‹ De la greffe animale et de ses applications à la chirurgieChapitre 2 sur 22 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

En traitant une semblable question, nous ne nous sommes pas "ssimulé les mille difficultés qui surgiraient de toute part dans e courant de notre travail, soit au point de vue del'expérimentaion, soit au point de vue du contrôle et des déductions pratiques es expériences de nos devanciers. La question sans doute 'est pas nouvelle, et déjà se sont produits un grand nombre e travaux remarquables, surtout au point de vue physiolo-

que et expérimental ; des observations plus ou moins favoables d'application sur l'homme ont été publiées dans les

urnaux et dans quelques traités de chirurgie ; les mêmes

its ont été écrits souvent en diverses langues, interprétés de iverses façons par les auteurs, tantôt exaltés outre mesure arles uns ou bien, au contraire, décriés par les autres avec ne injuste partialité.

Au milieu de ce chaos d'hypothèses et d'observations souînt fort incomplètes, il nous était difficile de nous prononcer,

et, plus d'une lois, nous nous sommes abstenu de résoudre, certaines questions que l'état encore peu avancé delà science sur ce sujet, et notre peu d'expérience personnelle, ne nous permettaient pas de trancher sans témérité d'une manière définitive. Quelquefois, nous nous sommes contenté de reproduire les opinions des maîtres dont nous respectons le talent et l'autorité, et nous avons toujours cherché, non pas seulement ce qui était conforme à nos idées et à nos résultats personnels, mais tout ce qui pouvait nous fournir des arguments contraires, afin qu'ainsi la discussion eût un certain intérêt et une utilité pratique.

Nous avons répété plusieurs expériences de nos devanciers, soit telles qu'elles avaient été pratiquées par eux, soit avec | certaines modifications. Nos résultats sont venus souvent confirmer les leurs ; mais aussi ils en ont été quelquefois assez | différents pour que nous ne puissions pas nous abstenir de les mentionner. Hâtons-nous de dire que le but principal de il notre travail est un but essentiellement pratique, et que nous; avons traité très-légèrement toutes les questions qui s'eni éloignaient tant soit peu, pour ne nous attacher qu'aux résultats cliniques. Malgré l'importance extraordinaire que depuis « quelques années la physiologie expérimentale a acquise eni médecine, malgré le jour qu'elle a jeté sur un grand nombre de questions jusqu'alors tout à fait inconnues ou interprétées: I d'une façon erronée, malgré le concours puissant qu'elle as | apporté à la solution d'importantes questions biologiques, nous avons le regret de dire que, pour le sujet qui nous occupe, nous avons bien peu à attendre des expériences faites^ sur les animaux, sans pour cela vouloir les proscrire d'une façon définitive. En effet, les cas dans lesquels on applique lad greffe sur l'homme sont des cas pathologiques, souvent forH difficiles ou impossibles à reproduire sur les animaux. D'un autre côté, les expériences, loin de réussir plus facilement sur les animaux que sur l'homme, ainsi que le disait Blandin,

sont au contraire bien plus sûres chez ce dernier, car une opération qui exige avant tout pour réussir une parfaite immobilité de la partie, un pansement facile à poser et à enlever sans efforts et sans violences, enfin, tout un concours de soins et de précautions qu'on ne peut exiger que d'un être raisonnable, est bien loin certainement de présenter chez les animaux plus de chances de réussite que chez l'homme. Quiconque s'est livré, sur les chiens ou les cochons d'Inde, à des essais de ce genre, a pu se convaincre avec nous des mille difficultés que présente la pratique chez ces animaux, et du peu de réussite qu'on parvient à obtenir seulement à force de précautions et de patience; heureux encore si, au moment où le succès semble certain, un mouvement intempestif de l'animal ou une complication due à un bandage trop serré ou trop dur, ou à toute autre cause, ne vient pas détruire le travail commencé et rebuter l'expérimentateur! Sur l'homme, au contraire, les parties sont placées dans des conditions favorables avec la plus grande facilité ; on peut varier à son gré les conditions de température de milieux; faire tel pansement qu'il nous plaît; ajouter ou retrancher des points de suture; s'abstenir d'en mettre ; fixer les lambeaux par des agglutinatifs qui évitent de les tirailler, de les froisser, de les comprimer outre mesure; changer les pansements ; agir, en un mot, avec toutes les chances favorables de réussite. Ce qui vient encore donner un plus grand poids à l'opinion que nous défendons, c'est le nombre des résultats favorables obtenus sur l'homme, comparativement aux nombreux insuccès qu'ont donnés les animaux.

Nous n'avons point la prétention d'écrire un traité complet sur la greffe animale ; le temps n'est pas encore venu où une semblable question puisse être exposée d'une façon didactique, et il y a encore trop d'incertitudes sur beaucoup de points peu élucidés, pour qu'on puisse en faire une histoire complète. Nous nous bornerons à exposer l'état actuel de la

Armaignac. ■>

science à cet égard, à rapporter toutes les observations, tan sur l'homme que sur les animaux, dont nous aurons pu nous procurer la relation dans les écrits français ou étrangers, et enfin à consigner nos propres résultats. Nous ajouterons deux chapitres sur l'histologie de l'épidermisation et des greffes dermiques, que le bienveillant concours et le talent remarquable de l'éminent professeur agrégé de cette Faculté, M. Mathias Duval, nous ont permis dp traiter pour la première fois, à notre avis. Nous lui en exprimons ici toute notre reconnaissance.

Notre travail sera divisé en trois sections très-naturelles cl assez différentes entre elles, quoique se rapportant toutes à la greffe. Dans la première, nous traiterons de la greffe en général, telle que celle d'organes entiers ou de portions d'organes plus ou moins composés. Dans la seconde, nous traiterons de la greffe dermique, et enfin la troisième sera consacrée à l'étude des greffes épidermiques.

Le sujet, comme on voit, est vaste, et, si nos moyens ne nous ont pas permis de le traiter à fond, du moins nous avons lait tous nos efforts pour réunir dans le moins d'espace possible tous les matériaux épars çà et là dans la science, afin que ceux qui nous succéderont puissent trouver un résumé tout fait et poursuivre plus facilement de nouvelles recherches. Nous serons heureux si ces quelques pages peuvent de nouveau attirer l'attention des praticiens sur une méthode : peut être trop peu connue, et que le petit nombre d'observations publiées rend difficile, et d'un emploi qui est encore' loin d'être généralisé.

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