‹ De la gravité des lésions du couChapitre 14 sur 15 · STRANGULATION · texte numérisé non relu

STRANGULATION

Des auteurs ont donné à ce mot une acception bien plus étendue que celle que nous y attachons; ils ont compris sous cette dénomination toute lésion résultant d’une action sur les parties internes ou externes du cou, pouvant intercepter en partie ou entièrement la circulation ou la respiration. Nous étant ailleurs occupé de tout état pathologique pouvant simuler la strangulation à l’aide d’une action mécanique et intérieure, nous ne la considérons ici que comme produite par une compression exercée sur les parties externes du cou. On a admis trois genres de strangulation ; i" par apoplexie, 2“ par suffocation , 5“ par l’une et l’autre réunies.

Lorsque le pendu meurt par arrêt de la circulation, par la réplétion sanguine excessive des veines pulmonaires et cérébrales , enfin par un épanchement de sang, la vie s’éteint avec lenteur, et on rencontre alors sur le cadavre les phénomènes qui, pour s’accomplir, ont eu besoin du concours de la vie , spécialement diverses traces de congestion sanguine et surtout des ecchymoses.

Si la mort est le résultat de la suffocation, la vie est instantanément éteinte, la circulation s’arrête aussitôt; néanmoins il est possible que le sang ne s’accumule nulle part, qu’aucun épanchement ne s’opère, et qu’on ne remarque autour du cou que les résultats qu’on obtient sur tous les cadavres en plaçant sur l’une des parties

du cou une corde fortement serrée.

Enfin, dans le cas où la mort est l’effet de la réunion de la suffocation et de la congestion, on voit survenir les phénomènes qui appartiennent à ces deux genres de mort avec plus ou moins d intensité, suivant que l’un des deux prédomine. Lorsque le lien est placé horizontalement en comprimant le larynx , ou qu il passe audessous ou au-dessus de l’os hyoïde, il en résulte l’un des trois genres de mort. Si la corde est entre le cartilage thyroïde et l’os hyoïde, dirigée obliquement vers le haut, il n’en résulte aucun signe d’apoplexie. Tels sont les caractères donnés par le docteur Flcichmann.

Dans plusieurs cas, les poumons ont été trouvés flasques, vides, en quelque sorte refoulés dans la cavité thoracique ; ces différens états se retrouvent suivant que la mort est survenue avant ou après l’inspiration. L’érection du pénis et l’émission du sperme n est pas non plus toujours un caractère invariable.

Des caraclcrcs ejui servent à distinguer la suspension suicide de celle gui est le résultat d’un meurtre. La strangulation par suspension est très-rarement le résultat d’une action violente exercée par des mains coupables sur un individu vivant; et lorsque sur le cadavre rien n’aunouce qu’une lutte ait été engagée , et que celui-ci ne porte 1 cnrpn inle d’aucune ecchymose; quand il ne se présente aucun désordre dans les v 'temens qui fasse présumer qu’il y a eu résistance, et qu’il est d’ailleurs prouvé que la sus[)cnsion a eu heu pcmlaut la vie, il est généralement reconnu en principe qu’on doit admettre la supposition du suicide. En effet, il faudrait, pour l’exécution d’un P ireil crime , un grand concours de forces.

Les indices qui pourront alors guider l’expert pour arriver à la solution de la question demandée, se déduiront de l’ensemble des faits qui s’offriront à son observation.

La plupart des éorivaias ont pensé cjn’uno lésion qui doit toujours déposer en faveur de la suspension homicide, est cello qu’oifrirait la luxation des vertèbres cervicales. Cette lésion doit être prise eu haute considération.

C’est ici le lieu d’examiner si la strangulation par suspension, dans des positions insolites, debout ou assis, doit toujours être attribuée à uu homicide. Bien qu’il y ait alors de grandes apparences de meurtre, un médecin ne doit jamais se laisser influencer par elles ; il doit rechercher minutieusement les indices en apparence les plus insignifîans , se souvenir que les annales de la science nous oflrent de fréqueus exemples d’un certain nombre d individus qui se sont pendus dans les circonstances les plus défavorables à ce genre de mort, et il doit toujours tenir compte de la force de volonté qui préside ordinairement à l’accomplissement du suicide.

Le docteur Marc cite uu grand nombre de faits incontestables; d’autres se trouvent dans les annales de la science, llemer compte quatorze cas dans lesquels on a trouvé le cadavre debout, à genoux ou assis.

Le docteur B.endu rapporte l’histoire d’une malade de l’Hôtel-Dieu de Paris, qui, presque entièrement privée de l’usage de la main , droite , s’étrangla dans son lit.

Les expériences du docteur Fleichmann sur lui-même prouvent la possibilité du suicide.

- Le fait suivant montre combien le médecin doit être attentif dans ses conclusions.

11 y a quelques années qu’un prisonnier s’étrangla à la Conciergerie : le procès-verbal porte qu’il fut trouvé suspendu par le cou avec un foulard et presque assis , vu le peu de hauteur de la croisée. Il avait eu soin de se lier fortement les mains avec un autre mouchoir.

Smpensio7i pendant la me ou après la mort. Nous avons dit qu’il était fort rare et même peu probable qu’on se servît de la suspension pour commettre un crime; mais quelquefois un coupable , après avoir" consommé son attentat, pend sa victime pour faire croire à uu suicide. - ,

Une femme fut trouvée suspendue sans aucun signe en faveur de ce genre de mort. Les recherches sur le cadavre indiquèrent , sous la mamelle affaissée, une petite plaie faite avec un instrument piquant très-étroit qui traversait le cœur de part en part, et avait causé un épanchement de sang.

Lorsque le médecin sera commis pour faire l’autopsie d’un individu présumé mort de strangulation par suspension , il devra constater avec un soin minutieux la place qu’occupe l’impression du lien qui a dû occasioner la mort. La place occupée par cette impression lui servira à prévoir les lésions qui ont dû causer la mort. La présence ou l’absence de ces lésions pourront dès lors le jdiriger dans les conclusions à prendre.

Le cou sera exploré avec d’autant plus d’attention que , si la strangulation avait précédé la suspension , on trouverait deux empreintes , dont l’une oblique et l’autre horizontale ; la première donnant toujours les caractères propres à une impression produite après la cessation de la vie , et la seconde quelquefois ceux qu’on remarque lorsque l’impression est produite avant qu’elle ne soit éteinte. Le cadavre sera exploré pour reconnaître s’il n’est porteur d’aucune autre lésion cà laquelle on pourrait attribuer la mort.

iStrangulalion sans suspension. Si la strangulation par suspension est un meurtre difficile à connaître , il n’en est pas ainsi de la strangulation sans le concours de la suspension; elle offre, au contraire , au meurtrier un moyen facile de se défaire de sa victime en la trouvant endormie ou dans toute autre position qui puisse rendre la lutte défavorable au dernier. Ainsi il nous reste à examiner si un individu trouvé avec un lien autour du cou qui a produit la mort, a pu s’étrangler lui-même , ou si c’est toujours l’effet d’un homicide. Quelques auteurs soutiennent exclusivement cette dernière opinion ; d’autres admettent, au contraire , que dans certains cas il peut en être autrement. Ici les mêmes considérations que nous avons émises lorsqu’il s’est agi de rechercher si un individu touchant le sol ou même assis a pu se donner la mort par la suspension , doivent se reproduire, et dans ces circonstances un médecin basera son opinion sur l’ensemble des circonstances.

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