, le 16 février.

Après avoir pris connaissance de cette observation^ je me suis rendu chez cette malade afin de compléter les renseignements, si la lésion linguale était bien la glossite exfoliatrice marginée, ce que je constatai.

Le côté gauche était atteint de desquamation à 1 cent, environ du bord et le liseré ayant son point de départ près de la pointe remontait presque directement pour gagner le rebord du même côté, un peu au-dessous du V lingual.

Cette femme, de tailla moyenne, ne présente aucune trace de rach'tisme et aucune lésion dentaire manifestement syphilitique. Les renseignements relatifs à ses parents sont presque nuis parce qu elle les a perdus étant enfant. Elle n’accuse chez elle aucune maladie grave depu's sa naissance et paraît jouir d’une assez bonne santé ainsi que sa sœur que je vis en même temps. Rien du côté des voies digestives.

1 a malade ne sait à quelle époque a débuté son affection linguale. Elle me dit cependant qu’elle a toujours remarqué que sa langue n’était pas lisse, mais présentait de petits dessins. Elle n’y attachait aucune importance, n’en souffrant pas et percevant bien toutes les sensations du chaud et du froid, des choses salées, sucrées, vinaigrées, etc. La marche me paraît analogue à celle de l’observation l*"*.

Observation VII (personnelle) La nomnnée G..., âgée d(î quarante ans, est venue aujourd'hui samedi 5 mai, à la consultation de M. le professeur Fournier.

Le père et la mère de cette malade sont encore vivants. Le père a soixante-quinze ans et n’a jamais éprouvé qu’une maladie. La mère, âgée de soixante-dix-sept ans, n’a eu qu’une sciatique et actuellement sa san é est bonne. Elle n’a eu que deux enf ints, notre malade et un frère plus jeune de deux ans, qui n’a comme antécédent qu’un accident arrivé dans sa profession 'conducteur d’omnibus).

La malade n’a pas eu de maux d'yeux, de maux d’oreilles, de maladies aiguës dans son enfance.

Réglée à treize ans régulièrement et mariée à vingt-cinq ans. •Quatre grossesses à terme et sans suites de C(juches fâcheuses. Elle a nourri tous ses enfants, et les trois derniers sont vivants, le premier étant mort de la variole.

Sciatique du côté droit à vingt-quatre ans, avec légère exacerbation de temps à autre. Quelques migraines.

Il y a dix-huit mois, pendant qu’elle allaitait son dernier enfant qui avait six mois à cette époque, elle éprouva une émotion morale très violente. On lui annonça, pendant un séjour à la campagne, que son mari pouvait mourir. Le lait fut presque supprimé momentanément et revint, l’enfant continuant à téter.

L’enfant fut sevré au mois de juillet. Depuis ce moment les règles venaient tous les vingt jours, ce qui a cessé depuis deux mois sous l'influence d’un traitement. Actuellement, elles sont régulières.

Depuis le sevrage, pityriasis versicolor guéri par un traitement commencé il y a quinze jours.

Depuis ce môme moment, bronchite qui dura quatre mois et n’exigea pas le repos au lit, et en meme temps la malade remarqua pour la première fois que sa langue se d'*squamait et s’améliorait d’une façon continue sans qu’il y eût un seul intervalle où les deux côtés fussent pareils. C’est le côté droit qui est atteint et jamais le côté gauche ne l’a été. Je ne crois pas devoir décrire son état local, les circinalions étant

exactement analogues à celles présentées dans ma première observation.

Il n’existe pas de ganglions sous-maxillaires. Pas de fétidité de rhaleine. Les fonctions digestives se font bien.

Pas de sensations pénibles au contact des aliments froids ou chauds.

Le côté dépapillé ne paraît pas hyperesthésié avec le compas.

La malade reconnaît le goût des solutions suivantes, et les perçoit également des deux côtés, peut-être un peu plus rapidement à droite qu’à gauche, mais avec une égale intensité :

Eau sucrée ;

Sulfate de quinine dissout ;

Acide acétique étendu.

Traitement. — Deux cuillerées de sirop alcalin chaque jour et gargarisme boraté. ,

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