ANIMAUX
Au commencement de nos expériences, nous pensions que les résultats que nous allions obtenir nous édifieraient coms plètement sur le sort des greffes, et nous fourniraient de sérieuses indications pour les pratiquer sur l'homme avec succès. Mais, comme nous l'avons déjà dit, nous n'avons pas tardé à avoir de nombreuses déceptions et à nous convaincre que l'expérimentation sur les animaux jetait un bien faible jour sur la question et offrait elle-même des difficultés d'exécution considérables.
Dans plusieurs cas de réussite, en apparence complète, etalors que nous nous proposions de suivre jusqu'au bout l'évolution du lambeau transplanté, des accidents imprévus et indépendants de la greffe sont venus briser nos espérances et entraver nos investigations. La région sur laquelle nous avons opéré souvent, le tarse, se prête Lrès-bien à l'application d'un bandage compressif et inamovible, mais en revanche, cette partie contient de nombreuses gaines tendineuses et, une fois la peau enlevée, les articulations sont presque à nu et dans les meilleures conditions pour s'enflammer, surtout si l'animal exécute des mouvements, ce que nous ne pouvions guère empêcher, vu le matériel expérimental tout à fait restreint que nous avions à notre disposition. Aussi dans presque tous es cas, et souvent au bout de huit, dix jours, et plus, nous avons eu des arthrites ou des phlegmons qui ont entraîné la mortification des greffes. . V
Lorsque nous opérions sur la région dorsale, la mobilité de la peau qui change déplace à chaque mouvement de l'animal, nous empêchait de fixer nos lambeaux d'une manière stable, et leur face profonde, glissant sans cesse sur l'aponévrose dorsale, ne pouvait contracter aucune adhérence. Dans l'ex-
périence XIV cependant, nous avons eu un très- beau résultat, et une greffe qui, pendant deux jours, était restée sans adhérence, a pu être fixée le troisième jour et s'est soudée parfaitement parce qu'alors les bords de la plaie étaient eux-mêmes très-adhérents par leur face profonde et maintenaient dans une immobilité absolue le lambeau transplanté.
Gomme le D1' Martin, nous avons donc été forcé dans Ih plupart des cas, de constater seulement l'adhérence plus ou moins durable des lambeaux et cinq ou six fois seulement il nous a été permis d'attendre aussi longtemps que nous l'avons voulu, et de suivre l'évolution ultérieure des greffes. Dans ces cas, nous pensons avoir obtenu un succès complet et définitif.
Pour terminer, nous dirons que les expériences sur les animaux ne peuvent guère fournir d'indications précises et utiles pour pratiquer la greffe sur l'homme, et, puisqu'il est maintenant constaté que cette opération réussit chez les premiers et chez le second, il nous semble que c'est aux chirurgiens qu'il importe de poursuivre ces essais et de publier leurs observations, heureuses ou non, afin que par un ensemble plus considérable de faits, dégagés de toutes les complications qu'entraîne la pratique sur les animaux, on puisse plus tard poser des règles générales et juger la question d'une maniéré définitive.